1900 : Conan Doyle se retrouve mêlé à la disparition de plusieurs jeunes filles dans les bas-fonds de la ville, sur les traces d’un tueur en série, il demande de l’aide, à Bram Stocker, l’auteur de Dracula.
2010 : C’est un grand jour pour Harold White. Son article mettant en parallèle les exploits de Sherlock Holmes et la naissance de la médecine légale lui permet d’entrer dans la prestigieuse association des Baker Street Irregular et de rencontrer Alex Cale. Ce dernier vient de retrouver un manuscrit perdu du fameux journal de Sherlock Holmes. Mais quand Alex est assassiné avant d’avoir pu dévoiler le contenu de ses découvertes, Harold White se lance sur la piste du meurtrier…
Deux enquêtes à plus d’un siècle de distance, de mystérieuses correspondances et un coup de théâtre final !
Deux thrillers en un ! À plus d'un siècle de distance, les enquêtes se répondent, jusqu'au coup de théâtre final. Une prouesse que n'aurait pas reniée le célèbre locataire du 221b Baker Street.
Graham Moore est né à Chicago. Après des études à l'université de Columbia, il devient scénariste. Il vit aujourd'hui à Los Angeles. 221b Baker Street est son premier roman.
Lu, vu, entendu...
« Tous les amateurs de romans historiques, de Sherlock Holmes et d’énigmes intellectuelles vont adorer. »
Matthew Pearl, auteur du Cercle de Dante
« Graham Moore s'inspire de faits réels, la mort suspecte d'un illustre collectionneur qui prétendait avoir retrouvé le journal perdu de Conan Doyle, et nous offre un plaisir de lecture rare, à la fois intelligent, intrigant et très ludique. »
The New York Times
Extrait
1
Les chutes du Reichenbach
« Aussi dans vos méninges imprimez bien ce fait, le pantin n'est point l'image de celui qui le crée. »
SIR ARTHUR CONAN DOYLE, London Opinion, 12 décembre 1912
9 août 1893
Arthur Conan Doyle fronça farouchement les sourcils, obnubilé par des pensées meurtrières.
« Je vais le tuer », dit-il en croisant les bras sur sa large poitrine. Sur ces hauts sommets des Alpes suisses, l'air venait chatouiller l'épaisse moustache d'Arthur et semblait s'engouffrer dans ses oreilles. Parce qu'elles se trouvaient placées très en arrière sur son crâne, Arthur donnait toujours l'impression d'écouter attentivement, d'être à l'affût d'un bruit venu de loin derrière lui. Pour quelqu'un d'aussi trapu, il avait un nez remarquablement pointu. Arthur ne grisonnait que depuis peu, un changement qu'il ne pouvait s'empêcher de souhaiter voir s'accélérer. Bien qu'il ne fût âgé que de trente-trois ans, c'était déjà un auteur reconnu. Des cheveux brun clair ne convenaient pas aussi bien à un homme de lettres à la réputation internationale qu'une allure décatie, n'est-ce pas ?
Les deux compagnons de voyage d'Arthur le rejoignirent sur la saillie où il se tenait, le plus haut sommet accessible des chutes du Reichenbach. La réputation de Silas Hocking, ecclésiastique et romancier, était parvenue jusqu'à Londres où résidait Arthur qui tenait en haute estime sa dernière œuvre de littérature religieuse intitulée Her Benny. Edward Benson, une connaissance de M. Hocking, était un homme bien plus calme et moins sociable que son ami. Arthur venait de rencontrer les deux hommes le matin même à l'occasion d'un petit déjeuner partagé au Riefel Alf Hotel de Lucerne. Cependant, il sentait qu'il pouvait sans risque se confier à eux. Il pouvait leur confier ses intentions et ses noirs desseins.
« Le fait est qu'il est devenu pour moi une espèce de "vieil homme de la mer" que je dois transporter sur mon dos, tel Sinbad, et que j'ai l'intention d'en finir avec lui », poursuivit Arthur.
