Betty et ses filles
Betty et ses filles
Cathleen Schine
410 pages
Couverture cartonnée
Réf : 570141
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Au lieu de 20,00  (prix public)
Résumé
Fraîchement divorcée après... cinquante ans de mariage, l’honorable Betty Weissmann trouve refuge à Westport, en bord de mer. Bientôt, ses filles l’y rejoignent, chacune apportant avec elle ses soucis. Agent littéraire, Miranda se débat dans des procès ; quant à Annie, elle croule sous les dettes. C’est alors que l’amour surgit, entraînant son lot de délicieuses complications.
Le coup de coeur d'Anna Gavalda
« Comment fait-on quand on est plaquée à 70 ans et que l’on doit revivre avec ses filles qui ont presque l’âge d’être grands-mères à leur tour ? Ça doit pas mal swinguer à Westport… »

Anna Gavalda
Moyenne des avis :Les avis des internautesNombre d'avis :3
lolo38
Le 22 août 2010
La vie, décidément pas une "partie de campagne"
J'ai quasiment lu d'un trait cette belle histoire, toute en tendresse et en émotion. Je ne pense pas, par contre, qu'on puisse la qualifier d'hilarante, même si le récit ne manque pas d'humour et même de fantaisie. Le style est plein de délicatesse, et personnellement j'ai apprécié les références littéraires égrenées tout au long de l'histoire. La fin est très émouvante - peut-être un peu trop ? - et laisse à l'esprit un peu de mélancolie. Mais c'est un beau moment de lecture.
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CamilleW
Le 27 juillet 2011
Pas d'un grand intérêt
J'ai lu ce livre sans faire de longue pause, voulant savoir la fin, mais je n'ai pas été convaincue par la sensibilité que l'auteur souhaite transmettre. Je le trouve sans grand intérêt, si ce n'est pour faire passer le temps, se détendre après une longue journée.
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Le 10 octobre 2011
Assez décevant !
Assez déçue par ce roman qui présentait des critiques positives et une référence sur la talentueuse Jane Austen. Ce livre manque de piquant, de sarcasme, d'humour et ce malgré les personnalités des personnages qui étaient elles intéressantes. La référence à Jane Austen n'est méritée que par la ressemblance de l'histoire (Raison et sentiment) non pas pour le talent de l'écriture. Dommage !!
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Originaire du Connecticut, Cathleen Schine obtient son diplôme d'Histoire médiévale à l'Université de Chicago, avant d'exercer ses talents de journaliste dans les colonnes du New Yorker et du New York Times Sunday Magazine, entre autres publications.
Elle est l'auteur de best-sellers internationaux dont certains ont donné lieu à des films, comme Les Folies de Margaret (Rameau's Niece, 1993) et Destinataire inconnu (The Love Letter, 1995). Après Rencontres à Manhattan en 2008, Betty et ses filles est son septième roman.
Cathleen Schine partage aujourd'hui son temps entre New York et la Californie.
Lu dans la presse
« Hilarante et tendre, cette histoire de deux sœurs et de leur mère — chacune se souciant sincèrement mais imparfaitement des autres durant une période troublée — est absolument merveilleuse. Vous aurez hâte de tourner chaque page, en même temps que vous souhaiterez lire lentement pour savourer les délices de sensibilité de l'auteur. D'une manière ou d'une autre, vite ou lentement, ce livre réchauffera votre cœur. »

Elizabeth Strout,
lauréate du Prix Pulitzer
pour Olive Kitteridge


« Un bel hommage à Jane Austen : pétillante satire sociale, esprit mordant, charme délicat, écriture rythmée et mélodieuse... »

