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Conversation avec Claude Askolovitch
Conversation avec Claude Askolovitch
Patrick Bruel
180 pages
Couverture souple
Réf : 485166
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La bio très attendue de Patrick Bruel qui se confie pour la première fois !
Résumé
Pour se raconter; sans tabou, loin de la presse people, Patrick Bruel a décidé de se confier en toute intimité. De sa tendre enfance en Algérie à sa carrière fulgurante, en passant par l'absence de son père, son engagement politique, ses relations amoureuses et la naissance de ses fils, portrait d'un artiste doué pour le bonheur.
Life
Keith Richards
James Fox
Le mot de Claude Askolovitch
« Il n’y a pas de début adéquat tant ce type est connu, et comment veux-tu le saisir, il est trop de mecs à la fois, qui chante et joue et fait flamber au poker et parle et aime et veut être aimé, et petit garçon et vieux sage et papa et poteau… L’idée est de le prendre au débotté pour qu’il ne parte pas en boucle, et Patrick ne fera pas du Bruel. Si on réussit ce truc, il ne jouera pas son rôle, il n’en aura pas le temps, je le forcerai au ping-pong verbal et il sera meilleur que moi, puisqu’il est plus rapide. On s’est vite compris sur ce qu’on pouvait jouer. On a décidé qu’on ne ferait pas une bio déguisée, mais une histoire ensemble, un dialogue, entre deux mecs qui sont déjà vieux mais qui ne le savent pas ou qui s’en doutent et, bien sûr, ce sera lui le héros mais, moi, je serai son pote. Tant qu’à avoir un copain, autant qu’il s’appelle Bruel... »

