L'homme D'Arkhangelsk

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Extrait L’HOMME D’ARKHANGELSK       Le 4 mai 1867, âgé alors de vingt-cinq ans, j’écrivis sur mon carnet de notes les lignes suivantes (résultat d’une grande fermentation intellectuelle) : « Le système solaire, parmi un nombre incalculable d’autres systèmes aussi considérables, roule toujours en silence à travers l’espace en direction de la constellation d’Hercule. Les grandes sphères qui le composent tournent sur elles-mêmes, tournent sans cesse et sans bruit dans le vide éternel. La plus petite et la plus insignifiante de ces sphères est ce conglomérat de particules solides et liquides que nous avons appelé la Terre. Elle tourne maintenant comme elle tournait déjà avant ma naissance et tournera après ma mort. Mystérieuse rotation, sans commencement ni fin. Sur la croûte extérieure de cette masse en mouvement rampent de nombreux vermisseaux au nombre desquels je figure, moi, John M’Vittie, faible, impuissant, traîné sans but à travers l’espace. Cependant l’état de choses qui nous régit est tel que la petite énergie et l’étincelle de raison que je possède sont entièrement consacrées aux travaux qu’il faut accomplir pour me procurer quelques disques métalliques, grâce auxquels je peux acheter les éléments chimiques nécessaires à fortifier mes tissus en désagrégation constante et à me conserver un toit qui me mette à l’abri des inclémences du temps. Voilà pourquoi je n’ai pas d’idée à dépenser à propos des problèmes vitaux qui me cernent. Néanmoins, en dépit de ma misère, je puis parfois ressentir un certain degré de bonheur et éventuellement même, Dieu me pardonne, me gonfler d’importance. » Comme je l’ai dit, ces phrases ont été consignées sur mon carnet, elles reflétaient exactement les pensées enracinées au plus profond de mon âme, toujours présentes et jamais affectées vers les émotions passagères du moment. Enfin vint l’époque où mon oncle mourut. Mon oncle s’appelait M’Vittie de Glencairn ; il fut président des commissions de la Chambre des communes. Il avait, par testament, divisé son immense fortune entre ses nombreux neveux. Je reçus largement de quoi subvenir à mes besoins jusqu’à la fin de mes jours, et je devins en même temps propriétaire d’un bout de terrain désert sur la côte de Caithness. Je crois que le vieil homme m’en fit cadeau pour se moquer de moi, car il s’agissait de quelques arpents de sable sans valeur, et il eut toujours un sens sinistre de l’humour. Jusqu’à cette date, j’avais été avoué dans une ville d’Angleterre. Je découvris que je pouvais réaliser mes aspirations et, abandonnant des buts mesquins et sordides, m’élever l’esprit par l’étude des secrets de la nature. Mon départ d’Angleterre fut un tant soi peu précipité, car j’avais quasiment tué un homme dans une querelle ; j’avais en effet un tempérament ardent et, quand j’étais en colère, j’oubliais parfois que j’étais fort. Il n’y eut pas d’action légale entreprise, mais les journaux aboyèrent à mes chausses, et les gens me regardaient de travers quand ils me rencontraient. Cela se termina par la malédiction que je leur lançai, à eux et à leur ville sale, polluée par la fumée. Je partis en hâte pour ma propriété du Nord. Là, au moins, je pourrais jouir de la paix et de conditions idéales pour le travail solitaire et la contemplation. Avant de partir, j’empruntai sur mon capital, afin d’emporter une sélection de livres et d’instruments philosophiques ultramodernes, ainsi que des produits chimiques et diverses autres choses qui me seraient utiles dans ma retraite. Le terrain dont j’avais hérité était une bande côtière étroite, composée essentiellement de sable, et qui s’étendait sur près de quatre kilomètres le long de la baie de Mansie. Sur ce terrain s’élevait une bâtisse de pierre grise. Quand avait-elle été construite, et pour quelles raisons ? Personne ne put me renseigner. Je la fis réparer, et elle devint une demeure très convenable pour quelqu’un ayant la simplicité de mes goûts. Une pièce fut mon laboratoire, une autre mon petit salon. Dans une troisième, juste sous le toit en pente, je suspendis le hamac où j’avais l’habitude de dormir. Il y avait trois autres chambres, mais je ne les meublai pas, à l’exception de celle que j’attribuai à la vieille commère qui tenait mon ménage. En dehors des Young et des M’Leod, pêcheurs qui habitaient de l’autre côté de Fergus Ness, les environs étaient déserts à plusieurs kilomètres à la ronde. Devant ma façade, la grande baie dessinait sa cuvette. Derrière la maison se dressaient deux montagnes dénudées, que dominaient d’autres sommets plus éloignés. Une vallée étroite s’insérait entre les montagnes. Quand le vent soufflait de la terre, il s’y engouffrait et faisait chuchoter et soupirer les pins sous la fenêtre de ma mansarde. Je n’aime pas les autres mortels. La justice m’oblige à ajouter que les autres mortels, pour la plupart, ne m’aiment pas davantage. Je déteste leurs petites mesquineries, leurs conventions, leur fourberie, leur façon étroite d’avoir raison ou tort. Eux prennent ombrage de mon franc-parler, de mon dédain de leurs lois sociales, de mon impatience devant toute contrainte. Avec mes livres et mes drogues, dans mon repaire isolé de Mansie, je pouvais laisser vagabonder le grand troupeau de la race humaine au sein de sa politique, de ses inventions, de ses potins, je le regardais progresser, je restais derrière lui, stagnant et heureux. Pas si stagnant que cela après tout, car je cultivais mon propre petit jardin et je progressais moi aussi. J’ai mes raisons pour croire que la théorie atomiste de Dalton est basée sur une erreur, et je sais que le mercure n’est pas un élément. Pendant la journée, je m’affairais sur des distillations et des analyses. J’oubliais souvent l’heure de mes repas, et quand la vieille Madge me convoquait pour mon thé, je trouvais mon déjeuner intact sur la table. La nuit, je lisais Bacon, Descartes, Spinoza, Kant, tous ceux qui ont fouillé dans le domaine de l’inconnaissable. Stériles et vides, n’ayant obtenu aucun résultat, ils sont prodigues de polysyllabes. Ils me font penser aux chercheurs d’or qui, ayant retourné un ver, l’exhibent triomphalement comme s’ils avaient trouvé ce qu’ils cherchaient. Parfois le démon de la bougeotte me possédait, et j’abattais alors à pied quarante ou cinquante kilomètres sans me reposer ni me restaurer. Lorsque cette fantaisie me prenait et que je promenais dans des villages de campagne ma silhouette maigre, mal rasée, ébouriffée, les mères se précipitaient sur la route et ramenaient chez elles leurs enfants, tandis que les paysans sortaient de leurs tavernes pour me contempler. Je crois que j’étais connu dans le pays comme « le maître fou de Mansie ». Il était rare, cependant, que je fisse ces marches dans la campagne, je me livrais en effet sur ma plage aux exercices physiques indispensables ; là j’apaisais mon esprit avec du tabac noir très fort, et l’océan était mon confident, mon ami.

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Arthur Conan Doyle

Caractéristiques du produit :
E-Book, 20 pages
Référence : 9791020003836
Sortie le : 05/07/1905
Editeur : Thriller Editions
Format : EPUB
Livre Chapitre
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