Le lys et les ombres
Le lys et les ombres
Qui était vraiment Jeanne d'Arc ?
Bernard Simonay
720 pages
Couverture cartonnée
Réf : 466807
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Au lieu de 22,50  (prix public)
Epuisé
Résumé
Si Jeanne d'Arc avait été une simple bergère, comment aurait-elle su monter à cheval, manier la lance et l'épée, commander à une armée ?
Rompant avec les vérités officielles et s'appuyant sur une étude critique minutieuse et impartiale des sources, Bernard Simonay a reconstitué dans ce roman ce qu'a pu être l'autre destin de Jeanne d'Arc. Celle-ci n'est pas l'envoyée de Dieu des manuels d'histoire...
De cette fresque historique tumultueuse et haletante, incroyablement riche en rebondissements, se dégage le portrait d'une femme exceptionnelle, avec ses ombres et ses lumières, une héroïne animée d'une foi profonde, d'autant plus admirable qu'elle n'est pas la sainte intouchable du mythe.
Une femme dont la légende s'est emparée sous le nom de Jeanne d'Arc, nom qu'elle n'a pourtant jamais porté de son vivant.
Pourquoi on l'a choisi
Bernard Simonay s’amuse à ébranler toutes nos certitudes. S’appuyant sur une étude minutieuse des sources, il élabore une hypothèse surprenante : et si la jeune femme brûlée vive le 30 mai 1431 n’était pas la petite paysanne de Domrémy ? Sous sa plume, la fresque historique se fait haletante. Loin de l’image de la sainte, un vibrant portrait de femme.
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Moyenne des avis :Les avis des internautesNombre d'avis :2
Pascale
Le 19 janvier 2012
Légendaire
Un livre qui compromet tout le mythe de la petite bergère qui sauve la France, une très bonne enquête sur les écrits de l'époque et sur ceux des historiens, cette version de Jeanne D'arc est crédible, Jeanne est croyante mais n'est pas mystique, elle aime depuis son plus jeune âge manier les armes et monter à cheval.
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Remarque de du 21/02/12
Je vais acheter ce livre car j'ai vécu plusieurs années, à DOMREMY-LA-PUCELLE où mes grands parents étaient les gardiens de la maison de Jeanne d'Arc donc, je suis très interressée de lire ce receuil....................................................
Ankhes
Le 19 mars 2012
La femme prend le pas sur la sainte
Cet ouvrage va à l'encontre de ce que l'on sait, de ce que l'on apprit à l'école. Ici pas question de légende et de mysticisme. On entre dans une histoire plus concrète où tout a été calculé. On oublie complètement la Jeanne d'Arc que l'on avait connue alors. Avec ce livre tout devient logique et implacable. Une approche osée qui s'avère pertinente et attirante.
Il n'y a pas de commentaire associé à cet avis.
Bernard Simonay, né en 1951, a grandi dans la banlieue parisienne quand celle-ci n'était pas encore envahie par les zones industrielles et les autoroutes mais n'en oublie pas pour autant ses origines nordiques, alsaciennes, francomtoises et sutout bretonnes.
À 10 ans, il dévore un grand nombre d'auteurs parmi lesquels Jules Verne, Barjavel ainsi que les grands auteurs américains de science-fiction. Passionné par les mythes et les légendes, il développe un goût immodéré pour l'histoire et l'archéologie. Phénix, son premier roman, publié en 1986 est récompensé par le prix Cosmos 2000 et le prix Julia Verlanger en 1987. Il reçoit un accueil chaleureux du grand public et de la critique.
Il est notamment l'auteur de :
    La Dame d'Australie
    Les Tigres de Tasmanie
    Princesse Maorie
    La Fille de la pierre
    La Louve de Cornouaille
    L'Appel de l'Orient
Bernard Simonay est marié et père de trois enfants.
Lu dans la presse
« L'auteur livre une fresque haletante, pleine de bruit et de fureur, qui dessine le portrait d'une femme vraiment hors du commun. »

Le Progrès


« Voilà en tout cas une fresque tumultueuse et haletante qu'apprécieront les amateurs du genre. »

Jean-Luc Vezon, La Renaissance du Loir-et-Cher
Autres titres de Bernard Simonay
Extrait
Rouen, le mercredi 30 mai 1431

