Enquête dans le brouillard
Enquête dans le brouillard
480 pages
Couverture souple. 12,5 x 20 cm
Réf : 768670
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Résumé
Roberta a-t-elle tué son père d’un coup de hache ? L’inspecteur Thomas Linley, comte d’Asherton, beau, riche et célèbre, et le sergent Barbara Havers, pauvre, résolument laide et un caractère de cochon, font équipe, bien malgré eux. Et plongent dans un monde de haines féroces, de scandales enfouis et de monstruosités ordinaires...
Une romancière, psychologue de formation, qui dès son premier suspense donnait toute la mesure de son immense talent.  
En savoir plus
Facture classique, atmosphère britannique, suspense résolument retors : ce premier roman, couronné en 1990 du Grand Prix de Littérature policière, permet à Elizabeth George de pénétrer dans le cercle fermé des grandes prêtresses du roman policier et de se situer d'emblée au niveau de P.D. James ou de Ruth Rendell.
Moyenne des avis :Les avis des internautesNombre d'avis :4
jujuramp
Le 29 mars 2008
Le début d'une oeuvre...
ENQUETE DANS LE BROUILLARD est le premier opus de la série des aventures de Havers and Linley, la brute et le gentleman. Une sérié à succès qui porte Elizabeth Georges au rang de reine du polar. Je recommande ce livre chaudement !
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asl
Le 11 mars 2008
L'auteur a déjà fait mieux
Suspense suspendu !!! Trop de détails sans intérêt pour l'histoire. Bon sujet pourtant. Dommage qu'il y ait tant de longueurs qui nous font perdre le fil.
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peretti laurence
Le 05 novembre 2008
A lire
A lire comme tous les autres volumes qui suivent. Linley et Havers sont des enquêteurs aussi differents qu'attachants !
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Nem
Le 02 décembre 2009
So british !
J'aime particulièrement ce livre, premier tome de la série écrite par Elizabeth George. Le style so british vous transporte au coeur de l'histoire, parsemée de détails déclinant décor et personnages. On s'attache très vite au duo improbable que forment Linley et Havers. Thomas Linley,le gentleman, l'aristocrate, Inspecteur à New Scotland Yard et Barbara Havers, aux manières douteuses et sortant d'un milieu modeste et compliqué, forment tous deux une attachante équipe complémentaire. Un suspense et un dénouement toujours très fin notamment au niveau de la psychologie que l'auteur s'évertue à transmettre au lecteur. Beaucoup d'autres personnages récurrents viennent compléter les autres ouvrages comme la douce et pétillante Helen, Simon Saint-James, expert en médecine légale et ami de Linley... En somme, des livres à découvrir et des enquêtes à savourer.
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Lu dans la presse
« Une histoire d'une force et d'une gravité terribles. »

Pierrette Rosset, Elle
Extrait

1


Ce fut un solécisme de la pire espèce. Les yeux dans ceux de sa voisine, il lui lâcha un éternuement gras et sonore en pleine figure. Il y avait trois quarts d'heure qu'il se retenait, réprimant son envie avec la dernière énergie comme s'il s'était agi de repousser l'avant-garde d'Henry Tudor à la bataille de Bosworth. Mais il avait fini par succomber. Et son forfait commis, comme si cela ne suffisait pas, il se mit à renifler.
La femme le fixa. C'était le genre de personne qui lui faisait perdre tous ses moyens. De haute taille, vêtue avec l'élégance tranquille et décousue qu'affectionne la haute société britannique, l'air hors du temps, elle dardait sur lui un regard bleu acier qui avait dû faire fondre en larmes mainte soubrette un demi-siècle plus tôt. Elle était sûrement plus près de quatre-vingts ans que de soixante, encore qu'il eût été difficile de lui donner un âge. Posée droite comme un i sur sa banquette, les mains croisées sur les genoux, elle incarnait le défi permanent que son éducation et sa naissance avaient lancé à toutes les lois du confort.
