Les portes de Québec, tomes 1 & 2
Les portes de Québec, tomes 1 & 2
Faubourg Saint-Roch / La Belle Epoque
Jean-Pierre Charland
1340 pages
Couverture cartonnée
Réf : 472978
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Disponible
Résumé
Faubourg Saint-Roch, Québec, 1896. Alice Picard ne s'est jamais remise de son second accouchement et vit alitée depuis cinq ans. Son mari, Thomas, propriétaire d'un grand magasin de la Basse-Ville, se résigne à choisir parmi les pensionnaires des ursulines, une jeune gouvernante pour ses deux enfants. Rapidement sous le charme de cette dernière, il n'a d'autre choix que de se plonger dans le travail et la politique pour distraire le cours de ses pensées, d'autant que son épouse n'est pas dupe de ce qui se trame sous son toit...

Dix ans plus tard, au temps de La belle Époque, la famille Picard a connu bien des boulversements. L'attirance entre Thomas et Élisabeth a cédé la place à une vraie passion, tandis qu'Alfred, le frère s'exerce au délicat métier de père au sein d'un mariage malheureux...
Pourquoi on l'a choisi
Les amateurs de fresques historiques succomberont avec délices à ces tableaux mettant en scène des héros de la vie quotidienne, la famille Picard qui voit sa vie bouleversée lors de l’arrivée d’une jeune gouvernante dans la maisonnée. L’auteur nous invite au cœur d’un foyer déchiré entre la fin du XIXe siècle et la Belle Époque.
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Moyenne des avis :Les avis des internautesNombre d'avis :7
ENALA3361
Le 24 février 2012
Quelle déception, essai non transformé !
Début prometteur, comme le sujet, mais alors, quelle déception ! Une amie Canadienne m'a recommandé J.P. Charland, sachant à quel point j'avais apprécié Michel David dans les deux sagas que vous avez publiées et que vous citez à propos de cet auteur. Toutefois, elle ne m'avait pas recommandé ce titre, et je sais pourquoi ! il y a au moins 400 pages inutiles dans ce pavé ! Le premier tome nous prive des histoires personnelles des personnages principaux au détriment de la politique et le second nous endort avec les fêtes du tricentenaire de la ville de Québec. Comme je suis déçue, si vous pouviez éviter ce format déjà, le livre est bien trop lourd, tout comme la plume de l'auteur dans cette saga !
Il y a 3 commentaires associés à cet avis
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Remarque de MARIE F ROSA du 01/03/12
Je ne suis pas d'accord, j'ai beaucoup aimé.
Remarque de Josiane LECLERC du 09/03/12
Entièrement de l'avis de ENALA3361, cela ne vaut pas Michel David,
Remarque de Eliane du 17/03/12
Merci de ces remarques, c'est un livre que je devais acheter prochainement , mon choix se portera vers un autre auteur.
mamjoss
Le 09 mars 2012
Les portes de Québec
J'ai vraiment été déçue, surtout lorsque nous avons lu du Michel David que j'ai beaucoup apprécié, un peu touffu.
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Pascale
Le 23 mars 2012
C'est un livre que j'ai apprécié
Le premier tome est un peu lent mais dans le deuxième tome il y a plus de vivacité. On suit la vie de deux familles prises dans le tourbillon des moeurs de leur époque, avec une intrusion de l'église dans les écoles, la politique et aussi le travail des ouvriers, la loi sur la laïcité en France qui provoque des bouleversements chez les nationalistes canadiens, mais aussi des faits historiques, l'effondrement du pont de Québec et la célébration du tricentenaire...
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chouette
Le 15 mars 2012
Saga assez crue
Je voulais mettre 0 étoiles, mais j'ai eu beau cliquer, la dernière n'a pas daigné s'envoler... Je m'attendais à plonger dans la Société de Québec au 19è siècle et pas ce que j'ai lu : de nombreux passages avec des descriptions très crues, des narrations d'évènements très longues et fastidieuses qui n'apportent rien. Aucun charme, aucun rytme, l'écriture n'est même pas belle, mais ordinaire.
