Comment j'ai marié ma mère
Comment j'ai marié ma mère
252 pages
Couverture souple. 13,5 x 19 cm
12 ans et plus
Réf : 604153
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Au lieu de 10,90  (prix public)
Résumé
Willa en a assez de déménager chaque fois qu’un prétendant s’intéresse d’un peu trop près à sa mère, Stella. Si seulement Stella, organisatrice du mariage des autres, pensait à son propre bonheur ! Quand Sam, le charmant voisin poète semble lui plaire, Willa met tout en œuvre pour ne pas quitter Cape Cod...
Pourquoi on l'a choisi
Noyaux de cerise porte-bonheur. Une comédie sentimentale sur une adolescente qui cherche à s’enraciner. Craquant !
Extrait

1

Le vœu

Il m'est arrivé quelquefois de croire jusqu'à six choses impossibles avant le petit déjeuner.
Lewis Carroll, De l'autre côté du miroir


Si mon prénom, Willafred, ne vous évoque pas une princesse, alors bravo ! Je vous félicite ! « Voilà la fille de l'organisatrice de mariages », chuchote-t-on. « Elle ne ressemble pas du tout à sa mère. »
Ma mère, Stella Havisham, est d'une beauté royale. Moi, je suis une grande asperge aux cheveux raplapla. Heureusement, j'ai des beaux yeux. Bleus comme la mer.
Nous sommes venues nous installer ici, au bord de la mer, l'année dernière. À Bramble, la ville natale de ma mère, sur la péninsule de Cape Cod. Nous en sommes à notre septième déménagement. Nous changeons d'endroit chaque fois que maman panique. Il y avait longtemps que Nana, ma grand-mère, la suppliait de revenir à Bramble. Elle a fini par accepter. « Ma fille est plus têtue qu'une moule accrochée à son rocher », disait pourtant Nana.
Qu'elle ait réussi à la convaincre, au bout de tant d'années, ça m'a donné de l'espoir. Comme quoi, tout peut arriver, même l'impossible. Maintenant, Nana dit : « Prions pour que Stella tombe dans les filets d'un pêcheur. »
J'adore Cape Cod. Je n'oublierai jamais le jour ou nous avons traversé ce pont hyper-impressionnant ; en bas, des moutons d'écume scintillaient sur les vagues. J'ai baissé ma vitre, le vent s'est engouffré dans la voiture et m'a enveloppée. Bienvenue, Willa, bienvenue chez toi.
J'ai alors eu le pressentiment qu'ici mon rêve pourrait devenir réalité.
J'espère que vos vœux se réalisent plus souvent que les miens. Vous savez, ces souhaits que vous faites pour votre anniversaire quand le gâteau arrive. Vous fermez les yeux pour cet instant magique, vous vous gonflez d'espoir et vous faites ce vœu ultra-important en y croyant très très fort. Vous voyez ce que je veux dire ?
Enfin, si vous avez un secret pour que les vœux soient exaucés, envoyez-moi une carte postale. Tous les ans, je fais le même, mais il ne s'est jamais réalisé.
Je croise les doigts pour que mon treizième anniversaire soit le bon. En tout cas, bien que nous ne soyons qu'en mai, à huit mois de mon anniversaire, je suis persuadée que tout reste possible. En attendant, cachée dans le grenier, j'espionne la répétition de Stella. Je mange des cerises enrobées de chocolat, en lisant Tom Sawyer et en écoutant Mme Bellimo pousser des « Ave Maria » comme si elle passait une audition à Carnegie Hall.
J'ai regardé le calendrier. Oh, oh... Mon anniversaire tombe un vendredi. Vendredi 13. Et alors ? Ça me portera peut-être bonheur. Peut-être que, grâce à moi, les vendredis 13 auront meilleure réputation.
Peut-être que, cette année, mon vœu se réalisera. Peut-être que, pour mon prochain anniversaire, j'aurai enfin un père.


2

Le règlement

Elle me force à me lever tous les matins à la même heure et elle ne me permet pas de dormir dans les bûchers...
La veuve mange à la cloche, se couche et se lève à la cloche... Tout est réglé d'avance. Non, je t'assure, ça n'est plus tenable.

Mark Twain, Les aventures de Tom Sawyer


Je rentre de l'école à toute allure, je passe devant la boutique, fermée, de ma mère, Le plus beau jour de votre vie, et je grimpe quatre à quatre les marches qui mènent à l'étage.
Notre maison, avant, c'était les pompes funèbres de Bramble. Les employés embaumaient les corps au sous-sol (ne vous affolez pas, il n'y a pas de quoi), et habitaient au premier, comme nous maintenant.
Stella regarde par la fenêtre du bureau. Les rideaux sont à peine entrouverts si bien que, de dehors, on ne peut pas la voir. Elle est tellement concentrée qu'elle ne s'aperçoit même pas de ma présence.
Que je vous explique. Chez vous, cette pièce s'appelle sûrement le salon, ou la salle de séjour. Chez nous, croyez-moi, elle mérite bien le nom de bureau. C'est là que ma mère m'attend tous les soirs, en position de combat.
Sa tête effectue un lent mouvement circulaire. J'en pousserais presque des cris de joie, parce que je sais qui elle regarde et que cela colle à merveille avec mes plans. Je tente de m'éclipser discrètement mais le radar de ma mère a détecté ma présence.
— Ce type est dingue, murmure-t-elle en tirant le rideau et en remettant en place une mèche brune qui s'est échappée de son chignon bien serré. Tu as une interro de SVT, demain, n'est-ce pas, Willafred ?
— Tu ne voudrais pas m'appeler Willa, s'il te plaît ? Tina m'appelle toujours Willa. Elle dit que ça rime avec « lilas » et que c'est bien plus glamour que Willafred.
Tina Belle porte bien son nom. On dirait une vraie star avec ses longs cheveux. Et c'est la meilleure amie que j'aie jamais eue.
— Justement, répond ma mère en relevant le menton. C'est pourquoi, Willafred Havisham, tu ne m'entendras jamais dire : « Willa, il est 6 heures, à table ! » Tu sais comme moi, n'est-ce pas, qu'il ne suffit pas d'être glamour pour réussir dans la vie.
Ça, c'est l'article 4 du règlement : il ne suffit pas d'être glamour pour réussir dans la vie.
Dans son dos, je lève les yeux au ciel.
— Au fait, on pourrait dîner plus tôt, aujourd'hui ? J'ai un match contre Eastham ce soir, et l'entraîneur va me laisser jouer à l'avant. J'ai fait tous mes devoirs au collège.
Le menton de ma mère — le baromètre de son humeur — monte illico vers le pôle Nord. Une tempête se prépare. Je compatis avec le pauvre Huckleberry Finn. Ici aussi, grâce à la veuve Stella, tout est réglé d'avance, et c'est l'horreur.