Les âmes brûlées
Les âmes brûlées
Andrew Davidson
672 pages
Couverture souple
Réf : 503448
Avec ce livre, cumulez 10 Points Club
Au lieu de 22,00  (prix public)
Disponible
Résumé
Sous l’emprise de la cocaïne, un homme perd le contrôle de sa voiture qui prend feu. Défiguré, dans le service des grands brûlés, le très beau et cynique héros ressemble désormais à une gargouille. De cet enfer dantesque, surgit pourtant un ange, Marianne Engel, qui le persuade qu’ils ont été amants au Moyen Âge... Fallait-il que sa peau brûle pour qu’émerge la sensibilité de son être ?  
L'avis du Club
Les Âmes brûlées invite à un voyage littéraire tel que vous n'en avez jamais lu, une prouesse de l'imagination menée tambour battant, une histoire d'amour véritable et hors du commun, dont la force et l'élan seuls peuvent pousser un homme à changer de vie, à affronter la mort et à la vaincre.
Phénomène international, cet extraordinaire roman a la saveur d'un grand classique et une puissance telle qu'il vous fera croire en l'impossible.
Pourquoi on l'a choisi
Défiant les lois du temps, roman sensuel et haletant, entre Le Nom de la rose ou Le parfum, l'aventure hallucinante et poétique des Âmes brûlées va être adaptée au cinéma.
Moyenne des avis :Les avis des internautesNombre d'avis :6
Casix
Le 20 juillet 2010
Histoires originales !
Roman plein de suspense, qui cache plusieurs petites histoires toutes aussi émouvantes et intrigantes les unes des autres où l'amour est toujours aussi présent. Ce roman m'a entrainée de nos jours à travers les siècles précédents avec des personnages intrigants et attachants. A lire absolument si vous aimez les histoires originales !
Il n'y a pas de commentaire associé à cet avis.
calie
Le 19 mai 2010
Des romans dans le roman
Joli livre et belle histoire. L'amour possible/impossible de 2 personnes à des siècles différents. Epoques et civilisations s'entremêlent et nous permettent de recueillir des élèments explicatifs du lien qui unit à notre époque cet homme brûlé et cette femme que l'on croit dérangée... L'amour serait-il éternel ?
Il n'y a pas de commentaire associé à cet avis.
Le 31 mai 2010
Dur dur de décrocher...
Ce bouquin me transporte... Je le lis avec grand plaisir, je ne pensais pas que j'aimerais autant ce livre mais en fait j'en rêve même... A quand au cinéma ??
Il n'y a pas de commentaire associé à cet avis.
MissLili
Le 20 mai 2010
Deux histoires dans un roman
Très joli roman. On ne sait pas vraiment à quoi s'attendre en lisant ce livre mais il intrigue et vous pousse à le lire jusqu'au bout. Passé et présent se mêlent pour expliquer le liens qui unit ce grand brûlé et cette femme dite dérangée...
Il n'y a pas de commentaire associé à cet avis.
Lola3105
Le 30 juillet 2010
Une très belle histoire !
Un roman très touchant ! Un magnifique voyage dans le passé et le présent ! Une très belle histoire d'amour qui vous transportera page après page !
Il n'y a pas de commentaire associé à cet avis.
Laura84
Le 02 octobre 2011
Super !!!!
J'ai adoré !!! ce livre m'a transportée : une très belle histoire d'amour à travers le temps...
Il n'y a pas de commentaire associé à cet avis.
Andrew Davidson est né à Pinawa, au Canada. Il a fait ses études de littérature anglaise à Columbia. Puis il a travaillé comme enseignant au Japon, où il a effectué plusieurs longs séjours.
Les Âmes brûlées, son premier roman, a nécessité sept années de recherches et d'écriture.
Extrait

1



Les accidents, comme l'amour, frappent ceux qui s'y attendent le moins, souvent avec violence.
C'était vendredi saint, et les étoiles commençaient seulement à se dissoudre dans l'aube. Tout en conduisant, par habitude, je frottais la cicatrice sur ma poitrine. J'avais les yeux fatigués et la vue brouillée, ce qui n'était pas étonnant vu que j'avais passé la nuit penché sur un miroir, à aspirer les barreaux de poudre blanche qui emprisonnaient mon visage dans le verre. Je croyais aiguiser mes réflexes. J'avais tort.
