Et après...
Votre vie peut basculer d'un jour à l'autre
384 pages
Couverture cartonnée
Réf : 873170
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Et si aujourd'hui était le dernier jour de votre vie... seriez-vous prêt ?
Résumé
Si Nathan a un regret dans la vie, c'est d'être loin de sa fille Bonnie. Suite à son divorce, ce brillant avocat mène une existence remplie de succès professionnels mais morne côté vie privée. Jusqu'au jour où il rencontre le docteur Goodrich, un mystérieux médecin qui se présente comme un "messager". Pressentant la mort prochaine de certaines personnes, il serait chargé de les aider à mettre de l'ordre dans leur vie avant qu'il ne soit trop tard. Evidemment, Nathan n'en croit pas un mot, mais est bientôt témoin de scènes qui semblent confirmer les dires du médecin.
Un doute horrible l'assaille : Goodrich l'a-t-il contacté pour lui annoncer sa prochaine disparition ? Nathan se lance à corps perdu dans une course contre la montre pour réparer ses erreurs passées. Mais peut-on, en l'espace de quelques jours, racheter toute une vie ?
Mot de l'auteur
« Il y a quelques années, en pleine nuit, j'ai eu un accident en rentrant de Nice où j'étais allé voir ma fiancée. Devenue incontrôlable, ma voiture a percuté très violemment les rambardes de sécurité des deux côtés de l'autoroute. Par chance, je n'ai pas été blessé mais mon véhicule a été pulvérisé. Cet accident a constitué le point de départ de Et après...
Moi qui n'avais auparavant jamais vraiment songé à la mort, j'ai réalisé en une demi-seconde combien la vie est précieuse et fragile et que nous ne la maîtrisons pas. Dans ces moments où elle nous échappe, surgit la question que nous redoutons tous : est-ce vraiment la fin ou y a-t-il autre chose ? Un ailleurs, un après... »

Guillaume Musso
Pourquoi on l'a choisi
Digne héritier de Marc Levy, Guillaume Musso nous livre un roman foisonnant, magique, envoûtant, qui aborde des sujets graves avec une surprenante légèreté. Véritable hymne à la vie, c'est aussi une merveilleuse histoire d'amour entre un homme pris dans le tourbillon de la réussite sociale, la femme qu'il veut reconquérir, et leur petite fille pleine de joie pour laquelle il se doit de vivre le plus intensément possible...
Moyenne des avis :Les avis des internautesNombre d'avis :13
Le 25 décembre 2008
Magnifique !
L'histoire me rappelait vaguement "Et si c'était vrai" de Marc Levy, ce qui m'a poussée à le lire. Et vraiment, je ne l'ai pas lâché! Chaque chapitre achevé me donnait envie de lire le suivant! Le livre est simple et captivant, l'histoire émouvante et la fin... surprenante ! Un livre à recommander en attendant... le film !
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Rynka Sophie
Le 14 janvier 2009
Incroyable !!!
Ce livre m'a captivée !!!! On commence et on n'arrive plus à s'arrêter, c'est un trop plein d'émotions pages après pages... C'était mon "premier Musso" découvert en France l'été dernier, depuis je les ai tous lus et chaque fois avec le même plaisir et la même impatience de lire "la page d'après" !!!
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Le 29 juin 2009
Sans +
C'est le premier livre que j'ai lu de Guillaume Musso et je dois dire que je n'adhère pas à son univers. Le surnaturel ne me dérange pas du tout puisque je suis une fan inconditionnelle de Marc Lévy. Mais chez Musso, trop de clichés, pas de réel intérêt, je n'ai pas accroché. J'ai préféré "Seras-tu là". Je pense que je ne vais pas insister, j'abandonne la lecture Musso. Trop déçue à chaque fois !
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lapauze isabelle
Le 03 février 2009
Fan
Comment ne pas devenir fan de Guillaume Musso ? Une pointe de surnaturel, de suspense avec un côté sentimental et tendre... on découvre un de ses livres et on les dévore tous...
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BARRIOZ MIREILLE
Le 23 février 2009
Intense et bouleversant !
Je découvre Guillaume Musso, avec ce roman, intense et captivant, une histoire forte, bouleversante, qui nous fait nous interroger sur notre propre rapport à la Mort... Y a-t-il un endroit où nous allons tous ? N'est-il pas urgent de profiter du moment présent et de nos mille petits bonheurs quotidiens ? Ce récit spirituel doublé d'une magnifique histoire d'amour au dénouement vertigineux m'a transportée !!! BRAVO ET MERCI !!!
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fassard fabienne
Le 26 décembre 2008
Bof
Je n'ai pas été captivée par cette histoire. J'ai lu ce livre jusqu'au bout mais je suis restée un peu sur ma faim. J'étais déçue.
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Le 16 avril 2009
Bon, et après...
Bonne intrigue mais bien qu'un "Musso" ressemble fortement à un "Lévy" (pour notre plus grand plaisir) le style d'écriture captive moins le lecteur.
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TANNIOU Jessica
Le 07 avril 2009
J'adore
J'ai lu ce livre il y a pas mal de temps déjà et j'ai adoré. Il ne m'a pa fallu longtemps pour le lire tellement il est captivant. On est très vite plongé dans l'histoire. A lire absolument.
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Le 26 juin 2009
Il m'a sauvée
J'allais mal quand j'ai commencé à le lire et au fil des pages que je dévore, j'ai pris conscience que ce livre est une pure merveille. Il m'a aidée à m'en sortir. Depuis, je le conseille à tout le monde, c'est un excellent livre écrit par un excellent écrivain.
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Le 26 mai 2009
Epoustouflant !!
Une fin inattendue... un suspense soutenu... que d'émotion !
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Bonniemeggie
Le 26 août 2009
Le meilleur
J'ai découvert cet auteur avec un roman et j'ai acheté tous les autres ! J'adore tout simplement... On reste accroché au livre, on a hâte de le finir et en plus, la fin nous scotche (comme dans la vie). Celui-là, c'est mon préféré, on est vraiment avec Nathan tout le long et cela m'a même fait couler des larmes...
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parent severine
Le 24 août 2009
Il m'a fait pleurer
Lisez ce roman : il est rempli d'imagination, mais tellement vrai... La fin est étonnante !
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Le 18 septembre 2009
Un peu déçue
Ce roman est bien, mais je trouve qu'il lui manque un petit quelque chose qui ferait de ce roman un très bon livre. On reste sur notre faim !
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Interview
ET APRÈS...