Debout derrière Arthur qui admirait la vaste chaîne des Alpes dont les sommets s'élevaient face à eux, Hocking eut le souffle coupé. À des dizaines de mètres sous leurs pieds, des amas de neige fondue alimentaient un puissant cours d'eau qui, voilà des millénaires, avait creusé un chemin à travers la montagne en se déversant à grand bruit dans le lac que les trois hommes surplombaient. Sans un mot, Benson fit d'une poignée de neige une boule compacte qu'il laissa malicieusement tomber dans l'abîme. Dans sa chute, la force du vent la désintégra lentement, et elle finit par disparaître en nuées blanches et poudreuses dans le gouffre.
« Si je ne le tue pas, c'est lui qui m'aura, reprit Arthur.
— Ne croyez-vous pas vous montrer un peu dur avec un vieil ami ? voulut savoir Hocking. Il vous a apporté la gloire. La fortune. Vous formez un beau couple, tous les deux.
— Et en placardant son nom à la une de tous les journaux de Londres, je lui ai donné une réputation qui surpasse de loin la mienne. Vous savez, je reçois des lettres du genre : "Ma chatte bien-aimée a disparu à South Hampstead. Elle s'appelle Sherry-Ann. Pouvez-vous la retrouver ?" Ou : "Ma mère s'est fait voler son sac à main en sortant d'un cab à Piccadilly. Pouvez-vous déduire qui est le coupable ?" Mais le problème, c'est que les lettres ne me sont pas adressées à moi : c'est à lui qu'elles sont adressées. Les gens croient qu'il existe vraiment.
— Oui, et vos pauvres lecteurs, admirateurs de votre travail, dit Hocking d'un ton suppliant. Avez-vous pensé à eux ? Les gens apprécient tellement ce gaillard, il me semble.
— Ils l'apprécient plus que moi ! Savez-vous que j'ai reçu une lettre de Ma'am, ma propre mère ? Sachant évidemment que je ferais n'importe quoi pour elle, elle m'a demandé de signer un livre du nom de "Sherlock Holmes" pour sa voisine Beattie. Vous vous rendez compte ? Apposer sa signature à lui plutôt que la mienne. Ma mère fait comme si c'était Holmes son fils et pas moi. Aargh ! » s'écria Arthur en s'efforçant de contenir son soudain accès de colère.
« Mon travail le plus ambitieux passe inaperçu, poursuivit-il. Micah Clarke ? La Compagnie blanche ? Ce charmant petit opéra-comique dont j'ai concocté le livret avec M. Barrie ? Négligé au profit de quelques fables morbides. Pis encore, il me fait perdre mon temps. À l'idée de devoir concocter une autre de ces intrigues tarabiscotées – la porte de la chambre toujours verrouillée de l'intérieur, le dernier message indéchiffrable du défunt, le tout raconté à rebours pour que personne ne puisse deviner la solution pourtant évidente –, je suis épuisé à l'avance, avoua Arthur en regardant ses bottes, la tête baissée, preuve de sa lassitude. Pour être honnête, je le hais. Et pour préserver ma santé mentale, je vais m'assurer qu'il meure bientôt.
— Comment vous y prendrez-vous ? le taquina Hocking. Comment s'y prend-on pour tuer le grand Sherlock Holmes ? Coup de poignard en plein cœur ? Gorge tranchée ? Pendaison ?
— Une pendaison ! Mon Dieu, comme ces mots sont doux à mes oreilles. Mais non, non, il faut quelque chose de grandiose – c'est un héros après tout. Je vais lui accorder une toute dernière enquête. Et un ennemi. Il aura besoin d'un véritable ennemi cette fois-ci. Une lutte à mort en toute courtoisie ; Holmes se sacrifie pour le bien de tous et les deux hommes périssent. Ce genre de chose. »
Benson fit une nouvelle boule de neige qu'il lança doucement en l'air. Arthur et Hocking la suivirent des yeux, la virent décrire un arc de cercle et disparaître.
« Si vous voulez économiser sur les frais d'obsèques, vous pouvez toujours le précipiter du haut d'une falaise », gloussa Hocking.
Il dévisagea Arthur pour voir sa réaction mais au lieu de sourire, Arthur fronça les sourcils, le visage tendu comme à chaque fois qu'il était plongé dans une profonde réflexion.
