La cicatrice du diable
La cicatrice du diable
Laurent Scalese
352 pages
Couverture souple
Réf : 579062
Avec ce livre, cumulez 10 Points Club
Au lieu de 19,00  (prix public)
Résumé
Une directrice de production tyrannique et un peu trop sûre d'elle, un assistant amoureux, un mari richissime et un scénariste raté... Ajoutez un jeune homme qui vient de se défenestrer, rappelant étrangement le suicide d'une jeune femme vingt ans auparavant. Découvrant une femme impitoyable, le commissaire Milot n'hésitera pas à faire saigner une ancienne et effroyable blessure : la cicatrice du diable...
Pourquoi on l'a choisi
Laurent Scalese, jeune prodige du roman policier, démontre une fois de plus son talent pour le roman noir. Ses personnages fascinants, son intrigue bien menée jusqu'au surprenant dénouement raviront les amateurs d'excellents polars.
Moyenne des avis :Les avis des internautesNombre d'avis :4
romanceh
Le 02 août 2010
Captivant
Un scènario très bien ficelé, une écriture dynamique, des personnages forts... Un polar captivant !
Il n'y a pas de commentaire associé à cet avis.
Mic
Le 24 septembre 2010
Les âmes grises
Son écriture fait penser à un montage de film. Ici pas de tueur en série, ni de plans larges avec effets spéciaux, pas de scènes révulsantes et sanglantes. Mais une histoire bien ficelée, haletante jusqu'au bout, qui ravira j'en suis sûr, le lecteur amateur de bons polars noirs au suspense bien dosé. Car sachez-le, Laurent Scalese s'y entend pour faire tenir une histoire debout, il est encore meilleur à l'heure de la chute.
Il n'y a pas de commentaire associé à cet avis.
Astrid57
Le 03 octobre 2010
Bof
J'aime lire des polars, des thrillers, etc... Mais je n'ai pas du tout accroché avec celui-là. Scènes violentes et de sexe gratuites... Oublis volontaires (pour le style), mais trop nombreux, de doubles négations... J'avais envie de corriger son livre à chaque page ! Et j'en passe... J'ai tenu à le lire car je suis têtue et la fin n'était pas du tout une surprise... En bref, j'ai été vraiment déçue par cette lecture... Et pourtant ça n'arrive pas souvent...
Il n'y a pas de commentaire associé à cet avis.
lou39
Le 04 mars 2012
Déçue
Je n'ai pas du tout accroché avec le style et l'écriture de ce roman, un vrai échec pour ma part.
Il n'y a pas de commentaire associé à cet avis.
Passionné par le roman noir des années 1930-1940 et le cinéma anglo-américain, Laurent Scalese est aujourd’hui un scénariste reconnu pour le cinéma et la télévision. Auteur de romans policiers à succès, il a publié :
    Le Samouraï qui pleure
    L’Ombre de Janus
    Des pas sous la cendre
    Le Baiser de Jason (Prix Sang d’encre des lycéens 2005)
    Le Sang de la mariée
    La Cicatrice du diable
Lu dans la presse
« Scénariste pour la télé et le cinéma, Laurent Scalese connaît bien son sujet et le traite avec un sens du suspense qui nous accroche du début à la fin. Son écriture fait penser à un montage de film. (...) Mais là où Scalese est fort, c'est qu'il nous mène en bateau du début à la fin. On croit avoir pigé et on se prend une belle claque ! Il dépeint avec brio et intelligence un milieu où les petits poissons se font manger par les requins. Et ce ne sont pas toujours les gros les plus dangereux. »

