La vie après la vie
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Koh Lanta NDS
Odeur du temps
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Jean d'Ormesson
L'art de la simplicité
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Dominique Loreau
Philanthrop' : La grenouille qui ne savait pas qu'elle était cuite |
et autres leçons de vie |
Olivier Clerc
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8,95
€ |
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Prix public : |
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160 pages |
| Couverture cartonnée. |
| Réf. : 315250 |


le 21/08/08 [Annie Chapo]


1La grenouille dans la marmite d'eau : sommes-nous déjà à moitié cuits ?Imaginez une marmite remplie d'eau froide, dans laquelle nage tranquillement une grenouille. Le feu est allumé sous la marmite. L'eau chauffe doucement. Elle est bientôt tiède. La grenouille trouve cela plutôt agréable et continue de nager. La température commence à grimper. L'eau est chaude. C'est un peu plus que n'apprécie la grenouille, mais elle ne s'affole pas pour autant, surtout que la chaleur tend à la fatiguer et à l'engourdir. L'eau est vraiment chaude, maintenant. La grenouille commence à trouver cela désagréable, mais elle est aussi affaiblie, alors elle supporte, elle s'efforce de s'adapter et ne fait rien. La température de l'eau va ainsi continuer de monter progressivement, sans changement brusque, jusqu'au moment où la grenouille va tout simplement finir par cuire et mourir, sans jamais s'être extraite de la marmite. Plongée d'un coup dans une marmite à 50°, la même grenouille donnerait immédiatement un coup de patte salutaire et se retrouverait dehors.¹ Cette expérience² est riche d'enseignements. Elle nous montre qu'une détérioration suffisamment lente échappe à notre conscience et ne suscite la plupart du temps pas de réaction, pas d'opposition, pas de révolte de notre part. N'est-ce pas précisément ce que nous observons aujourd'hui dans de nombreux domaines ? La santé, par exemple, peut se détériorer insensiblement mais sûrement. La maladie est souvent résultat d'une alimentation dévitalisée, industrialisée, encrassante voire toxique, couplée avec le manque d'exercice, le stress et une gestion maladroite de nos émotions et de notre vie relationnelle. Certaines maladies mettent ainsi dix, vingt ou trente ans à se mettre lentement en place, le temps que notre corps et notre psyché parviennent à saturation de toxines, de tensions, de blocages, de non-dits, de refoulements. Notre accoutumance à certains désagréments mineurs, ajoutée à la perte de sensibilité et de vitalité, fait que nous ne réagissons pas à cet insensible affaiblissement de notre santé avant que n'apparaissent des pathologies plus profondes, plus graves, plus lourdes à traiter. De nombreux couples connaissent aussi une dégradation progressive. Qui peut dire : « Notre couple a commencé à aller mal le 23 novembre à 15 h »?... C'est petit à petit que la qualité de nos relations, faute d'être entretenue, se délite. Les non-dits, les incompréhensions, les rancœurs s'accumulent, sans être traitées, sans que nous en parlions ou que nous y cherchions de solutions ensemble. Comme un jardin que l'on n'entretient pas, où les mauvaises herbes font leur apparition, où l'anarchie s'installe progressivement, un couple qui n'entretient pas sa relation manque de voir comment celle-ci décline de façon imperceptible mais constante, jusqu'au moment où la situation devient intenable, d'où les taux élevés de divorces que connaît la société moderne (sans parler des séparations que ne recensent pas les statistiques). Sur le plan agricole et environnemental, l'allégorie de la grenouille nous parle de l'empoisonnement progressif des sols, de l'air et de l'eau, autrement plus insidieux et dangereux que les catastrophes évidentes dont les médias se font l'écho. Gavés de produits chimiques (engrais, pesticides), les sols perdent imperceptiblement chaque année un peu plus de leur masse minérale. Plus les années passent et plus il faut d'intrants divers pour que la terre produise, au point que bientôt on introduira davantage en elle qu'elle ne produira de récoltes. De même, à côté des grandes pollutions qui défraient la chronique, comme celle du Prestige, nous avons plus à craindre des dégazages quotidiens et des pollutions chroniques dont font l'objet les mers et les océans, car ils sont autrement plus dangereux, tant par leur importance additionnée que par leur effet progressif, lent, peu visible, mais redoutable. Celui-ci n'a donc, pour l'instant, provoqué aucun « coup de patte » écologique salutaire pour sortir la grenouille — c'est-à-dire nous tous — de ces eaux nauséabondes. Au plan social, on observe un déclin régulier et constant des valeurs, de la morale et de l'éthique. D'année en année, cette dégradation s'effectue assez lentement pour que peu d'entre