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160 pages |
| Couverture souple. 11 x 18 cm |
| Réf. : 192533 |


le 15/06/08 [Ingrid Jade]
le 16/08/08 [Nelly Nellheil]
le 14/08/08 [Stessie Roblin]
le 03/08/08 [Michelle Maes]
le 21/08/08 [Isabelle]
le 05/05/08 [Sab la grenouille]
le 08/05/08 [Anonyme]
le 05/02/08 [Vanessa Rodet]
le 23/02/08 [Zabulette]
le 04/01/08 [Ode]
le 09/02/08 [Arachnea33]
le 12/01/08 [Agathe Agathe]
le 02/01/08 [Jujuramp]
le 18/05/08 [Stéphanie B. ]
le 28/04/08 [Florence Latour]
le 17/12/07 [An'so ]
le 05/03/08 [Carole Rannou]
le 25/01/08 [Virginie Vuidart]
le 24/02/08 [Aurélie Labelete]


1Accrochés au plafond, des tubes au néon éclairent une dame âgée qui s'approche d'un bébé dans un landau gris : - Oh, il sourit ! Une autre femme plus jeune - la commerçante -, assise près de la fenêtre et face à la caisse enregistreuse où elle fait ses comptes, s'insurge : - Comment ça, mon fils sourit ? Mais non, il ne sourit pas. Ce doit être un pli de bouche. Pourquoi il sourirait ? Puis elle reprend ses calculs pendant que la cliente âgée contourne la voiture d'enfant à la capote relevée. Sa canne lui donne l'allure et le pas maladroits. De ses yeux mortels - obscurs et plaintifs - à travers le voile de sa cataracte, elle insiste : - On dirait pourtant qu'il sourit. - Ça m'étonnerait, personne n'a jamais souri dans la famille Tuvache ! revendique la mère du nouveau-né en se penchant par-dessus le comptoir pour vérifier. Elle relève la tête, tend son cou d'oiseau et appelle : - Mishima ! Viens voir ! Une trappe au sol s'ouvre comme une bouche et apparaît, telle une langue, un crâne dégarni : - Quoi ? Que se passe-t-il ? Mishima Tuvache sort de la cave avec, entre les bras, un sac de ciment qu'il dépose sur le carrelage tandis que sa femme lui raconte : - La cliente prétend qu'Alan sourit. - Qu'est-ce que tu dis, Lucrèce ?... Époussetant un peu de poudre de ciment sur ses manches, il s'approche à son tour du nourrisson qu'il contemple longuement d'un air dubitatif avant de diagnostiquer : - Il a sûrement la colique. Ça leur dessine des plis de lèvres comme ça..., explique-t-il en remuant ses mains à l'horizontale, l'une par-dessus l'autre devant son visage. On peut parfois confondre avec des sourires mais ça n'en est pas. Ce sont des grimaces. Puis il glisse ses doigts sous la capote du landau et prend l'aïeule à témoin : - Regardez. Si je pousse les commissures de ses lèvres vers le menton, il ne sourit pas. Il fait la gueule comme son frère et sa sœur dès qu'ils sont nés. La cliente demande : - Relâchez. Le commerçant s'exécute. La cliente s'exclame : - Ah ! vous voyez bien qu'il sourit. Mishima Tuvache se redresse, bombe le torse et s'agace : - Qu'est-ce que vous vouliez, vous ? ! - Une corde pour me pendre. - C'est haut de plafond, là où vous habitez ? Vous ne savez pas ? Tenez, prenez ça : deux mètres devraient suffire, continue-t-il en sortant d'un rayonnage un lien de chanvre. Le nœud coulant est déjà fait ! Vous n'aurez plus qu'à glisser votre tête dedans... Tout en payant, la dame se tourne vers le landau : - Ça met du baume au cœur de voir un enfant qui sourit. - Oui, oui, c'est ça ! râle Mishima. Allez, rentrez chez vous. Vous avez mieux à faire, maintenant, là-bas. La dame âgée et désespérée s'en va, la corde enroulée autour d'une épaule sous un ciel chagrin. Le commerçant se retourne dans le magasin : - Hou, bon débarras ! Fait chier, celle-là. Il ne sourit pas. La mère est restée près de la caisse suspendue de la voiture d'enfant qui remue toute seule. Le grincement des ressorts se mêle à des gazouillis et des éclats de rire émanant de l'intérieur du landau. Plantés de chaque côté, les parents se regardent catastrophés : - Merde... 2Lucrèce Tuvache, très fâchée dans le magasin, cache entre ses mains crispées dans le dos une feuille de papier qui tremble au rythme de sa colère. Penchée sur son petit dernier, debout en short devant elle et qui la regarde de sa bouille réjouie, elle le sermonne, lui fait la leçon : - Et puis cesse de chantonner (elle l'imite) : « Bonzou-our !... » quand des gens arrivent. Il faut dire d'un air lugubre : « Mauvais jour, madame... » ou : « Je vous souhaite le grand soir, monsieur. » Et surtout, ne souris plus ! Tu veux faire fuir la clientèle ?... Qu'est-ce que c'est que cette manie d'accueillir les gens en roulant des yeux ronds et en agitant les index dressés en l'air de chaque côté des oreilles ? Crois-tu que les clients viennent ici pour contempler ton sourire ? Ça devient insupportable, ce truc-là. On va te mettre un appareil ou te faire opérer ! Un mètre soixante et la quarantaine finissante, Mme Tuvache est furibarde. Cheveux châtains et plutôt courts balayés derrière les oreilles, la mèche oblique sur son front donne de l'élan à sa coiffure. Quant aux boucles blondes d'Alan, elles s'envolent, comme sous l'effet d'un ventilateur, face aux cris de la mère qui sort de dans son dos la feuille de papier qu'elle dissimulait - Et puis c'est quoi, ce dessin que tu as rapporté de la maternelle ?... D'une main, elle le tend devant elle et en fait la description, tapotant dessus l'index rageur de son autre main - Un chemin qui mène à une maison avec une porte et des fenêtres ouvertes devant un ciel bleu où brille un grand soleil !... Et alors, il n'y a pas de nuages ni de pollution dans ton paysage ? Où sont-ils les oiseaux migrateurs qui nous fientent les virus asiatiques sur la tête et où sont-elles les radiations, les explosions terroristes ? C'est totalement irréaliste. Viens plutôt admirer ce que Vincent et Marilyn dessinaient à ton âge ! |




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