4 saisons en France
4 saisons en France
222 pages
Couverture cartonnée. 27,5 x 37,4 cm. Photos
Réf : 440473
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Résumé
Partez à la découverte de la France comme vous ne l’avez jamais vue : les plus impressionnants éléments naturels du pays, les différents paysages, villages, arbres, fleurs, montagnes, rivières et champs vous apparaîtront sous les multiples couleurs des 365 jours, le temps d'une année.
Beauté d’un étang au crépuscule, bois de bouleaux féerique… les photos sont superbement mises en valeur par le grand format de ce bel album.
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Extrait
QUATRE SAISONS EN FRANCE

PRINTEMPS


CHAQUE PAYS DÉPEND DE SA GÉOLOGIE ET DE SON CLIMAT. CHAQUE CLIMAT RÉSULTE D'UNE LATITUDE. CHAQUE PAYSAGE SE FAÇONNE GRÂCE À LA TERRE, À L'AIR, À L'EAU, AU FEU — ET AU HASARD. MAIS, SURTOUT,GRÂCE À LA MÉCANIQUE CÉLESTE ! NOMBRE DE NOS RÉALITