Les lueurs du Sud
Les lueurs du Sud
Danielle Steel
416 pages
Couverture cartonnée
Réf : 450978
Avec ce livre, cumulez 10 Points Club
Au lieu de 19,90  (prix public)
Disponible
Résumé
Brillante adjointe du procureur de New York, Alexa traque un odieux tueur en série. Pour protéger sa fille unique de 17 ans pendant le procès, elle l’envoie en Caroline du Sud, chez son séduisant ex-mari qu’elle n’a pas revu depuis leur divorce. Alexa devra affronter ses souvenirs pour se réconcilier avec son passé.
Amour, suspense, famille : tous les ingrédients d’un roman palpitant...
Les internautes ayant commandé Les lueurs du Sud ont également choisi
Moyenne des avis :Les avis des internautesNombre d'avis :1
doudou18
Le 18 avril 2012
Fascinant
Un très beau livre : un suspense mené jusqu'au bout et dont on ne connait l'assasin qu'au dernier moment... Je l'ai adoré.
Il n'y a pas de commentaire associé à cet avis.
Née à New York en 1949, Danielle Steel passe une grande partie de son enfance en France où elle reçoit une éducation soignée. Puis, elle rentre à New York achever ses études. Elle suit alors à la fois les cours de l'université et ceux d'une grande école new-yorkaise de stylisme. Finalement, c'est vers l'écriture qu'elle se tourne, avec le succès que l'on sait.
En 1981, elle est élue l'une des dix femmes les plus influentes au monde.
À 54 ans, elle est élevée au rang de Chevalier des Arts et Lettres lors d'une cérémonie tenue le 10 juillet 2002 à Paris. Ainsi, rejoint-elle le clan très fermé des quelques artistes américains qui ont vu leur talent honoré par la France tels Salman Rushdie, Isabel Allende ou Margaret Atwood. « Être mise ainsi à l'honneur dans un pays qui est presque le mien me va droit au cœur », a remercié la romancière, dont la première langue parlée fut le français.
Avec plus de 560 millions d'exemplaires vendus dans 40 pays, Danielle Steel est un véritable phénomène de l’édition.

Visitez le site officiel de Danielle Steel.
Autres titres de Danielle Steel
Extrait

1



L’homme était assis sur un fauteuil élimé, dont le rembourrage s’échappait de tous côtés. Il semblait somnoler et son menton se rapprochait de sa poitrine. Très grand, il avait une stature imposante. Sa tête était inclinée en avant et il avait un serpent tatoué sur la nuque. Posés sur les accoudoirs du fauteuil, ses bras paraissaient dénués de vie. Une odeur infecte de cuisine provenait du couloir et le téléviseur était allumé. Dans un coin de la petite pièce sombre, un lit défait occupait les trois quarts d’un tapis râpé et crasseux. Les tiroirs de la commode étaient ouverts et les quelques vêtements qu’il avait emportés avec lui étaient éparpillés par terre. Il était vêtu d’un tee-shirt et d’un jean, et ses pieds étaient chaussés de lourdes bottes. La boue qui encroûtait ses semelles s’était effritée sur le sol en séchant. Bien qu’il semblât profondément endormi, il fut en un clin d’œil parfaitement éveillé. Il émit un grognement, redressa la tête et ouvrit des yeux d’un bleu glacial. Il avait le sentiment inquiétant d’avoir entendu quelque chose. Refermant les yeux, il tendit l’oreille puis il se leva, s’empara de sa veste et bondit jusqu’à la fenêtre. Le serpent tatoué sur sa nuque avait disparu sous sa chemise.
Luke Quentin enjamba le rebord de la fenêtre, qu’il referma derrière lui avant d’emprunter l’escalier de secours. Il faisait très froid. Rien d’étonnant au mois de janvier à New York. Il était arrivé deux semaines auparavant, après être passé par l’Alabama, le Mississippi, la Pennsylvanie, l’Iowa, l’Ohio, l’Illinois et le Kentucky. Il avait aussi rendu visite à un ami au Texas. Il avait voyagé pendant des mois, travaillant chaque fois qu’il trouvait un emploi. Il n’avait pas besoin de grand-chose pour vivre. Se déplaçant avec la discrétion d’une panthère, il se retrouva dans une rue du Lower East Side avant que les hommes qu’il avait entendus ne parviennent à sa chambre. Il ignorait leur identité, mais il était bien trop malin pour courir le moindre risque. C’étaient sûrement des flics. Il avait fait de la prison à deux reprises, pour utilisation frauduleuse de carte de crédit et hold-up, et il savait que les ex-détenus n’avaient jamais droit à un traitement équitable.