D'un côté du virage, c'était le précipice à flanc de montagne, de l'autre une forêt obscure. J'essayais de garder les yeux rivés devant moi, mais j'étais envahi par le sentiment que quelque chose me guettait derrière les arbres et allait me tomber dessus, une troupe de mercenaires peut-être. Sûrement une petite crise de paranoïa causée par la drogue. J'ai resserré les mains sur le volant et senti mon cœur battre plus fort cependant qu'un voile de transpiration se posait sur ma nuque.
J'avais coincé une bouteille de bourbon entre mes jambes, et j'ai voulu la prendre pour boire une nouvelle rasade d'alcool. Mais la bouteille m'a échappé et m'est tombée sur les genoux, m'arrosant copieusement avant d'atteindre le plancher. Je me suis baissé pour la ramasser avant qu'elle ne se vide complètement, et c'est au moment où mon regard a quitté la route que j'ai eu la vision, la vision absurde, qui a tout déclenché. Une volée de flèches enflammées jaillissait des bois et se précipitait vers ma voiture. L'instinct a pris le dessus et j'ai donné un coup de volant pour m'écarter de la forêt qui abritait mes assaillants invisibles. Ce n'était pas une bonne idée, parce qu'elle a projeté ma voiture contre le garde-fou qui me séparait du précipice. Il y a eu un hurlement de métal lorsque la portière du côté passager a raclé les câbles tendus, entrecoupé, à chaque rebond contre les piquets de bois, par une dizaine de heurts semblables aux chocs électriques d'un défibrillateur.
J'ai réagi de manière exagérée et précipité la voiture sur la voie en sens inverse, manquant de justesse un camion. Alors, j'ai tiré trop violemment sur le volant, ce qui m'a renvoyé contre le garde-fou. Les câbles ont cédé et ont été projetés dans toutes les directions, évoquant les tentacules affolés d'une pieuvre harponnée. L'un d'eux a fracassé mon pare-brise, et je me rappelle avoir pensé combien j'avais de la chance qu'il ne m'ait pas atteint alors que la voiture tombait entre les bras du monstre torturé.
Il y a eu un bref instant d'apesanteur : un point d'équilibre entre l'air et la terre, le ciel et la poussière. Comme c'est étrange, ai-je pensé, on dirait l'intervalle entre le sommeil et la chute, quand tout est superbement irréel et que rien n'est corporel. Comme si l'on flottait vers l'accomplissement. Mais comme souvent, ce laps de temps qui sépare le moment où l'on existe matériellement de celui où l'on se fond dans le rêve s'est achevé sur un retour brutal à la conscience.
Un accident de voiture semble durer éternellement, et il y a toujours un moment où l'on croit qu'on peut corriger son erreur. Oui, se dit-on, il est vrai que je dévale le flanc d'une montagne dans une voiture qui pèse dans les une tonne et demie. Il est vrai que le fond du ravin doit se trouver trois cents mètres plus bas. Mais je suis sûr que si je donne un coup de volant assez puissant sur le côté, tout ira bien.
Une fois que l'on a tourné ce volant à fond et découvert que cela ne sert à rien, il vous vient encore cette pensée pure et limpide : Oh, merde. Pendant un glorieux instant, on atteint à la béatitude dépouillée que les philosophes orientaux passent leur vie à chercher. Cependant, en suivant cette transcendance, l'esprit devient un super ordinateur capable de calculer la rotation de la voiture, de la multiplier par la vitesse de la chute par rapport à l'angle de la pente en prenant en compte les lois de Newton sur le mouvement des corps pour, en une fraction de seconde, arriver à la conclusion affolée que ça va faire sacrément mal.
La voiture prend de la vitesse et rebondit contre l'escarpement. Votre hypothèse se vérifie rapidement : c'est, effectivement, très douloureux. L'esprit catalogue les diverses sensations. D'abord le renversement complet, puis la désorientation qui en résulte, et les hurlements de la voiture pendant la pratique de ce yoga contre nature. Vient ensuite la compression du métal qui vous écrase les côtes. Et l'odeur malfaisante du diable qui vous met une fourche dans le cul et du soufre dans la bouche. Le Salaud est là, aucun doute là-dessus.
