La survivante
La survivante
Marie-Paule McInnis
352 pages
Couverture souple
Réf : 571098
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Epuisé
Peut-on survivre à l'innommable ?
Résumé
Dès treize ans, la vie de Marie-Paule n'est qu'une suite de tragédies. Pourtant, confiante en la vie, elle choisit un homme... et le cauchemar va crescendo : harcèlement, manipulation, menaces. Elle s'enfuit, puis revient... puis se libère enfin de son emprise... Mais le pire est au bout du chemin : il tue ses propres enfants... 
Le coup de coeur d'Anna Gavalda
« On lit ce genre d'entrefilet à la page des faits-divers, on se dit que non, ce n'est pas possible, et puis si... une femme a vécu cet enfer et elle le raconte. »

Anna Gavalda
Pourquoi on l'a choisi
On reste sans voix. En hommage à ses fils, Marie-Paule raconte avec franchise et lucidité le cycle infernal de la violence conjugale, aux frontières de la folie. C'est pourtant dans l'amour qu'elle puisera les forces de sa reconstruction.
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Moyenne des avis :Les avis des internautesNombre d'avis :8
MARC
Le 21 septembre 2010
Poignant
Nous avons du mal à nous dire que cette femme a vraiment vécu toutes ces horreurs, ce livre est poignant et inoubliable. Elle a beaucoup de courage et je lui souhaite bonne chance. N'ayez aucune hésitation à acheter ce livre.
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Remarque de Ludivine Davy du 30/10/10
Un livre juste bouleversant. A lire absolument.
Remarque de leslie fiche du 17/04/11
A lire absolument une histoire incroyable et poignante avant tout.
fred22
Le 14 novembre 2010
Emouvant
Ce livre est un des meilleurs que j'ai lu, sur des faits réels. Je le recommande sans hésitation.
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aline25
Le 02 janvier 2011
Incroyable
Et dire qu un être humain peut survivre à toutes ces horreurs ! Cette femme a un courage exceptionnel, et beaucoup de mérite. Je recommande ce livre émouvant et poignant à tout le monde. Un livre dont ceux qui l'ont lu et le liront se souviendront longtemps.
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Le 15 avril 2011
"On reste sans voix"
Je ne peux pas trouver un terme exact pour décrire ce témoignage ! Je n'arrive toujours pas à croire qu'une femme puisse vivre autant de malheur dans sa vie !! On peut mieux aussi comprendre l'enfer de ces femmes qui vivent au quotidien les violences conjugales !!! Comment sortir de cette prison ? Elle y est arrivée mais à quel prix ? L'amour l'a sauvée enfin !!! A lire absolument !! J'ai vraiment été plongée dans son histoire !!! Livre extraordinaire d'une femme COURAGE !!! Julie,22ans
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Pochet Thierry
Le 26 février 2011
Tellement dramatique
Je n'ai jamais lu un témoignage aussi poignant, blessant, et inimaginable... C'est à se demander comment cette femme parvient à rester en vie... Elle est d'un courage et d'une force inégalable. Il va rester gravé dans ma mémoire pour très longtemps.
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TASASO
Le 20 mai 2011
Un récit bouleversant qui donne à réfléchir
Histoire émouvante certes, qui montre à quel point la victime de violences conjuguales ne peut plus être objective vis-à-vis de son tortionnaire. La spirale de l'horreur absolue, puisque infanticide. A ne pas mettre dans les mains de personnes sensibles.
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lolomina
Le 18 mars 2012
je suis rétissante
Je voulais lire ce livre, mais j'ai sauté des chapitres, car je ne peux croire qu'avec une famille comme la sienne elle n'est pu s'en sortir avant le drame de ce cauchemar. Je peux le dire plus franchement, dans les années 1970, ce fut mon cas le drame de Cestas vous souvenez vous, mon mari a voulu faire pareil. J'ai réussi à partir avec mes 3 garçons et je n'avais pas de famille pour m'aider moi donc.
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Minimoi
Le 23 mars 2012
Frissonnant !
J'ai lu ce livre en seulement une semaine, il est passionnant et parfaitement écrit. Des frissons parcourent votre corps à chaque page lue. Une histoire vraie qui laisse réfléchir et que l'on garde en mémoire. Je le conseille mais âmes sensibles s'abstenir.
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Marie-Paule McInnis est née en mai 1964 en Gaspésie, d'une mère au foyer et d'un père cheminot. Elle est la cadette de quatre enfants.
Depuis la mort de ses fils, elle est entrée à l'Université du Québec à Chicoutimi, où elle a obtenu un diplôme en psychologie puis un certificat en réadaptation sociale. Aujourd'hui, elle travaille au Centre féminin du Saguenay, et son livre est une main tendue à toutes les femmes qui souffrent.

