Les ailes de l'ange
Les ailes de l'ange
Jenny Wingfield
448 pages
Couverture cartonnée
Réf : 566357
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Prix public*
Disponible
La fin de l'innocence dans les yeux d'un ange
Résumé
Dans l'Arkansas des années 1950, Swan, enfant espiègle et malicieuse de onze ans, se lie d’amitié avec Blade, un petit garçon maltraité par son père, un homme dur et violent. Lorsqu’elle réalise qu’il est en danger, elle décide de le protéger envers et contre tous. Parviendra-t-elle à mener à bien cette mission qui la met en danger ? Pourra-t-elle, sans se brûler les ailes, faire triompher le bien ?
Pourquoi on l'a choisi
Deux enfants se révoltent contre la cruauté du monde adulte : un premier roman poignant et bouleversant sur les liens familiaux, la perte de l'innocence et la force de l'amitié...
Moyenne des avis :Les avis des internautesNombre d'avis :7
NDC30
Le 02 août 2010
Pas mal +
J'ai lu "Les ailes de l'ange" après "Le voyeur" qui lui est absolument génial ! "Les ailes de l'ange" est pas mal, sympa, voire bien, mais je m'attendais à mieux !
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gege74
Le 29 juillet 2010
Dépaysant
On est tout de suite plongé dans l'atmosphère de cette famille. Tous les personnages sont très émouvants et attachants et l'histoire est poignante. Un très bon moment donc, foncez.
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sikozu
Le 09 septembre 2010
Attachant
Des personnages attachants (surtout Swan), une histoire bouleversante. J'ai passé un agréable moment en lisant ce livre.
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Yuna
Le 22 septembre 2010
Touchant
On pense à une simple histoire de famille au début mais c'est bien plus que cela. Chaque personnage a bien sûr sa propre histoire, tragique ou pas. On s'y attache donc facilement même s'ils ne sont pas tous irréprochables. Mais le plus touchant est la rencontre entre les deux enfants héros du livre. La vie est dure pour le petit garçon mais ensemble ils trouvent la force de vivre et de se battre. Triste par moment mais très touchant. On a envie de savoir comment ils vont s'en sortir.
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Chlorophile
Le 27 décembre 2010
Les ailes de l'Ange, Jenny Wingfield
"Les ailes de l'ange" laisse une drôle impression : au début, on a du mal à entrer dans l'histoire. Le style d'écriture est vieillot, sent la campagne américaine à plein nez, on se sait pas trop quand se situe l'histoire. Celle-ci commence violemment, c'est peut-être un peu dangereux. Puis arrive, Blade, et là, ça marche : on relit tous les évènements, on comprend le pourquoi, le comment. Le sujet n'est pas des plus agréables. Les pensées du Red Ballenger sont dérangeantes, gênantes. Le livre fournit plusieurs passages qu'on aime pas lire, pas parce qu'ils sont mal écrits, mais parce que le sujet est parfois tabou dans notre société (pédophilie, maltraitance...) et appréhendé avec beaucoup d'innocence. Cela dit, l'écriture est très étrange : Swan Lake, a beau être très jeune, elle s'exprime avec un vocabulaire adulte, mais avec des pensées d'enfant. Le mix' laisse une drôle d'impression. Mais Jenny Wingfield écrit très bien, elle ne laisse pas de temps mort, pas de passage trop long... Cependant elle écrit, dans un style un peu démodé, pas vraiment actuel, comme une Mamie, avec beaucoup de tendresse, ce qui reste cependant très agréable. Ce livre est plutôt une bonne surprise et son dénouement est totalement inattendu. Il serait dommage de ne pas lire "Les Ailes de l'Ange" de Jenny Wingfield.
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Falbala27
Le 28 décembre 2010
Touchant
Une histoire magnifique et touchante. Très bien écrit, on a les larmes aux yeux à certains passages. J'ai beaucoup aimé ce livre et ne regrette pas ce choix fait par France Loisirs. A lire =)
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Le 11 mai 2011
Bien
J'ai aimé ce livre qui évade avec des personnages touchants. A lire.
