Le Parangon parti en mer pour accomplir sa mission de sauvetage de la Vivacia, son port d’attache est attaqué et incendié. Alors que Keffria fuit avec ses enfants, Malta, fascinée par la cité des Anciens et attirée par la voix du dragon, s’aventure dans la ville souterraine...
Le mot de Robin Hobb
« I am pleased and honoured that France Loisirs is offering my books. I would like to thank the book club members who have welcome my stories. »*
Robin Hobb
* Traduction de la dédicace de Robin Hobb aux adhérents : « Je suis heureuse et fière que France Loisirs vous propose mes romans et je remercie tous les lecteurs du Club qui ont réservé un si bel accueil à mes histoires. »
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Avec Les aventuriers de la mer, Robin Hobb nous transporte dans l’univers des Vivenefs, magnifiques navires de bois sorcier, doués de parole et de raison... L’auteur du célèbre cycle de L’assassin royal confirme, avec cette saga épique et merveilleuse, son statut unique dans la fantasy contemporaine.
Moyenne des avis :Les avis des internautesNombre d'avis :3
Ce tome est tout simplement envoûtant, je l'ai lu en une dizaine d'heures, je n'ai pas pu le lâcher. Comment les personnages vont-ils se débrouiller ? Que va faire la Vivenef ? On s'attend à un évènement et les pages qui suivent nous démontrent le contraire... Vite, la suite ! ^^
J'ai lu tous les tomes de "L'Assassin Royal", absolument captivant; c'est un vrai deuil de ne plus avoir de suite... J'ai lu les 6 tomes des "Aventuriers de la Mer" et j'attends impatiemment la suite, dépêchons, s'il vous plait !
Comme tous les autres livres de la série, l'histoire est prenante et j'attends le prochain tome avec impatience. Un seul reproche : les délais de parution chez France Loisirs sont un peu trop longs. Dommage !
Le nœud s'était agrandi. Maulkin semblait en tirer fierté et satisfaction. Shriver était plus partagée. Si l'effectif élargi de serpents qui voyageait désormais avec eux leur assurait une meilleure protection contre les prédateurs, il en résultait qu'ils devaient se répartir la nourriture. Elle s'en serait trouvée mieux s'ils avaient été plus nombreux à être doués de sensation mais la plupart de ceux qui suivaient le nœud n'étaient que des bêtes sauvages que l'instinct seul poussait à se regrouper.
Durant le déplacement et la chasse, Maulkin observait attentivement les serpents sauvages. Celui qui manifestait des signes prometteurs était capturé quand le nœud faisait halte pour se reposer. D'ordinaire, Kelaro et Sessuréa maîtrisaient la cible choisie, la plaquaient au fond et la laissaient se débattre contre leur poids et leur force conjugués jusqu'à la suffocation. Alors, Maulkin les rejoignait, lâchait ses toxines et dansait en ondulant à travers les méandres de la mémoire, tandis qu'ils exigeaient du nouveau venu qu'il se rappelât son nom. Les résultats étaient plus ou moins heureux. Ceux qui se souvenaient de leur nom n'étaient pas tous capables de le retenir longtemps. Certains demeuraient simples d'esprit ou reprenaient leurs habitudes bestiales dès la marée suivante. Mais d'autres, plus rares, recouvraient leur raison et s'accrochaient à une pensée plus élevée. Il en était même qui suivaient le nœud sans but durant plusieurs jours et qui, subitement, se rappelaient leur nom et leurs manières civilisées. Le noyau du groupe totalisait à présent vingt-trois serpents alors que plus du double traînaient derrière eux, comme des ombres. C'était un grand nœud. Le plus généreux des pourvoyeurs n'aurait pu y suffire.
À chaque halte, ils méditaient sur leur avenir. Les réponses de Maulkin ne les contentaient que rarement. Il s'exprimait aussi simplement que possible et, pourtant, ses paroles restaient confuses. Shriver devinait la propre perplexité de leur prophète ; elle ressentait de la pitié pour lui. Parfois, elle craignait que les autres, dans leur déception, ne se retournent contre lui. Elle regrettait presque le temps où ils n'étaient que tous les trois, Sessuréa, Maulkin et elle, à chercher ces réponses. Quand, un soir, en chuchotant elle confia ce regret à Maulkin, il la réprimanda. « Notre peuple a diminué. La confusion nous assaille de toutes parts. Si nous voulons survivre, nous devons rassembler autant de nos semblables que possible. Il faut que naisse une multitude afin que quelques-uns survivent.
- Naître », dit-elle. Sa question était implicite.
« La recombinaison des vies passées et des nouvelles. C'est cet appel que nous entendons tous. Notre vie de serpent est révolue. Nous devons trouver Celle-Qui-Se-Souvient. Elle nous guidera vers le lieu où nous chercherons à renaître sous une forme nouvelle. »
Ces paroles la firent frémir de tout son corps mais elle n'aurait su dire si c'était d'impatience ou d'effroi. Les autres s'étaient approchés pour écouter. Leurs questions fusèrent comme des capelans sur les flots, au clair de lune.
