Les noces barbares
Prix public   : 18,00 
15,50 €
Moi Nojoud, 10 ans, divorcée
Moi Nojoud, 10 ans, divorcée
Delphine Minoui
Nojoud Ali
Disponible
224 pages
Couverture souple
Réf : 464046
Résumé
Nojoud n’a que neuf ans lorsque son père, un paysan pauvre, la marie de force à un homme de trois fois son âge. La coutume qui l’y autorise stipule aussi que l’époux doit attendre les quinze ans de sa femme pour consommer leur union. Il ne le fera pas. Abusée sexuellement, violentée, Nojoud se réfugie dans un tribunal pour demander le divorce.
Pourquoi on l'a choisi
Récit d'une enfance volée. Des mots simples pour dire l'indicible : le destin brisé de milliers de jeunes filles yéménites. Une histoire vraie qui a ému la presse internationale et fait reculer les archaïsmes.
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Les avis des internautes
Moyenne des avis :Nombre d'avis :8
Le 13 janvier 2010
48 adhérents sur 76 ont trouvé cet avis utile.
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La force et la détermination
Ce livre est vraiment très émouvant et poignant mais surtout réel ! La vie d'une petite fille qui ne connaît rien à la vie arrive à braver les adultes du haut de ses 10 ans, tous simplement à lire lire et re-lire !
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Le 01 février 2010
46 adhérents sur 69 ont trouvé cet avis utile.
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Nojoud
J'ai aimé l'histoire de cette petite fille, sa vie d'enfance gâchée par une coutume qui, de nos jours, ne devrais plus être.
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Le 17 décembre 2009
41 adhérents sur 76 ont trouvé cet avis utile.
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Très intéressant
J'aime beaucoup tous les livres où l'on apprend des choses sur d'autres cultures. Je vous le recommande.
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Delbrasserie Angelique
Le 05 février 2010
25 adhérents sur 55 ont trouvé cet avis utile.
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Un courage remarquable
Je l'ai lu l'année derniere. Alors qu'elle n'a que 10 ans et pense à jouer à la poupée, elle se retrouve mariée car son pere l'a vendue. Vu leurs traditions, elle n'a pas le droit avoir des rapport, elle est maltraitée. Alors un jour, elle prend son courage et va voir un juge pour demander le divorce. Même les médias internationaux s'en mêlent. Elle a affronté tout le monde, ce qui est très rare dans son pays. Je vous le conseille.
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Le 06 février 2010
23 adhérents sur 42 ont trouvé cet avis utile.
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Une histoire vraie
J'ai vu le reportage de cette petite fille courageuse à la télévision et j'ai voulu lire son histoire afin de mieux comprendre les coutumes de son pays. J'ai été très touchée par ce petit bout de femme qui n'a pas choisi certains évènements de sa vie. Une dure réalité qui j'espère cessera de rendre la vie des petites filles malheureuse.
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clot
Le 11 février 2010
16 adhérents sur 35 ont trouvé cet avis utile.
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Remarquable !
Ce livre nous rappelle la chance que nous avons d'être né dans un pays libre. Toutes les choses auxquelles nous avons droit sans même nous en rendre compte. Il nous fait découvrir une autre manière de vivre et nous aide à comprendre comment des choses aussi terribles peuvent arriver et à nous en faire prendre conscience. Nous ne nous rendons pas toujours compte du confort dans lequel nous vivons. De plus ce livre poignant nous donne envie de le lire jusqu'au bout, on ne le lâche pas tant qu'il n'est pas fini !
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Le 24 février 2010
12 adhérents sur 24 ont trouvé cet avis utile.
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Moi Nojoud, 10 ans, divorcée
Une histoire tellement vraie et émouvante, mais malgré tout, qui finit bien. La détermination finit toujours par payer.
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Le 17 février 2010
12 adhérents sur 29 ont trouvé cet avis utile.
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Témoin d'une vie
Récit d'une vie, émouvant, insoutenable parfois, poignant et pourtant réel. Le courage de cette petite fille est stupéfiant, aujourd'hui encore, dans d'autres pays, les petites filles vivent des horreurs, c'est bien de le pointer du doigt. A lire...
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Delphine Minoui, 32 ans, est Grand reporter, spécialiste du Moyen-Orient. Elle vit et travaille à Téhéran depuis 8 ans. Correspondante du Figaro, elle collabore régulièrement à d'autres supports de presse, notamment France 24. Elle est lauréate du Prix Albert Londres 2006 pour une série d'articles sur l'Iran et l'Irak.
Nojoud naît au Yémen. Faute d'état civil, sa mère n'est pas sûre de l'année. Elle est peut-être plus jeune d'un an ou deux. En février 2008, son père la marie de force à un homme de vingt ans son aîné. Malgré sa promesse de ne pas la toucher avant sa puberté, il abuse d'elle et la bat. Le 2 avril 2008, Nojoud se réfugie au tribunal pour demander le divorce, qui sera prononcé le 15 avril 2008. Son histoire fait le tour du monde grâce à une mobilisation sans précédent des défenseurs des droits de l'Homme et de journaux locaux. Le 10 novembre 2008, elle reçoit le prix de la Femme de l'année du magazine Glamour à New York. Elle a témoigné de son histoire dans de nombreux pays.
Lu dans la presse
« À 10 ans, elle est devenue le symbole de la résistance des femmes. »