« À toutes les victimes, ne nourrissez jamais l'espoir que les choses peuvent changer si aucune aide ne vous est apportée. »
Extrait

1

Trop brève enfance


Un village de la Gaspésie, 31 mai 1964. Me voici, poupon de sept livres et demie, joli, me dira-t-on plus tard...
Bien que ma naissance n'ait pas été planifiée, je faisais tout de même la fierté de mes parents. Mon père était celui des deux qui se trouvait le plus surpris de ma venue, puisqu'il avait déjà atteint l'âge de quarante-six ans lorsque ma mère lui avait annoncé la nouvelle de sa grossesse. Ma mère, elle, était encore une jeune femme de trente-deux ans. J'étais la benjamine d'une famille de trois enfants. Deux autres filles, Marjolaine et Jacinthe, aussi espiègles que moi, m'avaient précédée. Dix années me séparaient de l'aînée, mais je n'avais que deux ans de moins que la cadette.
Nous formions une petite famille unie. Nos parents s'aimaient beaucoup et, surtout, ils nous adoraient. Ils étaient natifs de la Gaspésie. Mon père était un travailleur acharné. Il gagnait sa vie depuis son jeune âge avec mon grand-père paternel en œuvrant pour la compagnie du chemin de fer, le Canadian National, où il était cheminot. Son travail nous procurait une vie stable et une bonne position sociale pour cette époque.
Nous habitions une grande maison à deux étages que papa avait achetée à un médecin à la retraite. Nous profitions également d'un grand parterre orné d'arbres gigantesques qui bordaient la longue entrée ; la mer, à quelques mètres de la cour arrière, nous berçait du chant de ses vagues. C'était un lieu paradisiaque.
Trois ans après ma naissance, la famille s'agrandit à nouveau quand mes parents prirent en charge un garçon de quatre ans prénommé Charles. À vrai dire, ils n'avaient pas l'intention d'adopter un enfant, mais Charles était issu d'une famille éclatée et, comme il se promenait d'un foyer d'accueil à un autre, papa et maman prirent l'initiative de lui offrir une demeure stable. De prime abord, j'étais très jalouse de cet intrus, mais nous avons rapidement tissé des liens très serrés.
Mon milieu familial n'était pas parfait, mais je m'y plaisais bien. Ma mère, douce et merveilleuse, demeurait au foyer et, pendant toute notre enfance, elle nous a consacré tout son temps. Mes souvenirs de cette époque sont illuminés par sa présence constante et réconfortante, aussi bien que par son dévouement infatigable. Cuisinière hors pair, elle préparait pour nous des repas dont l'odeur alléchante nous accueillait au retour de l'école. L'arôme que dégageait son pain de ménage durant la cuisson me monte encore au nez lorsque j'y pense.
Elle débordait de qualités, mais ses mérites se doublaient d'une faiblesse : elle était totalement dépendante de nous. À ce chapitre, mon père n'était pas moins fragile qu'elle et il ne l'a pas aidée à surmonter ce travers. En fait, le but principal de mes parents était de nous garder le plus longtemps possible à leurs côtés. Maman était vraiment terrifiée à l'idée d'être loin de nous. Or, les universités n'existaient pas dans notre région éloignée, de sorte que, pour entreprendre des études supérieures, il fallait s'exiler dans les grandes villes. Aussi nous encourageait-elle constamment à faire ce qu'elle appelait, dans son jargon à elle, « des petits métiers », pour lesquels la formation était disponible dans les écoles du village.
Mais ces cours ne répondaient pas à mes attentes et à l'idée que je m'étais faite de mon avenir. Déter¬minée et fonceuse, j'étais bonne en classe et, dès mon entrée à l'école, j'avais déjà beaucoup d'ambition. J'aspirais à faire de « grandes études », comme on disait. Non pas que je dédaignasse le parcours professionnel de mes parents, mais je voulais élargir mes horizons en relevant de nombreux défis.
Heureusement pour ma mère, l'admission à des programmes universitaires n'était pas vraiment encouragée à cette époque, surtout chez les filles. Sa conception était donc assez proche de celle qui avait cours à ce moment-là, surtout dans sa génération. Elle s'attendait à ce que nous suivions son parcours, en devenant femmes au foyer, en élevant des enfants et en laissant au conjoint le rôle de subvenir aux besoins matériels de la famille. Il n'empêche que chez les jeunes les idées évoluaient, et je continuais à nourrir mes rêves, malgré ce qu'elle pouvait me dire pour m'en dissuader.
Mes parents n'étaient pas des intellectuels. Ils étaient les aînés de leur famille respective et ils avaient dû quitter l'école très tôt pour assurer le soutien matériel requis par une nombreuse progéniture. Tous deux durs à la tâche, ils nous transmettaient leurs valeurs basées sur la simplicité volontaire. Chez nous, chacun faisait son petit train-train et personne n'était poussé à atteindre des objectifs grandioses.
Par contre, des principes moraux et religieux rigides ont imprégné notre enfance. Pour le reste, trouver un bon parti, élever des enfants et prier le Seigneur, c'étaient là les idéaux qu'on nous invitait à poursuivre. Je crois que de nous imaginer loin d'eux était plus insupportable à nos parents que de nous voir renoncer à des études avancées.
En dépit de leur anxiété, qui parfois m'étouffait, ils étaient très sensibles et aimants. Je revois encore, par exemple, les grands yeux bleus de mon père baignés de larmes, qu'il laissait couler sans retenue lorsqu'il nous racontait la perte de ses deux sœurs emportées par la maladie, ou bien lorsqu'il disait à ma mère de prendre soin de nous et de nous protéger lorsqu'il ne serait plus là. Mon père a toujours été convaincu qu'il décéderait le premier, sans doute à cause de sa différence d'âge avec ma mère. Elle n'appréciait pas entendre de tels propos, qui attisaient ses inquiétudes quant à la santé de son mari et surtout au sujet de l'intégrité de la famille. Elle les disait sans fondement et répliquait :
— Qui t'assure que tu partiras avant moi ?
Avec conviction, il rétorquait :
— Je le sais et n'oublie pas : fais attention à mes filles quand je ne serai plus là.
Dans notre crainte de voir cette prophétie se réaliser, mes sœurs et moi refusions de prendre notre père au sérieux.
Mais j'étais touchée par sa force et sa sensibilité. Je contemplais avec émoi son visage mouillé de pleurs qu'il ne cherchait absolument pas à cacher, surtout quand quelques bières accompagnaient son chagrin. Nos parents nous ont toujours enseigné à exprimer nos émotions, à être près des autres, à être disponibles et bienveillants. Nos longues heures de discussion devant une tasse de thé, après chaque repas, rendaient ces instants inoubliables. Chacun faisait le bilan de sa journée, bonne ou mauvaise.
Ainsi, la majeure partie de mon enfance fut merveilleuse. Nos parents nous ont certainement couvés. Ils ont freiné nos désirs de nous envoler du nid familial, et cela a sans doute eu un effet négatif sur notre processus de maturation et sur le développement de notre autonomie. Mais, même avec un certain recul, je ne peux évaluer les coûts ou les bénéfices de cette dépendance. Par contre, ce qui est clair pour moi et qui retient surtout mon attention, c'est que mes jeunes années ont baigné dans l'amour et ont été remplies de doux moments.



2

La fatalité frappe en traître


Le matin du 10 avril 1977, c'était Pâques et je m'étais levée très tôt, aiguillonnée par l'envie que j'avais de goûter la grosse poule en chocolat qui m'attendait sur une tablette du frigo depuis trois jours et me faisait saliver chaque fois que j'en ouvrais la porte. Tout était calme dans la maison. Mes sœurs et mon frère adoptif avaient quitté le domicile pour passer la journée à l'aréna où se déroulait un tournoi de hockey régional. Ma mère, encore au lit, faisait la grasse matinée, alors que mon père se berçait dans la cuisine. Il m'accueillit chaleureusement lorsque j'arrivai encore tout endormie dans la pièce.
C'était une journée plutôt ordinaire qui commençait pour moi. Je n'avais rien à faire si ce n'est d'assister à la cérémonie religieuse, ce à quoi mes parents m'obligeaient en ce jour de Pâques.
Mon père et moi eûmes une brève discussion au sujet de l'énorme morceau de chocolat que je venais d'entamer pour mon petit déjeuner. Il me conseillait fortement de prendre quelque chose de plus nourrissant d'abord. Déçue, je remis à plus tard la dégustation de cette irrésistible friandise. Je trouvais ses exigences très ennuyeuses, à cette époque.
Au cours de notre discussion, je remarquai qu'il passait souvent les mains sur son visage comme si une chaleur insupportable l'incommodait.
— Ça va, papa ?
Plutôt que de répondre à ma question, il me demanda :
— Voudrais-tu aller chercher mes cigarettes sur la table de chevet de ma chambre ? J'ai un peu mal à l'estomac.
Je courus à l'étage pour revenir avant que les rôties ne s'éjectent du grille-pain. Il était toujours assis dans la chaise berçante. Je lui remis son paquet de cigarettes en lui jetant un bref coup d'œil pour me rassurer sur son état. Tout semblait aller, à part la moiteur excessive de son front blême qui m'inquiétait un peu. Je regagnai le comptoir de la cuisine pour engloutir mes rôties au beurre d'arachide, dans la hâte que j'avais de revenir au véritable objet de ma convoitise.
La dernière bouchée roulait encore entre mes dents lorsque j'entendis un gros soupir. Saisie, je me retournai vivement. À mon grand étonnement, mon père avait la tête appuyée de tout son poids sur son épaule. Je m'écriai :
— Papa ! Papa ! Réponds-moi !
Mais il ne bougea pas. Instinctivement, je repoussai violemment ma chaise pour lui porter secours.
Mon premier réflexe fut de lui ôter en vitesse la cigarette qui fumait encore entre ses doigts. Je ne cessais de répéter ma supplication :
— Papa ! Papa ! Papa ! Réponds-moi !
Énervée, je tapotais son visage en continuant de crier, mais mes efforts répétés ne suscitaient aucune réaction. L'angoisse m'envahissait. Impuissante, je me mis à hurler à pleins poumons pour que ma mère me vienne en aide :
— Maman ! Maman ! Maman !
Effrayée par mes cris de détresse, elle arriva en dévalant l'escalier plusieurs marches à la fois.
— Qu'est-ce que tu as, Marie ? Mais dis-moi ce que tu as ! criait-elle d'une voix apeurée.
Dans mon affolement, j'avais le souffle coupé et je n'arrivais pas à lui répondre. Elle comprit bientôt mon désespoir en constatant à son tour l'inertie de mon père.
— Oh, mon Dieu ! Oh, mon Dieu ! Ah non !
Elle répétait sans cesse ces paroles en lui donnant à son tour de petites tapes sur la joue.
— Israël ! Réponds-moi ! Israël !
Je priais intérieurement, pendant qu'elle répétait ses manœuvres et ses appels. J'étais folle de détresse à l'idée qu'il ne se remette pas. Mais il ne répondit jamais...
J'étais abasourdie par cette scène terrifiante. Je restais là, debout auprès de lui, clouée sur place, pendant que ma mère courait dans tous les sens sans savoir quoi faire. Naturellement, dans son grand désarroi, elle ne m'accordait aucune attention ; la panique l'avait submergée elle aussi et elle en avait oublié ma présence. Je l'entendais soupirer. Elle faisait les cent pas dans la cuisine en attendant l'aide de ses frères qu'elle avait appelés.
Moi, malgré toutes les preuves que j'avais sous les yeux, je ne pouvais croire à la mort de mon père et je continuais à nourrir mon espoir de le ranimer. Je demeurais à ses côtés en lui tenant la main et en le fixant. Il allait rouvrir les yeux et me sourire, ça ne pouvait être vrai. Mais ni mes prières ni mes espérances ne furent exaucées.
Mon père était décédé pratiquement dans mes bras, foudroyé par une crise cardiaque. Pour la première fois de ma vie, je prenais conscience que la mort était une réalité inéluctable et que rien ni personne n'y pouvait quoi que ce soit. Pas même Dieu, puisqu'il ne semblait pas avoir entendu mes suppliques. J'allais bientôt avoir treize ans et, jusqu'à ce jour, la mort n'avait jamais effleuré mon esprit. Brutalement, je devais l'apprivoiser en ce matin funeste. Je me serais bien passée de son apparition troublante. J'étais trop jeune encore pour faire face à une telle réalité. Mais il faut croire que la ligne de mon destin ne l'entendait pas ainsi. J'étais à l'aube de l'adolescence et j'avais plus que jamais besoin de la présence de mon père.
Ce 10 avril 1977, j'ai subi le premier traumatisme de ma vie, cette vie qui allait en comporter bien d'autres. Pour la première fois, je comprenais ce qu'on entendait par impuissance.
Je n'ai pas mangé mon chocolat. Depuis, la fête de Pâques me traumatise invariablement et les gâteries pascales n'ont plus jamais eu la même signification pour moi. Ce jour en a toujours été un de commémoration : c'est le rappel de la mort subite de mon père, un événement qui, en dépit de ma volonté et de ce que mes parents m'ont toujours enseigné, occulte la résurrection du Christ.