nous s'en offusquent. Pourtant, comme la grenouille que l'on plonge brusquement dans de l'eau à 50°, il suffirait de prendre le Français moyen du début des années 80 et, par exemple, de lui faire regarder la télévision d'aujourd'hui ou lire les journaux actuels pour observer de sa part une réaction certaine de stupéfaction et d'incrédulité. Il peinerait à croire que l'on puisse un jour écrire des articles aussi médiocres dans le fond et irrespectueux dans la forme que ceux qu'on lit fréquemment aujourd'hui, ou que puisse passer à l'écran le genre d'émissions débiles qu'on nous propose quotidiennement. L'augmentation de la vulgarité et de la grossièreté, l'évanouissement des repères et de la morale, la relativisation de l'éthique se sont effectués de telle façon — au ralenti — que bien peu les ont remarqués ou dénoncés. De même, si nous pouvions être subitement plongés en l'an 2025 et y observer ce que le monde sera devenu d'ici là, s'il continue dans la même direction, sans doute en serions-nous encore plus interloqués, tant il semble que le phénomène s'accélère (accélération rendue possible par la vitesse à laquelle, bombardés d'informations nouvelles, nous en perdons tout repère stable). Notons d'ailleurs que les films futuristes s'accordent à nous présenter un futur « hypertechnologique » des plus noirs. Je pourrais poursuivre avec d'autres exemples du même phénomène en politique ou dans l'éducation, par exemple, mais le principe est assez évident pour que chacun puisse soi-même en discerner çà et là les manifestations. Qu'il soit bien clair, cependant, qu'en mettant en lumière ce lent processus de déclin, je n'ai pas pour objectif ni de faire dans le catastrophisme ni d'idéaliser un passé révolu où la santé, la famille et la moralité auraient été au mieux, ce passé-là étant clairement mythique. Ce constat vise bien plutôt à souligner que lorsqu'une situation est la résultante d'une évolution qui s'étale sur une longue durée, les solutions rapides et à court terme que nous mettons en œuvre pour y remédier sont généralement inadaptées, quand elles ne concourent pas — à terme — à aggraver ladite situation. Il ne s'agit donc pas de revenir en arrière, à un passé soi-disant idéal, mais de distinguer, dans nos tentatives d'améliorer le présent, ce qui n'est qu'illusion et emplâtre sur jambe de bois. Ainsi, en matière de santé, notre refus de prendre en compte cette lente dégradation entraîne de notre part une consommation de plus en plus importante de médicaments et de soins en tous genres. Les « coûts de la santé » colossaux (qui sont en réalité les coûts de la maladie), loin d'être le signe d'une société bien portante qui progresse, sont la marque d'une politique sanitaire ignorante des causes profondes de la maladie et qui, en n'y apportant que des solutions rapides, symptomatiques et superficielles, contribue à long terme à faire perdurer nos pathologies et à les complexifier. Seule une politique de prévention et d'éducation de santé à long terme permettrait de commencer à infléchir durablement la dérive hypermédicalisée de la santé, attendu qu'il faudrait au moins une génération pour commencer à en voir les premiers résultats. De même, au niveau social, nous n'enrayerons pas le développement de la violence et de la délinquance, étroitement lié à la perte des valeurs évoquée ci-dessus, par la seule multiplication des moyens répressifs, des policiers, des agents de sécurité, des caméras de surveillance. Tant que nous ne prendrons pas en considération les causes globales et profondes de ce phénomène, qui remontent à plusieurs décennies, les solutions ponctuelles que nous y appliquerons — qui, pour des raisons électorales, doivent évidemment être rapides et prétendument efficaces (au moins en apparence) — ne feront que nous offrir un sursis éphémère avant une récidive à plus large échelle. La société occidentale moderne ressemble ainsi à un ballon de baudruche qui se dégonfle et dont nous essayons maladroitement de préserver la forme extérieure en l'amidonnant : à défaut de pouvoir insuffler un supplément d'âme à une société qui en manque désespérément, nous nous contentons d'en rigidifier les structures à coup de lois et décrets de toutes sortes, dont la multiplication est un signe de mauvaise santé morale. Ce que nous enseigne l'allégorie de la grenouille, c'est que chaque fois qu'une détérioration est lente, faible, presque imperceptible, il nous faut une conscience très aiguisée, ou une bonne mémoire, pour nous en rendre compte, ou encore un étalon fiable d'après lequel évaluer l'état de la situation. Or il semble que ces facteurs soient tous trois aujourd'hui chose rare. 1. Il semble que cette allégorie ait été présentée la première fois dans le livre de Marty Rubin, publié en 1987, The boiled Frog Syndrome. 2. ... que je ne recommande évidemment pas. |




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