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Nos animaux familiers ont-ils une âme ?
Prix Fernand Méry
Nos animaux familiers ont-ils une âme ?
Comment surmonter sereinement la perte de son animal de compagnie
Joëlle Dutillet
208 pages
Couverture souple. 19 x 19 cm
Réf : 467819
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Au lieu de 17,00  (prix public)
Epuisé
Résumé
Longtemps journaliste à 30 millions d’amis, l’auteur a recueilli les voix de Colette, Zola, Madeleine Chapsal, Michel Druker et d’autres... qui partagent ici leur chagrin, constats étranges ou belles histoires. Ceux qui ont eu la douleur de perdre un animal y trouveront du réconfort. Mais c’est aussi, tout simplement, un beau témoignage d’amour.
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La mort d'un animal peut être, pour certains maîtres, une épreuve insurmontable. Leur chagrin est d'autant plus poignant qu'ils n'osent pas se confier aux autres, de peur de s'entendre dire : « Ce n'est qu'une bête ! »
Survit-il quelque part, cet animal qui a partagé notre vie et nous a donné tant d'amour ? Des faits et des témoignages troublants laissent à penser que nos animaux familiers sont toujours présents, proches de nous...
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Extrait

CHAPITRE 1

LA MORT D'UNE BÊTE



« Nos compagnons familiers, ces "machines à aimer", sont consumés par l'intensité de l'amour qu'ils nous donnent. La force de leurs sentiments, de leur passion ne pourrait s'accorder avec une existence plus longue. »
Jean-Pierre Hutin


Les larmes m'aveuglent.
Je ne peux plus conduire. À côté de mon siège, il y a le panier vide de mon chat. J'ai laissé Fripon chez le vétérinaire. Il gît sur une table, les yeux vitreux et la langue pendante. Après l'euthanasie, j'ai posé au vétérinaire des questions idiotes :
— Mais... il a les yeux ouverts ? Mais... il est encore chaud ?
Je n'arrivais pas à croire à sa mort. Doucement, le praticien a fermé les yeux de mon chat et m'a expliqué qu'il se refroidirait petit à petit.
J'ai dit en pleurant :
— C'était un bon chat !
— Bien sûr que c'était un bon chat, a répondu patiemment le vétérinaire qui en avait vu pleurer bien d'autres...
Fripon a vécu 20 ans (près de 100 ans en âge humain).
Si, intellectuellement, je savais qu'il était mort, une partie de moi semblait ne pas le comprendre et continuait, imperturbable, d'agir comme s'il était vivant. C'est pourquoi, lorsque je suis rentrée avec le panier vide, j'ai ouvert la porte, comme d'habitude, avec précaution pour qu'il ne s'enfuie pas sur le palier. Et puis... je me suis rappelé qu'il était mort.
Ensuite j'ai tourné la tête vers le divan où il dormait habituellement. Et puis... je me suis rappelé qu'il était mort.
Le soir, j'ai posé ma tête à droite du lit, pour lui laisser sa place habituelle à ma gauche, et pour la dernière fois de la journée, je me suis RAPPELÉ QU'IL ÉTAIT MORT !

À force de me heurter à cette absence répétée, il a fallu me rendre à l'évidence : je devais abandonner 20 ans de rituels. 20 ans de caresses, 20 ans pendant lesquels je l'avais brossé, nourri, soigné. 20 ans à dormir avec lui, son nez humide contre ma joue. Sa fourrure chaude et vibrante me manquait au creux des mains. Car ce n'est pas seulement moralement que l'on ressent la perte d'un animal, c'est aussi physiquement.

Les gens qui ont perdu une bête savent ce que c'est que de retrouver un appartement vide de sa présence. On peut mettre des jours avant de ranger son plat, sa balle ou sa laisse. Quant à l'enterrer dans son esprit, cela peut demander des années ! Une partie de soi-même, la plus primitive, s'obstine à nier la mort.