Elle continua de le dévisager, fixant son col romain et son nez qui coulait.
Pardonnez-moi, très chère. Mille excuses. Ce n'est tout de même pas un malheureux éternuement qui va mettre un terme à une si belle amitié. Il était toujours plein d'esprit quand il se parlait à lui-même, mais dès qu'il ouvrait la bouche, les choses commençaient à se gâter. Il renifla encore. Et de nouveau elle le fixa. Pourquoi diable voyageait-elle en seconde ? Depuis qu'avec des grâces de Salomé arthritique elle s'était engouffrée dans le wagon à Doncaster, elle passait son temps à boire l'infect café tiédasse qu'on sert dans les chemins de fer et à lui lancer les regards désapprobateurs que l'Eglise anglicane réserve au reste du monde.
C'est alors qu'il avait éternué. Si encore sa conduite avait été irréprochable de Doncaster à Londres, peut-être aurait-elle fermé les yeux sur son catholicisme. Son éternuement l'avait, hélas, condamné à jamais.
— Je... ah... si vous voulez bien m'excuser...
Mais il n'y avait rien à faire. Son mouchoir était au fond de sa poche. Pour l'atteindre, il lui aurait fallu lâcher l'attaché-case cabossé posé en travers de ses genoux et ça, c'était impensable. Tant pis, il faudrait qu'elle comprenne. Cette fois, madame, ce n'est pas d'un simple manquement à l'étiquette qu'il s'agit mais de meurtre. A cette pensée, il renifla derechef avec une vigueur ostentatoire.
Ulcérée, sa voisine se redressa d'un cran encore, suant la désapprobation par tous les pores et le gratifiant d'un coup d'œil qui en disait plus long que bien des discours. « Pauvre petit bonhomme. Il est pathétique avec ses soixante-quinze ans bien sonnés et il correspond si bien à l'image qu'on se fait d'un prêtre : même pas capable de se raser sans se couper. Regardez- le avec cette miette de toast collée au coin des lèvres, son costume noir luisant raccommodé aux coudes et aux poignets, son chapeau informe et poussiéreux. Et cet horrible porte-documents ! Depuis Doncaster, il s'y cramponne comme s'il craignait que je le lui arrache des mains et me jette par la fenêtre avec. Seigneur ! »
Avec un profond soupir, la dame se détourna, cherchant ailleurs un salut hypothétique. Mais il était écrit qu'elle n'en trouverait pas. Le nez de l'ecclésiastique continua de couler jusqu'à ce que le ralentissement du train annonce leur arrivée imminente à bon port.
La voyageuse se leva, dirigeant sur lui un œil furibond.
— Je sais maintenant ce que les catholiques entendent par purgatoire, siffla-t-elle avant de mettre le cap sur la sortie.
— Mon Dieu, murmura le père Hart. Mon Dieu, je suppose que j'ai...
Mais elle était déjà partie. Le train s'était immobilisé sous le plafond voûté de la gare londonienne. Il était temps de passer à l'action.
Il balaya le compartiment d'un coup d'œil circulaire afin de s'assurer qu'il n'oubliait rien, précaution parfaitement inutile car il n'avait emporté que l'attaché-case dont il ne s'était pas séparé un seul instant. Le nez à la vitre, il loucha en direction de l'immense gare.
Il pensait trouver une architecture semblable à celle de la gare de Victoria - du moins telle qu'il l'avait connue dans son enfance -, avec ses rassurants murs de brique, ses kiosques et ses chanteurs des rues qui jouaient en permanence à cache-cache avec la police. Mais King's Cross n'avait rien de commun avec Victoria. C'étaient des kilomètres de sols carrelés, une forêt de panneaux publicitaires, des kiosques à journaux, des buralistes, des gargotes à hamburgers. Et des centaines de gens - il ne s'était pas attendu à en voir autant faisant la queue aux guichets, se calant diversement les joues tout en courant pour attraper leur train, discutant, riant, s'embrassant. Des gens de toutes les races et de toutes les couleurs. Il se demanda s'il réussirait à supporter tant de bruit et d'agitation.