Interview croisée

GUILLAUME MUSSO / ROMAIN DURIS




(Pour G. Musso) Comment vous est venue l’idée du roman ?

L’idée m’est venue après un accident de voiture qui m’a beaucoup marqué, l’année de mes 24 ans. Par chance, je n’ai pas été gravement blessé mais mon véhicule a été détruit. Cet épisode m’a fait prendre conscience de la fragilité de la vie qui peut basculer en une demi-seconde. J’ai donc voulu écrire une histoire sur cette expérience et sur cette urgence de vivre que la rencontre avec la mort peut provoquer. Pour traiter ce thème de façon ludique, j’ai choisi d’emprunter le détour par le surnaturel, un peu à la manière de certains films - Sixième Sens... - qui m’avaient marqué.


(Pour R. Duris) Qu’est-ce qui vous a donné envie de jouer dans le film ?

Gilles Bourdos. J'ai vite eu confiance en lui, en sa vision si singulière ; lorsqu'il me parlait du script, que j'ai trouvé par ailleurs efficace et bien rythmé, tout un univers se dessinait et m'intriguait. J'avais envie de le suivre.
Je trouvais aussi intéressant que Gilles réside à New York et qu'il veuille filmer cette ville, non pas comme un touriste, mais comme un résident qui connaît Brooklyn comme sa poche.
Quand je discutais avec Gilles, je sentais que l'esthétique du film allait prendre une place toute particulière et lorsqu'il m'a dit qu'il embarquerait avec lui le chef opérateur Mark Ping Bing Lee que je connaissais pour avoir vu les chefs d'œuvres d'Hou Hsiao Hsien, une autre raison pour faire le film s'ajoutait.
Je trouvais aussi le parcours du personnage intéressant. D'abord fermé, verrouillé puis s'ouvrant petit à petit aux autres, le personnage passe par plein d'états différents, toujours accompagné d'une importante charge émotionnelle, si plaisante bien que parfois difficile à jouer.
Enfin, depuis un certain temps, on cherchait, avec mon agent, un projet en anglais ; j'ai toujours trouvé intéressant de jouer dans une autre langue, peut-être pour écouter différemment les émotions.


(Pour R. Duris) Selon vous, Et après est-il plutôt une histoire d’amour ou de suspense ?

