La délicatesse
David Foenkinos
272 pages
Couverture souple. 11 x 18 cm
Réf : 579359
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Disponible
Chagrin d'amour
Résumé
Tout va pour le mieux pour la belle et discrète Nathalie jusqu’au jour où elle perd l’homme qu’elle aime dans un accident. Elle sort de son deuil d’une façon inattendue, par un baiser anodin avec un collègue de travail qui n’avait a priori rien pour lui plaire. Sans le savoir, rendez-vous est pourtant déjà donné avec l’amour ! 
Le coup de coeur d'Anna Gavalda
« Quelle merveille que ce grand petit livre ! Quelle finesse, quelle tendresse… Cette histoire donne envie d’aimer, d’être aimé(e), de tomber amoureux et d’être meilleur ! Vous le rangerez dans votre bibliothèque, mais vous vivrez avec lui pendant très longtemps... »

Anna Gavalda
Le choix de Franz-Olivier Giesbert
« De livre en livre, David Foenkinos est en train de s’imposer comme un écrivain de l’amour (et du chagrin d’amour). Il a un style qui n’est qu’à lui. Léger, profond, fantaisiste, malicieux, souvent loufoque, il nous raconte ici une histoire d’amour qui finira mal : l’aimé sera fauché par une voiture pendant son jogging. C’est sans doute l’écrivain le plus élégant de la nouvelle génération. Avec un goût prononcé pour les bonnes formules ou les notations du genre : “Il y a souvent une nette tendance à la nostalgie chez les Nathalie.” Foenkinossimo. »