— Vous descendez, mon père, ou vous passez la nuit ici ?
Saisi, le père Hart plongea son regard dans celui du jovial porteur qui l'avait aidé à trouver sa place lorsqu'il était monté à York. L'homme avait une bonne bouille de gars du Nord sur laquelle la bise glaciale des landes écossaises avait gravé une multitude de petits vaisseaux violacés.
Ses yeux couleur de silex naviguaient, interrogateurs, du visage du prêtre à son attaché-case avec une vivacité non dénuée de sympathie. Etreignant farouchement la poignée de la mallette, le père Hart se raidit, soucieux d'offrir à son prochain l'image rassurante de la résolution. Au lieu de quoi, il ne réussit qu'à se faire dans le pied gauche une horrible crampe qui lui arracha un faible gémissement de douleur.
— P't-êt' que vous devriez pas voyager seul, remarqua le porteur, inquiet. Z'êtes sûr que vous avez pas besoin d'un coup de main ?
Evidemment qu'il avait besoin d'aide. Malheureusement, il ne pouvait compter sur personne, et pas davantage sur lui-même.
— Non, non. Je descends. Merci encore de votre obligeance. Sans vous, je ne sais pas comment j'aurais trouvé ma place.
Le porteur balaya les remerciements d'un geste de la main.
— Pas de quoi. Y a des gens qui savent pas ce que c'est qu'une place réservée. J'ai bien fait, non ?
— Il n'y avait rien d'autre à faire...
Le père Hart inspira bien à fond. S'engager dans le couloir, descendre du train, trouver le métro, ça ne devait tout de même pas être infaisable. Il se dirigea vers la porte en traînant les pieds. Son porte-documents qu'il tenait serré à deux mains contre son estomac ballottait à chaque pas.
Derrière lui, la voix du porteur s'éleva :
— Attendez, mon père ! Pas commode, cette porte, je vais vous ouvrir.
Hart recula pour lui laisser le passage. Sacs de plastique sur l'épaule, deux costauds préposés à l'entretien se hissaient déjà dans le wagon par l'autre porte afin de remettre les lieux en état pour le voyage de retour à York. C'étaient des Pakistanais qui parlaient l'anglais avec un tel accent que le prêtre ne comprit pas un traître mot à ce qu'ils racontaient.
Cette découverte l'emplit d'effroi. Qu'était-il venu fabriquer dans cette capitale peuplée d'étrangers basanés qui lui jetaient des regards hostiles ? Quel semblant de bien pouvait-il espérer faire ? Qu'était-ce encore que cette sottise ? Qui croirait jamais...
— Un coup de main, mon père ?
Le père Hart se décida enfin à bouger.
— Non, merci. Ça ira.
Il négocia les marches, prit pied sur le quai, perçut aussitôt les cris des pigeons sous la voûte. L'air égaré, il se dirigea vers la sortie côté Euston Road.
Derrière lui, la voix du porteur retentit de nouveau :
— Y a quelqu'un qu'est venu vous attendre ? Est-ce que vous savez où vous allez, seulement ?
L'ecclésiastique se redressa, agitant la main en guise d'adieu.
— A Scotland Yard, répondit-il d'un ton ferme.
Située en face de la gare de King's Cross, celle de St. Pancras lui ressemblait si peu que le père Hart, frappé par le contraste, resta plusieurs instants en arrêt devant sa splendeur néo-gothique. Perdu dans sa contemplation, il en oublia jusqu'au vacarme de la circulation dans Euston Road et à la puanteur des camions diesel. Pour un mordu d'architecture comme lui, le bâtiment valait certes le coup d'œil.