Depuis la veille, les fenêtres donnant sur la place du Vieux-Marché avaient été condamnées, les volets de bois cloués, sur ordre de Richard de Beauchamp, treizième comte de Warwick, et commandant de la garnison de la ville. La foule devait être tenue à l’écart. Malgré cela, dès sept heures du matin, une presse importante se fit, qui tenta d’approcher les lieux. Mais les badauds furent contenus et repoussés par plus de huit cents hommes d’armes ayant reçu des consignes très strictes : personne ne devait pouvoir communiquer avec la condamnée.
Sur la place elle-même, trois estrades avaient été installées. Les juges et les ecclésiastiques avaient déjà pris place sur les deux premières. Sur la troisième se dressait un bûcher anormalement haut. Cette hauteur inhabituelle surprit le bourreau, Geoffroy Thiérache. D’ordinaire, ils n’étaient pas si élevés, ce qui lui permettait, une fois que la fumée avait commencer à dissimuler les suppliciés à la vue de l’assistance, de les étrangler discrètement et rapidement, afin de leur épargner de terribles souffrances. Cette fois, tout se passait comme si les juges voulaient infliger la douleur la plus vive à leur victime.
Geoffroy hocha la tête. Il ne lui appartenait pas de juger ces gens-là. Il n’était là que pour obéir et exécuter leur sentence. La sensibilité n’était pas sa qualité principale. Depuis l’été de l’an de grâce 1406, date à laquelle il avait pris ses fonctions de bourreau de la bonne ville de Rouen, il ne comptait plus les têtes, les mains et les pieds qu’il avait coupés ou broyés, les membres qu’il avait tranchés, les viscères qu’il avait arrachés tout sanglants des entrailles des condamnés, les barres de métal rougies au feu qu’il avait appliquées sur la chair à vif des suppliciés. L’odeur de porc grillé qui se dégageait de la peau brûlée, les relents des déjections des torturés dont les sphincters se relâchaient sous la souffrance insupportable… plus rien ne l’atteignait depuis longtemps. Il espérait seulement que le Seigneur lui pardonnerait tous les crimes qu’il avait commis, toutes les tortures horrifiques qu’il avait infligées avec conscience sur ordre des juges. Il n’avait fait qu’exécuter leurs verdicts, mais parfois, le doute lui venait. L’un des commandements de Dieu ne disait-il pas « Tu ne tueras point » ?
On ne l’aimait pas. On le redoutait, à tel point qu’il était contraint de vivre à part, en dehors des murs de la ville. Rares étaient ceux qui osaient lui adresser la parole, et son pain, chez le boulanger, était toujours placé à l’envers, afin de le différencier des autres. Il ne s’en formalisait pas. Il en avait toujours été ainsi. Il était riche, car nombre de personnes lui achetaient des choses étranges qu’il était le seul à pouvoir leur fournir : cordes de pendus, ossements de condamnés au feu, graisse humaine, des objets singuliers entrant dans des pratiques de superstition hautement condamnées par l’Église, ce dont il se moquait en voyant sa fortune prendre de l’embonpoint.
Ce mercredi 30 mai 1431, il ignorait qui était la femme qu’il allait mettre à mort. Certains la disaient sorcière, bien que son procès n’ait pas réussi à le prouver, à ce que l’on prétendait. On racontait qu’elle était méchante, cruelle, laide à faire peur, portait des habits masculins et qu’elle avait sur les mains le sang de nombre de valeureux guerriers. Comment une femme pouvait-elle occire un homme ? Cela ne pouvait être que par tour de vile sorcellerie. Au rebours, d’autres affirmaient sous couvert du mantel que les juges avaient condamné au bûcher une fille envoyée par Dieu pour mener le « vrai roy de France » – celui que l’on nommait ici le petit roi de Bourges –, sur le trône de Saint Louis. Mais ceux-là n’étaient guère nombreux. Car Rouen était bonne ville dévouée au jeune roi Henri le Sixième, fils du roi d’Angleterre, Henri V, mort neuf ans plus tôt, et de Catherine de France, fille de Charles VI, ce roi que l’on disait fol, décédé lui aussi, quelques semaines après son gendre. Avec une telle parentèle, comment ce jeune souverain ne pouvait-il pas être le vrai roi de France et d’Angleterre ?
Geoffroy hocha la tête une nouvelle fois. Les juges savaient ce qu’ils faisaient. Cette Jeanne la Pucelle était assurément une fort méchante femme, et il était juste qu’elle fût proprement arsée afin de chasser le démon de son corps. Près de lui, il avait installé son brasero, où l’attendaient les torches avec lesquelles il allait tout à l’heure embraser les fagots. Au milieu se dressait un poteau sombre.
L’exécution était prévue pour huit heures. Pourtant, à l’heure dite, le chariot transportant la condamnée n’était toujours pas là. Geoffroy s’en étonna. D’ordinaire, les horaires des mises à mort étaient rigoureusement respectés. Peut-être avait-il été retardé par la foule, de plus en plus nombreuse. Levant le nez discrètement, il jeta un œil sur les deux estrades. Sur celles des prélats, il reconnut quelques visages, comme celui de Jean de Mailly, l’évêque de Noyon, qui avait participé au procès de la Pucelle, ou encore l’évêque Cauchon, son principal accusateur.

