Devenir mère, Stéphanie en rêvait depuis ses 15 ans. Et d'au moins 3 ou 4 enfants ! Aussi, moins de deux ans après la naissance de sa fille, tombe-elle naturellement enceinte. Surprise, ce sont des jumeaux...
Loin de la félicité attendue, elle plonge dans un quotidien d'angoisse et de fatigue. L'ex-éducatrice spécialisée est tout autant émerveillée que désarmée par ses enfants.
Mère épuisée est le récit du chemin accompli pour retrouver l'équilibre : sortir de l'isolement, renoncer au fantasme de perfection, apprendre à éduquer autrement... Un témoignage positif qui touchera des mères débordées et aidera leur entourage à mieux comprendre cette situation, trop longtemps restée tabou.
Quand mère rime avec galère ! La douce maternité peut vite tourner au calvaire quotidien entre les horaires, les affrontements, le bruit, l’isolement... jusqu’à se sentir à bout de forces. Oui, les mères ont le droit d’être épuisées et de le dire sans tabou. Ce témoignage fort et optimiste leur rend justice. Sa sincérité et les solutions qu’il préconise feront du bien à tous, pas seulement aux mamans.
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Ce livre relate avec merveille ce que fait une mère au foyer, les moments positifs et négatifs. Je le conseille à toutes les mamans et aussi aux papas.
Stéphanie Allenou est éducatrice spécialisée, mère de trois enfants et aujourd'hui créatrice d'entreprise. Mère épuisée est son premier récit.
Extrait
Naissances
Je suis née mère le 24 juin 2003 à 19 h 45.
Quand j'ouvre les yeux, il y a sur moi un petit paquet emmailloté d'où émerge un visage tout gris et tout plissé. Ce bébé me regarde. C'est un moment unique où se mêlent soulagement et appréhension : « Ce petit être n'est pas moi. Je n'ai pas accouché d'un "mini-moi". Lui, je ne le connais pas... » Cette évidence de la première rencontre avec mon enfant est encore gravée en moi.
L'accouchement a été déclenché à 7 heures. On m'avait annoncé un gros bébé. Le gynécologue pensait que je risquais une césarienne en allant au terme de cette grossesse. Nous avons donc laissé quelques jours encore à la nature, puis il a fallu prendre une décision, car le bébé grossissait toujours. Raisonnablement, huit jours avant la date présumée de la naissance, nous avons accepté, mon mari et moi, de « prendre rendez-vous » pour faire naître notre premier enfant. Ainsi est la naissance aujourd'hui : on peut programmer l'arrivée de l'enfant, et par là même retirer une part de mystère à la venue de la vie.
Je ne perds pas les eaux, je n'ai pas de premières contractions chez moi. Tout ce que j'entends raconter depuis des années par mes tantes, ma mère, ma sœur, devient sans valeur. La perspective de la naissance me réjouit plus qu'elle ne m'angoisse, mais je me vois m'engager sur un chemin inconnu où la perte de repères me fragilise.
La sage-femme applique le gel pour déclencher le travail et m'assure que cette technique fonctionne toujours : « Il n'y a que deux ou trois cas par an où il faut recommencer. » Je suis sans doute le deuxième de l'année...
Elle me garantit aussi que le bébé sera là en début d'après-midi. La programmation a probablement ses limites, comme la médication d'ailleurs, car l'après-midi s'écoule - plus ou moins douloureusement - sans qu'on observe une nette progression du travail. La péridurale n'ayant pas insensibilisé toutes les zones du bas de mon corps, on me met momentanément sous morphine. L'accouchement est plus long que prévu.
D'heure en heure, la menace de la césarienne se fait plus précise - « Si dans une heure le col n'a pas progressé de 2 centimètres, il faudra césariser » -, et d'heure en heure Jérôme et moi espérons de plus en plus fort que le processus va s'accélérer.