Franz-Olivier Giesbert
Pourquoi on l'a choisi
Quand le destin vient troubler un bonheur tout tracé... À la fois grave et léger, ce roman plonge dans la vraie vie, avec un récit émouvant et drôle que l’auteur parsème malicieusement des mots et des petits détails futiles de notre quotidien.
Les internautes ayant commandé La délicatesse ont également choisi
Moyenne des avis :Les avis des internautesNombre d'avis :22
Le 31 mai 2010
Un vrai régal !
Ce roman est un vrai régal tant il est fin, intelligent, émouvant et drôle. Car Foenkinos sait parler de choses graves avec légèreté et élégance. Nathalie, François et Markus le Suédois sont des êtres délicats, fragiles, qui cachent leurs faiblesses derrière le paravent de l'humour. Alors le hasard va s'en mêler et le bonheur va devenir possible ou tout au moins envisageable. Ce récit est plein de jolies trouvailles comme ces intertextes qui donnent à Foenkinos un style très personnel. Et puis, nous avons tous tellement besoin d'un peu de délicatesse "dans ce monde de brutes" que la lecture de ce court récit est une vraie thérapie !
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Albane
Le 26 juin 2010
J'ai aimé
J'ai apprécié la simplicité et la subtilité que l'auteur a su garder tout au long de l'histoire malgré la gravité du thème abordé. J'ai particulièrement aimé le personnage de Markus. Très attachant, je souris rien qu'en l'imaginant. Situations cocasses, amour improbable, sensibilité, le tout saupoudré de délicatesse.
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Remarque de Bénédicte Legrand du 12/08/10
Votre avis me donne envie de lire cet auteur. Merci :-)
Mamie
Le 20 juillet 2010
Pas trop mal
Ça se lit mais il n'est pas non plus fabuleux... En tout cas au début... Après j'avoue qu'il est sympa.
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Sandy4988
Le 24 juin 2010
Un petit voyage dans le tourbillon des sentiments
Nous faire sourire en abordant le thème de la peur du vide affectif ou de la difficulté à déclarer ses sentiments, c'est ce qu'a réussi David Foenkinos avec ce livre. Il nous rappelle si besoin était, que l'amour nous pousse à des comportements aussi inattendus qu'improbables. La sensibilité et la délicatesse sont bien là au détour de chaque page pour notre plus grand plaisir et on en ressort un peu plus léger.
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stef93330
Le 12 août 2010
Pas mal
On passe un bon moment à lire ce livre mais il ne me laissera pas un souvenir mémorable, j'avoue que d'ici 2 mois je l'aurai totalement oublié. Il se lit comme un roman de vacances : rapidement, en souriant à certaines métaphores, les personnages sont touchants...
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LDV
Le 18 juillet 2010
La "délicatesse", qualité indispensable...
David Foenkinos a réussi un coup de maître tout en "délicatesse". Ce petit roman est un vrai bijou. Il nous prouve que la délicatesse parvient à guérir la douleur et le traumatisme de la perte de la personne qu'on a chéri le plus au monde. La délicatesse nous permet d'envisager de revivre après le deuil et nous donne envie d'aimer à nouveau... Alors finalement, si la délicatesse guérit d'un mal si grave et si intense, ne peut-elle pas non plus aussi agir sur d'autres maux si douloureux soient-ils ? Quelle magnifique promesse...
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Le 02 juillet 2010
Délicat !
J'ai adoré ce roman : de la finesse, une belle écriture et des personnages si attachants... A glisser dans ses bagages avant son maillot de bain.
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LunaIzumi
Le 11 décembre 2010
En surface...
Ce livre était plutôt sympathique mais... On adopte pas le point de vue d'un seul personnage et c'est étrange... le roman est coupé par des petit morceaux (je ne sais pas comment les décrire) qui sont parfois sympa et d'autre trop longs et du coup ça nous coupe de l'historie, et c'est étrange (parfois agaçant) ! Les émotions restent à la surface et on ne ressent pas vraiment les sentiments des personnages. On a envie d'être dedans mais il manque quelque chose et à la fin on en veut plus. Tout va trop vite et pas assez profondément ! On reste sur notre "fin"... J'en attendais plus avec le synopsis... Il reste que c'est quand même un roman agréable car il est facile à lire !
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Marsuprisci
Le 16 août 2010
Un vrai moment de plaisir
Un roman que j'ai vraiment beaucoup aimé. Il est original dans sa forme, car l'auteur parsème de-ci de-là des véritables recettes de cuisines, des paroles de chansons, des définitions du dictionnaire... Une histoire d'amour sans pathos, empreinte d'humour, d'émotion et de fantaisie. Un livre à découvrir avec grand plaisir.
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Le 08 octobre 2010
L'amour où on ne l'attend pas!
A lire, plein de tendresse, d'émotion, toutes les femmes rêvent de cet homme romantique qui n'a d'yeux que pour vous.
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Barbara
Le 27 septembre 2010
De la douceur
Lire ce livre c'est comme savourer un chocolat chaud en plein hiver. L'ouvrir, c'est se mettre pour un temps dans un cocon de douceur et de finesse. Toute la délicatesse de D. Foenkinos, c'est de nous faire partager pour un temps la vie de Nathalie et Markus, avec leur charme et leur simplicité.
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NinieCh
Le 18 octobre 2010
Bof
En lisant le résumé je m'attendais à beaucoup mieux, il n'a rien d'exceptionnel.
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XXX
Le 12 novembre 2010
Se laisse lire
Jolie histoire d'amour. Rien d'exceptionnel mais c'est un délice tout de même.
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Astrid
Le 28 janvier 2011
On en redemande
Moment de lecture très agréable.
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chouchan
Le 24 février 2011
La délicatesse???
Je n'ai pas du tout accroché. Je ne vois pas de délicatesse dans ce roman, j'ai sûrement dû passer à côté ??... Et je ne le recommanderais pas à une personne célibataire car il est vraiment déprimant quand on est seul !!!!!
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Poupette
Le 23 mars 2011
Appréciable
Simple et efficace. Court et agréable !!
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NoOne
Le 12 mars 2011
La délicatesse
Belle histoire d'un genre différent, avec un style d'écriture pas loin du théâtre. Je suis quand même resté sur ma faim, même si Foenkinos a su me surprendre par des phrases dont lui seul connaît le secret... Beau livre.
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Petitefee
Le 11 mai 2011
Un livre qui porte bien son nom
Je découvre cet auteur, un style d'écriture léger, plein d'humour, à lire d'une traite ! Lorsque j'ai refermé ce livre, j'ai compris à quel point il portait si bien son nom... Un livre plein de délicatesse !
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julsa
Le 30 mai 2011
Délicat !!!!!!!
Un roman très agréable, tout en finesse et en délicatesse... A lire sans modération... un très bon moment de détente. A partager.
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Tense
Le 25 juin 2011
Super
C'est drôle, l'histoire un peu étrange est assez originale - ça détend.
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riri09
Le 03 janvier 2012
Un régal !!
Un vrai moment de plaisir ! Il faut le lire !
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malo38
Le 18 janvier 2012
Agréable
J'ai passé un bon moment en lisant ce livre, les personnages sont attachants mais je ne pense pas en garder un souvenir intarissable non plus.
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David Foenkinos est l’auteur de neuf romans dont :
    Le Potentiel érotique de ma femme (Prix Roger-Nimier 2004)
    Nos Séparations
    La Délicatesse
Ses livres sont traduits en plus de quinze langues.
Extrait