Je me rappelle l'éclair brûlant lorsque le plancher m'a tranché d'un coup tous les orteils du pied gauche. Je me rappelle la colonne de direction en train de s'envoler par-dessus mon épaule. Je me rappelle l'éruption du verre qui semblait fuser partout autour de moi. Quand la voiture a fini par s'immobiliser, je me suis retrouvé coincé tête en bas par la ceinture de sécurité. J'entendais des sifflements de gaz divers s'échappant du moteur et les pneus qui tournaient toujours dehors, au-dessus de ma tête. Puis il y a eu un fracas métallique lorsque la carcasse a cessé d'osciller pour se stabiliser, tortue pathétique retournée sur le dos.
L'explosion s'est produite à l'instant où je sombrais dans l'inconscience. Pas une explosion de cinéma, mais une petite explosion bien réelle, un peu comme un four à gaz récalcitrant qui prendrait feu pour se venger de son propriétaire. Des flammèches bleutées ont voleté sur le toit de la voiture, qui reposait légèrement incliné sous mon corps en suspens. Une goutte de sang a coulé de mon nez avant de sauter avec impatience dans les jeunes flammes qui s'animaient sous moi. J'ai eu la sensation que mes cheveux s'enflammaient, puis j'en ai senti l'odeur. Ma chair s'est mise à grésiller comme si j'étais un bout de viande tout juste jeté sur le barbecue, et j'ai entendu ma peau cloquer sous le baiser des flammes. Je n'arrivais pas à atteindre ma tête pour éteindre les cheveux en feu. Mes bras ne m'obéissaient plus.
J'imagine, cher lecteur, que vous savez ce que c'est que le chaud. Peut-être avez-vous déjà pris une bouilloire par le mauvais côté et senti la vapeur brûlante s'engouffrer dans votre manche ; ou, tout gosse, par défi, avez-vous tenu une allumette entre vos doigts le plus longtemps possible. Chacun n'a-t-il pas, au moins une fois, rempli la baignoire d'une eau bien trop chaude et oublié de la tâter du bout de l'orteil avant d'y plonger le pied tout entier ? Si vous avez fait l'expérience ne serait-ce que de ces incidents mineurs, je voudrais que vous imaginiez maintenant quelque chose de nouveau. Imaginez que vous allumez l'un des éléments du plan de cuisson de votre cuisinière — disons la plaque électrique formée d'un serpentin noir. Ne posez pas de récipient plein d'eau dessus car l'eau absorbe la chaleur pour parvenir à l'ébullition. Peut-être de petites vrilles de fumée s'élèvent-elles de vieilles taches laissées sur la fonte. Une teinte vaguement violacée apparaît, nichée dans les anneaux noirs, puis la spirale prend des nuances violet-rouge, semblables à des mûres qui ne le seraient pas encore. La plaque passe alors par l'orange pour atteindre enfin – enfin ! – un rouge intense et lumineux. Plutôt beau, non ?
Maintenant, vous vous baissez et placez vos yeux au niveau du plan de cuisson pour regarder s'élever les vagues de chaleur miroitantes. Pensez à ces vieux films où le héros perdu en plein désert voit soudain une oasis se dresser devant lui. Je veux que vous passiez l'extrémité des doigts de votre main gauche sur la paume de votre main droite, et que vous remarquiez à quel point votre paum enregistre le moindre contact. Si quelqu'un d'autre vous le faisait, cela pourrait même vous exciter. Et à présent, plaquez cette main sensible et réactive directement sur le serpentin incandescent.
Et laissez-la dessus. Laissez-la pendant que la plaque de cuisson vous imprime les neuf cercles de Dante dans la paume, vous permettant de tenir à tout jamais l'Enfer dans votre main. Laissez la chaleur creuser la peau, les muscles, les tendons ; laissez-la pénétrer jusqu'à l'os. Attendez que la brûlure s'implante si profondément en vous que vous ne sachiez même pas si vous pourrez un jour vous débarrasser de cette spirale. Il ne faudra pas attendre longtemps pour que la puanteur de chair grillée n'assaille les vibrisses de votre nez et refuse de les lâcher, vous contraignant à sentir votre propre corps brûler.
Je veux que vous gardiez cette main pressée contre la fonte et que vous comptiez lentement jusqu'à soixante. Sans tricher. Un Mis-sis-sip-pi, deux Mis-sis-sip-pi, trois Mis-sis-sip-pi... À soixante Mis-sis-sip-pi, votre main aura tellement fondu qu'elle enserrera la plaque, qu'elle ne fera plus qu'une avec elle. Et maintenant, décollez la chair.