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Mandine
Le 06 avril 2012
Les Portes de Quebec
La fin du 1er tome est carrément bâclée, quelle déception. On passe d'instants décrits très longuement et inutiles à ceux qui mériteraient plus de suspense et qui s'accumulent à vitesse folle. A voir avec la suite si ça s'améliore.
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Christine60
Le 18 avril 2012
Lourd... Trèèèès lourd... TROP lourd...
Quelle déception... J'arrive difficilement à la fin de ce livre (que je ne qualifierai pas d'oeuvre !), en ayant passé des pans entiers d'une prose soporiphique, vide d'un réel sens, qui semble mise là juste pour faire "lettré"... C'est raté !... Ces détails (politique, tricentenaire, etc.) sont sans doute exacts, mais "balancés" de manière aussi peu lisible, ils ne sont d'aucun intérêt pour le lecteur. Peut-être Monsieur Charland aurait-il dû relire son livre avec l'oeil du lecteur qui découvre ces événements. Il se serait rendu compte qu'il ne suffit pas d'aligner nombre de noms et faits illustres de l'époque pour intéresser le public. Un conseil pour les insomniaques : prenez ce livre en livre de chevet, il vous endormira comme par magie... Ne me demandez pas de vous raconter l'histoire des protagonistes de ce livre. Elle est tellement diluée dans cette prose insipide aux parties inégales qu'elle finit par s'estomper... Ç'eut pu être intéressant au vu du résumé bien vendeur... Mais c'est en fait fade et ennuyeux... Décevant !
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ADELE
Le 30 avril 2012
J'aime
C'est un livre que j'aime. J'apprécie l'histoire. Oui, c'est vrai, de temps en temps, il y a des mots un peu crus, mais si vous lisez certains livres ce n'est pas mieux. Non, allez-y sans crainte, c'est un bon roman. Il me tarde de connaître la suite.
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Jean-Pierre Charland a publié plusieurs romans, dont L'Été de 1939, avant l'orage et La Rose d'Irlande, salués par la critique et appréciés du public. La saga Les Portes du Québec a connu une carrière remarquable au Québec, ayant trouvé à ce jour plus de 80 000 lecteurs. La passion de Charland pour l'histoire et son talent de conteur s'allient pour offrir au lecteur des récits à la fois authentiques et profondément originaux.
Lu dans la presse
« Plume savoureuse et colorée que celle de Jean-pierre Charland, qui manie un humour fin et délicieux, guidant un lecteur conquis d'avance dans les rues de Québec (...). Plaisir assuré »

Louise Chevrier, La Terre de chez nous
Autres titres de Jean-Pierre Charland
Extrait

1



« Cla-clang, cla-clang. »
La cloche résonnait à l’autre extrémité de la grande salle. Le message fut souligné bientôt par une voix autoritaire :
— Mesdemoiselles, debout, il est cinq heures quarante !
Lentement, des formes commencèrent à bouger, une trentaine en tout, dans autant de lits étroits. Près du mur tout au fond du dortoir, à l’endroit le plus froid, Élisabeth commença par resserrer la couverture contre son cou. Tout son corps se trouvait recroquevillé en position foetale, dans l’espoir un peu illusoire d’emprisonner la chaleur.
Autour d’elle, les bruits légers de pieds nus sur les madriers de pin, de mains agiles tirant les draps des lits, n’arrivaient pas à couvrir quelques murmures étouffés.
— Silence, Mesdemoiselles, et dépêchons, ordonna de nouveau la voix devenue impatiente.
Impossible d’attendre plus longtemps. D’un mouvement, Élisabeth sauta du lit, replaça ses couvertures en essayant d’oublier le plancher glacial. À tâtons dans l’obscurité, elle chercha sa robe dans une petite armoire, passa son uniforme en vitesse puis entreprit d’attacher la multitude de petits boutons. Un instant lui suffit pour enfiler bas et chaussures. Comme ses compagnes, après s’être agenouillée au bout de son lit, elle s’absorba dans ses prières pendant un petit moment.