1


Nathalie était plutôt discrète (une sorte de féminité suisse). Elle avait traversé l'adolescence sans heurt, respectant les passages piétons. À vingt ans, elle envisageait l'avenir comme une promesse. Elle aimait rire, elle aimait lire. Deux occupations rarement simultanées puisqu'elle préférait les histoires tristes. L'orientation littéraire n'étant pas assez concrète à son goût, elle avait décidé de poursuivre des études d'économie. Sous ses airs de rêveuse, elle laissait peu de place à l'à-peu-près. Elle restait des heures à observer des courbes sur l'évolution du PIE en Estonie, un étrange sourire sur le visage. Au moment où la vie d'adulte s'annonçait, il lui arrivait parfois de repenser à son enfance. Des instants de bonheur ramassés en quelques épisodes, toujours les mêmes. Elle courait sur une plage, elle montait dans un avion, elle dormait dans les bras de son père. Mais elle ne ressentait aucune nostalgie, jamais. Ce qui était assez rare pour une Nathalie¹.



2


La plupart des couples adorent se raconter des histoires, penser que leur rencontre revêt un caractère exceptionnel, et ces innombrables unions qui se forment dans la banalité la plus totale sont souvent enrichies de détails offrant, tout de même, une petite extase. Finalement, on cherche l'exégèse en toute chose.

Nathalie et François se sont rencontrés dans la rue. C'est toujours délicat un homme qui aborde une femme Elle se demande forcément : « Est-ce qu'il ne passe pas son temps à faire ça ? » Les hommes disent souvent que c'est la première fois. À les écouter, ils sont soudain frappés par une grâce inédite leur permettant de braver une timidité de toujours. Les femmes répondent, d'une manière automatique, qu'elles n'ont pas le temps. Nathalie ne dérogea pas à cette règle. C'était idiot : elle n'avait pas grand-chose à faire, et aimait l'idée d'être ainsi accostée. Personne n'osait jamais. Elle s'était plusieurs fois posé la question : ai-je l'air trop boudeuse ou trop paresseuse ? Une de ses amies lui avait dit : personne ne t'arrête jamais, car tu as l'allure d'une femme poursuivie par le temps qui passe.

Quand un homme vient voir une inconnue, c'est pour lui dire de jolies choses. Existe-t-il, ce kamikaze masculin qui arrêterait une femme pour asséner : « Comment faites-vous pour porter ces chaussures ? Vos orteils sont comme dans un goulag. C'est une honte, vous êtes la Staline de vos pieds ! » Qui pourrait dire ça ? Certainement pas François, sagement rangé du côté des compliments. Il tenta de définir la chose la moins définissable qui soit : le trouble. Pourquoi l'avait-il arrêtée elle ? Il s'agissait surtout de sa démarche. Il avait senti quelque chose de nouveau, de presque enfantin, comme une rhapsodie des rotules. Il émanait d'elle une sorte de naturel émouvant, une grâce dans le mouvement, et il pensa : elle est exactement le genre de femme avec qui je voudrais partir en week-end à Genève. Alors, il prit son courage à deux mains — et il aurait même aimé en avoir quatre à cet instant. Surtout que pour lui, c'était vraiment la première fois. Ici et maintenant, sur ce trottoir, ils se rencontraient. Une entrée en matière absolument classique, qui détermine souvent le début des choses qui le sont moins, par la suite.
Il avait balbutié les premiers mots, et subitement tout était venu, d'une manière limpide. Ses paroles avaient été propulsées par cette énergie un peu pathétique, mais si touchante, du désespoir. C'est bien la magie de nos paradoxes : la situation était tellement inconfortable qu'il s'en sortait avec élégance. Au bout de trente secondes, il parvint même à la faire sourire. C'était une brèche dans l'anonymat. Elle accepta de prendre un café et il comprit qu' elle n'était pas du tout pressée. Il trouvait cela si étonnant de pouvoir ainsi passer un moment avec une femme qui venait à peine d'entrer dans son champ de vision. Il avait toujours aimé regarder les femmes dans la rue. Il se souvenait même avoir été une sorte d'adolescent romantique capable de suivre des jeunes filles de bonne famille jusqu'à la porte de leur appartement. Dans le métro, il lui arrivait de changer de wagon, pour être près d'une passagère qu'il avait repérée au loin. Soumis à la dictature de la sensualité, il n'en demeurait pas moins un homme romantique, pensant que le monde des femmes pouvait se réduire à une femme.