En prison, ses codétenus l’appelaient le Serpent.
Il s’arrêta pour acheter un journal et un sandwich, frissonna dans le froid et décida de marcher. On pouvait le juger beau, avec ses épaules larges et son visage buriné. À trente-quatre ans, il avait passé dix années de sa vie derrière les barreaux. N’ayant pas bénéficié d’une libération conditionnelle, il avait effectué la totalité de sa peine. Libéré il y a deux ans, il n’avait eu depuis aucun ennui avec la justice. En dépit de sa stature, il se fondait facilement dans la foule : ses cheveux blonds étaient ternes, ses yeux d’un bleu pâle et, de temps en temps, il se laissait pousser la barbe
Il prit d’abord la direction du nord, puis de l’ouest en arrivant dans la 42e Rue. Il se glissa dans un cinéma, tout près de Times Square, s’assit dans le noir et s’endormit. Lorsqu’il ressortit, il était minuit. Il prit un bus pour rentrer à son hôtel. Ses visiteurs, quels qu’ils soient, devaient être partis depuis longtemps. Quelqu’un, à l’hôtel, avait peut-être appelé les flics pour les prévenir qu’il était un ancien détenu. Si on était un peu averti, les tatouages de ses mains le trahissaient. Il espérait que la police, ne trouvant rien dans sa chambre, aurait cessé de s’intéresser à lui. Lorsqu’il franchit la porte de son hôtel miteux, il était minuit et demi.
Il prenait toujours l’escalier. Les ascenseurs étaient des pièges… Il préférait rester libre de ses mouvements. Au passage, le gardien de nuit lui adressa un signe de tête, puis il commença à gravir les marches. Il parvenait sur le palier qui se trouvait juste sous son étage, lorsqu’il perçut un son. Ce n’était pas un bruit de pas ou de porte, mais un simple clic qu’il identifia immédiatement : quelqu’un venait d’armer un pistolet. Rapide comme l’éclair, il redescendit les marches sans faire aucun bruit, ne ralentissant que brièvement lorsqu’il passa devant la réception. Il s’aperçut alors que les hommes étaient juste derrière lui, à mi-hauteur de l’escalier. Il n’allait pas attendre de savoir qui ils étaient. Il pensa un instant discuter avec eux pour tirer l’affaire au clair, mais son instinct lui commandait de fuir. Il se mit à courir comme un fou. Il était déjà au bout de la rue lorsqu’ils passèrent le seuil de l’hôtel et se lancèrent à ses trousses. Mais Luke était plus rapide qu’eux. En prison, il avait continué à s’entraîner pour ne pas perdre la forme. Ses codétenus disaient que le Serpent courait plus vite que le vent. C’était toujours vrai.
Il franchit une palissade derrière un immeuble, puis il s’agrippa au toit d’un garage et enjamba une autre clôture. Il savait qu’il ne pourrait plus retourner à l’hôtel. Quelque chose avait mal tourné. Il avait un .38 sous sa ceinture, mais il ne voulait pas être pris en possession d’une arme. Il le jeta dans une poubelle avant de s’engager dans une ruelle, à l’arrière d’un bâtiment. Pensant les avoir semés, il poursuivit sa course et parvint à une autre barrière. Soudain, une main s’abattit sur sa nuque et la serra à la façon d’un étau. Il se réjouit de s’être débarrassé de son arme. Maintenant, il ne lui restait plus qu’à se soustraire à l’emprise du flic. Son coude s’enfonça dans les côtes de son agresseur, qui resserra encore davantage sa prise. Saisi de vertige, Luke s’affaissa au sol. Le flic savait s’y prendre. Il décocha un violent coup de pied dans le dos de Luke, qui laissa échapper un gémissement étouffé.
— Espèce de salaud, dit-il en agrippant la jambe de son adversaire.
Déséquilibré, le policier tomba. Ils roulèrent sur le sol, mais le policier l’immobilisa en quelques secondes. Il était plus jeune que Luke et en meilleure forme physique. Par ailleurs, cela faisait des mois qu’il recherchait le Serpent. Cette semaine, il avait fouillé deux fois sa chambre d’hôtel, et une autre la semaine précédente. Charlie McAvoy connaissait Luke mieux que son propre frère. Depuis près d’un an, il appartenait au détachement spécial chargé de le traquer d’État en État. Dût-il se tuer à la tâche, il savait qu’il l’attraperait un jour. Maintenant qu’il lui avait mis la main au collet, il ne le lâcherait pas. Tombant à genoux, Charlie écrasa le visage de Luke contre le sol. Quand ce dernier releva la tête, il saignait abondamment du nez.