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Jenny Wingfield est journaliste free-lance et scénariste. Elle a, entre autres, écrit le scénario de Un été en Louisiane, le dernier film de Robert Mulligan, et celui de The Outsider avec Naomi Watts.
Les Ailes de l'ange est son premier roman.
Elle vit dans une ferme au Texas entourée de nombreux animaux.
Autres titres de Jenny Wingfield
Extrait

1

Comté de Columbia, Arkansas - 1956

John Moses n'aurait pu choisir plus mal son jour, ni sa façon de mourir, même s'il l'avait prévu longtemps à l'avance. Possible après tout. Avec une tête de mule comme John. Le week-end de la grande réunion de famille se déroulait à merveille — enfin, normalement — quand il s'était avisé de tout gâcher.
La réunion avait lieu le premier dimanche de juin. Forcément : c'était comme ça depuis toujours. Car, la tradition, John Moses était à cheval dessus. Chaque année, sa fille Willadee (elle vivait loin dans le Sud, en Louisiane) lui demandait de changer la date, soit pour le deuxième dimanche de juin, soit pour le premier dimanche de juillet, mais John tenait une réponse toute prête :
— Plutôt brûler en enfer.
Willadee rappelait alors à son père qu'il n'y croyait pas, et John de lui remémorer à son tour que c'était en Dieu qu'il ne croyait pas ; et que, pour l'enfer, la question restait à débattre. À quoi il ajoutait que, le pire, si pareil lieu existait vraiment, ce serait que le mari de Willadee, Samuel Lake, y soit envoyé en même temps que lui, étant donné qu'il était prédicateur... et tout le monde savait que les prédicateurs (surtout les méthodistes, comme Samuel) étaient les plus viles crapules que la terre ait jamais portées.
Willadee ne discutait jamais avec son père, même si elle savait que son mari n'avait rien d'une crapule. Le problème, c'était que la conférence annuelle commençait le premier dimanche de juin. À cette occasion tous les pasteurs méthodistes des quatre coins de l'État apprenaient de la bouche de leur responsable de district quel degré de satisfaction ou de non-satisfaction ils avaient obtenu au cours de l'année écoulée, et s'ils allaient pouvoir rester où ils étaient, ou être obligés de déménager.
Samuel avait l'habitude de s'entendre dire qu'il fallait déménager. Il était de ceux qui prennent leurs semblables à rebrousse-poil. Pas volontairement, s'entend. Il se contentait de faire ce qu'il pensait être juste — se précipiter, par exemple, le dimanche matin au fin fond de nulle part avec sa vieille guimbarde afin de ramasser une flopée de miséreux (de préférence en guenilles et pieds nus) qu'il ramenait en ville pour assister au culte. Encore s'il y avait eu des cultes différents, un pour les pauvres péquenauds et un autre pour les honnêtes citoyens auxquels la coupe et la qualité de leur garde-robe garantissaient sans l'ombre d'un doute l'entrée au paradis. Mais pas du tout. Samuel entretenait cette idée saugrenue que Dieu aimait tout le monde de la même manière. En plus, il prêchait avec une ferveur que certains estimaient excessive, donnant du poing sur son pupitre, souvent pour appuyer des paroles du genre : « Que ceux qui croient répètent après moi AMEN ! » alors que les méthodistes, et il était bien placé pour le savoir, s'efforçaient au contraire de se débarrasser de ces vieilles lunes, non sans mal d'ailleurs, comme vous pouvez le constater.
Toujours est-il que John Moses s'en fichait. Il n'était pas disposé à badiner avec la tradition pour la seule raison que Willadee avait été assez niaise pour épouser un prédicateur.
Bien sûr, à l'époque de leur mariage, Samuel ne prêchait pas encore. C'était un solide gars de la campagne, fort comme un bœuf, et d'une beauté dangereuse. Le cheveu noir et l'œil bleu — d'ascendance galloise et irlandaise. Tout ça pour dire que, lorsque Samuel avait épousé la discrète et fade Willadee Moses, certaines demoiselles du comté de Columbia n'avaient pas quitté la chambre pendant une semaine.