Le chariot n’arriva pas avant neuf heures, tiré par quatre solides chevaux du Perche. La presse était telle que les gens d’armes eurent peine à lui frayer un chemin parmi la foule de laquelle s’échappaient des clameurs contradictoires parfois hostiles à la condamnée, parfois pleines de compassion. Enfin, le véhicule parvint à gagner la place, sur laquelle planait une chaleur étouffante malgré l’heure encore matinale.
Une nouvelle fois, Geoffroy Thiérache fut surpris : la condamnée avait le visage masqué par une sorte de capuchon, de telle sorte que personne ne pouvait distinguer ses traits. Par-dessus le capuchon avait été posée une mitre sur laquelle figuraient les chefs de son accusation. Mais Geoffroy était incapable de les comprendre ; il ne savait pas lire. Toutefois, il les devinait à certains cris lancés par la foule surchauffée : relapse, idolâtre, invocatrice de démons, hérétique…
Il remarqua que la condamnée avait le visage penché sur l’épaule. L’abattement ou la terreur de périr par le feu, songea Geoffroy. Mais ce visage dissimulé l’intriguait. L’usage voulait que la foule pût voir les traits des suppliciés. Certains même tentaient toujours de s’approcher au plus près pour entendre les hurlements et distinguer les grimaces occasionnées par la douleur insoutenable. Parfois, Geoffroy éprouvait l’envie de les envoyer rejoindre les condamnés.
Bientôt, la voiture parvint devant le bûcher. Thiérache voulut monter sur la plate-forme, mais un sergent le maintint fermement à distance.
— Ordre du comte de Warwick, cracha-t-il sèchement. Nous devons lier cette sorcière nous-mêmes. Contente-toi de bouter le feu lorsqu’on te le dira.
Interloqué, le bourreau n’insista pas. Décidément, rien n’était habituel dans cette exécution. Il recula et vit l’évêque Cauchon grimper lourdement sur le chariot. Il ne réussit pas à entendre ce qu’il disait à la condamnée, qui bougea à peine la tête. Il supposa que l’évêque l’exhortait à se repentir de ses péchés. Lorsqu’il eut terminé, un autre homme monta à son tour sur la plate-forme, le bailli de Rouen, Raoul Le Bouteiller, représentant le bras séculier, qui allait pratiquer la condamnation à mort.
Quelques frères prêcheurs s’approchèrent murmurant des prières. Quelques-uns adressèrent à la suppliciée des paroles de réconfort. Mais les hommes du bailli les repoussèrent sans ménagement tandis que l’on contraignait la silhouette masquée à passer du chariot au bûcher. Geoffroy Thiérache, les bras ballants, assista, inutile, à la manœuvre. La condamnée, dont on devinait, aux spasmes du capuchon, qu’elle devait pleurer, se débattit à peine tandis que les gens d’armes la ligotaient solidement au pieu. Puis on enduisit la robe de toile qui la vêtait de poix, de charbon et de soufre. Elle laissa échapper un gémissement. Impatient, le bailli ordonna aux soldats de se hâter. L’un d’eux fixa dans les fagots un panneau sur lequel ceux qui savaient lire déchiffrèrent : Jeanne la Pucelle, menteresse, devineresse, blasphématrice du nom de Dieu, idolâtre, apostate, schismatique et hérétique.
Geoffroy attendit que le bailli prononce la sentence, mais celui-ci n’en fit rien, apparemment pressé d’en finir. Il lui adressa un signe agacé pour qu’il remplisse son office. Le bourreau préleva ses torches et mit le feu aux fagots très secs. De hautes flammes s’élevèrent qui dégagèrent une épaisse fumée noire. Le feu eut tôt fait d’envelopper la suppliciée, dont le corps se transforma en torche vivante. Ses hurlements déchirèrent l’atmosphère déjà étouffante, puis s’éteignirent d’un coup, trop vite de l’avis de certains curieux à l’esprit malsain qui étaient parvenus à s’infiltrer à travers les lignes de gens d’armes.
De la tribune des religieux, le bourreau vit descendre Jean de Mailly et quelques autres, le visage grave. Peu à peu, la foule qui s’agglutinait aux entrées de la place commença à se disperser, déçue par la brièveté du supplice. Des énergumènes regrettaient tout haut qu’il n’y ait même pas eu quelque bonne torture avant le supplice du feu.
Cependant, la plupart des juges et des ecclésiastiques étaient demeurés. Le brasier avait à présent dévoré la quasi-totalité du bûcher. Il ne restait plus de la condamnée qu’une forme noircie, que le bourreau dégagea pour la montrer à l’assistance. Le bailli indiqua d’un geste à Geoffroy de ranimer le feu. Il s’exécuta. Les ordres qu’il avait reçus étaient formels : il ne devait rien rester de la Pucelle. Assisté par ses aides, il réactiva le foyer, y jetant de nouveau fagots. Le feu brûla encore près de trois heures. Puis les flammes laissèrent la place à un amas de cendres où ne subsistait plus qu’un tas d’os brisés au milieu duquel on distinguait un morceau de chair noire que les flammes n’avaient pas réussi à consumer entièrement : le cœur de la suppliciée. Geoffroy ne s’en étonna pas. Malgré le soin que l’on avait d’enduire les vêtements des condamnés avec de la poix et du charbon, le cœur, protégé par la cage thoracique, ne brûlait presque jamais entièrement.
Sur un nouvel ordre du bailli, le bourreau et ses aides rassemblèrent les cendres et le cœur dans un grand sac. Puis Geoffroy, escorté par une douzaine d’hommes d’armes et accompagné par l’évêque Pierre Cauchon et le bailli, se rendit sur la rive proche de la Seine, où les cendres furent jetées afin, avait dit Raoul Le Bouteiller, de ne pas favoriser de sottes et viles pratiques superstitieuses.