The New York Times Book Review
Extrait

1

Lorsque Joseph Weissmann divorça de sa femme, il avait soixante-dix-huit ans, et elle, soixante-quinze. Il l'informa de sa décision dans la cuisine de leur spacieux appartement, au dixième étage d'un immeuble de Central Park West construit au début du siècle dernier. Les carreaux blancs d'origine miroitaient encore sur les murs autour d'eux. Joseph, connu de ses collègues sous le nom de Joe mais toujours appelé Joseph par son épouse, prononça les mots « différences incompatibles » et perçut du désarroi dans les yeux de sa femme.
— Des différences incompatibles ? dit-elle. Bien sûr qu'il y a des différences incompatibles. Mais quel rapport avec le divorce ?
Dans le cas de Joe, cela n'avait que fort peu à voir avec le divorce. Dans le cas de Joe, comme souvent, la raison du divorce était une femme. Cependant, et ceci n'a rien de surprenant, l'existence de cette femme ne fut pas la raison qu'il invoqua devant son épouse.
Des différences incompatibles ?
Betty ne s'y attendait pas. Ils étaient mariés depuis quarante-huit ans. Habituée à Joseph, elle était sûre que Joseph était habitué à elle. Mais rien ne le ferait changer d'avis. Pour lui, leur histoire était désormais de l'histoire ancienne.
Joseph avait été bel homme. Aujourd'hui encore, il se tenait droit comme un I ; son crâne chauve paraissait en quelque sorte plus élégant que dégarni — les hommes, les hommes importants, donnaient l'impression de devoir évoluer vers une calvitie aussi lisse que brillante. Son nez fin s'avançait d'un air d'importance. Avec l'âge, ses paupières s'étaient plissées autour de ses yeux étroits, comme pour protéger des secrets. Les femmes l'aimaient. Betty l'avait sans doute aimé, autrefois. Il était calme, discret, et n'avait guère besoin que d'un solide petit déjeuner avant de se rendre à son travail, d'un solide verre de scotch à son retour et d'un dîner léger, frugal, à 19 h 30 précises.
Cependant, avec les années, Betty se mit à oublier qu'elle aimait Joseph. Le solide petit déjeuner lui sembla grotesque, l'alcool obsessionnel, le souper frugal affecté. Cela se produisit pendant la troisième décennie de leur vie conjugale et perdura jusqu'à la décennie suivante. Puis, comme Betty put le constater, les rituels de Joseph acquirent peu à peu un rythme rassurant, tel le battement du cœur maternel pour un nouveau-né. Betty se sentit de nouveau satisfaite, amoureuse même. Ils voyagèrent en Toscane, dans les collines de Chianti où ils contemplèrent les vols d'hirondelles et l'avancée rapide de nuages gris ardoise, ils prirent un bateau pour explorer les fjords de Norvège, un autre pour visiter les Galapagos, ils traversèrent l'Inde de palais en palais, à bord d'un train, imaginant le Raj de jadis et dégustant des currys aux saveurs délicates. Tout cela, ils le firent ensemble. Et maintenant tout cela prenait fin.
— Des différences incompatibles, dit Joe.
— Joseph, quel rapport avec le divorce ?
— Je saurai me montrer généreux, ajouta-t-il.
Généreux ? songea-t-elle. Comme envers une bonne que l'on congédie ? Allait-il lui offrir deux mois de gages ?
— Tu ne peux pas être généreux avec ce qui m'appartient, répondit-elle.
Et le divorce, tel un cheval de course sur un terrain boueux, les flancs écumants, prit le départ.