Nadine Monfils, Le Vif / L'Express
Extrait

Teaser

Bureaux Go Films - Intérieur/matin


— Tenez.
Kino déposa le contrat sur le bureau, devant sa patronne.
— Il a pas tiqué ? demanda Cécilia Rhodes d'un air incrédule.
Il fit un signe de tête négatif.
— Il a accepté le cachet et le pourcentage sur les exploitations secondaires.
— Et pour son nom au générique ?
— Il ne m'a rien dit à ce sujet.
— Bien, dit Rhodes avec un sourire satisfait.
Elle parapha toutes les pages, signa la dernière et tendit le contrat à son assistant.
— Vous avez des nouvelles de mon mari ?
— Il a appelé avant que vous arriviez, dit le Japonais sur le seuil. Manuel est allé le chercher à l'aéroport de Zihuatanejo, ils sont en route pour la villa.
Kino sortit. Une fois seule, Cécilia prit un cigare dans la boîte rapportée de La Havane. Après avoir coupé la tête du Montecristo, elle l'alluma avec un briquet à gaz. Afin de ne pas dénaturer l'arôme, elle avait banni les allumettes soufrées et le briquet à essence. Sereine, elle se cala dans son fauteuil en cuir et aspira doucement, puis par saccades, jusqu'à ce que la fumée emplisse sa bouche et se mélange à sa salive.
Comme les volutes bleuâtres montaient au plafond, elle passa en revue les cadres suspendus aux murs. Des photos et des affiches de films retraçant trente ans de carrière. Elle posait avec les plus grands. Une accolade avec Guy Maddox sur le tournage de L'Imposteur, son premier long métrage. Une partie de rigolade avec Steve McQueen dans les gradins des 24 heures du Mans. Un baiser volé à Jan Cox, dont elle avait été éperdument amoureuse, devant une fontaine de la piazza Navona, à Rome. La montée des marches à Cannes en compagnie de sa sœur Laura.
Quand son regard se posa sur le portrait de Marc, son époux, elle se raidit. Fils unique du constructeur automobile Louis Grivier, il avait hérité d'une immense fortune. Cécilia l'avait rencontré un an avant la disparition de son père, à une de ces soirées mondaines où les femmes parlent chiffons et les hommes affaires. À cette époque, elle était ruinée. Un contrat signé avec Universal lui avait permis d'acheter les droits des romans de Jean-Charles Graskovich. Les adaptations ayant toutes été des échecs au box-office, elle s'était retrouvée sur la paille. Son charme l'avait sauvée du naufrage. Sa plastique et son intelligence avaient eu raison du milliardaire fragilisé par un divorce houleux. Grivier s'étant fermement opposé à leur union, ils avaient attendu son décès pour se marier.
Depuis dix ans, Cécilia avait quitté la réalité pour le rêve. Le commun des mortels était devenu une notion abstraite. Une vague de froid, un coup de cafard, et un jet l'emmenait à l'autre bout de la Terre, sur une île paradisiaque. Son monde était ensoleillé, peuplé de gens riches, de villas luxueuses, de plages privées et de yachts rutilants. Elle tutoyait les chefs d'État, frayait avec la jet-set et dînait à la table des altesses royales. Il lui suffisait de vouloir pour avoir, de demander pour obtenir, d'ordonner pour se faire obéir. Elle était le centre autour duquel les autres gravitaient, électrons attentifs et soumis n'existant que pour satisfaire tous ses désirs.
Irritée, elle se leva et marcha vers la fenêtre. Toutes ces choses ne lui appartenaient pas. Ce n'était pas son argent mais celui de cet homme qu'elle avait appris à haïr. Sans lui, elle n'était rien. Sans lui, les portes qu'elle avait mis si longtemps à ouvrir se refermeraient aussitôt. Faire semblant de l'aimer était le pire des supplices.
Go Films, la boîte de production qu'elle dirigeait, était sa bouffée d'oxygène. Elle jouait les productrices pour affirmer son indépendance, mais tout le monde dans le milieu savait que Marc renflouait l'affaire au moment du bilan.
En retournant s'asseoir, elle passa devant un miroir et s'arrêta, hypnotisée par son reflet. Des cheveux mi-longs blonds encadraient un visage aux traits fins, bruni par le soleil du Mexique. Elle s'attarda sur ses yeux gris-bleu, tantôt inquisiteurs, tantôt enjôleurs, selon ce qu'elle désirait obtenir de son interlocuteur. Elle se trouvait bien conservée pour une femme de cinquante-huit ans. Elle sourit, dévoilant des implants dentaires flambant neufs. La vision de la cicatrice en croisillon qui partait de son cou et descendait jusqu'à la naissance de ses seins, que le laser n'avait pas pu effacer, raviva une douleur ancienne. Quand elle effleura le serpent de chair de ses doigts tremblants, des larmes de rage lui montèrent aux yeux.