Il contempla les mâchoires de l'abîme sous ses pieds. Le rugissement de la cascade et le violent fracas qu'elle produisait en se jetant dans l'embouchure de la rivière mouchetée de cailloux montaient jusqu'à ses oreilles. Il se sentit soudain terrifié. Il imagina sa propre mort sur les rochers en contrebas. En sa qualité de médecin, Arthur était parfaitement au fait de la fragilité du corps humain. Une chute de cette hauteur... Son cadavre qui dégringolait, heurtant les rochers jusqu'au pied de la falaise... Le cri terrible coincé dans sa gorge... Le corps mis en pièces sur la terre, les brins d'herbe tachés de son sang... Et maintenant dans son esprit, son propre corps s'effaçait, remplacé par une silhouette plus mince. Plus longiligne. Un homme mince, émacié, à la silhouette déliée, coiffé d'une casquette de chasse deerstalker et vêtu d'un long manteau. Son visage dur annihilé une fois pour toutes par un pic rocheux vert-de-gris.
Un meurtre, en somme.
2
Les Baker Street Irregulars
« Mon nom est Sherlock Holmes. C'est mon travail de savoir ce que les autres ignorent¹. »
SIR ARTHUR CONAN DOYLE, L'Escarboucle bleue
5 janvier 2010
La pièce de cinq pence usée tomba dans la paume d'Harold. Elle lui parut lourde quand il la rattrapa, côté pile, et le jeune homme la serra quelques secondes entre ses doigts avant de se rendre compte que ses mains tremblaient. Un tonnerre d'applaudissements retentit à travers la salle.
« Hourra !
— Bienvenue à bord !
— Félicitations, Harold ! »
Il y eut des rires et d'autres applaudissements. Quelqu'un lui donna une tape dans le dos, quelqu'un d'autre lui serra l'épaule chaleureusement. Mais Harold ne pensait qu'à cette pièce dans sa main droite. Dans sa main gauche, Harold serrait son certificat tout neuf. La pièce avait été fixée, fort mal d'ailleurs, au coin inférieur gauche du certificat et s'était décollée quand un Harold surexcité s'en était emparé. Le jeune homme avait rattrapé en plein vol la pièce qui tombait. Il regarda le minuscule shilling d'argent. Il datait de l'ère victorienne et ne valait que cinq pence à l'époque. Il devait valoir beaucoup plus aujourd'hui et aux yeux d'Harold, il valait une fortune. Clignant des yeux, il refoula les larmes qui naissaient au coin de ses paupières. La pièce signifiait qu'il était arrivé. Qu'il avait concrétisé quelque chose. Qu'il était à sa place.
« Bienvenue Harold, dit une personne derrière lui en touchant sa casquette de chasse. Bienvenue chez les Baker Street Irregulars. »
Ces paroles qu'Harold rêvait d'entendre depuis si longtemps lui semblaient étrangères et bizarres à présent qu'il les entendait enfin. Tous ces gens, ces deux cents personnes qui riaient et plaisantaient en se tapant dans le dos, applaudissaient tous Harold. Cet Harold-là. Harold White, vingt-neuf ans, avec sa discrète brioche, ses sourcils épais, sa vue d'astigmate, ses mains moites et tremblantes.
Le jeune homme n'arrivait pas à croire qu'il méritait vraiment tout ça. Mais si. Il était ici chez lui.
Le club des Baker Street Irregulars était la plus éminente association au monde consacrée à l'étude de Sherlock Holmes, et Harold en était le dernier membre en date. Deux ans plus tôt, il avait publié son premier article dans le Baker Street Journal, la publication trimestrielle de l'association. « De la datation des traces de sang : Sherlock Holmes et les fondements de la médecine légale », s'intitulait l'article. Il explorait les liens historiques existant entre les premières expériences de Holmes dans Une étude en rouge et le travail du professeur Eduard Piotrowski. « Le professeur Piotrowski qui exerçait à Cracovie dans les années 1890 défonçait le crâne de lapereaux et prenait note de la façon dont le sang giclait des plaies. Les expériences de Holmes étaient tout aussi sanglantes, même s'il avait quant à lui la décence de se servir de son propre sang, ainsi que du produit de ses propres méninges », avait écrit Harold, et c'était selon lui la phrase la plus amusante de son article. Harold avait ensuite publié deux autres articles dans des magazines d'études holmésiennes beaucoup moins importants. C'était ce soir la première fois qu'il participait au dîner annuel de l'association auquel on assistait exclusivement sur invitation. La présence même de son nom sur la liste des invités représentait un immense honneur ; mais que dire de s'être vu proposer l'investiture à un si jeune âge, avec aussi peu de publications à son actif. II ne se rappelait pas qu'un autre Sherlockien se soit vu proposer l'investiture aussi vite, à l'issue d'un seul dîner.