Ensuite, la dernière du petit peloton de couventines, la jeune fille se dirigea vers les lavabos situés dans la pièce attenante. Chacune versa l’eau d’un broc dans un plat de faïence, puis entreprit de se débarbouiller la figure à l’aide d’une pièce de toile rugueuse. L’opération permettait de faire disparaître des visages les dernières traces de sommeil. Quelques coups de brosse dans les cheveux complétaient cette toilette sommaire.
Certaines infortunées devaient courir vers les latrines, dans la cour, afin de se soulager. La plupart préféraient serrer les dents et les cuisses, et se retenir jusqu’après la messe. À six heures, vingt minutes après s’être extirpées du lit, les élèves affichaient la mine la plus recueillie, se préparant à recevoir la communion. L’âme recevait sa nourriture avant le corps.
À sept heures, alors que la voix grêle d’une postulante progressait avec difficulté dans une lecture pieuse, Élisabeth plongea sa cuillère dans un bol de gruau un peu figé. La personne assise en face d’elle à la longue table, une brune un peu malingre dont un oeil semblait vouloir fuir l’autre, murmura, d’une voix à peine audible :
— Dis donc, si tu ne changes pas bientôt de robe, elle va éclater !
Un fou rire étouffé se manifesta de part et d’autre de l’insolente. Il fut tout de suite réprimé par un « Silence, Mesdemoiselles » souligné par le claquement sec d’un signal de bois contre la surface d’une table.
Élisabeth, rougissante, baissa les yeux sur sa poitrine. Deux demi-pommes à l’arrondi parfait faisaient béer un peu le devant de sa robe et le tissu tirait légèrement sur les boutons de corne.

Même en mai, les longs couloirs demeuraient plutôt froids. Heureusement, la robe de laine bien fermée du cou jusqu’à mi-jambe, avec des manches allant aux poignets, offrait une protection suffisante. Toutefois, dans un instant il faudrait s’en défaire.
Au moment où les élèves se livraient à des travaux manuels, chacune pouvait sacrifier quelques minutes à l’hygiène. Élisabeth Trudel se tenait debout, maintenant première de la file. Quand une jeune fille de seize ans à l’air d’un chat mouillé sortit de la petite salle, sa robe noire boutonnée de travers, soeur Saint-Jean de l’Eucharistie tendit à la suivante une serviette de toile rêche en disant :
— Vous avez cinq minutes… Et gardez votre chemise.
— Oui, Ma Mère.
Une voix douce, soumise, trois mots murmurés, comme si le moindre éclat risquait de faire éclater ce monde clos. Parce qu’elle avait laissé ses souliers près de l’entrée, les madriers de pin du plancher se révélaient désagréablement froids. Un moment plus tard, elle détachait les boutons du cou à la taille, sortait ses bras des manches et faisait glisser le vêtement sur ses hanches plutôt étroites, soulevait les pieds l’un après l’autre, pour enfin le poser sur une chaise. Une culotte écrue, taillée dans un sac de farine par des religieuses attentives à la moindre économie, suivit le même chemin.
Un instant plus tard, Élisabeth se tenait debout dans une cuve de tôle, de l’eau à peine tiède à mi-mollet, un gros morceau de savon du pays à la main, un carré de toile dans l’autre. Les trois utilisatrices précédentes avaient laissé un cerne, la jeune fille discerna quelques poils flottant parmi les résidus de savon. Sans tarder, elle entreprit de savonner ses jambes, ses cuisses. Très vite, elle frotta le morceau de tissu rugueux sur la touffe de poils entre ses jambes, entre ses fesses. Dieu soulignait les fonctions honteuses de la femme par cette toison animale. Elle prit garde de ne pas trop insister. Heureusement, la grande chemise de lin permettait de masquer ces « endroits », afin que son regard, même accidentellement, ne se pose pas sur eux.