La différence incompatible de Joe se nommait Felicity, encore que, affirmant ne pouvoir se souvenir de son prénom, Betty l'appelât parfois Pleurisy1, ou plus souvent Duplicity. Mais cela eut lieu plus tard, après que Betty eut cédé l'appartement de Central Park West. Durant les négociations qui aboutirent à ce déménagement, Betty et ses filles en furent réduites à des spéculations, conjectures et soupçons quant à l'existence d'une Felicity qui ne leur avait pas été officiellement présentée.
— Je me montrerai généreux envers mon épouse, dit Joe à Felicity. Après tout, j'ai passé près de cinquante années de ma vie avec cette femme.
À ces mots, « mon épouse », Felicity le dévisagea mais il ne s'en aperçut pas, car, lorsqu'il énonça le chiffre « cinquante », il se sentit troublé, attristé. Cela représentait plus de la moitié de son existence. Que faisait-il donc ? Il était trop vieux pour tout recommencer à neuf. Mais quand le mot « vieux » lui traversa l'esprit, cette lourde et lugubre syllabe étant suivie de si près par le mot « neuf », ses doutes se dissipèrent et il lança le mot « femme » comme si Betty eût été une quelconque caissière à un péage d'autoroute, une inconnue tendant une main non manucurée, et le regard de Felicity s'adoucit.
— Bien sûr que tu seras généreux, dit-elle. Tu es un homme généreux. Tout ce que tu feras sera généreux, Joe.
Elle lui saisit la main pour y déposer un baiser.
— Et je t'aiderai, Joe. Je t'aiderai à être généreux.
— Naturellement, je lui fais cadeau de l'appartement. Ce n'est que justice. Nous y avons vécu toute notre vie. Elle s'y est tellement consacrée... C'est son bébé.
Felicity avait vu l'appartement. Dans un magazine. Il irradiait le charme rassurant du Vieux Monde. Du moins à en croire le magazine. Aux yeux de Felicity, c'était simplement vaste et opulent, encore que les différentes nuances d'ivoire eussent gagné à être relevées par une petite touche de couleur et que quelques meubles eussent l'air un peu vétustes, qu'ils fussent anciens ou non. Elle aurait aimé habiter dans un tel appartement. Pourtant, elle répondit :
— Naturellement.
Pensive, elle considéra Joe, assis sur son canapé, chez elle, dans son salon, endroit fort respectable, aux Lincoln Towers, qui avait jadis vue sur l'Hudson.
Elle se leva et contempla par la fenêtre les Trump Towers qui obstruaient maintenant l'horizon.
— Tu as acheté cet appartement pour une bouchée de pain, n'est-ce pas ? demanda-t-elle.
— En effet, dit Joe avec un sourire. Nous n'avons jamais manqué une seule mensualité, d'ailleurs.
— Ou plutôt, tu n'as jamais manqué une seule mensualité.
— C'est exact.
— Prélevée sur ton salaire ?
— Bien sûr : quel autre salaire... ? Betty n'a jamais travaillé une seule journée. Elle n'en a pas eu besoin. Mais tout cela, tu le sais.
Felicity savait, elle qui, justement, avait travaillé de nombreuses journées.
— Mais c'est l'argent de Betty qui a servi pour l'acompte, ajouta-t-il dans un souci d'équité.
— Une bouchée de pain, répéta Felicity. C'est toi-même qui l'as dit.
Joe réfléchit à la question.
— Oui, dit-il. Cinq mille dollars comptant. Tu imagines ?
— Et maintenant, ça vaut combien ? Trois millions ?
— Au moins, oui.
Felicity garda le silence, laissant le sous-entendu se frayer un chemin.
— Pour cinq mille dollars, quel retour sur investissement, tu ne trouves pas ? lâcha-t-il.
— Ça doit coûter une fortune à entretenir.
Joe acquiesça.
— Quelle charge, cette énorme baraque ! s'exclama Felicity. Pauvre Betty. Je ne l'envie pas. À son âge...
— Il va falloir qu'elle se restreigne, dit Joe. Nous pourrions vendre l'appartement, elle récupérerait sa part et s'achèterait quelque chose d'un peu mieux adapté.
— Joe, tu es d'une grande générosité. Et d'une grande abnégation, aussi.
Il la scruta, déconcerté. Il se savait généreux, il savait qu'il se sacrifiait mais, l'espace d'un instant, il eut du mal à saisir en quoi le fait de prendre la moitié des parts, plutôt que rien, correspondait à cette description. Puis Felicity s'écria, alarmée :
—  :Mais les impôts ? Il ne va pas rester grand-chose de la vente après les taxes. Pauvre Betty.
S'apercevant qu'il était 18 heures, elle lui prépara son verre.
— Ce sera un fardeau pour elle, bien plus que pour toi. Tu as droit à tellement de déductions... Mais pas elle. Puisqu'elle ne travaille pas.
Joe n'était pas idiot et il aimait à se voir comme quelqu'un de généreux, mais il appréciait ce vaste appartement que Betty avait su rendre si confortable pour lui, et il aimait Felicity. À l'évidence, songea-t-il, l'entretien de l'appartement représenterait une charge excessive pour Betty. Comment avait-il pu se montrer si inconséquent, si insensible ?
— À son âge, répéta Felicity dans un murmure, comme si elle avait lu dans ses pensées.
L'appartement s'avérait tout indiqué pour lui et Felicity. Elle était jeune, énergique. Il n'était plus ni l'un ni l'autre mais il s'était habitué à ce lieu. Était-il juste qu'il fût chassé de son propre foyer à seule fin d'enrichir le gouvernement ? Non, assurément. Avec les taxes, Betty courrait à la ruine. C'eût été cruel.
Ainsi en fut-il décidé. Par générosité, Joe garderait l'appartement.


1. Pleurésie. (Sauf mention contraire, toutes les notes sont de la traductrice.)