Ludovic Miserole
Ludovic Miserole – L’ange de Manhattan
Interview
Comment avez-vous découvert l’existence d’Etta Wheeler ?
Je suis de nature très curieuse. J’aime lire des articles, regarder des vidéos. Alors que je travaillais sur un précédent ouvrage, je suis tombé sur une vidéo américaine qui relatait l’affaire Mary Ellen Wilson. Le personnage d’Etta, survolé dans la vidéo et pourtant à l’origine de cette affaire, m’a tout de suite intrigué. J’ai alors enregistré le lien afin de creuser cette histoire un peu plus tard, lorsque le roman en cours serait terminé. Je n’envisageais pas encore d’en faire un roman. Et puis, environ un an ou deux plus tard, je suis revenu à cette histoire. Ma fascination pour Etta n’a fait que croître. Rien ne la prédestinait à tenir un rôle aussi important dans l’histoire américaine et, oserais-je dire, dans l’histoire mondiale.
Pourquoi avoir décidé d’en faire l’héroïne de votre roman ?
Sa force de caractère, son courage et l’engagement qui ne l’ont jamais quittée forcent l’admiration. Etta Wheeler a déplacé des montagnes pour venir en aide à la petite Mary Ellen. Une simple conversation a changé non seulement sa vie, mais des milliers d’autres. Il ne faut pas oublier que son combat est à l’origine d’un progrès sociétal énorme. Malgré cela, j’ai découvert que rien ou presque n’avait été publié sur elle. Il était pour moi inconcevable que son histoire, et le rôle qu’elle a joué dans la protection de l’enfance demeurent inconnus du grand public.
Comment avez-vous mené vos recherches ?
J’ai d’abord lu tout ce que je pouvais sur cette affaire. Les rares sources existantes étaient en anglais. Croyez-moi, à ce moment-là, je n’ai pas regretté d’avoir suivi des études de langues étrangères à la fac. Il m’a juste fallu dérouiller la machine. Ensuite, j’ai effectué des recherches généalogiques sur différents sites anglo-saxons. Seulement, je me suis très vite rendu compte que je n’aurais pas les réponses à toutes mes questions en restant chez moi, derrière mon bureau. C’est à ce moment que j’ai décidé de faire le voyage jusqu’à New York. J’ai dû m’y rendre deux fois en 5 mois.
Quel a été le moment le plus émouvant de la rédaction de ce livre ?
Sans hésiter, c’est le jour où je me suis rendu à la NYSPCC, à New York et, qu’en plus des archives que j’ai pu consulter, j’ai eu la chance de me retrouver face à la robe que portait Mary Ellen le jour où la police est allée la chercher dans l’appartement de Mary Connolly. La robe était si petite… Je touchais du doigt l’histoire. J’en ai eu les larmes aux yeux.
Comment construisez-vous l’équilibre entre réalité historique et fiction romanesque ?
Je me documente beaucoup. J’y passe énormément de temps, car je souhaite que, même s’il s’agit de romans, mes livres s’approchent le plus possible de la vérité. Les personnages que je choisis ont réellement existé. Je ne peux pas faire n’importe quoi. C’est pour cela que pour chacun de mes livres, je me déplace sur les lieux, je m’imprègne de l’ambiance, des odeurs. Dans les dialogues, je reprends souvent des mots réellement prononcés par mes héros ou auxquels je mêle des éléments trouvés dans les archives. Ensuite j’ajoute deux ou trois personnages fictifs afin de faire le lien. Ils permettent aussi de mettre l’accent sur un trait de caractère de mes personnages ou sur l’époque. Je crée aussi des événements ou des situations qui permettent de combler un vide dans les archives tout en étant crédible avec le reste.
Diriez-vous que mettre en lumière celles que l’histoire a laissées dans l’ombre est votre mission en tant qu’écrivain ?
Je ne sais pas si c’est une mission, mais c’est un fil conducteur. C’est indéniable. Il ne faut pas oublier que longtemps, l’Histoire a été écrite par les hommes. Le rôle des femmes, s’il n’a alors pas été tout simplement tu, a souvent été atténué. Pourtant, beaucoup de femmes que l’on dit « ordinaires » ont été les témoins de choses extraordinaires et parfois les instigatrices de grandes avancées. Je ne cesse d’en découvrir. Autant dire que les projets de roman sont nombreux.
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L'Ange de Manhattan
Prix club : 19,90 €New York, 1873. Quand Etta Angell Wheeler, travailleuse sociale, découvre la petite Mary Ellen, 9 ans, couverte de plaies et de cicatrices, elle est bouleversée. Mais comment la sauver de ses bourreaux quand aucune loi ne reconnaît la maltraitance infantile ?