L'heure de l'ange
L'heure de l'ange
Anne Rice
272 pages
Couverture souple
Réf : 603031
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Prix public*
Résumé
Lucky, Toby ou encore Tommy… son nom importe peu. L’important, c’est sa discrétion, son professionnalisme, sa compétence à exécuter froidement les cibles qu’on lui désigne. Après un contrat particulièrement éprouvant, Lucky est abordé par un mystérieux inconnu, un certain Malchiach. Ce Malchiach sait tout de lui, dispose de pouvoirs stupéfiants, et prétend être son ange gardien. Il lui offre de racheter ses crimes en sauvant des vies plutôt que de les prendre, et lui propose un étrange marché : Lucky se retrouve au Moyen Âge où il doit aider une famille juive accusée de meurtres rituels.
Est-ce un ange, un rêve ou un cauchemar ?
Pourquoi on l'a choisi
Anne Rice est depuis toujours la spécialiste des histoires de vampires. L’auteur d’Entretien avec un vampire, Lestat le vampire, La reine des damnés... s’attaque à présent avec tout autant de brio à l’univers mystérieux, fascinant et ambigu des anges.
Moyenne des avis :Les avis des internautesNombre d'avis :1
Jenn
Le 24 mars 2010
Un premier tome d'une chronique des anges assez réussi
Ayant dévoré à l'époque les 5 premiers tomes des Chroniques de vampires, je me suis précipitée sur "L'heure de l'ange" dès sa sortie. Le roman est divisé en deux parties, la première nous permettant de découvrir le personnage principal - Lucky, tueur à gages - la deuxième racontant l'histoire d'un couple juif accusé du meurtre de leur fille au Moyen-Age et dans laquelle Lucky se retrouve impliqué. Mon impression une fois ce livre terminé est assez mitigée. D'un côté, j'ai eu beaucoup de mal à m'immerger dans l'histoire jusqu'à l'épisode du Moyen-Age et ce roman ne restera pas longtemps dans mon esprit, de l'autre je l'ai lu assez rapidement et j'ai passé un agréable moment. En définitive, l'histoire est assez simpliste mais on se laisse embarquer au fil des pages dans cette histoire d'anges et de rédemption : le personnage principal est attachant et la deuxième partie de l'histoire nous plonge facilement dans l'ambiance moyenageuse. Notons tout de même que les fans des Chroniques de vampires seront peut-être un peu déçu...
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Remarque de céline braun du 23/02/11
Je suis tout à fait d'accord avec cet avis, je dirais aussi, drôle de sentiment pour ce livre : j'aime et en même temps j'aime pas.
Avec ses exceptionnelles chroniques de vampires et de sorcières, Anne Rice a conquis un très vaste public. Elle est notamment l'auteur de :
    Le lien maléfique
    Entretien avec un vampire (porté à l'écran par Neil Jordan)
    L'Heure des sorcières
Lestat le vampire est considéré à ce jour comme l'un des chefs-d'œuvre fondateur de la fantasy contemporaine. Cette saga, intitulée Chroniques des vampires, est également composée de :
    La Reine des damnés
    Le Voleur de corps
    Armand le vampire
    Merrich
    Le Sang et l'Or
    Le Domaine Blaclzwood
    Cantique sanglant
Anne Rice est née et vit à La Nouvelle-Orléans dans une maison dont elle s'est inspirée pour écrire ses romans.
Lu dans la presse
« L'Heure de l'Ange, un nouveau best-seller mondial. »

Julie Malaure, Le Point
Extrait
CHAPITRE 1ER

OMBRES DE DÉSESPOIR


Il y avait eu des présages funestes depuis le début.
Pour commencer, je ne voulais pas travailler à Mission Inn. Partout ailleurs dans le pays, j'aurais accepté, mais pas à Mission Inn. Et dans la suite nuptiale, cette chambre qui avait été la mienne. Pire que de la malchance, m'étais-je dit.
Bien sûr, quand il m'avait confié cette tâche, mon chef, l'Homme Juste, ne pouvait pas savoir que c'était à Mission Inn que j'étais allé quand j'avais refusé d'être Lucky le Renard, lorsque j'avais refusé d'être son assassin.
Mission Inn faisait partie de ce tout petit univers où je ne portais aucun déguisement. J'étais moi-même quand je séjournais là-bas : un mètre quatre-vingt-treize, des cheveux blonds ras, des yeux gris — je ressemblais à tant d'autres que je ne ressemblais à personne en particulier. Quand j'y allais, je ne prenais pas la peine de porter un appareil dentaire pour déformer ma voix. Ni même les lunettes noires qui étaient de rigueur pour dissimuler mon identité partout ailleurs, sauf dans l'appartement et le quartier où j'habitais.