Dans les mois qui ont suivi ces événements, la présence de mon père m'a manqué de façon insupportable. J'essayais de trouver un sens à sa mort, sans parvenir, bien entendu, à résoudre cette énigme.
Je ne comprenais pas et ma frustration ne trouvait aucune échappatoire. Dans ma jeune conscience, je cherchais des explications sensées à cette tragédie. Mais mes questions existentielles sur la vie, la mort ou la souffrance demeuraient sans réponse. J'avais été punie, me semblait-il, mais de quoi ?
J'étais hantée par ce souvenir atroce et je n'arrivais pas à reprendre mon souffle. Même mes sorties les plus distrayantes n'arrivaient pas à chasser le nuage de tristesse qui s'étendait sur ma vie et qui m'empêchait de voir le soleil.
Les moments les plus pénibles étaient ceux où ma mère dressait la table pour les repas, alors que s'imposait la place vide de mon père. Le noyau familial était brisé et, pour moi, rien n'était plus pareil. Les discussions interminables que nous tenions en buvant notre thé après les repas n'avaient plus la même portée ni le même intérêt. Claustrée dans le silence, je souffrais éperdument et je faisais dans ma chair l'expérience pénible de la perte définitive d'un être important pour moi.
Si beaucoup de mes questions demeuraient obstinément sans réponse, je comprenais cependant que ce n'est pas nous qui décidons seuls de notre sort, que certains événements modulent notre existence. Auparavant, j'avais l'impression que la mort n'existait que pour les autres ; j'avais été tirée abruptement de ma naïveté.
Le temps finit tout de même par atténuer l'acuité de mon deuil. La planète impassible continuait de tourner et, logiquement, j'étais consciente que je devais continuer ma route et cesser d'avoir peur du lendemain.