J'ai désormais une autre tâche à vous confier : penchez-vous, tournez la tête de côté et collez votre joue sur la même plaque de cuisson. Je vous laisse choisir le profil. Cette fois encore, soixante Mis-sis¬sip-pi ; sans tricher. Le côté pratique, c'est que votre oreille est tout près pour entendre votre chair éclater, craquer, grésiller.
À présent, vous avez peut-être une idée de ce que cela a été pour moi de rester coincé dans cette voiture, incapable de fuir les flammes, suffisamment conscient pour cataloguer l'expérience jusqu'au moment où je suis entré en état de choc. Il y a eu quelques instants bénis durant lesquels j'ai pu entendre, respirer et penser, classant tout ce que je percevais mais sans rien ressentir. Pourquoi n'ai-je plus mal ? Je me rappelle avoir fermé les yeux et aspiré au noir complet et merveilleux. Je me rappelle avoir pensé que j'aurais dû être végétarien.
Puis la voiture s'est remise à bouger et a basculé dans le ruisseau au bord duquel elle tenait en équilibre. Comme si la tortue s'était redressée sur ses pattes et courait plonger dans la source la plus proche.
Cet événement - la voiture basculant dans le cours d'eau - m'a sauvé la vie en éteignant les flammmes et refroidissant ma chair carbonisée.


Les accidents, comme l'amour, frappent ceux qui s'y attendent le moins, souvent avec violence.

Je ne sais pas si le fait de commencer par mon accident était la meilleure décision à prendre, vu que je n'ai jamais écrit de livre auparavant. À vrai dire, si j'ai commencé par l'accident, c'était pour éveiller votre intérêt et vous attirer dans l'histoire. Vous êtes encore en train de lire, alors il semble que ça ait marché.
Le plus difficile dans l'écriture, je le découvre, n'est pas de construire les phrases elles-mêmes. C'est de décider de quoi on va parler, à quel moment, et ce que l'on va écarter. Je m'efforce sans cesse d'anticiper mes propres décisions. J'ai choisi l'accident, mais j'aurais pu tout aussi bien commencer par n'importe quel point des trente-cinq années d'existence qui ont précédé. Pourquoi ne pas commencer par : « Je suis né en 19..., dans la ville de... » ?
De même, pourquoi confiner le début du livre au cadre spatio-temporel de ma vie ? Je devrais peut-être partir du début du XIIIe siècle à Nuremberg où une femme affublée du malheureux nom d'Adelheit Rotter se retira d'une vie qu'elle jugeait coupable pour devenir béguine – ces femme qui, quoique ne faisant pas officiellement partie de l'Église, voulaient à l'instar du Christ mener une existence pauvre. Avec le temps, Rotter attira une flopée d'adeptes et, en 1240, elles emménagèrent dans une laiterie à Engelschalksdorf, près de Swinach, où un bienfaiteur nommé Ulrich II von Kiinigstein leur permit de vivre en échange de certaines corvées. Elles bâtirent un établissement en 1243 et, l'année suivante, y fondèrent un monastère dont elles élurent la première prieure.
Ulrich mourut sans héritier et légua l'intégralité de ses biens aux béguines. En contrepartie, il ne demandait à la communauté que de fournir un lieu de sépulture pour tous les membres de sa famille et de prier à perpétuité pour les Königstein. Faisant preuve de bon sens, il ordonna que e lieu fût rebaptisé Engelthal, ou la « Vallée des Anges » au lieu de Swinach – la Porcherie. Mais ce fut la dernière disposition d'Ulrich qui aurait le plus grand impact sur ma vie : il exigea que le monastère fondât un scriptorium.


Les yeux ouverts sur un tourbillon de lumière rouge et bleu. Un vacarme de voix, de bruits. Une tige de métal perce le flanc de la voiture puis l'ouvre comme une mâchoire. Des uniformes. Bon Dieu, je suis en Enfer et ils portent des uniformes. Un homme crie. Un autre dit d'une voix apaisante : — Ne vous en faites pas. On va vous sortir de là.
Il porte un insigne.
— Ça va aller, promet-il dans sa moustache. Comment vous appelez-vous ? Je ne m'en souviens pas. Un autre secouriste hurle quelque chose à quelqu'un que je ne peux pas voir. Il recule en me voyant. Ils sont censés faire ça ? Le noir.