Là-bas, j'étais moi-même et rien d'autre ; même si celui que je suis n'était personne en dehors de l'homme qui portait tous ces déguisements compliqués quand il faisait ce que lui demandait l'Homme Juste.
Ainsi, Mission Inn était à moi, homme de rien que j'étais, tout comme la suite nuptiale, sous le dôme, baptisée Amistad Suite. Et, à présent, on m'ordonnait de la polluer. Personne d'autre que moi-même ne s'en apercevrait, bien sûr. Jamais je n'aurais fait le moindre mal à Mission Inn.
C'est dans cette gigantesque pièce montée de Riverside, en Californie, que j'allais souvent me réfugier ; dans ce lieu extravagant et fascinant qui s'étendait sur plus de deux pâtés de maisons, je pouvais faire semblant, pendant un jour, voire deux ou trois, de ne pas être recherché par le FBI, Interpol ou l'Homme Juste ; c'était un lieu où je pouvais me perdre et oublier ma conscience.
Depuis longtemps, l'Europe était peu sûre pour moi en raison des contrôles accrus à chaque frontière et parce que toutes les autorités rêvant de me prendre au piège avaient décidé que j'étais derrière le moindre crime consigné dans leurs archives.
Si je voulais retrouver l'atmosphère que j'aimais tant à Sienne, Assise, Vienne, Prague ou toute autre ville où je ne pouvais plus me rendre, j'allais à Mission Inn. Cet hôtel ne pouvait remplacer tous ces lieux, bien sûr, mais il m'offrait un refuge pareil à nul autre, et quand je retournais dans mon monde stérile, mon esprit était comme neuf.
Ce n'était pas le seul endroit où je n'étais personne, mais mon préféré, et celui que je fréquentais le plus.
Mission Inn n'était pas loin de là où je « vivais », si je puis m'exprimer ainsi. Et j'y allais généralement sur un coup de tête, dès qu'on pouvait m'y donner ma suite. J'aimais assez les autres chambres, surtout l'Innkeeper Suite, mais j'étais assez patient pour attendre que l'Amistad soit libre. On m'appelait alors sur l'un de mes nombreux portables pour m'annoncer qu'elle était disponible.
Parfois, je séjournais jusqu'à une semaine à Mission Inn. J'y apportais mon luth, et il m'arrivait d'en jouer un peu. Et j'avais toujours une pile de livres à lire, la plupart des livres d'histoire sur l'époque médiévale, la Renaissance ou la Rome antique. Je pouvais lire des heures durant dans l'Amistad, tant je m'y sentais étrangement à l'abri.
Et, depuis l'hôtel, il m'arrivait de visiter certains lieux.
Souvent, sans déguisement, je roulais jusqu'à Costa Mesa pour écouter la Pacific Symphony. J'aimais ce contraste qui me faisait passer des arches de plâtre et des cloches rouillées de l'Inn à l'immense miracle de Plexiglas de la salle de concert Segerstrom et à l'exquis Café rouge du premier étage. Derrière ses hautes baies vitrées tout en courbes, le restaurant semblait flotter dans l'espace. Quand j'y dînais, c'est vraiment l'impression que j'avais : flotter dans l'espace et le temps, détaché de tout mal et de toute laideur, et délicieusement seul.
Je venais d'entendre jouer Le Sacre du printemps, de Stravinski. J'avais adoré. Adoré ce furieux martèlement qui m'avait rappelé la première fois que je l'avais entendu, dix ans plus tôt, la nuit où j'avais fait la connaissance de l'Homme Juste. Cela m'avait fait penser à ma propre vie et à tout ce qui était arrivé depuis, alors que je dérivais dans le monde en attendant des appels signifiant immanquablement qu'une personne avait été marquée et que je devais m'en occuper.
Je ne tue pas de femmes, mais cela ne veut pas dire que je ne l'avais jamais fait avant de devenir le vassal de l'Homme Juste — son serf, son chevalier : tout dépend de la manière de voir. Il m'appelait son chevalier. Je considérais en des termes bien plus sinistres cette fonction à laquelle je ne m'étais jamais habitué durant ces dix années.
Souvent, il m'arrivait de quitter Mission Inn pour la mission de San Juan Capistrano, au sud, le long de la côte, un endroit tout aussi secret où je me sentais anonyme et parfois même heureux.
Je dois préciser que San Juan Capistrano est une vraie mission. Pas Mission Inn, qui est seulement un hommage à l'architecture et au patrimoine des missions. À Capistrano, je me promenais dans l'immense jardin carré aux cloîtres ouverts et visitais l'étroite et sombre Serra Chapel — la plus ancienne église catholique de l'État de Californie.