— Bonté divine, quelle merveille ! murmura-t-il, inclinant la tête en arrière pour mieux embrasser le spectacle de ces pics et de ces vallées de pierre. Il suffirait de la nettoyer un peu pour en faire un véritable bijou. (Machinalement, il examina les alentours comme s'il s'apprêtait à arrêter le premier passant venu pour lui faire un exposé sur les méfaits du chauffage au charbon.) Je me demande bien qui...
La sirène d'un car de police retentit soudain dans Caledonian Road, emplissant Euston Road. Le ululement ramena le prêtre à la réalité. Partagé entre l'irritation et l'inquiétude, il prit sur lui et se secoua. Si son esprit vagabondait dès maintenant, c'était le commencement de la fin... Ravalant les craintes qui l'étouffaient, il s'efforça de se ressaisir. C'est alors que son regard tomba sur un titre accrocheur qui s'étalait à la une du journal du matin. Mû par la curiosité, il s'approcha du kiosque.
L'EVENTREUR FRAPPE
A LA GARE DE VAUXHALL !
L'éventreur ! Sous le choc, il se recroquevilla, balaya les alentours du regard et ne put s'empêcher de jeter un coup d'œil subreptice sur l'article. Il le parcourut rapidement, tant il craignait qu'un examen plus approfondi ne trahisse un intérêt pour le morbide incompatible avec son état d'ecclésiastique. Des mots isolés lui sautèrent au visage. Tailladés... corps demi-nus... artères... sectionnées... victimes de sexe masculin...
Il frissonna. Portant instinctivement la main à sa gorge, il en mesura toute la vulnérabilité. Le col romain n'offrait à son porteur qu'une protection dérisoire ; le couteau du tueur n'aurait aucun mal à trouver la chair et s'y enfoncer.
Cette pensée lui coupa bras et jambes. Chancelant, il s'éloigna du kiosque. Fort heureusement pour lui, il aperçut alors l'entrée du métro à quelque dix mètres de là, ce qui eut pour effet de lui rafraîchir la mémoire.
Il fouilla dans sa poche à la recherche d'un plan et passa un bon moment à étudier le document froissé. « Circle Line, direction St. James's Park », marmonna- t-il. Et sur un ton plus assuré : « Circle Line, direction St. James's Park. Circle Line, direction St. James's Park. »
Aux accents incantatoires et proprement grégoriens de cette petite phrase, il descendit l'escalier et se dirigea vers le guichet. Ce ne fut qu'une fois confortablement installé dans le wagon qu'il cessa de chantonner et se mit en devoir d'examiner les autres voyageurs.
Constatant que deux dames d'un certain âge le dévisageaient avec une avidité patente, il baissa la tête.
— Je vous prie de m'excuser, expliqua-t-il avec un pâle sourire amical, la vie réserve parfois de ces surprises...
— Décidément, Pammy, ils ne reculent devant rien, confia aussitôt la plus jeune des deux femmes à son amie en décochant à l'ecclésiastique un regard de mépris glacial. Tous les déguisements sont bons maintenant.
Ses yeux délavés vissés sur le prêtre interdit, elle obligea sa frêle compagne à se mettre debout et l'entraîna vers la porte en l'invitant bruyamment à descendre à la prochaine.
Le père Hart les regarda partir avec résignation. Comment les blâmer ? On ne pouvait plus se fier à rien ni à personne. C'est exactement ce qu'il était venu leur dire : que ce n'était pas vrai, que ce n'était vrai qu'en apparence. Un corps, une adolescente, une hache. Mais la vérité était tout autre. Il lui fallait les convaincre et... O Seigneur, il était si peu doué pour ce genre de choses. Mais Dieu était avec lui. Il se cramponna de toutes ses forces à cette pensée. Ce que je fais est juste, ce que je fais est juste, ce que je fais est juste. Cette nouvelle litanie l'accompagna jusqu'aux portes de New Scotland Yard.