Accueil Jeunesse Livres 10 ans et plus Mon plan de destruction des pouvoirs de mon petit frère
Mon plan de destruction des pouvoirs de mon petit frère
Mon plan de destruction des pouvoirs de mon petit frère
Mélanie Lafrenière
208 pages
Couverture souple. 13,5 x 19 cm
9 ans et plus
Réf : 539209
Avec ce livre, cumulez 10 Points Club
Au lieu de 13,00  (prix public)
Résumé
Un petit frère pourri gâté qui vous tire les cheveux à la moindre occasion, c’est déjà le pompon ! Mais si, en plus, il s’avère qu’il a des pouvoirs magiques, alors là... Non ! Dans la famille, la sorcellerie, c’est uniquement une affaire de femmes ! Quand au petit déjeuner, mon petit frère a fait voler le sirop d’érable par dessus ma tête, j’ai décidé de mettre en œuvre mon opération "destruction massive", tant pis pour les dégâts collatéraux... Et j’ai de la ressource, vous pouvez me croire, parole de sorcière !  
Les internautes ayant commandé Mon plan de destruction des pouvoirs de mon petit frère ont également choisi
Mélanie Lafrenière est née en 1979 au Canada. Elle a exercé des métiers aussi variés que professeur d'anglais, traductrice ou libraire. Après avoir voyagé dans le monde entier, elle habite Bordeaux avec ses deux chats noirs.
Extrait