Lui, Harold White, vêtu d'un costume noir bon marché trop large aux épaules et d'une cravate tachée de jus de poulet, ne s'était jamais senti aussi fier de sa vie. II ajusta la casquette de chasse à carreaux qu'il arborait noblement. Cette casquette était de loin son bien le plus précieux. Il l'avait depuis ses quatorze ans, depuis qu'il était devenu obsédé par Sherlock Holmes et avait endossé le costume du célèbre détective pour Halloween. Alors que sa passion pour Holmes qui n'avait d'abord été qu'un engouement d'enfant se muait en sujet d'étude à l'âge adulte, l'accessoire de déguisement avait fini par lui devenir indispensable au quotidien. Il avait fièrement arboré la casquette le jour où son diplôme de Princeton lui avait été remis et y avait même temporairement cousu un pompon pour l'occasion. Dans la période de transition entre adolescence inquiète et vingtaine fastidieuse, sa casquette lui avait bien servi aux cocktails, pique-niques automnaux et mariages d'amis qui se faisaient de plus en plus fréquents. Il la portait le jour où il avait accepté le premier poste important pour sa carrière en tant qu'assistant d'un éditeur new-yorkais. Il la portait le jour où il s'était séparé d'Amanda, la seule jeune femme avec qui il eût vécu une relation durable et dont il ne parlait jamais.
Le dîner du club qui se tenait à l'hôtel Algonquin dans la 44e Rue avait lieu tous les ans au cours d'une semaine grandiose pour les amateurs d'holmésologie. Pendant quatre jours, toutes les associations au monde vouées au culte de Sherlock Holmes se réunissaient à New York, habituellement aux alentours du 6 janvier, jour de l'anniversaire de Holmes. Conférences, visites, séances de dédicaces, ventes d'antiquités victoriennes et d'éditions originales : pour un fanatique de Sherlock Holmes, c'était le paradis.
Cependant, parmi les centaines d'associations vouées au culte du célèbre détective qui prenaient part à l'événement, le club des Baker Street Irregulars était de loin la plus ancienne, la plus éminente et la plus exclusive. Truman et Franklin Delano Roosevelt en avaient été membres, tout comme Isaac Asimov. Seuls les Baker Street Irregulars et leurs invités triés sur le volet avaient accès au dîner annuel et le nombre restreint d'invitations étaient l'objet d'une immense convoitise de la part des Holmésiens du monde entier. C'était aux Baker Street Irregulars, personne ne l'ignorait, que l'on devait d'avoir déduit que Holmes était né un 6 janvier. Sir Arthur Conan Doyle ne l'avait en fait jamais mentionné dans le Canon, comme on appelle les quatre romans et cinquante-six nouvelles qui composent les aventures originales de Sherlock Holmes. Mais une lecture approfondie et érudite de ces histoires avait permis à Christopher Morley, l'un des fondateurs du club, de déduire que le 6 janvier était la date de naissance la plus plausible. Toutes les autres associations étaient considérées comme des émanations de celle-ci et avaient besoin d'un agrément officiel pour s'organiser. On ne demandait pas à devenir membre du club : si vous vous distinguiez dans le domaine de l'holmésologie, le club vous trouvait. Et si le président du club vous estimait qualifié, vous vous voyiez offrir une pièce de un shilling en signe de votre adhésion. Une pièce en argent terni identique à celle qu'Harold serrait de toutes ses forces entre ses doigts.
C'était vrai. Cela se passait vraiment.
Et puis ce fut fini.