Il lui demanda ce qu'elle voulait boire. Son choix serait déterminant. Il pensa : si elle commande un déca, je me lève, et je m'en vais. On n'avait pas le droit de boire un déca à ce genre de rendez-vous. C'est la boisson la moins conviviale qui soit. Un thé, ce n'est guère mieux. À peine rencontrés et déjà s'installe une sorte de cocon un peu mou. On sent qu'on va passer des dimanches après-midi à regarder la télévision. Ou pire : chez les beaux-parents. Oui, le thé c'est incontestablement une ambiance de belle-famille. Alors quoi ? De l'alcool ? Non, ce n'est pas bien à cette heure-ci. On pourrait avoir peur d'une femme qui se met à boire comme ça, d'un coup. Même un verre de vin rouge ne passerait pas. François continuait d'attendre qu'elle choisisse ce qu'elle allait boire, et il poursuivait ainsi son analyse liquide de la première impression féminine. Que restait-il maintenant ? Le Coca-Cola, ou tout autre type de soda... non, pas possible, cela ne faisait pas du tout femme. Autant demander une paille aussi, tant qu'elle y était. Finalement, il se dit qu'un jus, ça serait bien. Oui un jus, c'est sympathique. C'est convivial et pas trop agressif. On sent la fille douce et équilibrée. Mais quel jus ? Mieux vaut esquiver les grands classiques : évitons la pomme ou l'orange, trop vu. Il faut être un tout petit peu original, sans être toutefois excentrique. La papaye ou la goyave, ça fait peur. Non, le mieux, c'est de choisir un entre-deux, comme l'abricot. Voilà, c'est ça. Le jus d'abricot, c'est parfait. Si elle choisit ça, je l'épouse, pensa François. À cet instant précis, Nathalie releva la tête de la carte, comme si elle revenait d'une longue réflexion. La même réflexion que venait de mener l'inconnu face à elle.
« Je vais prendre un jus...
— ... ? — Un jus d'abricot, je crois. »
Il la regarda comme si elle était une effraction de la réalité.

Si elle avait accepté d'aller s'asseoir avec cet inconnu, c'est qu'elle était tombée sous le charme. Immédiatement, elle avait aimé ce mélange de maladresse et d'évidence, une attitude perdue entre Pierre Richard et Marlon Brando. Physiquement, il avait quelque chose qu'elle appréciait chez les hommes : un léger strabisme. Très léger, et pourtant visible. Oui, c'était étonnant de retrouver ce détail chez lui. Et puis il s'appelait François. Elle avait toujours aimé ce prénom. C'était élégant et calme comme l'idée qu'elle se faisait des années 50. Il parlait maintenant, avec de plus en plus d'aisance. Il n'y avait aucun blanc entre eux, pas de gêne, pas de tension. En dix minutes, la scène initiale de l'abordage dans la rue était oubliée. Ils avaient l'impression de s'être déjà rencontrés, de se voir parce qu'ils avaient rendez-vous. C'était d'une simplicité déconcertante. D'une simplicité qui déconcertait tous les autres rendez-vous d'avant, quand il fallait parler, essayer d'être drôle, faire des efforts pour paraître quelqu'un de bien. Leur évidence devenait presque risible. Nathalie regardait ce garçon qui n'était plus un inconnu, dont les particules de l'anonymat s'effaçaient progressivement sous ses yeux. Elle essayait de se rappeler où elle allait au moment où elle l'avait rencontré. C'était flou. Elle n'était pas du genre à se promener sans but. Ne voulait-elle pas marcher dans les traces de ce roman de Cortázar qu'elle venait de lire ? La littérature était là, maintenant, entre eux. Oui c'était ça, elle avait lu Marelle, et avait particulièrement aimé ces scènes où les héros tentent de se croiser dans la rue, alors qu'ils arpentent des itinéraires nés de la phrase d'un clochard. Le soir, ils refaisaient leur parcours sur une carte, pour voir à quel moment ils auraient pu se rencontrer, à quels moments ils avaient sûrement dû se frôler. Voilà où elle allait : dans un roman.