En toute fin de journée, la sage-femme vient me dire qu'elle a informé le gynécologue de l'avancée du travail et que celui-ci demande à me faire pousser « pour voir ». Pour voir quoi ? me dis-je. Si j'ai encore assez de forces ? Mais bien sûr que j'en ai ! Ce bébé, je veux le mettre au monde, et j'y consacrerai toute mon énergie. Ne pourrait-on pas plutôt chercher à savoir comment je me sens, et si je m'en crois capable ?
Personne ne me dit : « C'est maintenant que vous allez faire naître votre enfant ! » On me dit juste : « Poussez ! » Je pousse. Les séances de préparation à l'accouchement ne me sont pas d'une grande utilité car, à ce moment-là, je ne comprends pas ce qu'on attend de moi.
La sage-femme m'enjoint de pousser en même temps que la contraction. Malheureusement, je ne sens rien de précis, si ce n'est une douleur violente et continue. Le monitoring est débranché, je ne peux pas suivre l'arrivée des contractions sur l'écran. La sage-femme demande à mon mari de se déplacer, elle s'arc-boute sur mon ventre et exerce une violente pression pour faciliter la descente du bébé. Je dis que j'ai envie de vomir. Elle me répond : « Ah non, ça n'est pas le moment ! » Ma bouche se remplit de liquide... que je garde poliment jusqu'à la fin pour ne pas en mettre partout.
Je me souviens de mon agacement quand mon mari, chargé de poser sur mon visage le masque délivrant un gaz censé réduire la douleur, s'exécute à contretemps. Il doit être, lui aussi, un peu perturbé.
Le gynécologue pratique une épisiotomie. Il s'arme de sortes de grosses cuillères pour attraper la tête du nourrisson.
La douleur est intense, je ferme les yeux et je me replie sur moi. J'en oublie complètement le bébé, trop absorbée par ce que je suis en train de subir.
Autour de moi, la tension du personnel médical est palpable. Pas un mot. Été de la canicule, 30 °C dans la salle d'accouchement.
Enfin, je sens sur moi ce léger poids. Toute l'équipe se détend, les sourires reviennent sur les visages. Jérôme et moi avons un bébé. Ce n'est encore qu'un « bébé ». La sage-femme demande : « Mais au fait, c'est quoi, ce bébé ? » Elle écarte le linge qui l'enveloppe et lui soulève une jambe.
Les premiers éléments de son identité se mettent alors en place : c'est une fille, nous l'appelons Charlotte. C'est une belle récompense : je rêvais que mon premier enfant soit une fille. Mes grossesses suivantes pourront être sereines, j'ai au moins une fille !
Petit à petit, j'apprends des choses sur elle : elle pèse 3,945 kilogrammes pour 51 centimètres. Doucement, elle me devient moins étrangère. Je demande à pouvoir la mettre au sein. Le personnel refuse : « Non, vous l'allaiterez dans deux heures, de retour dans votre chambre ! » Je suis hyper frustrée. Je me demande bien de quel droit ils refusent, mais je n'ose pas râler ; je suis fatiguée.
La sage-femme met Charlotte en couveuse. Une heure après, elle prend notre température : 38 °C pour elle, 39 °C pour moi. On sort la petite de la couveuse ; je ne comprends rien de ce qu'ils font. Quand il fait 35 °C dehors, est-il nécessaire de réchauffer un bébé ?
Au final, je ne décide pas de grand-chose dans cet accouchement. Eux savent, moi je dois courber l'échine et accepter. Pourtant, le personnel me parle gentiment. Seul l'anesthésiste se montre franchement désagréable. Pendant le travail, quand la première pose de la péridurale rate, j'ai un coup de cafard. L'anesthésiste dit que c'est de ma faute, que j'ai bougé. Il me plie en deux et m'appuie fortement dessus, sans ménagement. J'ai envie de pleurer. La sage-femme est là pour me prendre dans ses bras et me rassurer. J'apprécie d'être maternée au moment de donner la vie. Elle m'accompagne bien et reste à mes côtés la plupart du temps. Je ne me sens pas abandonnée.