Et après est une histoire d'amour avec du suspens comme chaque BELLE histoire d'amour.


(Pour G. Musso) Comment expliquez-vous l’impact incroyable que cette histoire a eu sur le public ?

L’impact de ce roman me dépasse ! Il a été traduit en 20 langues et, près de cinq ans après sa parution, il figure toujours dans les meilleures ventes. Surtout, il ne se passe pas un jour sans que je reçoive plusieurs courriers de lecteurs qui me font part de leur attachement à cette histoire. S’il est toujours difficile d’expliquer un succès, je crois que les gens se sont vraiment identifiés aux personnages dont la trajectoire fait écho à des épreuves que vivent beaucoup de personnes : la perte de l’être aimé, la difficulté à concilier vie familiale et vie professionnelle, la capacité de rebondir après un traumatisme…


(Pour les deux) Le film de Gilles Bourdos est capable de séduire aussi bien ceux, nombreux, qui ont lu le roman que ceux qui ne l’ont pas encore lu. À votre avis, qu’est-ce que le film apporte de différent ?

>G. Musso : Je sais que les lecteurs de Et après attendent le film avec impatience et je ne doute pas un seul instant qu’ils vont apprécier le résultat qui est fidèle à l’esprit et au « message » du roman. On y trouve en tout cas le même niveau d’émotion. De plus, le film bénéficie de la force des images : dès les premiers plans, on baigne dans une ambiance poétique, dramatique et mystérieuse. La tension est permanente et le rythme ne faiblit jamais. Certaines scènes sont poignantes et continuent à vous hanter bien après la fin de la projection. J’ai vraiment été emballé par le travail de Gilles Bourdos, le réalisateur, qui a réussi une adaptation profonde et émouvante. J’ai même été jaloux de certaines de ses trouvailles !

R. Duris : La mise en image de l'histoire est particulièrement réussie. Gilles et son chef opérateur Mark Ping Bing Lee ont réussi à donner au film une identité forte, singulière et magique et l'histoire n'en devient que plus percutante.


(Pour G. Musso) Qu’avez-vous ressenti en voyant vos personnages incarnés, particulièrement Nathan ?

L’interprétation de Romain est épatante car il a parfaitement compris le personnage de Nathan. Au début du film, c’est un homme fermé et fuyant qui, après un drame, s’est réfugié dans son travail et n’a pas su garder auprès de lui sa femme et sa fille. Peu à peu, il va s’humaniser et passer de la peur à l’amour. Romain réussit avec force et subtilité à retranscrire l’évolution de Nathan. On éprouve de l'empathie pour lui, on souffre et on s'interroge avec lui. Avec le film de Jacques Audiard, c’est pour moi l’un des plus grands rôles de sa carrière à ce jour.


(Pour R. Duris) Qu’est-ce qui vous a inspiré quand vous avez joué Nathan ?

Le parcours du personnage.
On le voit au début barricadé, froid et fuyant, longeant les murs de ce pays qui n'est pas le sien, s'agrippant au travail et luttant quotidiennement contre sa propre solitude.
Il s'ouvrira petit à petit en découvrant la précarité de la vie.


(Pour G. Musso) Le film réunit aussi des stars de tout premier plan comme John Malkovich ou Evangeline Lilly. Ces acteurs correspondent-ils à l’idée que vous vous étiez faite de vos personnages en écrivant, et que leur apportent-ils ?

Le film bénéficie vraiment d’un casting de rêve ! John Malkovich est épatant – mais qui aurait pu en douter ! – inquiétant au début du film et plein de compassion à la fin. Son face à face avec Romain Duris est aussi intense que dans le roman. Il existe entre eux un lien très fort et une alchimie mystérieuse qui se crée dès leur première rencontre. Quant à Evangeline Lilly, elle illumine le film et propose un visage différent de celui qu’on connaît d’elle dans la série Lost. En quelques scènes, elle donne à son personnage profondeur, douceur et humanité. Je pense qu’elle va émouvoir, charmer et étonner les spectateurs.


(Pour les deux) Le fait d’écrire ou de travailler sur ce sujet a-t-il modifié votre rapport à vos proches, et peut-être même à la mort ?