Claude Askolovitch
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Acteur, auteur-compositeur-interprète né à Tiemcen, Algérie, en 1959, Patrick Bruel (Patrick Benguigui) a trois ans lorsqu'il débarque en France avec sa mère.
Adolescent, il aime le foot, la musique, joue en amateur de la guitare, commence des études de sciences économiques...
Une petite annonce de France-Soir lui fait décrocher un rôle dans Le coup de Sirocco d'Alexandre Arcady (1979).
C'est aussi en 1979 qu'il commence à composer des mélodies, alors qu'il est animateur d'un club de vacances.
En 1980, à New York, il rencontre Gérard Presgurvic qui devient un ami et, à son retour, devient acteur de théâtre grâce à Margot Capelier et Piérette Bruno qui lui donnent sa chance.
Sa première pièce Le Charimari est un grand succès et sera jouée pendant plus de deux ans : les critiques remarquent son talent...
Entre 1982 et 1984, Patrick Bruel est sur scène et sur les plateaux de cinéma où il se plaît avec Ma femme s'appelle revient de Patrice Leconte, un film d'Alexandre Arcady ("C'était le plus beau tournage de ma vie !"), On m'appelle Emilie.
Ce n'est pas la chanson qui va le révéler mais le cinéma. On le voit dans :
    Le grand carnaval d'Alexandre Arcady (1983)
    P.R.O.F.S. (1985)
    Attention bandits de Claude Lelouch (1986)
    L'union sacrée d'Alexandre Arcady (1988)
    Toutes peines confondues de Michel Deville (1992)
    Profil bas de Claude Zidi (1993)
Bruel, acteur, ne perd pas de vue la chanson et mène bientôt les deux carrières de front.
Premier succès en 1983 : Marre de cette nana-là signé Presgurvic. Premier passage télé le 16 janvier 1984 et, en 1985, Patrick Sébastien lui propose d'être en première partie de sa tournée d'été. En 1987, il triomphe à l'Olympia. L'album "ALORS REGARDE", produit par Mick Lanaro (l'homme de Claude Nougaro et de William Sheller...) paraît en 1989.
En 1990 s'installe la "bruelmania". Bruel, sur scène, fait exploser le cœur des adolescentes et pulvérise les records de vente de disques. On croyait les groupies mortes. Erreur. Les concerts de la tournée 1990/1991 déchaînent chaque soir des scènes d'hystérie qui font couler beaucoup d'encre... journalistes, sociologues, psychologues, se penchent sur le "cas" Bruel.
Un nouvel album tendance hard rock, intitulé "BRUEL", déçoit quelque peu ses fans.
L'effervescence du public et des médias semble s'être calmée.
Autres titres de Patrick Bruel
Extrait
Il n'y a pas de début adéquat tant ce type est connu, et comment veux-tu le saisir, il est trop de mecs à la fois, qui chante et joue et fait flamber au poker et parle et aime et veut être aimé, et petit garçon et vieux sage et papa et poteau, et de temps en temps il a le poids du monde sur ses épaules, il se dit que tout est important, que tout est politique, et il ne manquait plus que ça, avoir une conscience en sus de l'ego... Patrick donc. Deux ans à se connaître et à parler au fil du temps qui glisse, par longues plages, et puis par à-coups, et on a traîné et on a bien changé entre deux automnes — 2009-2011... Je l'ai su tout de suite. Comme il est partout, pas de début qui s'impose, et pas de logique non plus, et si on part dans tous les sens, on n'aura qu'à se dire qu'on tourbillonne au musette, il l'a chanté aussi. L'idée est de le prendre au débotté, pour qu'il ne parte pas en boucle, et Patrick ne fera pas du Bruel. Je veux dire, il aime bien se raconter, mais il est comme tout le monde, pour ça, il doit revenir toujours aux mêmes histoires, celles qu'il connaît par coeur, tant elles forgent l'idée qu'il veut se donner, ou donner aux autres... Ça, on s'en fout finalement. Si on réussit ce truc, il ne jouera pas son rôle, il n'en aura pas le temps, je le forcerai au ping-pong verbal et il sera meilleur que moi, puisqu'il est plus rapide, et on va se marrer ensemble, sinon à quoi bon faire un bouquin ?
C'est lui qui est venu me chercher un matin, le saltimbanque qui est allé trouver un journaliste, ou juste quelqu'un avec qui ça serait cool de parler. On s'était croisé quelques jours plus tôt dans la cour de Matignon, moi sortant d'interviewer une excellence, lui venant plaider la cause des pokers en ligne devant des importants. J'avais l'air ailleurs et touchant, il m'a dit ça plus tard, j'étais effectivement dans d'étranges limbes, nimbé de deuil et d'à quoi bon, je me disais que ça ne se voyait pas tant que ça ? J'avais tort. Lui, survolté et en conquête, autant dans la vie que j'en étais absent. Ça lui avait donné envie de faire quelque chose avec moi. Il m'a appelé quelques jours plus tard.
On s'est vite compris, sur ce qu'on pouvait jouer. On a décidé qu'on ne ferait pas une bio déguisée, mais une histoire ensemble, un dialogue, entre deux mecs qui sont déjà vieux mais qui ne le savent pas ou qui s'en doutent, et bien sûr, ce sera lui le héros, mais moi, je serai son pote. Tant qu'à avoir un copain, autant qu'il s'appelle Bruel. Ce livre, il venait bien pour moi : je le sentais, si je ne le savais pas. Parler avec quelqu'un et m'intéresser à lui, dans un moment invivable et pourtant je vivais, quelques mois après la mort de Valérie, ma femme, qui aurait aimé Patrick et en aurait souri doucement, et plus je l'aimais moi et en souriait tendrement, plus le manque d'elle faisait jour et tout ce qu'elle ne vivrait pas. J'ai côtoyé Bruel quand tout se brouillait entre le chagrin, la destruction, les envies de vivre et ce qui commençait, et on n'arrête pas d'aimer. Ce n'est pas l'endroit, le moment, ni le sujet d'aller au-delà. Mais ma souffrance et mes absences ont aussi imprégné nos rencontres, nos dialogues, donc ce livre, et ce mec m'a aidé.
Voilà donc. Place à Bruel, dans les loges avant que le livre ne démarre, attention mesdames et messieurs. La première fois qu'on travaille, intimidés comme deux amants qui n'ont rien conclu, il précipite des flots de parole, dans son bureau sur les Champs, où s'activent alors ses internautes du pok en ligne, où traînent des affiches et des posters et des disques d'or et un bordel tout chaud... C'est lui qui démarre, sans que je pose une question, j'ai le sentiment de prendre un film en cours de route, son film à lui, il est tout pétillant et volubile, on dirait un personnage d'une comédie survoltée. Il brandit verbalement un scénario qu'on vient de lui filer. Ça donne ça, en gros.


Un vrai fou ! Peut-être génial ou juste fou... Un producteur que je connais depuis trente ans est venu me voir : « Voilà, je vais faire un film avec un mec qui n'a jamais rien fait, jamais rien tourné, mais c'est un génie absolu. Il va faire un truc absolument dingue... De toute façon, il faut que tu rencontres le mec ! » J'ai rencontré le mec... Une espèce d'ashkénaze de soixante-dix ans, qui parle comme ça (Bruel en mode caverneux) d'une voix très très basse... Il m'a fait lire son scénario. Et je ne comprends rien, mais rien ! Ça ne m'est jamais arrivé à ce point-là ! Et quand il essaie de m'expliquer, je comprends encore moins...

C'est Bruel. Il se marre, il va plus vite, ça le fait rire aussi de ne rien piger, lui qui pige souvent plus vite que son ombre. Moi, là-dedans, je me donne une contenance, je cherche la rationalité. Pas tout à fait sûr de ce que je vais faire de ce truc, mais allons-y quand même.

Mais il se passe quoi dans son scénar ?
Rien ! C'est une famille qui s'engueule. Je ne sais pas pourquoi, ni où ça va...

Bon. On n'en parlera plus, du vieil ashkénaze et de son scénario incompréhensible. Il aura effleuré Patrick avant de sortir de sa vie.