Je l'adorais. J'aimais que ce soit le seul sanctuaire connu de toute la côte où le bienheureux Junípero Serra, le grand franciscain, avait célébré la messe. Il l'a sans doute célébrée ailleurs, mais c'était le seul endroit où le fait était attesté.
Autrefois, il m'était arrivé de remonter vers le nord jusqu'à Carmel, de jeter un coup d'œil dans la petite cellule que l'on y avait reconstituée, comme celle de Serra, et de méditer sur sa simplicité : la chaise, le lit étroit, le crucifix sur le mur. Un saint n'avait besoin de rien de plus.
Et puis il y avait aussi San Juan Bautista, avec son réfectoire et son musée, et toutes les autres missions si laborieusement restaurées.
Quand j'étais enfant, j'avais voulu devenir prêtre — dominicain, en fait. Les dominicains et les franciscains des missions californiennes se mêlaient dans mon esprit, car c'étaient l'un et l'autre des ordres mendiants. Je les respectais tous les deux, et quelque chose en moi était toujours attaché à cet ancien rêve.
Je lisais encore des ouvrages sur ces deux ordres. J'avais une vieille biographie de saint Thomas d'Aquin, vestige de mes années d'études, remplie d'annotations. La lecture de l'histoire m'a toujours apaisé, et permis de me réfugier dans des époques enfuies. Il en était de même avec les missions, des îles hors de notre époque.
C'était la Serra Chapel de San Juan Capistrano que je visitais le plus souvent. J'y allais pour me rappeler la dévotion qui m'animait dans mon enfance. Elle avait entièrement disparu, mais je voulais simplement revoir les chemins que j'avais empruntés dans ma jeunesse. Peut-être voulais-je seulement fouler une terre consacrée, traverser des lieux de pèlerinage parce que je ne pouvais en réalité trop y penser.
J'aimais les solives du plafond de la Serra Chapel et les fresques sombres de ses murs. J'étais apaisé par cette pénombre, avec la lueur du retable doré tout au bout, ce cadre d'or, situé derrière l'autel, rempli de statues et de saints.
J'aimais la lumière rouge qui brûlait à gauche du tabernacle. Parfois, je m'agenouillais juste devant l'autel sur l'un des prie-Dieu destinés aux futurs époux. Bien sûr, le retable doré n'était pas là à l'époque des premiers franciscains. Il avait été installé plus tard, durant la restauration, mais la chapelle elle-même me semblait authentique. Le saint-sacrement s'y trouvait. Et saint-sacrement, quelles que fussent mes croyances, signifiait « vrai ».
Comment puis-je expliquer cela ?
Je m'agenouillais dans la pénombre un très long moment et j'allumais toujours un cierge avant de partir, sans trop savoir pour qui ni pour quoi. Peut-être murmurais-je : « En souvenir de vous, Jacob et Emily », mais ce n'était pas une prière. Je ne croyais pas plus à la prière qu'aux souvenirs.
J'avais besoin de rituels, de monuments, de repères. De l'histoire que recèlent livres, bâtiments et peintures ; et je croyais au danger, tout comme à l'assassinat de ceux que me désignait, où et quand bon lui semblait, mon chef, celui qu'au plus profond de moi j'appelais simplement l'Homme Juste.
La dernière fois que j'étais allé à Mission Inn — à peine un mois plus tôt —, j'avais passé un temps plus long que de coutume à me promener dans l'immense jardin.
Jamais je n'ai vu autant d'espèces de fleurs en un seul endroit. Il y avait des roses récentes, aux formes exquises, et d'autres, anciennes, ouvertes comme des camélias, des bignones, des ipomées, des lantanas et les plus gros buissons de plumbago que j'aie jamais vus. Des tournesols, des orangers et des marguerites parmi lesquels on pouvait se promener dans de larges allées nouvellement pavées.
J'avais marché lentement dans le cloître, dont j'adorais le sol de vieilles pierres inégales. J'avais aimé contempler le monde depuis ces arches rondes qui me remplissaient toujours d'une grande paix. Cette forme, typique des missions, se retrouvait à Mission Inn.
J'étais particulièrement heureux à Capistrano, dont le bâtiment suit le plan antique de tous les monastères du monde ; Thomas d'Aquin, le saint héros de mon enfance, s'est probablement promené durant de longues heures sous des arches semblables et dans les allées bien droites d'un jardin tout aussi fleuri.
Au fil du temps, les moines ont suivi ce plan maintes et maintes fois, comme si la brique et le mortier pouvaient repousser un monde mauvais et leur offrir, à eux et à leurs livres, un abri éternellement sûr.