Des éclats de voix en provenance du couloir l'arrachèrent à sa contemplation morbide.
— Elle est là, cette salope ? tonna un homme.
— Où allez-vous ? répliqua Kino, visiblement affolé. Vous n'avez pas le droit !
— Pousse-toi !
Un type d'une trentaine d'années entra comme une tornade.
Kino apparut derrière lui et fixa Cécilia d'un air embarrassé.
— Je suis désolé.
— C'est rien, dit Rhodes, imperturbable. Laissez-nous.
Il acquiesça puis sortit. Le gars s'avança dans le bureau en chancelant comme un ivrogne. Les cheveux et la barbe en broussaille, il portait un pull en laine et un jean crasseux. Cécilia le considéra avec une condescendance appuyée.
— Qu'est-ce que tu veux, Grégory ?
– Ce que je veux ? s'écria l'autre avec un petit rire nerveux.
Il cessa de rire et s'approcha de Rhodes, plantant son regard vitreux dans le sien.
— Tu sais très bien ce que je veux, pourriture.
Son haleine sentait l'alcool. Cécilia détourna la tête avec une grimace, écœurée.
— Ce qu'on raconte est vrai, reprit-elle en s'éloignant. La coke te suffisait plus, il a fallu que tu te mettes à boire. Je plains Carole.
— Va chier ! Donne-moi mon fric !
Rhodes contourna son bureau et asséna :
— T'as touché ton cachet de dialoguiste, comme le contrat le prévoyait. Je te dois rien.
Grégory devint rouge de colère.
— J'ai réécrit tout le scénario et tu le sais ! explosa-t-il.
Cette remarque hérissa la productrice.
— C'est moi la scénariste.
— Quoi ? T'as pas écrit une ligne ! Ta part me revient, alors file-la-moi !
La fureur du jeune homme fit ressortir la veine dans son cou.
— Même pas en rêve, rétorqua Cécilia sans se laisser intimider.
Son assurance déstabilisa Grégory qui déglutit et l'implora du regard. Le désespoir brillait dans ses yeux.
— J'en ai besoin, se radoucit-il avec des sanglots dans la voix.
— Pour acheter ta dope ? lança Rhodes d'un ton agressif, sentant qu'elle reprenait le dessus. Ne compte pas sur moi pour t'aider à te suicider.
Elle s'efforça de l'amadouer :
— Écoute, toi et moi on a plein de films à faire ensemble. Équinoxe m'a commandé un deux fois cinquante-deux minutes. Ils sont d'accord pour que tu écrives le scénario.
Cette proposition attisa la fureur de Grégory :
— Plutôt crever que de remettre ça avec toi !
Il fit un pas en avant, la mine hargneuse.
— T'as pas d'idées alors tu voles celles des autres ! gronda-t-il. T'es qu'une minable !
Nerveuse, Cécilia eut un mouvement de recul et décrocha le téléphone.
— Cette comédie a assez duré, j'appelle la police.
Grégory balaya la pièce du regard, comme s'il cherchait une issue.
— T'as raison, tu vas devoir leur expliquer, poursuivit-il en reportant son attention sur elle.
Le téléphone à l'oreille, Rhodes s'enquit d'un air distrait :
— Leur expliquer quoi ?
Un sourire énigmatique aux lèvres, Grégory courut vers la fenêtre. Bien qu'elle devinât son intention, Cécilia n'essaya pas de l'en empêcher. Dans un dernier réflexe, le jeune homme protégea son visage de ses bras et passa à travers la vitre qui vola en éclats. Le cigare au coin de la bouche, Rhodes raccrocha et se planta devant la fenêtre à l'instant où Grégory s'écrasait sur la chaussée, six étages plus bas. Une voiture fit une embardée pour l'éviter. Les pneus crissèrent. Les badauds commencèrent à s'attrouper. Une vieille poussa un hurlement d'effroi en voyant la flaque de sang autour du mort. Les membres tordus, Grégory gisait sur la chaussée.
La porte du bureau s'ouvrit à la volée sur Kino. Son regard horrifié alla du spectacle de rue au visage impassible de sa patronne.
— Je vais prévenir les secours.
Cécilia le retint par le bras.
— L'écrivain dont je vous ai parlé..., commença-t-elle avec un détachement qui surprit le Japonais autant qu'il le choqua.
— Charlie Kessel ?
Elle approuva d'un signe de tête.
— Je vais avoir besoin de lui, appelez-le.
Il se retira, encore sous le choc.
— Et faites venir quelqu'un pour réparer ça, reprit-elle en désignant la fenêtre brisée.
Dès qu'il eut quitté le bureau, la productrice s'assit, chaussa ses lunettes et déplia le quotidien du matin.