Tu en as souvent des brindezingues qui te sollicitent ?
Dans tous les domaines ! Que ce soit pour des films, des musiques, des projets improbables. A une époque, je produisais beaucoup et donc j'écoutais des choses diverses et variées, souvent médiocres, et parfois une pépite... mais alors bien cachée !... Mais ça ne s'arrête pas là : produire quelqu'un c'est vraiment s'en occuper. Le comprendre, le guider dans les musiques, les arrangements, les textes, l'accompagner. Si tu veux bien le faire, c'est un travail énorme... passionnant. Mais il faut avoir le temps. Et le temps, je n'en ai pas tellement... Je devrais me laisser plus de temps.

Et là, Bruel s'est arrêté. Il a dit un truc important, qu'il devrait se laisser du temps. Le seul truc qui compte en fait. Je vais m'en apercevoir, au fil des jours. C'est son obsession, le temps qu'il n'a pas et qu'il laisse filer, le temps qu'il gaspille à autre chose que l'essentiel. C'est là que nous sommes frères, moi qui lessive ma vie à force d'en mener trop à la fois, mais il ne le sait pas. Pas encore. On se connaît à peine. C'est notre première fois. Il surjoue l'enthousiasme; ou le fait d'être à l'aise. Ou pas. Il est façon « aime-moi », ça se voit, mais en même temps, peut-on ne pas succomber ? N'empêche, on se méfie encore. Tous les deux. Moi, je me demande si je vais trouver le ton juste. Lui, ensuite, dans son envie de dire et de se montrer, mais pourtant à vif Il peut en lâcher des anecdotes ou des vérités, mais ce qu'on lâche, ensuite, ça se promène et on ne sait jamais. C'est amusant, le début d'un livre, quand le type se rend compte que c'est réel, il va vraiment parler, il y a un moment où il ne pourra plus tout contrôler, et les mots vont gambader loin de lui... Au fil des mois, et quand on aura avancé, et quand j'aurai écrit et plus on ira vers le bout, je découvrirai Patrick frémissant devant les mots, plein de crainte envers lui-même ou envers nous, tâtant l'eau du pied...

Attends ! Tu nous enregistres ?

Tu es inquiet ?
J'ai envie de parler tranquillement... Je veux être sûr qu'à la relecture, je pourrai modifier des trucs. Ou en enlever. On est d'accord là-dessus ?

Evidemment...
Sinon, je vais me contrôler. Et si je me contrôle...

Non, surtout pas !
Si je me contrôle, ça sera moins intéressant... Parfois je me lance, puis je me relis et je réalise que tout est tellement plus violent, plus définitif, quand c'est imprimé...

Un livre, c'est lourd ?
Pas seulement un livre : tout ce qui est écrit. Tant qu'on se contente de parler, c'est rattrapable. Même les choses très personnelles, ça ne reste pas, ça s'envole... Ecrites, c'est irrattrapable.

Tu as toujours pensé ça ?
Je sais que j'ai perdu des amis — ou que des amitiés se sont ternies — à cause de la violence d'une petite phrase jetée dans un article, dans un livre ou d'une lettre qui m'était adressée... C'est arrivé plusieurs fois. On aurait pu se parler, tout se dire, même des choses horribles, se rentrer dedans, ç'aurait été réparable. Alors que là... un vrai gâchis pour pas grand-chose.

Tu ne blesseras point. C'est un commandement de paix — mais va écrire avec cette épée de gentillesse au-dessus de toi ! Un souvenir que Patrick m'a raconté à propos de sa peur des mots, qui ne se limite pas à ce qu'on écrit sur lui. Quand Amanda (Sthers, son ex-épouse) écrivait son premier livre, il l'avait entreprise, pour qu'elle retienne son verbe, afin de ne pas le regretter plus tard.

Tu lui disais quoi ?
Simplement : « Tu vois, il y a certaines phrases que tu devrais enlever de ton livre. Parce que si tu les laisses, il y a des gens très proches, que tu aimes, à qui tu ne parleras peut-être plus jamais... ça ne sert à rien ! Tu peux dire autrement ce que tu as à dire, tu peux écrire autrement les choses. Si tu as des comptes à régler avec ton passé, règle-les ; fais ce que tu veux mais pas dans un livre parce que ça restera à jamais. Tu changeras d'avis, le livre ne changera pas. Tes enfants le liront... Tout le monde... »

Elle t'avait écouté ?
Elle avait enlevé quelques phrases, oui...

Il s'assombrit... Amanda, plus tard, séparée de Patrick, lâchera dans un livre quelques mots en trop, pour lui, et Patrick regrettera que d'autres ne l'aient pas avertie, pour le préserver, lui, comme lui l'avait fait jadis. Et puis on continue, et on vit.

Tu n'aimes pas qu'on dise du mal de toi ?
Non. Qu'on se trompe sur moi. Un peu comme un enfant qui dit : « C'est pas vrai, c'est pas juste ! » Pas juste qu'on écrive ça, qu'on dise ça, qu'on pense ça, ou qu'on raconte des conneries.

Donc tu n'aimes pas qu'on dise du mal de toi...
Tu connais quelqu'un qui aime ça ? On ne peut pas dire que je me sois blindé !... J'accepte facilement la critique, même si elle est violente, quand je peux y trouver quelque chose de constructif.

Facilement ?
Bien sûr que non !