Françoise Bourdon est née et a toujours vécu dans les Ardennes. Professeur de droit et d'économie, elle décide, après dix-sept ans d'enseignement, de se consacrer exclusivement à sa passion de l'écriture.
Interview - Un hiver pour tout recommencer
1- La quête d'émancipation de vos héroïnes et la reconstruction personnelle sont des thèmes forts qui traversent votre œuvre et que l’on retrouve précisément dans ces deux romans. Votre vision de la femme est le cœur battant de votre œuvre. Qu'est-ce qui a changé dans votre façon de raconter cette conquête de liberté, entre votre premier roman et ce tout dernier ?
Déjà, en 40 ans, tant de choses ont changé !
Mon évolution personnelle, l’évolution de la société ont joué un rôle important.
De plus, il s’agit de 2 romans très différents. L’un se situe au XVIIIe siècle, l’autre au XXIe.
Dans Les Dames du Sud, la conquête de liberté de Cinzia est la conséquence de sa volonté propre. Cependant, comme la plupart du temps à cette époque, elle reste dépendante des hommes qui traversent sa vie.
Dans Un Hiver pour tout recommencer, les héroïnes sont des femmes tout à fait libres. Libres dans leur choix de vie, dans leur travail, leur famille, elles sont aussi indépendantes financièrement.
2- Que ce soit dans la Caroline du Sud de vos débuts ou sur les terres provençales d’Un hiver pour tout recommencer, l’attachement à la terre et l'enracinement sont omniprésents. À quel point cette géographie intime, cette terre comme lieu de mémoire et d’identité est-elle essentielle dans votre œuvre ?
Je l’avoue, je suis profondément attachée à mes racines.
J’ai aussi été marquée par l’histoire familiale. Nous avons perdu une maison cernée de roses, dans la campagne champenoise. Cette maison faisait partie de l’ADN familial et focalisait nombre d’anecdotes et de souvenirs, émouvants ou drôles. Je la fais revivre dans la plupart de mes romans, en la situant aussi bien en Provence qu’au Cap Ferret.
Le domaine de Cinzia, les Glycines de Lily, constituent le point d’ancrage de mes héroïnes.
Elles ne supportent pas l’idée de les perdre.
Mémoire, transmission, implantation profonde dans le paysage… tout est là.
3- Quel effet cela fait-il de se pencher à nouveau sur votre tout premier roman ; 40 ans plus tard, et quel regard portez-vous sur l’autrice que vous étiez en 1986 ?
J’ai éprouvé une sensation de vertige et d’irréalité.
Je me suis souvenue avec émotion de l’autrice de 1986. J’étais passionnée, déjà, impulsive, et je me posais moins de questions que maintenant.
J’avais l’impression d’avoir conquis le Graal en étant éditée pour la première fois. Je ne mesurais pas, alors, le défi, les angoisses, que représente chaque nouveau roman.
Une période de 15 ans s’est écoulée entre l’édition de mon 1er et de mon 2ème roman.
Il me semble que je pose le regard d’une sœur aînée sur la trentenaire de 1986.
4- Selon vous, en quoi le style et la construction narrative de cette version remaniée reflètent-ils l'accomplissement de vos 40 années d'écriture ?
Pour les modifications apportées, j’ai mis au goût du jour certaines expressions, certaines tournures de phrase et revu la ponctuation.
Sinon, et ce en accord avec mon éditrice, j’ai choisi de garder la fraîcheur de ce premier roman en le laissant « tel quel ».
J’estime en effet que cela ne rimerait plus à rien si j’effectuais des « coupes », ajoutais des éléments, modifiais même des chapitres…
Le but de cette réédition est de montrer l’évolution de mon écriture, de mon style. Je vous offre un roman « brut », à l’époque où je rêvais d’être écrivain et d’entraîner mes lecteurs à la suite de mes personnages à une époque mouvementée.
Sur ce point, je n’ai pas changé !
5- Un mot pour vos lecteurs France Loisirs ? (Je reprends ici le mot que vous avez transmis à Clarisse que nous rattacherons sur internet à la fiche de Dames du Sud).
Chères amies lectrices,
Chers amis lecteurs,
Chaque rendez-vous avec vous constitue pour moi un moment privilégié. Cette année plus encore puisque, pour fêter les 40 ans de mon premier roman édité en 1986 et épuisé depuis longtemps, les Presses de la Cité, le Club France Loisirs et moi avons décidé de vous offrir ce roman, Les Dames du Sud, en avant-première.
Laissez-vous emporter par mon héroïne, Cinzia, dans une Amérique qui n’avait pas encore conquis son Indépendance.
Volontaire et passionnée, elle se bat pour protéger ses enfants et son domaine, au bord de la Regina River.
Une femme que vous n’oublierez pas ! Bonne lecture !