Que ce vêtement rende difficile de bien se laver le ventre, le dos, la poitrine, lui paraissait un bien petit inconvénient, du moment que la pudeur était sauve. À force de se tortiller, Élisabeth réussit même à faire passer la pièce de toile savonneuse sous ses aisselles.
La jeune fille arriva à s’en tenir au délai de cinq minutes. Sans perdre un instant, elle sortit de la cuve. Malgré sa chemise, elle trouva tant bien que mal le moyen de se sécher avec la serviette de toile apportée à cette fin. Enfiler la culotte de coton, en attacher le cordon à sa taille, remettre la robe et la boutonner jusqu’au cou ne prit qu’un peu de temps supplémentaire.
Un peu frissonnante à cause de la chemise mouillée qui mettrait plus d’une heure à sécher sur son corps, la jeune fille céda sa place à l’une de ses camarades. La dernière à profiter du privilège du bain hebdomadaire mettrait les pieds dans une eau froide et crasseuse.

— Je veux une jeune fille pour s’occuper de l’éducation de mes enfants, dit l’homme, un peu agacé de devoir répéter une explication déjà donnée dans sa lettre.
— Mais vous habitez à quelques centaines de pieds du couvent Notre-Dame, où vous pourriez faire étudier votre fille.
La supérieure des ursulines jetait un regard méfiant, sur son visiteur. Seuls les Anglais les plus prospères avaient recours à des gouvernantes pour apprendre les rudiments de la lecture et de l’écriture à leurs enfants. Pareille fantaisie lui paraissait bien suspecte.
— Je vous l’ai déjà écrit. Il y a dix ans à peine, toute la province a connu une épidémie de variole. La grippe apporte son lot de cadavres tous les hivers, sans compter que la tuberculose fait des ravages dans le quartier Saint-Roch.
— Nous avons aussi des classes pour les petites, continua la religieuse comme si elle n’avait rien entendu. Vous pourriez certainement faire conduire votre fille ici en août prochain. Quel âge a-t-elle, déjà ?
— … Sept ans, finit par répondre Thomas Picard après une hésitation.
L’homme présentait un visage maussade. Cette femme revêche lui faisait perdre son temps : tous ses motifs, ainsi que l’âge de ses enfants, se trouvaient exposés dans une missive. S’il se trouvait là, c’était justement à la demande de la supérieure. Le mot reçu d’elle la veille laissait d’ailleurs entendre que la religieuse avait une candidate à lui proposer.
— Alice ne va pas mieux ? Je n’ai pas reçu de ses nouvelles depuis un long moment.
Soeur Saint-Gabriel avait adopté un ton plus amène au moment d’évoquer l’amie très proche de ses années d’études, au temps de son adolescence.
— Le médecin se montre plutôt pessimiste. Depuis Noël, elle reste confinée dans sa chambre. C’est pour cela que je veux embaucher quelqu’un. Vous avez un nom à me proposer ?
— … Oui, je peux vous faire rencontrer une jeune fille intelligente, très pieuse, qui serait capable d’enseigner les lettres et les chiffres aux enfants de cette chère Alice.
— Elle se destine à la vie religieuse ?
Son interlocutrice se troubla un peu, son regard s’attarda à un dossier scolaire posé sur son bureau.
— Elle affirme avoir entendu l’appel de Dieu.
— Alors pourquoi voulez-vous la laisser partir ?
La réponse à cette question ne semblait pas facile à donner. Cette couventine affichait toutes les qualités d’une postulante. Pourtant, la supérieure ajouta après une nouvelle pause :
— Je ne suis pas certaine de la profondeur de sa vocation. Une personne ne peut choisir de porter le voile si elle n’a jamais connu autre chose. Je désire qu’elle voie le monde en dehors de ces murs. Si cette jeune fille désire toujours se faire religieuse dans un an ou deux, je serai heureuse de la recevoir à bras ouverts.
