Le soldat chamane, tome 6 : Le renégat
Le soldat chamane, tome 6 : Le renégat
Robin Hobb
Disponible
384 pages
(série en 8 tomes)
Couverture souple. 11 x 18 cm
Réf : 510191
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Résumé
Afin de se sauver et de protéger ceux qu'il aime, Jamère a dû rendre les armes et se donner corps et âme à la magie. Tenu pour mort par les siens, il se réfugie chez les Ocellions où, regardé comme un Opulent, il bénéficie du soutien de la femme-arbre et d'Olikéa, mais se trouve en concurrence avec un autre magicien, Jodoli.
Dans cette culture qu'il apprend à connaître peu à peu, il va devoir affronter deux questions vitales : comment empêcher la guerre entre les Ocellions et les Gerniens de tourner au bain de sang et, surtout, comment convaincre son double, Fils-de-Soldat, de l'écouter pour éviter un massacre ?
Il devra plonger au plus profond de lui-même et maîtriser sa magie afin de faire face à la fois au plus puissant des Opulents, Kinrove, et au royaume de Gernie.
Les avis des internautes
Moyenne des avis :Nombre d'avis :13
Le 01 mars 2010
85 adhérents sur 119 ont trouvé cet avis utile.
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Il y a 4 commentaires associés à cet avis
Information
Je suis très surpris de voir que sur toutes les séries, vous évitez soigneusement de mentionner le nombre de tomes prévus et les dates de parutions. Quelles que soient les raisons pour lesquelles France Loisirs retarde la parution, l'information du lecteur devrait être une de ses priorités.
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Remarque de alazor du 02/03/10
Bien que la remarque n'ait rien à voir avec le livre, je suis entièrement d'accord avec ce lecteur.
Remarque de Yumemori du 08/03/10
La trilogie originelle a été découpée en 8 (je crois) par l'éditeur Pygmalion qui publie les GF de la série, le 8° doit sortir en mars... Après je ne suis pas France Loisirs ^^ ...
Remarque de kulmai du 17/03/10
Auparavant, France Loisirs sortait ces romans en avant-première avant la version poche des autres éditeurs, dorénavant cela va être le contraire. Je pense terminer mes commandes dès la fin de la collection.
Remarque de minou1 du 03/08/10
Entièrement d'accord avec le précedent lecteur, j'attends depuis longtemps le n°9 du "Chevalier d'Emeraude", sachant que dans le commerce traditionnel il en est au n° 11.
Le 30 mars 2010
42 adhérents sur 57 ont trouvé cet avis utile.
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Avis aux lecteurs
Bonjour amis lecteurs, vous avez sans doute vu dans le nouveau catalogue que la saga ne serait plus disponible. Vous savez sans doute qu'il y a au total 8 tomes. C'est pourquoi je vous demande si vous avez aimé la série d'envoyer un mail à France Loisirs afin que nous ayons la suite et fin de cette série. Merci.
Réponse du modérateur : Nous vous confirmons officiellement que le tome 7 du Soldat Chamane sera bien publié dans la même collection et disponible fin août. D'autre part, les séries Fantasy entamées seront toutes complétées.
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Le 06 avril 2010
28 adhérents sur 39 ont trouvé cet avis utile.
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Un super livre, bien mal traité par France Loisirs...
Le livre est magnifique, Robin Hobb ne me déçoit jamais... Contrairement à France Loisirs : en effet cela fait de nombreux trimestres que j'ai commencé à acheter les différents tomes de la série "le soldat chamane" de Robin Hobb, et ce trimestre alors que sort enfin le 6ème tome on nous annonce que la série est pour la dernière fois au catalogue. Or la série n'est pas terminée !!! il reste encore 2 tomes et ils se permettent d'arrêter la série. Pire, en magasin les vendeuses (très mal aimables soit dit en passant) osent mentir sans vergogne et m'ont dit que la série était complète et que c'est pour ça qu'elle ne serait plus au catalogue. Quel manque de respect pour les adhérents !!!!!!!!! Je suis vraiment très déçue.
REPONSE DU MODERATEUR : Les collections de Fantasy en cours au Club seront complétées. Les tomes 7 et 8 seront bien publiés par le Club dans la même collection. Le tome 7 sera disponible sur le site à partir du 25 août.
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Remarque de christ du 31/08/10
Je m'associe bien sûr aux reproches sur les sorties tardives des tomes, on est le 31/08/10 et le 7ème tome devait sortir le 25/08 , je ne le vois pas sur le site ?