Gérald Massé, L'Écho


« Mariée de force avant l'âge légal, elle a défié la tradition, en demandant et en obtenant le divorce (...) Son cran, acclamé par la presse locale et internationale, a ouvert une brèche. »

Delphine Minoui, Le Temps
Extrait

1.

Au tribunal

2 avril 2008

J'ai la tête qui tourne. Je n'ai jamais vu autant de monde de toute ma vie. Dans la cour qui mène au bâtiment principal du tribunal, une foule s'agite dans tous les sens. Des hommes en costume cravate, avec des tas de dossiers jaunis coincés sous le bras. D'autres habillés d'une zanna, la longue tunique traditionnelle que l'on porte dans les villages du nord du Yémen. Et puis, toutes ces femmes qui crient et qui pleurent dans un brouhaha inaudible. J'aimerais pouvoir lire sur leurs lèvres ce qu'elles cherchent à dire, mais leurs niqab 1 assortis à leurs longues robes noires ne laissent voir de leurs visages que leurs yeux tout ronds. On dirait des grenades prêtes à exploser. Elles ont l'air furieux, comme si une tornade venait de détruire leur maison. Je tends l'oreille.
De leurs conversations, je n'arrive à saisir que certains mots : « garde d'enfants », « justice », « droits de l'homme »... Je ne sais pas trop ce que cela signifie. Près de moi, un géant aux épaules carrées, un turban plaqué sur les tempes et à la main un sac en plastique rempli de documents, raconte à qui veut bien l'entendre qu'il est venu pour tenter de récupérer les terres qu'on lui a volées. Aïe ! Il a bien failli me rentrer dedans, celui-là, à force de courir comme un lièvre déboussolé.
Quelle pagaille ! Ça me fait penser à la place Al-Qa, celle des ouvriers au chômage, en plein cœur de Sanaa, dont Aba 2 parle souvent. Chacun pour soi, c'est au premier qui décroche un boulot pour la journée, dès les premiers rayons du soleil, juste après l'azan, l'appel à la prière du matin. Ces gens-là ont tellement faim qu'ils ont une pierre à la place du cœur. Pas le temps de s'apitoyer sur le sort des autres. Pourtant, j'aimerais tant que quelqu'un me prenne par la main, qu'un regard attendri se pose sur moi. Qu'on m'écoute, pour une fois ! En fait, c'est comme si j'étais invisible. Personne ne me voit. Je suis trop petite pour eux. Je leur arrive tout juste à la taille. Je n'ai que dix ans, peut-être moins, qui sait ?
Du tribunal, je m'étais fait une image différente, celle d'un endroit calme et propre. La grande maison du Bien contre le Mal, où l'on peut résoudre tous les problèmes de la terre. À la télévision, chez les voisins, j'en avais déjà vu, des tribunaux, avec des juges en robe longue. On dit que ce sont eux qui peuvent aider les gens qui en ont besoin. Il faut que j'en trouve un, pour lui raconter mon histoire. Je suis épuisée. J'ai chaud sous mon voile. J'ai honte et j'ai mal à la tête. Ai-je la force de continuer ? Non. Oui. Peut-être. Trop tard pour faire demi-tour, me dis-je. Le plus dur est passé. Il faut avancer.