Deux autres policiers arrivaient. Jack Jones, le plus âgé, tendit les menottes à Charlie.
─ Doucement, mon gars, on se calme, lui dit-il. Ne nous le tue pas avant qu’on le ramène au poste.
Les yeux de Charlie brillaient d’un éclat meurtrier. Jack Jones savait pourquoi le jeune homme avait souhaité participer à cette enquête. Un soir qu’il était saoul, Charlie s’était confié à lui. Le lendemain matin, Jack lui avait promis de ne jamais en parler à personne. Mais il voyait bien ce qui était en train de se passer : Charlie tremblait de rage. Jack n’appréciait pas que les vengeances personnelles interfèrent dans le travail. Si Luke avait remué un cil pour se libérer et tenter de prendre la fuite, Charlie l’aurait abattu. Il ne l’aurait pas blessé ou touché à la jambe, il l’aurait tué sur-le-champ.
Le troisième membre de l’équipe appela une voiture de police. Ils ne voulaient pas déplacer Luke pour rejoindre leur propre véhicule, qui se trouvait plusieurs rues plus loin. C’était un risque inutile, qu’ils ne tenaient pas à courir.
Le sang de Luke coulait sur sa chemise, mais aucun des trois ne lui proposa de stopper l’hémorragie. Ils ne feraient preuve d’aucune pitié. Jack lui lut ses droits. Malgré son nez abîmé, Luke conservait une attitude arrogante. Il les toisait de son regard glacial sans manifester la moindre émotion. Jack se fit la réflexion que jamais il n’avait eu affaire à un criminel aussi impassible.
─ Je pourrais vous poursuivre en justice pour ce que vous m’avez fait. Je crois que mon nez est cassé, se contenta-t-il de dire.
Charlie lui jeta un coup d’œil mauvais, tandis que les deux autres entraînaient leur prisonnier vers la voiture. Après l’avoir poussé sans ménagement sur la banquette arrière, ils dirent aux policiers qui les avaient rejoints qu’ils les retrouveraient au poste.
Les trois hommes regagnèrent ensuite leur véhicule en silence. Charlie se tassa sur son siège avant de regarder furtivement Jack, qui mettait le contact. Tout en conduisant, ce dernier lui demanda :
─ Quelle impression ça fait ? Tu l’as eu, finalement.
─ Ouais, dit doucement Charlie. Maintenant, il va falloir réunir les preuves et faire en sorte que ça colle.
Lorsqu’ils arrivèrent au poste, Luke était toujours aussi arrogant. Son visage et sa chemise étaient barbouillés de sang, il était menotté, mais il continuait de plastronner.
─ Qu’est-ce qui vous prend, les gars ? Vous cherchez quelqu’un pour lui coller une agression sur le dos ou l’accuser d’avoir volé le sac d’une petite vieille ? leur dit-il en riant.
─ Mets-le au trou, dit Charlie à Jack avant de s’éloigner.
Il savait que le mérite de cette arrestation lui revenait. Cela faisait longtemps qu’il traquait cet homme. Il avait fallu une chance incroyable pour que Quentin remette les pieds à New York. La providence s’en était mêlée… ou le destin. Charlie était heureux d’avoir épinglé Luke Quentin dans la ville où il travaillait. Pour lui, le contexte était meilleur et il appréciait beaucoup le procureur avec qui ses collègues et lui collaboraient. C’était un homme bourru, originaire de Chicago, plus enclin à engager des poursuites que bien d’autres. Le procureur Joe McCarthy se moquait bien que les prisons soient pleines et il refusait de relâcher les suspects. S’ils parvenaient à réunir toutes les preuves, ainsi que l’espérait Charlie, ce serait le procès de l’année. Il se demandait à qui McCarthy allait le confier. En tout cas, il espérait que ce serait quelqu’un de compétent.
Tandis qu’un novice l’entravait avant de l’emmener, Luke rit au nez de Jack.
─ Alors, quelle accusation vous avez sortie de votre chapeau contre moi ? lui demanda-t-il. Vous me reprochez un vol à l’étalage, ou bien d’avoir traversé en dehors des clous ?
─ Pas exactement, Quentin, répliqua froidement Jack. Tu vas être inculpé pour viol et meurtre au premier degré. Plus précisément, quatre viols et quatre meurtres. Tu veux peut-être nous en parler ? Luke secoua la tête sans cesser de rire.