Le 30 mars 2010
20 adhérents sur 35 ont trouvé cet avis utile.
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Succulent ! ! !
Toujours aussi captivant... Sitôt dévoré, on en redemande... Domage qu'il faille encore attendre plusieurs mois pour avoir la suite !
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Le 06 avril 2010
18 adhérents sur 29 ont trouvé cet avis utile.
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A quand la suite
Fidèle lectrice de Robin Hobb. Quand sortira le tome 7 du Soldat chamane ????
REPONSE DU MODERATEUR : Le tome 7 "Danse de terreur" sera disponible sur le site à partir du 25 août.
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Remarque de kulmai du 18/04/10
Il serait également bien que les 2 tomes sortent en même temps.
Le 09 avril 2010
15 adhérents sur 25 ont trouvé cet avis utile.
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J'ai aimé cette série mais...
J'ai beaucoup aimé lire le début de cette série que j'ai commencé il y a trop longtemps maintenant. J'ai donc décidé d'attendre que vous ayez sorti le 8ème tome pour recommencer à les acheter. Cependant, cette série sera certainement ma dernière chez vous au vu de la fréquence de sortie et des prix supérieurs à d'autres éditions de poche.
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Le 27 avril 2010
11 adhérents sur 18 ont trouvé cet avis utile.
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Je n'ai pas lu ce tome
Je n'ai pas lu ce tome, j'ai fini le 4ème et j'attends de lire la suite avec impatience. Les commentaires que je viens de lire me font un peu peur mais c'est clair : si France Loisir arrête la publication avant la fin de la série je me désabonne (ça tombe bien j'ai fini toutes mes séries en cours).
Réponse du modérateur : Les séries en cours sont prévues pour être complétées.
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Le 25 avril 2010
10 adhérents sur 22 ont trouvé cet avis utile.
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Ca commence à bien faire
Outre le fait que nous achetons les séries qui nous plaisent sans savoir quand nous aurons la fin, France Loisirs se garde bien de nous donner au moins l'information concernant le nombre de tomes à attendre, cette information est souvent fournie par les intervenants eux-mêmes, c'est le cas du Soldat Chamane dont je viens d'apprendre qu'il y a 8 tomes, pourquoi France Loisirs ne le dit-il pas ? Je me joins aux internautes qui déclarent cesser d'acheter ces séries à la fin de celles que j'ai entamées (oserais-je dire "La roue du temps" dont je ne sais pas quand elle se terminera).
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Remarque de dodie du 28/05/10
Même si ce n'est pas le sujet, la Roue du Temps n'est pas encore totalement parue en anglais. Son auteur a disparu mais il a laissé des notes pour que la fin puisse être éditée.
Le 02 juin 2010
5 adhérents sur 10 ont trouvé cet avis utile.
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Réponse
Ce livre est toujours aussi bon et passionnant, vivement le prochain !! En parlant des tomes 7 et 8, j'ai contacté France Loisirs et ils m'ont répondu que le tome 7 sortira pour l'automne et le tome 8 pour l'hiver donc un peu de patience !!
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Le 19 mai 2010
4 adhérents sur 10 ont trouvé cet avis utile.
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Intrigue alléchante
Après avoir péniblement fini le tome 5 il y a quelques mois, je me plonge dans le 6. Et cette fois-ci, pas besoin de s'y accrocher puisque les 1ères pages m'ont déjà captivée et ce, jusqu'à la fin. Je reste néanmoins solidaire avec les autres adhérents et reproche la lenteur de France Loisirs dans la sortie des différents volets des sagas Fantasy avec un prix plus ou moins abordable. Sauf si bien sûr nous achetons 3 livres de la collection Fantasy en même temps : est-ce une façon de nous faire acheter une nouvelle saga ??? Un joli coup commercial... Enfin, bon, vivement le tome 7 (fin août).
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ASPAR Mélanie
Le 04 juin 2010
3 adhérents sur 5 ont trouvé cet avis utile.
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Où est la suite ?
Il est vraiment dommageable que nous ne pouvions avoir la suite de cette excellente saga, alors que c'est France Loisirs qui nous l'a fait découvrir (ce qui est mon cas). Nous attendons donc logiquement que France Loisirs propose l'intégralité de cette série. C'est la moindre des choses.
Réponse du modérateur : Rassurez-vous "Danse de terreur", le tome 7 du Soldat chamane est bien prévu et sera disponible au Club dès la fin du mois d'août.