En quittant la maison de mes parents, ce matin, je me suis promis de ne pas y remettre les pieds avant d'avoir obtenu ce que je voulais. Il était exactement 10 heures.
— Va donc acheter du pain pour le petit déjeuner, m'a dit ma mère en me donnant 150 rials3.
D'un geste automatique, j'ai noué mes longs cheveux bruns et bouclés sous mon foulard noir et recouvert mon corps d'un manteau assorti - la tenue des femmes yéménites quand elles sortent dans la rue. J'ai marché, toute tremblotante, pendant quelques mètres, puis j'ai attrapé le premier minibus qui passait sur la grande avenue qui mène au centre-ville. Je suis descendue au terminus. Et j'ai surmonté ma peur en montant toute seule pour la première fois de ma vie dans un taxi jaune.

Dans la cour, l'attente n'en finit pas. À qui m'adresser ? Soudain, je repère au milieu de la foule quelques regards complices inespérés. Là-bas, près de l'escalier qui donne sur l'entrée du grand bâtiment en ciment beige, trois garçons chaussés de sandales en plastique m'examinent des pieds à la tête. Leurs joues sont noircies de poussière. Ils me font penser à mes petits frères.
— Ton poids pour 10 rials ! me lance l'un d'entre eux, en brandissant une vieille balance cabossée.
— Un thé pour te désaltérer ? me propose un autre, en agitant un petit panier rempli de verres fumants.
— Un jus de carotte frais ? suggère le troisième, en décochant son plus beau sourire, tout en tendant sa main droite dans l'espoir d'y récolter une pièce de monnaie.
Non merci, je n'ai pas soif. Ni franchement la tête à vouloir savoir combien je pèse ! Si seulement ils savaient ce qui m'amène ici...
Désemparée, je lève à nouveau la tête en direction de tous ces visages de grands qui s'agitent autour de moi. Avec leurs longs voiles, les femmes se ressemblent toutes. Des ombres noires, plus effrayantes qu'attirantes. Dans quel guêpier me suis-je fourrée ? Tiens, là-bas, je repère un homme en chemise blanche et costume noir qui marche dans ma direction. Un juge, peut-être... ou un avocat ? Allez, je n'ai plus qu'à tenter ma chance.
— Excuse-moi, monsieur, je veux voir le juge !
— Le juge ? C'est par là-bas, après l'escalier, me répond-il en me regardant à peine, avant de disparaître à nouveau dans la foule.
Je n'ai plus le choix. Je dois l'affronter, cet escalier qui se trouve maintenant en face de moi. C'est ma seule et dernière chance de m'en sortir. Je me sens sale. Je dois grimper ces marches, une à une, pour aller raconter mon histoire, traverser cette vague humaine qui grossit au fur et à mesure que je m'approche du grand hall d'entrée. Je manque de tomber. Je me rattrape. Mes yeux sont secs d'avoir trop pleuré. Je n'en peux plus. Mes pieds sont lourds lorsqu'ils se posent, enfin, sur le sol marbré. Je ne dois pas craquer. Pas maintenant.


1. Le niqab est un voile qui couvre le visage, à l'exception des yeux, et que portent les femmes musulmanes au Yémen et dans d'autres pays du Golfe (Arabie Saoudite, Bahreïn, Qatar...).
2. « Papa » en arabe.
3. Cette somme, 150 rials, correspond à environ 60 centimes d'euro (1 euro vaut 258 rials yéménites).