─ Vous êtes vraiment des cons, tous autant que vous êtes. Vous savez très bien que ça ne tiendra pas. Qu’est-ce qui vous prend ? Vous pensez pouvoir me coller sur le dos tous les meurtres que vous ne parvenez pas à résoudre ?
Apparemment serein, il semblait presque amusé, mais une lueur mauvaise dansait dans ses yeux d’un bleu d’acier.
Ses fanfaronnades n’abusèrent pas Jack. Luke était rusé, mais ils détenaient les preuves qu’il avait commis deux meurtres et ils étaient presque certains qu’il en avait deux autres à son actif. Si Jack ne se trompait pas, Luke Quentin avait tué environ une douzaine de femmes en deux ans, peut-être davantage. Charlie avait prélevé de la boue laissée par ses bottes sur le tapis de l’hôtel. Si les analyses étaient concluantes, Quentin venait d’arpenter les rues de la ville pour la dernière fois de sa vie.
─ Vous savez que ça ne tiendra pas, grommela Luke en se laissant entraîner. Vous allez juste à la pêche. J’ai un alibi pour toutes les nuits. Ces deux dernières semaines, j’ai à peine quitté l’hôtel parce que j’étais malade.
Ouais, songea Jack, très malade.
Les types comme lui l’étaient tous. C’étaient des psychopathes qui assassinaient leurs victimes sans sourciller et les abandonnaient avant d’aller tranquillement déjeuner. Luke Quentin était beau et il pouvait certainement se montrer charmant. Il était facile de l’imaginer repérant une innocente jeune fille avant de l’attirer dans un endroit retiré pour la violer et la tuer. Jack avait rencontré beaucoup d’individus dans son genre, mais si les soupçons au sujet de celui-ci étaient confirmés, il était l’un des pires. Et même le pire qu’il ait vu depuis bien longtemps. Jack savait que la presse en ferait ses choux gras. Il faudrait que l’instruction soit parfaitement menée, jusque dans les plus petits détails. Au moindre écart, Quentin pourrait invoquer le vice de procédure. Charlie le savait aussi, c’est pourquoi il avait laissé Jack se charger des dernières formalités. Quand Luke eut été fouillé et photographié, Jack appela le procureur en personne.
─ On l’a eu ! annonça-t-il fièrement. Notre intuition était juste, puisque Luke se trouvait bien dans notre État. C’est Charlie McAvoy qui l’a attrapé, en courant comme un dératé. Pour ma part, si j’avais dû parcourir toutes ces ruelles au triple galop et sauter par-dessus toutes ces palissades, il aurait été à michemin de Brooklyn avant que j’aie franchi la première.
Jack était en bonne forme physique, mais il avait quarante-neuf ans. Les deux hommes, qui avaient sensiblement le même âge, plaisantaient souvent à propos de leur poids. Le procureur le félicita et lui dit qu’ils se verraient le lendemain matin. Il voulait rencontrer les policiers qui avaient procédé à l’arrestation pour décider de la meilleure façon de gérer la presse.
Quand Jack quitta le poste une demi-heure plus tard, Luke était déjà sous les verrous. Ils avaient jugé qu’il valait mieux qu’il soit seul dans une cellule. Le lendemain après-midi, il serait avisé des charges qui pesaient contre lui. Jack savait qu’à ce moment-là, la presse serait sur le pied de guerre. L’arrestation d’un homme soupçonné d’avoir tué une douzaine de femmes, ou davantage, dans sept États, allait faire la une des journaux. C’était un succès pour la police new-yorkaise. Désormais, le bureau du procureur, l’assistant chargé de l’affaire et les enquêteurs allaient devoir faire leur travail.
Ce soir-là, Jack raccompagna Charlie chez lui. Ils avaient surveillé l’hôtel tout l’après-midi et la journée avait été longue. Quand Luke était sorti, Charlie avait voulu l’arrêter immédiatement, mais Jack lui avait demandé d’attendre. Puisqu’il ignorait qu’ils étaient à ses trousses, il reviendrait. Pour l’instant, il y avait trop de monde autour de lui. Jack ne voulait pas qu’un employé ou un client de l’hôtel soit blessé. Pour finir, tout s’était déroulé à la perfection.
Pendant ce temps, Luke Quentin fixait le mur de sa cellule. Il percevait tous les bruits familiers de la prison. Bizarrement, c’était comme de rentrer à la maison. Il savait que s’il perdait, cette fois, il n’en sortirait pas de sitôt. Lorsqu’il baissa un instant les yeux pour contempler ses chaussures avant de s’étendre sur sa couchette, son visage ne laissait rien paraître de ses sentiments. Il semblait totalement serein.