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orseau isabelle
Le 21 juillet 2010
2 adhérents sur 3 ont trouvé cet avis utile.
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Trop long
J'adore cette série mais je trouve le délai entre les volumes trop long, je suis contente de savoir que le tome 7 va bientôt sortir, car j'avais envoyé un message mais je n'ai jamais eu de réponse à ce sujet, je viens de le lire dans les autres avis. Malgré tout, je conseille cette série.
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Le 13 juillet 2010
2 adhérents sur 5 ont trouvé cet avis utile.
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A quand la fin ?
Excellent livre, Robin Hobb est toujours aussi facile à lire. J'ai appris ici que le tome 7 paraitra fin aout chez FL, soit 9 mois après la parution du livre broché chez Pygmalion. Devrons-nous attendre aussi longtemps pour avoir le dernier tome qui est sorti en mars ?
Réponse du modérateur : Nous devons respecter le délai légal entre la sortie du livre chez l'éditeur et la sortie au Club. Le tome suivant de la saga du Soldat Chamane ne sera donc pas disponible avant fin 2010 ou début 2011.
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De son vrai nom Margareth Astrid Lindholm Ogden, Robin Hobb, née en 1952 en Californie, commence à écrire sous le pseudonyme de Astrid Lindholm pour des revues en 1971. C’est L'Assassin Royal, en 1995, qui la sort de l’anonymat en la révélant comme l'un des maîtres de la fantasy américaine. Assise que le retentissant succès des Aventuriers de la mer ne fait que confirmer. Un triomphe qui s’appuie sur une particularité : dans ses sagas, les intrigues familiales et politiques supplantent largement sur l’action déchaînée et les batailles épiques, tout en étant servies par une incroyable intensité dramatique.
Aujourd’hui, mariée à un pêcheur, elle vit à Tacoma, dans l'État de Washington, avec leurs quatre enfants.
Autres titres de Robin Hobb
Extrait

1
La mort du soldat

On ne me laissa pas l'occasion de me défendre pendant mon procès en cour martiale.
Debout dans le box où l'on m'avait enfermé, je m'efforçais de ne pas prêter attention au supplice des fers qui me mordaient les chevilles ; trop petits pour un homme de ma corpulence, ils me cisaillaient le bas des jambes, brûlure insupportable qui s'accompagnait paradoxalement d'une insensibilité progressive. La douleur prenait le pas sur l'issue de l'audience, dont, de toute manière, je connaissais le verdict à l'avance.
Ce calvaire demeure le principal souvenir de mon procès, qu'il teinte d'une brume rouge. Quantité de témoins vinrent déposer à charge contre moi ; j'entends encore le ton vertueux avec lequel ils décrivirent à mes juges le détail de mes crimes : viol, meurtre, nécrophilie, profanation de cimetière. L'absence totale d'espoir de ma situation avait érodé l'indignation et l'horreur que ces accusations soulevaient en moi. Les témoignages à charge se succédaient ; bribes de rumeurs, ouï-dire appris de la bouche d'un homme mort depuis, soupçons et présomptions se nouaient bout à bout pour former une corde de preuves assez solide pour me pendre.
Je crois savoir que Spic ne me posa pas une seule question. Le lieutenant Espirek, mon ami depuis l'École de cavalla, avait pour tâche de me défendre ; or, je lui avais dit que je voulais plaider coupable afin d'en finir, ce qui l'avait mis en fureur. Voilà pourquoi, peut-être, il ne m'appela pas à la barre ; il craignait que je refuse d'exposer la vérité et de réfuter les chefs d'accusation ; il redoutait que je ne choisisse la solution de facilité.
Il avait raison.
La potence ne me faisait pas peur. Elle mettrait fin de manière rapide à une existence corrompue par une magie étrangère : quelques marches à monter, la tête dans le nœud coulant, et la chute dans le noir. Le poids de mon corps m'arracherait probablement la tête ; nulle crainte de danser en suffoquant au bout de la corde : je quitterais promptement une existence trop emmêlée, trop altérée pour y remédier.