Séquence 1

Quartier chinois de Paris
Extérieur/matin


Disposés en cercle sur la dalle des Olympiades, des adolescents s'envoyaient un ballon de basket. Le but du jeu était d'aller de plus en plus vite et d'éliminer celui qui manquerait le ballon faute de bons réflexes. Assis sur les marches d'un escalier, face à eux, Artus Milot les observait. Il y avait des filles et des garçons d'origines diverses. Ils jouaient et riaient ensemble, loin des préjugés indéracinables de la société. Cette image le fit sourire et, l'espace d'un instant, le réconcilia avec la nature humaine. Si seulement le monde était aussi simple.
Il leva la tête et contempla jusqu'au vertige les tours qui semblaient toucher le ciel. Un an plus tôt, les récupérateurs de dettes d'une organisation mafieuse implantée dans le XIIIe arrondissement avaient balancé un homme du sommet de la plus haute d'entre elles. Le pauvre type, redevable d'environ mille euros, avait été exécuté pour l'exemple. Après une chute de cen mètres, il s'était écrasé sur le toit en pagode d'un café.
Milot chassa de son esprit ce mauvais souvenir et prit le quotidien plié en deux dans la poche de son imper, constatant avec irritation les dégâts provoqués par l'averse du début de matinée. L'encre avait bavé, les articles étaient illisibles. Il se résignait à jeter le journal quand un homme vint s'asseoir à côté de lui. Cinquante ans bien sonnés, les yeux ternes derrière les verres embués de ses lunettes, les cheveux clairsemés et la barbe irrégulière, il laça ses chaussures bon marché puis rompit le silence, de cette voix de rogomme qui avait le don de stresser Artus :
— Au cas où la production cherche à me joindre, se justifia-t-il en montrant les oreillettes reliées à son portable. On tourne une mini-série pour Équinoxe, une connerie ésotérique à la Da Vinci Code, avec l'Église et tout le bataclan, vous voyez le genre. La mairie nous a autorisé trois jours de tournage dans le quartier, pas un de plus.
Milot soupira de lassitude.
— Votre vie, il n'y a que vous qu'elle intéresse, Roger.
— C'était juste histoire de détendre l'atmosphère.
— On n'est pas amis et on ne risque pas de le devenir.
Sans le regarder, Artus tendit la main vers lui.
— Vous l'avez ?
L'autre acquiesça et prit l'enveloppe en papier kraft posée sur la marche, de son côté.
— Ça n'a pas été facile.
Artus la lui arracha des mains et l'ouvrit avec des gestes saccadés. Ses doigts tremblaient, des gouttes de sueur perlaient sur son front. Remarquant qu'il était dans un état second, Roger préféra lui épargner ses commentaires. Après avoir vérifié le contenu de l'enveloppe, Milot la referma d'un air satisfait. Comme il ne se décidait pas à aborder le sujet, Roger déglutit et se lança :
— Et notre arrangement ?
Pour la première fois, Artus planta son regard dans le sien. Roger déchiffra dans ses yeux le mépris qu'il lui inspirait et se sentit minable. Milot tira une liasse de billets de la poche intérieure de son imper et la lui remit.
— Huit cents euros, comme convenu.
Roger s'empressa de glisser l'argent dans la poche de sa veste.
— J'ai bien connu Lucie, continua-t-il. Elle était douée, elle aurait fini par réussir si...
Il se tut, mal à l'aise. Son émotion semblait sincère.
— À l'époque, j'étais perchman sur L'Imposteur. Les gens ne savent pas à quel point ce job est dur et ingrat. J'ai arrêté avant d'avoir le dos et les bras en miettes.
Artus se leva, prêt à partir.
— Dites ce que vous avez à dire, qu'on en finisse.
Roger se redressa à son tour.
- J'ignore pourquoi vous vous intéressez à elle, mais j'ai cinquante-neuf ans, et même si vous pensez que je suis un paysan ou un tocard, il y a au moins une chose que la vie m'a apprise.
Il prit sur lui d'affronter le regard de Milot.
- Le passé, c'est comme les morts, faut le laisser reposer en paix.
Le ballon de basket vint heurter la marche sur laquelle ils se tenaient, sonnant le glas de l'entrevue. Roger s'éloigna d'un pas pressé. Artus descendit l'escalier, ramassa le ballon et le lança aux jeunes. Puis il traversa le parvis des Olympiades, en direction de sa voiture stationnée avenue de Choisy.
Une fois dans la Ford, il ne put résister à la tentation de rouvrir l'enveloppe. Il en sortit les pages manuscrites d'un script. Sur la première, il était écrit au stylo bille noir :

L'Imposteur

Scénario et dialogues de Lucie Drax

Ému, il passa un doigt sur chaque lettre. Après tant d'années de recherches, il avait enfin le mobile. Il ne lui restait plus qu'à trouver la preuve. Tandis qu'il lisait la séquence d'ouverture du script, son portable vibra sur le tableau de bord. Il le saisit, identifia le numéro qui s'affichait sur l'écran avant de répondre.
— J'écoute, dit-il d'un ton las. Oui, Ève, je t'entends... Où ça ?
Surpris, il écarquilla les yeux et releva le buste, envoyant valser les feuilles sur le plancher de la voiture.
— Tu peux répéter l'adresse ? OK, j'arrive.
Il raccrocha, croisant son reflet dans le rétroviseur intérieur.
Il souriait comme un enfant.