Avant de permettre à une adolescente d’engager le reste de sa vie, la prudence semblait de mise. L’homme indiqua d’un signe de tête qu’il comprenait. En réalité, seul un curieux malaise devant la jeune fille, un inconfort indéfinissable, conduisait la religieuse à désirer se départir d’une candidate prometteuse.
— Elle est compétente ? demanda Picard. Je veux dire, elle saura enseigner les éléments à deux jeunes enfants ?
— Certainement, certainement. C’est une première de classe. Je vais la chercher.
La supérieure quitta son siège derrière le meuble de chêne. Laissé seul, Thomas Picard examina de nouveau la petite pièce où il se trouvait. Une fenêtre donnait sur les jardins murés du couvent des ursulines : une oasis de verdure située dans la Haute-Ville de Québec, totalement coupée du monde. Au moment de sa construction, les murs intérieurs de cet édifice devaient être peints à la chaux. Maintenant, modernité obligeait, un papier peint orné de fleurs assombrissait les lieux. Une fougère, dans un grand pot de cuivre, ajoutait une touche de verdure. Les gros madriers du plancher, devenus jaune clair à force d’être frottés, rappelaient seuls l’ancienneté de l’édifice.
Après de longues minutes, la supérieure du couvent revint avec une jeune fille élancée. Ses cheveux d’un blond un peu foncé, ondulés, noués sur la nuque, paraissaient lourds, encore humides, et pas très propres. Pourtant, le tissu de laine de la robe noire était mouillé par endroits. L’homme devina qu’elle sortait du bain. De grands yeux bleus éclairaient un visage très pâle, où des lèvres pleines, bien ourlées, ajoutaient une touche cerise.
— Mademoiselle Élisabeth Trudel, commença la religieuse en indiquant à la couventine la chaise libre à côté du visiteur.
Poliment, Thomas Picard se leva pour serrer la main de la nouvelle venue en donnant son nom, reprit sa place après que la jeune fille se fut assise.
— Élisabeth, je vous ai parlé du désir de monsieur Picard de recourir aux services de l’une de nos élèves pour s’occuper de ses enfants.
— … Mais je vous ai dit que je voulais rester ici.
— Mon enfant, je vous ai expliqué que cela ne se pouvait pas. Vous avez terminé le cours normal. Vous n’avez plus de bourse.
La jeune fille offrit un visage buté, un peu enfantin, fixa les yeux au sol avant de prononcer d’une voix blanche :
— Je veux devenir religieuse.
— Alors profitez de l’occasion qui vous est offerte pour économiser un peu, prier et réfléchir. Si, dans un an, vous êtes toujours certaine de votre vocation, nous vous recevrons parmi nous avec plaisir.
— Dans un an ?
— En mai 1897. Je vous l’assure, un mot suffira alors à vous ouvrir nos portes.
Élisabeth se mordit la lèvre inférieure, les yeux toujours fixés vers le plancher. Thomas Picard remarqua une larme, une seule, qui roulait sur sa joue. — Monsieur, cette jeune personne fera-t-elle l’affaire ?
— Vous m’avez assuré de sa compétence. Alors si mademoiselle…
— Trudel, rappela la jeune fille en le regardant pour la première fois. Oui, j’accepte.
— Vous ne voulez pas savoir à quel salaire ? interrogea la religieuse.
La couventine eut un geste vague de la main, comme si cette question ne la concernait pas vraiment. En réalité, de toute sa vie, elle avait manipulé quelques sous tout au plus.
Chassée pour ainsi dire des murs de ce sanctuaire, elle accepterait ce qu’on lui donnerait. De toute façon, cela ne durerait qu’un an !
— Vous avez préparé vos bagages ? demanda la mère supérieure après une courte pause.
— … Oui.
— Allez les chercher. Monsieur Picard vous attendra à la sortie.