De toute façon, quoi que j'eusse pu dire pour ma défense, cela n'eût rien changé. La ville avait subi des torts terribles, affreux, et ses citoyens étaient bien décidés à trouver un bouc émissaire. Guetis était une ville rude, mi-poste avancé militaire, mi-colonie pénitentiaire sur l'extrême frontière orientale du royaume de Gemie ; on y connaissait le viol et l'assassinat, mais ce dont on m'accusait dépassait le domaine de la passion et de la violence pour basculer dans une zone ténébreuse, trop sombre même pour Guetis. Il fallait que quelqu'un endosse la cape noire du méchant et paie le prix de ces transgressions ; or, qui pouvait-on imaginer dans ce rôle mieux que l'obèse solitaire qui habitait dans le cimetière et, disait-on, fréquentait les Ocellions ?
On m'avait donc déclaré coupable. Les officiers de cavalla qui me jugeaient m'avaient condamné à la pendaison, et j'avais accepté ce sort. J'avais jeté l'opprobre sur mon régiment, et mon exécution m'apparaissait comme le moyen le plus simple d'échapper à une vie devenue l'antithèse de tous les rêves que je nourrissais. Je mourrais et c'en serait fini des déceptions et des échecs. J'entendis la sentence presque avec soulagement.
Mais la magie qui avait empoisonné mes jours n'était pas prête à renoncer à moi si facilement.
Me tuer ne suffisait pas à mes accusateurs ; il fallait punir le mal par une vengeance la plus cruelle et la plus barbare qu'ils pussent imaginer, et, quand on prononça la deuxième partie de ma sentence, l'horreur me glaça les sangs : avant de monter au gibet pour mon dernier saut, je devrais recevoir mille coups de fouet.
Je n'oublierai jamais mon effarement. On ne se contentait pas de m'exécuter, de me châtier : on cherchait mon anéantissement complet. Le fouet, en m'arrachant la chair des os, me dépouillerait aussi de toute dignité ; nul homme, si courageux fût-il, ne pouvait supporter mille coups de fouet les dents serrées, sans une plainte. On se moquerait de moi, on applaudirait à mes hurlements et à mes suppliques ; j'irais à la mort plein de dégoût pour moi et pour la foule.
Ma naissance me destinait au métier des armes : second fils d'un aristocrate, je devais devenir militaire par la volonté du dieu de bonté, et, malgré tous mes déboires, la magie étrangère qui m'avait infecté, mon exclusion de l'École royale de cavalla, mon père qui m'avait déshérité et mes camarades qui m'avaient méprisé, j'avais fait tout mon possible pour servir mon roi dans l'armée. Et voilà où cela m'avait mené : j'allais crier, pleurer, implorer devant des gens qui ne voyaient en moi qu'un monstre. Le fouet déchirerait mes vêtements et ma chair, et mettrait à nu les couches de graisse pendantes qu'ils avaient prises comme premier prétexte pour me haïr. Quand je m'évanouirais, on me ranimerait d'une giclée de vinaigre sur le dos ; je me compisserais, accroché à mon poteau par les fers à mes poignets. Il ne resterait de moi qu'un cadavre lorsqu'on me pendrait, ils le savaient tout comme moi.
Même mon existence corrompue, mutilée, me paraissait préférable à une mort pareille. La magie avait cherché à m'arracher à mon peuple et à se servir de moi contre lui, mais j'avais résisté ; toutefois, durant la dernière nuit que je passai dans ma cellule, j'avais compris qu'elle m'offrait la seule occasion de me sauver, et, lorsqu'elle avait abattu les murs de ma prison, j'en avais profité : je m'étais échappé.
Mais les bonnes gens de Guetis n'en avaient pas fini avec moi ; la magie, je pense, savait que je m'étais rendu à elle sans intention de tenir parole, alors qu'elle me voulait tout entier, qu'elle exigeait que je me livre à elle corps et âme, sans liens qui me rattachent à mon passé ; ce que je ne lui avais jamais donné volontairement, elle me le prit de force.
Alors que je m'enfuyais du fort, j'avais croisé une troupe de soldats de la cavalla ; je le savais, ce n'était pas la malchance qui avait placé le capitaine Thayer à sa tête, mais la magie qui me jetait entre les griffes de celui dont j'avais prétendument déshonoré l'épouse, et l'épisode avait connu une fin prévisible. Les hommes qu'il commandait, fatigués, exaspérés, s'étaient promptement mués en une foule incontrôlable, et ils m'avaient tué dans la rue ; deux soldats m'avaient tenu pendant que Thayer me battait à mort. Justice et vengeance s'étaient repues sur la chaussée poussiéreuse aux petites heures du matin, puis tous, militaires et civils, rassasiés de violence, avaient regagné leur logis et leur lit sans parler entre eux de ce qu'ils avaient fait.