Samuel Lake était magique ; un être tout à la fois merveilleux et terrible, capable des colères les plus noires et de la plus effrayante tendresse, car, lorsque Samuel Lake aimait, il aimait de tout son cœur. Et ce lutin malicieux avait reçu en supplément le don de la musique. Il chantait d'une belle voix de ténor et jouait de la guitare aussi bien que du violon, de la mandoline et de tous les instruments qui pourraient vous venir à l'esprit. Le pays tout entier était sous le charme de Samuel et de ses mélodies.
« Sam Lake a la voix aussi douce que le vent dans les trèfles. »
« Il fait causer les cordes. »
« Il peut les faire parler en langues. »

Chaque été, le lendemain du dernier jour de classe avant les grandes vacances, Samuel et Willadee entassaient les mômes, Noble, Swan et Bienville, dans la voiture et mettaient le cap vers le sud de l'Arkansas.
Le comté de Columbia ressemblait à s'y méprendre au nord de la Louisiane. On aurait dit que Dieu avait créé la région en un seul bloc, et qu'Il avait pris son pied. Il y avait des collines à perte de vue, des arbres gigantesques, des ruisseaux d'eau vive aux fonds sablonneux, des fleurs sauvages, des ciels bleus et de grands nuages floconneux et joufflus suspendus si bas qu'il vous aurait suffi — c'était l'impression qu'on avait — de lever le bras pour en attraper une poignée. Ça, c'était le côté positif. Le moins réjouissant se conjuguait en ronces et graterons et bien d'autres enquiquinements auxquels personne ne prenait garde, le positif pesant en fin de compte plus lourd dans la balance, mille fois plus.
À cause du calendrier méthodiste, Samuel ne parvenait jamais à rester pour la réunion de famille. Il prenait tout juste le temps de déposer Willadee et les enfants, et de tailler une bavette avec ses beaux-parents. Du moins avec Calla, la mère de Willadee. Car dès que son gendre mettait le pied dans la maison, John en sortait en feignant un haut-le-cœur. Calla, elle, trouvait Samuel merveilleux. Une heure plus tard, Samuel embrassait Willadee, en lui tapotant les fesses, au vu et au su de Dieu et de tous les autres. (John, ça ne manquait jamais, prenait la porte, outré.) Puis il serrait ses enfants dans ses bras et leur recommandait de bien s'occuper de leur maman, après quoi il filait à sa conférence. Ah, il disait aussi au revoir à John, mais le vieux ne lui rendait jamais son salut. Il ne pardonnait pas à Samuel d'avoir emmené Willadee en Louisiane, ni à Willadee son départ. Dans son esprit, elle avait eu le tort de ne pas épouser Calvin Furlough, aujourd'hui propriétaire d'une entreprise de carrosserie florissante et d'une meute de chiens de chasse au raton laveur ! Si seulement Willadee avait été gentille, elle serait tombée amoureuse de Calvin, et tout aurait été pour le mieux dans le meilleur des mondes. La plus chérie et la plus douce des enfants de John et Calla aurait habité le voisinage, et servi de bâton de vieillesse à son vieux papa. Et puis, il n'aurait pas été affligé d'une petite-fille appelée Swan Lake1.

Les Moses étaient disséminés aux quatre coins du comté de Columbia. Des Moses, il y en avait partout. John et Calla s'étaient aimés avec volupté et avaient eu sept enfants, quatre fils et trois filles. Tous les sept, sauf Willadee et leur cadet, Walter, mort l'année de ses vingt ans des suites d'un accident du travail à la scierie, vivaient non loin de Magnolia, dans un rayon d'une soixantaine de kilomètres de la vieille ferme.