« Sous quelle forme ?
- Comment peut-on renaître ?
- Pourquoi notre temps est-il révolu ?
- Qui va se souvenir pour nous ? »
Les grands yeux cuivrés de Maulkin roulaient lentement dans leurs orbites. Des ondes de couleur se propageaient sur son corps. Il luttait. Elle le sentait et se demandait si les autres le sentaient de même. Il faisait d'immenses efforts pour sortir de lui-même, atteindre à la connaissance et en rapporter des fragments décousus. Cela l'épuisait davantage qu'une journée de voyage. Shriver devinait en outre qu'il était aussi mécontent que les autres de ses réponses incomplètes.
« Nous serons ce que nous avons été jadis. Les souvenirs que vous ne pouvez comprendre, les rêves qui vous effraient proviennent de cette époque. Quand ils vous viennent, ne les chassez pas. Méditez-les. Approfondissez-les au grand jour et partagez-les avec les autres. » Il marqua une pause et reprit avec plus de lenteur et d'hésitation : « Voici longtemps que nous aurions dû changer, trop longtemps : je crains qu'il ne soit advenu quelque chose de terrible. Quelqu'un se souviendra pour nous. Les autres vont venir nous protéger et nous guider. Nous les reconnaîtrons. Ils nous reconnaîtront.
- La pourvoyeuse argentée, demanda Sessuréa à mi-voix. Nous l'avons suivie mais elle ne nous a pas reconnus. »
Sylic se tordit, mal à l'aise, au cœur du nœud en repos. « Argentée. Gris argent, siffla-t-il. Tu te rappelles, Kelaro ? Xecrès a trouvé la grande créature gris argent et nous a ordonné de la suivre.
- Je ne me rappelle pas », trompeta Kelaro doucement. Il ouvrit et referma ses immenses yeux argentés. Ils roulaient en changeant de couleur. « Encore que, peut-être... comme un rêve. Un mauvais rêve.
- Elle nous a attaqués quand nous nous sommes regroupés autour d'elle. Elle nous a lancé de longues dents. » Sylic se noua lentement sur lui-même et s'immobilisa en découvrant sur son corps une profonde cicatrice. Les écailles qui la recouvraient étaient épaisses et inégales. « Elle m'a mordu ici, chuchota le serpent rouge d'une voix rauque. Elle m'a mordu mais elle ne m'a pas dévoré. » Il se retourna, plongea les yeux dans les yeux de Kelaro, comme pour y chercher une confirmation. « Tu as arraché les dents qui étaient restées plantées dans ma chair. Elles m'avaient transpercé et la plaie suppurait. »
Kelaro baissa les paupières. « Je ne me rappelle pas », répondit-il à regret.
Des ondes parcoururent le corps de Maulkin. Voilà longtemps que ses ocelles n'avaient pas brillé avec autant d'éclat. « La créature argentée t'a attaqué ? questionna-t-il, incrédule. Elle t'a attaqué ? » Un courant de colère bouillonnait dans sa voix. « Comment se pourrait-il que celle qui répand l'odeur des souvenirs se retourne contre ceux qui viennent lui demander secours ? » Il agita violemment sa grande tête d'avant, en arrière, la crinière dressée sous l'afflux des toxines. « Je ne comprends pas ! mugit-il soudain. Aucun souvenir de cela. Pas même le goût d'un souvenir ! Comment une chose pareille peut-elle se produire ? Où est Celle-Qui-Se-souvient ?
- Peut-être ont-ils oublié », dit Conteur avec un humour noir. Le serpent ménestrel, vert et fluet, n'avait guère pris de forces depuis qu'il s'était souvenu de son nom. L'effort qu'il déployait pour conserver son identité semblait consumer toute son énergie. Comment était-il avant d'avoir oublié qui il était, nul n'aurait su le dire. Aujourd'hui, c'était un guide austère, à la langue bien affilée. Il avait beau se rappeler qui il avait été, il n'arrivait que rarement à chanter.
Maulkin fouetta de la queue pour lui faire face. Sa crinière était hérissée, ses couleurs ondoyaient. « Ils ont oublié ? rugit-il, d'étonnement et d'indignation. L'as-tu vu dans un rêve ou dans un souvenir ? Te rappelles-tu un chant qui parle d'un temps où tous oublient ? »
Conteur lissa sa crinière sur son poitrail, réduisant ainsi sa taille et son importance. « C'était une plaisanterie, seigneur. La mauvaise plaisanterie d'un ménestrel aigri. J'en demande pardon.
- Une plaisanterie qui contient peut-être un grain de vérité. Nous sommes nombreux à avoir oublié. Se pourrait-il que ceux qui se souviennent, nos gardiens de mémoire, aient également failli à leur tâche ? »