3


Les trois livres préférés de Nathalie


Belle du seigneur, d'Albert Cohen
*
L'Amant, de Marguerite Duras
*
La Séparation, de Dan Franck




4


François travaillait dans la finance. Il suffisait de passer cinq minutes en sa compagnie pour trouver cela aussi incongru que la vocation commerciale de Nathalie. Il y a peut-être une dictature du concret qui contrarie en permanence les vocations. Cela étant dit, difficile d'imaginer ce qu'il aurait pu faire d'autre. Bien que nous l'ayons vu presque timide au moment de rencontrer Nathalie, c'était un homme plein de vitalité, débordant d'idées et d'énergie. Passionné, il aurait pu faire n'importe quel métier, même représentant en cravates. C'était un homme qu'on imaginait si bien avec une valise, serrant des mains en espérant serrer des cous. Il possédait le charme énervant de ces gens qui peuvent vous vendre n'importe quoi. Avec lui, on partirait faire du ski en été, et nager dans des lacs islandais. Il était le genre d'homme à aborder une seule fois une femme dans la rue, et tomber sur la bonne. Tout semblait lui réussir. Alors la finance, pourquoi pas. Il faisait partie de ces apprentis traders qui jouent des millions avec le souvenir récent de leurs parties de Monopoly. Mais dès qu'il quittait sa banque, il était un autre homme. Le CAC 40 restait dans sa tour. Son métier ne l'avait pas empêché de continuer à vivre ses passions. Il aimait plus que tout faire des puzzles. Cela pouvait paraître étrange, mais rien ne canalisait davantage son bouillonnement que de passer certains samedis à assembler des milliers de morceaux. Nathalie aimait observer son fiancé accroupi dans le salon. Un spectacle silencieux. Subitement, il se levait et criait : « Allez viens, on sort ! » Voilà, c'est la dernière chose qu'il faut préciser. Il n'était pas amateur de transitions. Il aimait les ruptures, passer du silence à la fureur.
Avec François, le temps filait à une allure démentielle. On aurait pu croire qu'il avait la capacité de sauter des jours, de créer des semaines baroques sans jeudi. À peine s'étaient-ils rencontrés qu'ils fêtaient déjà leurs deux ans. Deux années sans le moindre nuage, de quoi déconcerter tous les casseurs d'assiettes. On les regardait comme on admire un champion. Ils étaient le maillot jaune de l'amour. Nathalie poursuivait brillamment ses études tout en essayant d'alléger le quotidien de François. Le fait d'avoir choisi un homme un tout petit peu plus âgé qu'elle, qui avait déjà une situation professionnelle, lui avait permis de quitter le domicile familial. Mais ne voulant pas vivre à ses crochets, elle avait décidé de travailler quelques soirs par semaine comme ouvreuse dans un théâtre. Elle était heureuse de cet emploi qui contrebalançait l'ambiance un peu austère de l'université. Une fois les spectateurs installés, elle prenait place au fond de la salle. Assise, elle regardait un spectacle qu'elle connaissait par cœur. Remuant les lèvres au même rythme que les actrices, elle saluait le public au moment des applaudissements. Avant de vendre le programme.

Connaissant parfaitement les pièces, elle s'amusait à truffer son quotidien de dialogues, à arpenter le salon en miaulant que le petit chat était mort. Ces derniers soirs, il s'agissait de Lorenzaccio de Musset qu'elle jouait en lançant par-ci par-là des répliques dans le désordre, dans une parfaite incohérence. « Viens par ici, le Hongrois a raison. » Ou encore : « Qui est là dans la boue ? Qui se traîne aux murailles de mon palais avec ces cris épouvantables ? » Voilà ce qu'entendait François, ce jour-là, alors qu'il tentait de se concentrer :
« Est-ce que tu peux faire un peu moins de bruit ? demanda-t-il.
— Oui d'accord.
— Je suis en train de faire un puzzle très important. »
Alors Nathalie se fit discrète, respectant l'application de son fiancé. Ce puzzle paraissait différent des autres. On n'y voyait pas de motifs, pas de châteaux, pas de personnages. Il s'agissait d'un fond blanc sur lequel se détachaient des boucles rouges. Des boucles qui se révélaient être des lettres. C'était un message sous forme de puzzle. Nathalie lâcha le livre qu'elle venait d'ouvrir, pour observer l'avancée du puzzle. François tournait, de temps à autre, la tête vers elle. Le spectacle de la révélation progressait vers son dénouement. Il ne restait que quelques pièces, et déjà Nathalie pouvait deviner son message, un message construit avec minutie, à l'aide de centaines de pièces. Oui, elle pouvait lire maintenant ce qui était écrit : « Veux-tu devenir ma femme ? »

1. Il y a souvent une nette tendance à la nostalgie chez les Nathalie.