Les applaudissements se dissipèrent pour se muer en bavardages. On éloigna les chaises des tables de la salle à manger, les serviettes en lin blanc furent drapées sur Ies assiettes contenant des restes de poulet et de légumes vapeur. Des verres de scotch furent vidés en longues gorgées. Des poignées de main furent échangées. Des au revoir prononcés.
Harold se sentit soudain idiot avec son shilling à la main. Il avait fantasmé sur ce moment depuis qu'il avait appris l'existence du club. Et maintenant, c'était fini. Il se demandait ce qu'il devrait faire à présent pour ressentir à nouveau une telle sensation. Il voulait tant se raccrocher à ses succès et ne pas les laisser se fondre dans la clameur monotone de la vraie vie. Harold regarda les serveurs ramasser les couverts, déposer les fourchettes sales et les couteaux à beurre émoussés dans des bassines en plastique.
Harold vivait à Los Angeles et travaillait à son compte comme documentaliste et conseiller littéraire. Ses principaux employeurs étaient les services du contentieux des studios de cinéma qui l'engageaient pour se défendre contre des accusations de violation de copyright. Si un écrivain en colère traînait en justice les réalisateurs du film d'action à succès de l'été en prétendant qu'ils lui avaient volé la trame du roman à suspens se déroulant dans le milieu politique qu'il avait publié vingt ans plus tôt dans l'indifférence quasi générale, c'était le boulot d'Harold de rédiger un dossier faisant valoir que les deux œuvres s'inspiraient en fait d'une pièce mineure de Ben Jonson, d'une des nouvelles les plus ardues de Dostoïevski ou d'une autre œuvre tout aussi obscure et dont les droits étaient eux aussi tombés dans le domaine public. Le nom d'Harold était bien connu et très apprécié dans les services juridiques des studios, sauf dans les rares cas où un studio en attaquait un autre.
Si Harold était particulièrement qualifié pour ce travail c'est qu'il avait tout lu. Ni lui ni ses employeurs n'avaient jamais rencontré personne qui eût lu davantage de livres, davantage de romans que lui. Il avait pu en arriver là à son âge grâce à un don pour la lecture rapide. Enfant, alors qu'il lisait laborieusement et page par page toutes les aventures de Sherlock Holmes, son désir – son besoin viscéral – de connaître la suite lui posait un problème : il lui fallait plus de temps pour arriver au bout des histoires qu'il ne pouvait le supporter. Aussi avait-il appris seul à lire rapidement grâce à une méthode achetée par correspondance. Ses camarades d'école qui trouvaient impensable que quelqu'un puisse lire un roman de quatre cents pages en deux heures tout en étant capable d'en retenir les informations essentielles le taquinaient. Mais Harold en était capable. Et il le leur prouvait en lisant les mêmes livres qu'eux et en les laissant l'interroger sur les éléments de l'intrigue et les passages descriptifs. Et effectivement Harold retenait davantage d'informations, plus rapidement que tous ceux qu'il avait pu rencontrer dans son école primaire de Chicago, pendant ses années universitaires à Princeton ou dans sa vie d'adulte depuis.
« Harold ! » l'interpella une voix grave et puissante derrière lui. Des mains lui serrèrent les épaules. Il se retourna et découvrit le visage de Jeffrey Engels. Californien chenu, un sourire quasi permanent aux lèvres, Jeffrey était sans conteste le plus aimé et le plus respecté des Sherlockiens présents dans la salle. Harold soupçonnait Jeffrey d'être celui qui avait fait campagne pour son investiture au sein des Baker Street Irregulars. Mais qu'il ait raison ou tort, il se garderait bien de poser la question car Jeffrey refuserait d'y répondre.
« Merci », dit Harold.
Jeffrey ignora la remarque d'Harold. Il avait troqué son sourire habituel pour une expression sévère.
« Cette affaire a pris une tournure des plus graves.
— Sur quoi a-t-elle débouché ?
— Sur un meurtre ! » répondit Jeffrey.
1. Toutes les citations extraites des romans et nouvelles de Conan Doyle mettant en scène Sherlock Holmes sont tirées de la traduction d'Éric Wittersheim pour l'édition Omnibus, 2006. (N.d.T.)