Et, une heure avant que l'aube se lève sur Guetis, c'était un mort qui avait fui la ville.



2
Fuite

Les larges sabots de ma monture frappaient la route avec le bruit régulier d'un tambour. Lorsque nous passâmes les fermes les plus écartées du bourg clairsemé qui entourait le fort royal de Guetis, je me retournai une dernière fois ; le silence régnait sur la ville, et rien n'y bougeait. Les flammes qui léchaient les murs de la prison avaient disparu, mais une colonne de fumée noirâtre maculait encore le ciel grisaillant. Ceux qui avaient passé la nuit à combattre les effets du sabotage d'Epinie devaient rentrer chez eux, épuisés. Je ramenai mon regard vers la route et continuai d'avancer, lugubre ; je ne m'étais jamais senti chez moi à Guetis, et pourtant j'avais du mal à en partir.
Devant moi, la lumière se diffusait sur le sommet des monts : le soleil ne tarderait pas à se lever. Je devais me trouver à l'abri des arbres avant que les gens ne se réveillent ; il ne manquerait pas de lève-tôt ce matin, désireux de s'assurer les meilleures places pour assister à ma flagellation et à mon exécution. J'eus un sourire torve en imaginant leur déception quand ils apprendraient ma mort.
La Route du roi, l'ambitieuse entreprise du roi Troven de Gernie, se déroulait devant moi, poussiéreuse, pleine d'ornières et de nids-de-poule, mais droite comme une flèche. Elle menait invariablement vers l'est. Selon la vision royale, elle franchissait les monts de la Barrière et se poursuivait au-delà jusqu'à la mer lointaine ; dans les rêves de mon souverain, elle fournirait un axe de commerce indispensable, véritable ballon d'oxygène, à la Gernie actuellement dépourvue d'accès maritime. Mais, dans la réalité, elle s'arrêtait à quelques milles à peine de Guetis, bloquée à l'entrée du val où poussaient les arbres des ancêtres des Ocellions. Depuis des années, les indigènes se servaient de leur magie pour inspirer peur et accablement aux ouvriers et empêcher la progression de la route ; les effets des sortilèges allaient de la terreur la plus profonde qui transformait les hommes en couards abjects à un désespoir sans fond qui minait toute volonté de travailler. Au-delà de la fin de la route, la forêt m'attendait.
Soudain, mes craintes se réalisèrent : un cavalier arrivait vers moi au pas lent de sa monture fatiguée ; il se tenait droit dans sa selle, et cette attitude, autant que le vert élégant de sa veste, trahissait un soldat de la cavalla. D'où venait-il ? Pourquoi était-il seul ? Devrais-je le tuer ? Comme nous nous rapprochions, l'angle désinvolte de son chapeau et le foulard jaune vif noué autour de son cou m'indiquèrent à qui j'avais affaire : à l'un de nos éclaireurs. Mes inquiétudes se firent moins vives ; avec un peu de chance, il ignorerait tout des charges qui pesaient contre moi et de mon procès : les éclaireurs restaient souvent absents des semaines durant. De fait, il ne manifesta nul intérêt tandis que la distance entre nous se réduisait et, quand nous nous croisâmes, il ne leva même pas la main pour me saluer.
J'éprouvai une brusque bouffée de regret : si la magie ne s'était pas mêlée de ma vie, j'eusse pu être cet homme. J'avais reconnu Tibre, de l'École de cavalla, mais lui ne m'avait pas remis ; de l'élève mince et bien découplé que j'étais, la magie avait fait un homme de troupe obèse et dépenaillé qui tressautait sur sa monture disgracieuse, un soldat indigne de l'attention du lieutenant. À son allure présente, il lui faudrait des heures avant d'arriver en ville et d'apprendre ma mort sous les coups d'une foule déchaînée. Croirait-il avoir vu un fantôme ?
Girofle continuait de galoper laborieusement. Le cheval de trait, résultat d'innombrables croisements, n'était absolument pas fait pour la vitesse ni l'endurance, mais sa large masse convenait à un homme de ma taille et de ma corpulence, et nulle autre monture n'eût pu me transporter confortablement. Je songeai soudain que je le chevauchais pour la dernière fois : je ne pouvais pas l'emmener dans la forêt. Et la peine me déchira de nouveau : encore un être aimé que je devrais abandonner. Il piétinait lourdement à présent, fourbu par notre fuite éperdue de Guetis.