1

Comment j'apprends que mon petit frère est un sorcier

Non ! NOOONNNN ! Je ne peux pas le croire ! C'est impossible ! Je viens d'apprendre une chose horrible ! C'est affreux, monstrueux, répugnant, absolument épouvantable ! Pourquoi est-ce que ça m'arrive à moi ?
J'ai envie de déchirer mon grimoire en mille morceaux, de jeter mon balai par la fenêtre ou, je ne sais pas moi, de transformer mon petit frère en citrouille d'Halloween ! Tiens, il ferait sûrement une très belle citrouille, bien orange. Je la poserais sur la table du buffet, je la viderais entièrement, et j'y mettrais une petite bougie pour fêter ça.
Mais bon, je crois que maman et papa m'en voudraient beaucoup, alors il va falloir que je me montre beaucoup plus subtile, beaucoup plus maligne qu'eux. Ils ne doivent se rendre compte de rien. Il faut que j'élabore une vraie tactique, un plan secret pour qu'ils ne se doutent pas un seul instant de mes intentions. Et ce fameux plan, je l'appellerai le plan... le plan... mon Plan de Destruction des Pouvoirs de mon Petit Frère.
Le PDPPF ! Oui, voilà, ça sonne vraiment bien, comme un véritable programme confidentiel.
Maintenant, il faut que j'échafaude les différentes étapes : le plan A tout d'abord, puis le plan B si le A ne marche pas, puis le C si le B ne fonctionne pas non plus, etc. Mais avant toute chose, je crois que je vous dois des explications, car vous devez avoir du mal à suivre mon raisonnement, et vous devez me prendre pour une folle furieuse. Ce que je ne suis pas, bien évidemment.
Voilà, je m'appelle Gigi (mon vrai nom est Anségisèle von Wienenberg, mais aucune personne sensée n'oserait prononcer un tel nom en public ; et encore, je peux m'estimer heureuse, parce que ma mère s'appelle Bilichilde et ma grand-mère Gundperga. Enfin, vous voyez ce que je veux dire !) et je suis une sorcière. Oh, je ne sais pas encore faire beaucoup de choses, car je n'ai que treize ans, mais j'apprends vite.
Dans ma famille, les femmes ont toujours été des sorcières, d'aussi loin que je m'en souvienne. Maman, grand-mère et sa propre mère ainsi que la mère de sa mère et ainsi de suite. J'ai une tante qui s'est amusée à faire notre arbre généalogique, et il me semble bien qu'elle a réussi à remonter jusqu'au XIIIe siècle. Je ne sais pas exactement à quelle époque, mais je sais par contre que notre lignée a failli s'éteindre lorsque l'Inquisition pratiquait la chasse aux sorcières. Grâce à une arrière-arrière-arrière-parente très maligne, notre famille a perduré jusqu'à aujourd'hui (cette femme avait fabriqué une réplique exacte d'elle-même et c'est cette réplique qui a été brûlée sur le bûcher, alors du coup, elle a pu s'enfuir tranquillement et terminer sa vie en paix. Je crois même qu'elle en a profité pour aller faire un petit tour en Transylvanie où elle a fini par se marier avec un vampire très connu du coin). Enfin bref.
Maintenant, nous sommes heureusement à une époque moderne, et bien que les sorcières ne soient plus brûlées (normal, puisque plus personne ne croit à notre existence), maman et moi rencontrons quand même certaines difficultés lorsque nous voulons faire un petit tour sur nos balais, ou lorsque les voisins viennent frapper à la porte à cause de l'épaisse fumée qui s'échappe de notre appartement en dégageant une odeur d'œuf pourri. Mais bon, on se débrouille, que voulez-vous. Quand on est une sorcière, on passe maître dans l'art d'inventer toutes sortes de stratagèmes pour cacher sa véritable nature aux humains.
Enfin, tout ça pour dire que la sorcellerie, c'est une affaire de femmes ! Oui, oui, comme je le disais, notre famille remonte au moins jusqu'au XIIIe siècle, et depuis lors, il n'y a pas eu un seul homme sorcier à ma connaissance. Les sorciers sont extrêmement rares. Ils sont un peu comme une erreur de la nature. J'ai demandé à maman une fois si elle en avait déjà connu un, mais elle a secoué la tête.
— Il paraît qu'ils existent, chérie. Mais il y en a très peu. Pendant un moment, on a cru que ton arrière-grand-oncle en était un, mais en réalité, il aimait tout simplement s'amuser avec des insectes rampants et de la bave de crapaud. Il était juste fêlé, si tu veux mon avis.
Donc non, pas de sorcier dans ma famille. Enfin, pas jusqu'à aujourd'hui ! Et c'est ça, la chose horrible. Ma catastrophe personnelle. Parce que papa et maman n'ont pas l'air de trouver ça si terrible ! Mon petit frère Alaric est un sorcier ! Bouhouhou, rien que d'y penser, j'ai envie d'éclater en sanglots. Un petit frère de six ans et demi pourri gâté qui vous tire les cheveux à la moindre occasion, c'est déjà le pompon, l'horreur absolue ! Mais si, en plus de ça, il s'avère qu'il a des pouvoirs magiques, alors là ! Je peux aller me faire enfermer directement dans un asile de dingos, ça reviendrait au même ! Enfin, voilà comment notre famille s'est rendu compte qu'Alaric était une anormalité totale et monstrueuse (selon moi).
Alaric n'a que six ans et demi, et jusqu'à aujourd'hui, c'était un petit frère adorable (euh... tout est relatif), le genre de petit frère que tout le monde a envie d'avoir (à part quand il jette mes cahiers d'école par la fenêtre ou qu'il se tapit dans le couloir pour me bondir dessus en criant : « Je suis l'effroyable concombre masqué ! » Oui, je sais, je sais). Comme vous pouvez le constater, on s'amusait bien tous les deux, alors je ne comprends pas pourquoi il a d'un coup décidé de tout venir gâcher en dévoilant des talents de sorcier. Lui, un garçon ! Je considère ça comme un affront personnel, un coup bas des plus tordus.
Nous étions à la cuisine, ce matin, les parents, moi et Alaric. Le petit déjeuner se déroulait normalement, c'est-à-dire que papa lisait le journal en buvant son café, maman faisait des crêpes ; et moi et mon frère, nous nous amusions à étaler du sirop d'érable un peu partout. Sauf qu'à un moment donné, j'ai pris le flacon de sirop des mains de mon frère parce qu'il commençait à vouloir m'en verser dans les cheveux, et là, il s'est mis à hurler (jusque-là, tout était parfaitement normal) et... le flacon s'est envolé dans les airs. Il a fait plusieurs tours sur lui-même, en aspergeant au passage la cuisine tout entière, puis il s'est immobilisé près du plafond, juste au-dessus de ma chaise. Papa a regardé maman, maman m'a regardée, tandis que moi, je surveillais, stupéfaite, le sirop d'érable volant. Et là, Alaric a éclaté de rire, et le flacon s'est déversé sur ma tête. Plus personne ne parlait. Le flacon vide est retombé sur le sol avec un petit bruit métallique. Moi, j'étais comme paralysée, et pas seulement à cause de tout ce sirop gluant qui me coulait le long des oreilles et du cou. Non. Mais parce que je savais que ce n'était pas moi qui avais fait ça (pourquoi me serais-je moi-même envoyé une bouteille de sirop gluant sur la tête, hein ? Soyons réaliste, je fais parfois des trucs idiots, mais pas à ce point-là). Et ce n'était pas maman non plus. Les voisins la trouvent peut-être un peu bizarre, mais moi, je peux vous assurer que c'est une mère tout ce qu'il y a de plus mère, et une mère ne fait pas ce genre de bêtises, même lorsqu'elle possède des pouvoirs un peu surnaturels, nous sommes d'accord. Mon père, n'en parlons même pas. Il n'a jamais rien compris à nos sorts et à nos potions, et puis, c'est un homme ! Il ne restait que mon petit frère. Mais c'était impossible. Je crois que c'est à ce moment-là que j'ai remarqué la mine sévère de mes parents.
— Anségisèle, qu'est-ce qui te prend de jouer comme ça avec la nourriture ?
— Mais je n'ai rien fait, maman, ce n'est pas moi ! me suis-je aussitôt écriée.
Pendant un bon moment, elle m'a fixée de ses grands yeux violets sans broncher. Alaric s'est remis à glousser à cet instant-là, et j'ai vu la tête de ma mère pivoter lentement vers lui. De lui vers moi, puis de moi vers lui.
— Par le Grand Tentateur ! s'est exclamée maman. Antoine ! Notre petit Alaric... je... je crois qu'il a le Don !
Papa a regardé ma mère comme si elle était devenue complètement zinzin du citron, puis il a marmonné :
— Je n'y comprends rien. Tu m'avais pourtant dit qu'il n'y a que les femmes qui naissent avec ces pouvoirs bizarres.
Ma mère s'est levée d'un bond et ses mains ont agrippé le dossier de sa chaise si fort que je pouvais apercevoir les jointures de ses mains devenir toutes blanches.