G. Musso : Depuis mon accident, j’essaie de vivre davantage le moment présent. Comme l’ont noté de nombreux philosophes, le passé et le futur sont en effet les deux plaies qui minent notre vie quotidienne. Nous sommes constamment tiraillés par, d’un côté, la nostalgie et les regrets liés au passé et, de l’autre, l’espérance et les projets liés au futur. Le risque étant bien entendu de passer à côté de la seule « vraie » vie : celle du moment présent.

R. Duris : J'ai le sentiment de vivre sans pour autant fuir l'idée de la mort.
Aller explorer la détresse qu'elle procure m'intéresse. On en sort d'autant plus vivant.


(Pour les deux) Vous avez une trentaine d’années et connaissez un très grand succès. Comment vivez-vous la notoriété ?

G. Musso : La notoriété est ambivalente : elle représente à la fois une certaine reconnaissance de votre travail par les lecteurs, ce qui est très gratifiant, mais elle peut aussi s’avérer pesante si elle bride votre créativité par peur de décevoir.

R. Duris : Mal mais c'est un secret.


(Pour G. Musso) Que représente Et après dans votre parcours ?
Et après marque pour moi la date de ma rencontre avec les lecteurs. La parution de ce roman a été la concrétisation d’un rêve que je portais en moi depuis l’adolescence : écrire une histoire capable de toucher les gens : les faire rire, les émouvoir, les faire réfléchir. « Divertir tout en élevant », pour reprendre une formule de François Truffaut.


(Pour R. Duris) Dans l’histoire, Nathan est confronté à un don qui le dépasse. Comment réagiriez-vous à sa place ?

Je parlerai aux autres le plus possible et je ferai du cinéma… et je sauverai le monde…


(Pour les deux) Que feriez-vous s’il ne vous restait qu’une seule journée à vivre ?

G. Musso : Je ne me résignerais pas et mettrais toutes mes forces dans la bataille pour justement faire en sorte que ce jour ne soit pas le dernier ! C’est d’ailleurs le thème de mon dernier roman : Je reviens te chercher.

R. Duris : Je mangerais une assiette de spaghetti alle vongole avec un verre de très bon vin, le meilleur, à l'ombre d'un olivier, avec celle que j'aime.

Extrait
« Il en est qui naissent grands... et d'autres qui conquièrent les grandeurs...»
Shakespeare


Manhattan.
De nos jours.
09 décembre.



Comme tous les matins, Nathan Del Amico fut réveillé par deux sonneries simultanées. Il programmait toujours deux réveils : l'un branché sur le secteur, l'autre fonctionnant à piles. Mallory trouvait ça ridicule.
Après avoir avalé la moitié d'un bol de corn flakes, mis la main sur un survêtement et une paire de Reebok usagées, il sortit pour son footing quotidien.
Le miroir de l'ascenseur lui renvoya le reflet d'un homme encore jeune, au physique agréable mais au visage fatigué.
Tu aurais bien besoin de vacances mon petit Nathan, pensa-t-il en observant de plus près les fines ombres bleutées qui s'étaient logées sous son regard pendant la nuit.
Il remonta la fermeture éclair de sa veste jusqu'au col puis enfila des gants fourrés et un bonnet de laine à l'effigie des Yankees.
Nathan habitait au 23e étage du San Remo Building, l'un des luxueux immeubles résidentiels de l'Upper West Side, qui donnait directement sur Central Park West. Dès qu'il mit le nez dehors, une buée blanche et froide s'échappa de ses lèvres. Il faisait encore presque nuit et les immeubles résidentiels qui bordaient la rue commençaient à peine à émerger de la brume. La veille, la météo avait annoncé de la neige mais il n'était encore rien tombé.
Il remonta la rue à petites foulées. Partout, les illuminations de Noël et les couronnes de houx accrochées aux entrées donnaient un air de fête au quartier. Nathan passa devant le muséum d'histoire naturelle et, au terme d'une course d'une centaine de mètres, pénétra dans Central Park.
A cette heure de la journée, et vu le froid, le lieu n'était guère fréquenté. Un vent glacial en provenance de l'Hudson balayait la piste de jogging autour du Reservoir, le lac artificiel qui s'étendait au milieu du parc.
Même s'il n'était pas vraiment conseillé de s'aventurer sur cette piste lorsque le jour n'était pas entièrement levé, Nathan s'y engagea sans appréhension. Il courait ici depuis plusieurs années et rien de fâcheux ne lui était jamais arrivé. Nathan s'imposa un rythme de course soutenu. Le froid était piquant mais pour rien au monde il n'aurait renoncé à son heure de sport quotidienne.
Au bout de trois quarts d'heure d'efforts, il fit une halte au niveau de Traverse Road et se désaltéra abondamment avant de s'asseoir un moment sur la pelouse.
Là, il pensa aux hivers cléments de Californie et au littoral de San Diego qui proposait des dizaines de kilomètres de plages idéales pour la course à pied. L'espace d'un instant, il se laissa envahir par les éclats de rire de sa fille Bonnie.
Elle lui manquait terriblement.
Le visage de sa femme Mallory et ses grands yeux d'océan traversèrent également son esprit mais il se força à ne pas s'y attarder.
Arrête de remuer le couteau dans la plaie.
Pourtant, il demeura assis sur le gazon, toujours habité par ce vide immense qu'il avait ressenti lorsqu'elle était partie. Un vide qui le dévorait intérieurement depuis plusieurs mois.
Jamais il ne s'était douté que la douleur puisse prendre cette forme.
Un bref instant, des larmes lui réchauffèrent les yeux avant d'être balayées par le vent glacé.
Il avala une gorgée d'eau supplémentaire. Depuis qu'il s'était réveillé, il ressentait un élancement bizarre dans la poitrine, un peu comme un point de côté, qui entravait sa respiration.
Les premiers flocons tombaient. Alors il se leva et regagna le San Remo en allongeant les foulées pour aller prendre une douche avant de partir travailler.