C'est à la fin de l'accouchement que j'ai vraiment l'impression d'être écartée. On a plus arraché ce bébé à mon corps que je ne l'ai fait naître. Peut-il en être autrement ? Médicalement parlant, probablement pas. Il y a un siècle, les choses se seraient sans doute très mal passées pour Charlotte et moi. Mais, au niveau humain, quelques paroles auraient suffi pour que je vive mieux ce moment de l'« expulsion ». J'aurais pu aider convenablement à cette naissance.
On oublie parfois que les naissances peuvent entraîner des décès, celui de l'enfant comme celui de la mère. Alors, malgré les mots qui n'ont pas été dits, je reste infiniment reconnaissante au personnel qui nous a permis, à ma fille et à moi, de poursuivre ensemble nos vies.
Ma petite étrangère
Charlotte m'étonne. Je ne lui trouve de ressemblance avec personne. Elle est incroyablement « elle-même ». Ses yeux sont bleu clair, transparents. Je croyais qu'à la naissance tous les bébés avaient les yeux gris-bleu ardoise. Elle regarde partout et redresse la tête. Elle happe ce qui passe à portée de sa bouche et tète bien. Je trouve ce corps à corps très bizarre. Ce sont quand même mes seins ! Il n'y a aucune pudeur en elle. Je me demande comment je vais faire lors des premières visites. Je n'ai pas pour habitude de me déshabiller devant les gens...
Ma sœur s'est envolée pour l'étranger le matin même de l'accouchement, sans savoir que le bébé allait naître ce jour-là. Elle me manque. Elle pourrait m'accompagner, elle a trois enfants. J'ai également trois frères, mais c'est différent.
Mes parents et mes beaux-parents viennent nous voir. Je suis heureuse de leur offrir une nouvelle petite-fille. La famille élargie et les amis viennent aussi. Cet entourage compte beaucoup. Je fais maintenant partie de la grande famille des mères. C'est mon mari et moi qui prendrons les premières décisions pour notre enfant. Mon statut vient de changer : je suis « fille de ma mère » et « mère de ma fille ». La boucle est bouclée.
Le matin qui suit mon accouchement, une aide-soignante vient me voir pour m'assister dans ma toilette. Je suis incapable de me lever, c'est donc sur mon lit qu'elle procède. Drôle d'expérience pour une mère naissante que de se voir lavée comme une enfant ! Je suis submergée de gratitude pour cette femme qui prend soin de moi. Ce maternage de la mère fait partie des « rites » liés à l'accouchement. Existe-t-il des sociétés où une jeune accouchée ne bénéficie pas des attentions des autres femmes ?
Charlotte et moi restons sept jours à la maternité. Le gynécologue m'a proposé de prolonger mon séjour : j'ai accepté. Je me sens très fatiguée et j'ai l'impression que tout va reposer sur moi une fois à la maison. Jérôme n'y connaît pas grand-chose en matière de bébés.
Le dernier jour, je suis en larmes ; j'ai le cœur lourd, je ne veux plus rentrer chez moi. J'ai peur. Je me sens « larguée », littéralement, comme un bateau dont on a détaché les amarres. Et c'est bien de ça qu'il s'agit : la mère que je suis craint de ne plus être entourée, de ne plus être rassurée. À la maternité je peux appeler, de jour comme de nuit, pour demander conseil. Par exemple, au cours d'une des premières nuits, Charlotte manque de s'étouffer. Je la sors immédiatement de son berceau pour la redresser et je sonne. Une puéricultrice arrive tout de suite et me rassure : les nouveau-nés ont souvent des remontées de glaires qui les gênent, mais il n'y a rien de grave.
Chez moi, s'il se passe quelque chose, personne ne viendra, le téléphone sera le seul recours. Mon mari ne pourra que faire ce que je lui dirai, il n'a pas l'expérience des petits.
Avant de partir, je veux revoir la sage-femme qui m'a accompagnée pendant mon accouchement : j'ai besoin qu'elle me le raconte pour pouvoir me le réapproprier, créer du lien entre les événements. C'est comme si j'en avais raté des épisodes. Malheureusement, elle ne reprendra son travail qu'après mon départ.
Je quitte la maternité en pleurs. Je ne suis pas effondrée, mais j'ai l'impression de laisser des amies derrière moi pour toujours.