Lou Jackin

Auteur : Lou Jackin

Lou Jackin – Qui de nous deux ?

Interview

Comment vous est venue l’idée de cette machiavélique machination ?

J’aime l’idée qu’on peut se réinventer. Mais ce n’est pas sans risque ! J’ai exercé pendant des années comme magistrat. Dans un tribunal, le banal ça n’existe pas. C’est un lieu où des gens ordinaires sont confrontés à des situations extraordinaires. Maintenant j’ai la chance de pouvoir centrer ma vie sur l’écriture. Écrire est ma colonne vertébrale, c’est à la fois une passion, une contrainte, un effort, un privilège… J’aime surtout raconter des histoires, créer un univers où des personnages évoluent, ils sont à la fois objets et acteurs.

Est-ce de votre activité de juge que vous vient votre fascination pour le mensonge ?

Les tribunaux sont un des théâtres de la vie. Tout s’y croise, pire, le meilleur, le tragique, la repentance, le déni, le pardon… Mais à la différence de la fiction, les affaires judiciaires aboutissent toujours à un jugement, alors que dans les romans, on peut sortir de la condamnation et de la punition. Dans les tribunaux, on emprisonne, dans la fiction, on s’évade.

Le thème de l’échange d’identité est un classique de la littérature et du cinéma, aviez-vous une œuvre en tête pendant l’écriture de votre roman ?

Sans hésiter, Le Comte de Monte-Cristo. L’idée de pouvoir détricoter son existence est fascinante. Qui vais-je réellement devenir demain ? L’échange d’identité réclame l’abandon du passé, celui dont je ne veux plus faire partie ; un présent : comment y parvenir ? et un futur : que vais-je pouvoir construire, sans me faire prendre ! Le titre du roman de Douglas Kennedy, qui aborde cette notion de changement d’identité, est évocateur : L’homme qui voulait vivre sa vie !

L’histoire de Lucile et Manon est aussi celle de leur quête de liberté, qu’aviez-vous envie de raconter à travers elles ?

Je mens donc je suis ? La vérité contraint, le mensonge libère ? Pour Lucile et Manon, leur mensonge, si anodin à leurs yeux, est le seul moyen de se libérer des entraves familiales et sociales. Pour échapper à une existence qu’elles rejettent, elles inventent ce tour de passe-passe. « Nous ne faisons de mal à personne » Elles sont sincères dans leur imposture, naïves, presque candides.  

Vous souhaitiez « mettre du Sherlock Holmes dans votre travail », mission accomplie aujourd’hui ?

Évoquer Sherlock Holmes c’est mettre en avant la logique et la cohérence. La science de la déduction laisse peu de place au hasard, n’est-ce pas ? Mark Twain a déclaré « La différence entre la réalité et la fiction, c’est que la fiction doit être crédible. » Ce qui me passionne dans l’écriture romanesque, c’est la création d’univers et de personnages, tout en respectant une mécanique parfaitement rodée. Quand la fiction rencontre le réel…

Un mot pour les lectrices et lecteurs de France Loisirs ?

J’en suis très honorée. Au-delà de la simple reconnaissance d’être publiée en avant-première chez France Loisirs, je remercie France Loisirs de me donner la possibilité d’aller à la rencontre de nouveaux lecteurs et de laisser ainsi place à la complicité constructive auteurs/lecteurs.

  • Qui de nous deux
    Aperçu rapide

    Qui de nous deux

    Prix club : 19,90 €

    Lucile, enfant boiteuse, vit recluse auprès de Manon, la fille des domestiques. Quand, à l’adolescence, elle doit choisir entre l’opération qui peut la guérir et sa rente, Manon et elle orchestrent un échange d’identité… Mais peut-on construire sa vie sur un mensonge ?