Plus de la moitié de la foule avait déjà quitté la place. On commentait diversement l’événement. Si certains affichaient une frustration due au manque de spectacle, d’autres au contraire se montraient perplexes. La renommée de la Pucelle avait depuis longtemps enflammé les imaginations. D’aucuns se demandaient s’il pouvait y avoir quelque chose de vrai dans cette légende qui prétendait qu’elle n’était qu’une bergère venue de la lointaine Lorraine, à qui Dieu avait ordonné de prendre les armes pour faire couronner le petit roi de Bourges et combattre les Anglais à Orléans et ailleurs. Elle y était parvenue. Alors, Dieu avait-il vraiment accordé son soutien à celui qui se faisait désormais appeler Charles le Septième ?
D’autres encore, qui supportaient de plus en plus mal la manière dont se comportaient les Anglais vis-à-vis de leurs féaux, avaient pris secrètement parti pour ce roi qu’ils ne connaissaient pas, mais qui avait déjà remporté, grâce à la venue de cette Pucelle envoyée par Dieu, quelques belles et bonnes victoires, dont celle d’Orléans, qui avaient profondément marqué les esprits. À tel point que, après cette libération, certaines garnisons anglaises avaient rendu les armes en apprenant que la Pucelle marchait contre elles.

Déjà commençait à circuler une étrange rumeur, qui s’appuyait sur le fait que personne n’avait pu voir le visage de la suppliciée. Pourquoi les juges avaient-ils ordonné que l’on cachât sa tête sous un capuchon ? Était-on sûr que c’était bien la Pucelle qui avait été arsée vive en ce jour de grâce de 1431 ? Ou bien était-ce une autre condamnée, dont on avait dissimulé les traits pour cacher au peuple une vérité que les Anglais ne voulaient pas admettre : la Pucelle était toujours vivante !