Une de mes amies m'a confié :
— J'ai perdu mon chien, il y a 10 ans. Avec ma fille, nous avons retrouvé des photos de lui. Nous avons pleuré toutes les deux !

10 ans après, cette amie n'avait pas encore fait le deuil de son chien. Elle m'a aussi fait une confidence :
— Mon chien et mon oncle sont morts le même jour, je n'ai jamais osé avouer que j'ai autant souffert pour mon chien que pour mon oncle.

Cette confidence n'a rien d'exceptionnel. Mis en confiance, sachant que je ne les jugeais pas, puisque j'étais passée par là, les maîtres se sont livrés.
À la mort de leur animal familier, ils vivent deux étapes :
  • D'abord, une grande souffrance, aggravée par le fait qu'elle est vécue honteusement, en se cachant, de peur de s'entendre dire : mais enfin ce n'est qu'un animal !
  • Puis, une inquiétude métaphysique : est-ce qu'il survit quelque part ? Est-ce que la mort est la fin de tout ?


CE N'EST QU'UN ANIMAL !
Les gens qui n'ont pas d'animaux font parfois de la Psychanalyse sauvage. Ils nous expliquent, sans rire :
— Tu as un animal parce que tu n'as pas d'enfant, pour toi c'est un substitut d'enfant...
Bien. Alors je voudrais qu'on m'explique pourquoi lorsqu'ils nous voient pleurer, à sa mort, ils s'exclament :
— Mais enfin, ce n'est pas comme si c'était un être humain, ce n'est qu'un animal ! Il faudrait savoir...

Je vois tous les jours la différence entre les gens qui ont des animaux et ceux qui n'en ont pas : je dis que je prépare un livre sur la survie animale. Les premiers me disent : « c'est passionnant, le livre sort quand ? » ; les autres... rigolent.
J'ai raconté la mort de Fripon à l'un de mes voisins. Comme il n'avait pas d'animal, je m'attendais à un commentaire ironique. Mais non.
Il m'a raconté :
— J'avais un ami, un vrai baroudeur. Il n'exprimait jamais ses émotions. Je ne l'ai jamais vu pleurer. Et voilà qu'un jour, il m'appelle en sanglotant ! Il venait de perdre son cocker !
Et mon voisin scandait : « il san-glo-tait ! », stupéfié qu'un « dur de dur » puisse pleurer pour un cocker ! Du coup, j'ai eu l'impression, qu'à ses yeux, je n'étais pas si ridicule en pleurant mon chat. Avec son copain, il avait connu pire...
Si l'on peut dire...
Je me souviens d'une conversation surprise dans le métro. Une mère et sa fille critiquaient leur tante qui avait, selon elles, un comportement anormal. Elles ne disaient pas ce qu'elle avait fait, mais ça avait l'air grave. Soudain, j'entendis :
— Qu'est-ce que tu veux, elle n'est pas comme nous, ça ne nous viendrait pas à l'idée de pleurer pour un chien !

Je compris que cette malheureuse tante passait pour une « timbrée » aux yeux de sa famille parce qu'elle pleurait la mort d'un chien.
Comment, après cela, s'étonner que les gens cachent leur chagrin ? Un cadre supérieur m'a confié :
— La mort de mon chien m'a tellement secoué que j'ai pris une journée pour m'en remettre. Au bureau, je n'ai pas donné la vraie raison de mon absence. Dans mon entreprise, où des « chasseurs de têtes » recrutent des cadres « battants » et « pugnaces », osez donc dire que la mort d'un chien vous rend malade !
Ce cadre supérieur estimait qu'il aurait perdu de sa crédibilité, aux yeux de son employeur (et de ses collègues), en se montrant abattu par la mort d'un animal. Il n'y a pas que les adultes qui vivent mal le deuil de leur petit compagnon.
Il y a aussi les adolescents, comme le raconte ce maître :
— Lorsqu'un jeune perd son chien ou son chat, il n'en parle pas toujours à l'école parce qu'il a peur des moqueries de ses camarades. Il est triste et il s'isole.