En costume sombre et rasé de frais, Nathan s'engouffra dans la tour de verre qui abritait les bureaux du cabinet Marble & March, à l'angle de Park Avenue et de la 52e rue. Le hall d'entrée, d'une hauteur de deux étages, était dominé par une spectaculaire voûte couverte d'une mosaïque d'inspiration byzantine.
De tous les cabinets d'avocats d'affaires de la ville, Marble était celui qui avait le vent en poupe. Il employait plus de neuf cents salariés à travers les États-Unis, dont la moitié à San Diego - le siège social - et trois cents à New York.
Fraîchement diplômé de Columbia, Nathan s'était démené pour trouver un poste dans un prestigieux cabinet. Sa carrière s'annonçait prometteuse, elle fut fulgurante. Il se révéla très vite un collaborateur hors pair et devint la coqueluche de la maison, au point qu'Ashley Jordan, l'associé principal du cabinet, avait proposé sa candidature au comité général qui décidait du choix des associés. Le cabinet de New York était en plein développement et il lui fallait du sang neuf. La candidature fut donc approuvée, si bien qu'à trente et un ans Nathan avait fait ses bagages pour retourner dans la ville qui l'avait vu grandir et où l'attendait son nouveau poste de responsable adjoint du département des fusions-acquisitions.
Un parcours exceptionnel à son âge.
Cela voulait dire que son salaire atteignait maintenant 45 000 dollars par mois, sans compter les avantages en nature. Cela signifiait aussi qu'au titre d'associé il touchait une prime annuelle de près d'un demi-million de dollars.
Son compte en banque venait, pour la première fois, de passer la barre du million de dollars. Et ce n'était qu'un début.
Nathan avait réalisé son ambition : devenir un rainmaker, un des avocats les plus renommés et les plus précoces de la profession. Il avait réussi dans la vie. Non pas en faisant fructifier de l'argent à la bourse ou en profitant de relations familiales qu'il n'avait pas. Non, il avait gagné de l'argent par son travail ; en défendant des individus et des sociétés et en faisant respecter des textes de loi.
Nathan exaspérait la plupart de ses collègues. Il était trop exemplaire, trop parfait. Non content de bénéficier d'un physique avantageux, il n'oubliait jamais de dire bonjour aux secrétaires, remerciait le portier qui lui appelait une voiture et consacrait gratuitement quelques heures par mois à des clients nécessiteux. Et il fallait ajouter à ça le prestige de quelques coups d'éclat : lors de la fusion très médiatique (et très lucrative pour son cabinet) des entreprises Downey et NewWax, il avait abattu l'essentiel du travail en supervisant cinq autres associés. Parmi les gens du métier, tout le monde savait que c'était lui qui avait fait le gros du boulot. Il avait d'ailleurs eu un article élogieux dans le National lawyer, l'un des journaux les plus renommés de la profession.

Brillant, riche et fier de lui.
Tel était Nathan Del Amico.
Vu de l'extérieur.