Julia - 33 ans

Petite présentation

Je suis maman de trois enfants, à qui j’espère transmettre mon amour des livres

Mon auteur préféré

Cedric Sire

Mon personnage préféré

Le petit prince

Mon genre préféré

Le Thriller

Ma série préférée

Suits, avocats sur mesure

J'aime

L’heure du coucher quand mes enfants s’installent autour de moi pour entendre « l’histoire du soir »

Mon endroit préféré pour lire

Partout

Le livre que j'emporterais sur une île déserte

Le petit prince d'Antoine de Saint-Exupery

Vous connaissez déjà l’auteur pour l’avoir découvert avec la duologie Young Adult The book of Ivy. Laissez-vous surprendre par Les filles de Roanoke dont le cœur de cible est un lectorat résolument plus adulte.

Amy Engel compte au nombre de ces auteurs, plein de surprise, dont on ne saurait dire quel genre littéraire leur scié le mieux. Ses précédents romans The book of Ivy et The Revolution of Ivy constituent une saga Young Adult appréciée des critiques. Forte de ce premier succès, celle qui rêvait d’embraser les tribunaux, s’offre le luxe de s’essayer à un tout autre genre, résolument plus adulte, au risque de surprendre (perdre ?) son lectorat initial. Défi réussi pour l’auteur qui transforme l’essai avec brio ! Les filles de Roanoke s’illustre comme un roman noir qui dénonce dans une atmosphère suffocante, la condition des femmes et toute la violence de l’inceste.

Je découvre la plume d’Amy Engel avec Les filles de Roanoke et, elle n’est pas pour me déplaire : fluide et agréable à lire. Ma lecture achevée, je garde néanmoins de ce roman un souvenir plutôt mitigé et, peut être, un soupçon de déception eu égard à la quatrième de couverture qui me laissait espérer lire un ouvrage d’un tout autre genre. L’intrigue, telle que résumée, semblait très prometteuse et je m’étais imaginé enquêter sur une disparition inquiétante et la fin tragique de plusieurs générations de femmes à la façon d’un thriller. Or, si ces éléments servent très justement l’intrigue, ils sont traités de manière secondaire, sans presque aucun suspense. Et, je le comprends puisque tout le propos de l’auteur est plutôt d’évoquer la violence de l’inceste. Force est de constater qu’elle le fait bien, certes sans complaisance mais toujours avec retenue, sans verser dans le sentimentalisme ou le pathos. L’inconcevable est dévoilé à mots couvert, le pouvoir de suggestion et l’ambiance donnée au récit font le reste.

Toute la force de cet opus réside, en effet, dans le talent de son auteur à dénoncer les manipulations psychologiques et avoir su insuffler à son récit une atmosphère toute particulière dés les premières lignes. Rythme lent, lieux et psychologie des personnages sont choisis à dessein. C’est lourd, à l’image de la chaleur poisseuse de cet été à Roanoke, étouffant comme Osage Flats, village perdu du Kansas profond qui brise les rêves et espoirs de ses habitants résignés, fascinant et un rien terrifiant à l’instar de l’extravagant et biscornu manoir des Roanoke. C’est cru et provocant, comme parfois les personnages principaux, brisés, englués dans l’alcool et le sexe. Noir. Oppressant. Dérangeant. La tension s’accentue au fil des pages, créant un sentiment de malaise chez un lecteur qui n’est plus motivé que par la curiosité malsaine de découvrir l’ampleur des non-dits et secrets inavouables de cette famille presque respectable. Un roman, donc, qu’il est difficile de lire dans l’indifférence tant il suscite d’émotions.

Reste que la promesse d’une « lecture captivante qui dérange » n’est qu’à demi tenue : j’admets volontiers avoir passé un distrayant et, vous l’aurez compris, dérangeant moment de lecture sans, cependant, avoir été captivée. Le fait, sans doute de révélations prématurées qui, chez la lectrice friande de roman à suspense que je suis, font naitre la légère frustration de n’avoir plus besoin de supposer/émettre d’hypothèses et entamé mon plaisir. J’ai par ailleurs pu éprouver une petite lassitude face au rythme lent et quelques longueurs et avoue m’être, parfois, perdue dans l’arbre généalogique des Roanokes. J’ai néanmoins tourné les pages a une allure respectable poussée par l’envie et la « fascination malsaine » de percer le secret qui pourrit le domaine de Roanoke et impose à ses filles des fins tragiques : « Sois nous fuyons, sois nous mourons ». La faute à l’alternance des époques qui mène le lecteur à suivre Lane dans un parallèle constant entre ses souvenirs du passé et le présent. Cette construction du récit qui oppose « Alors » et « Maintenant » crée l’attente et fait de Les Filles de Roanoke un page-turner efficace, un huis clos familial marquant.