La « vieille ferme Moses », c'étaient quarante hectares fournissant lait, œufs, viande, légumes, fruits, noisettes et miel. Non sans demander de l'abnégation. La terre ne donnait presque rien à l'œil. Des dépendances édifiées au fil du temps et des besoins par John et ses fils étaient disposées çà et là. Granges, remises, garages, cabanes... En 1956, elles tenaient encore debout, mais penchaient dangereusement. Comme si ces bâtiments, conscients de leur inutilité, avaient été gagnés par une profonde lassitude. Comme s'ils savaient qu'ils avaient perdu toute raison d'être.
La maison principale était une vaste bâtisse à un étage. De construction robuste, bien que ces temps-ci un peu de guingois, elle aussi. Deux âmes pour la soutenir, ce n'était pas beaucoup, surtout après en avoir si longtemps abrité neuf. Cela faisait déjà plusieurs années que John et Calla avaient abandonné les travaux des champs. Calla avait conservé son potager, quelques poules, le reste avait été cédé à la friche. Ils avaient fermé la véranda devant la maison et ouvert une épicerie/station-service. Calla avait fait peindre à John une enseigne, mais comme elle avait hésité entre : Épicerie et Station-service Moses et Pompe à essence et Épicerie Moses, bouillant d'impatience, John l'avait clouée sans plus attendre. On y lisait tout simplement : MOSES.
Chaque matin, au saut du lit, Calla descendait au magasin mettre le café sur le feu. Des fermiers en chemin pour le marché aux bestiaux ou le marchand d'aliments pour bétail s'arrêtaient pour se chauffer les fesses au poêle et siroter le café de Calla. Elle savait s'y prendre avec la clientèle. Elle avait un physique ample, avenant, confortable : avec elle, on se sentait entre de bonnes mains, elle rassurait. Elle n'avait pas besoin de John, pas au magasin du moins. En vérité, John était en train de perdre pied.
John affectionnait la bouteille. Tous les matins pendant trente ans, avant de prendre le chemin de l'étable, il avait arrosé son café de whisky. En hiver pour ne pas prendre froid. En été pour se donner du cœur à l'ouvrage. Et maintenant qu'il ne se levait plus à l'aube pour traire les vaches, il continuait à boire son café arrosé. Il restait assis dans le magasin de Calla, à bavarder avec les habitués. Et une fois les habitués partis vaquer à leurs occupations, John était en général parti tout court. Cela ne plaisait pas tellement à Calla. Elle avait l'habitude d'un mari actif. Elle finit par lui déclarer qu'il avait besoin d'un intérêt dans la vie.
— Mais j'en ai un, et comment donc ! Répliqua-t-il.
À cet instant, Calla fourgonnait dans le poêle à bois : penchée en avant, elle offrait une cible formidablement tentante. John se projeta dans sa direction, bascula sur elle et lui enlaça la taille des deux bras. Prise au dépourvu, elle se brûla la main au tisonnier. D'un vigoureux coup de reins, elle l'envoya bouler.
— Un intérêt qui éviterait que tu sois tout le temps dans mes pattes, rétorqua-t-elle sèchement en portant la brûlure à sa bouche.
— Tu disais jamais ça avant.
Il paraissait vexé. Elle l'avait blessé, regretta-t-elle, mais il se remettrait. Toutes les blessures finissaient par guérir. Presque toutes en tout cas.
— Avant, j'avais même pas le temps de remarquer. T'as rien de mieux à faire que de te rouler dans un lit avec moi ?
Non qu'il déplût à Calla de se rouler dans un lit avec son mari. Au contraire, ça lui plaisait encore plus aujourd'hui qu'hier. Mais pas question d'y passer toute la sainte journée, rien que parce que monsieur n'avait rien de mieux à faire. Alors que le magasin, lui, ne désemplissait pas.
John s'en retourna au comptoir, où il retrouva sa tasse de café. Il s'en versa une autre, et l'arrosa généreusement.
— En effet, il y a quelque chose d'autre qui m'intéresse, annonça-t-il d'un air pincé. Et je vais m'y atteler tout de suite.


1. « Lac des cygnes. » (Toutes les notes sont de la traductrice.)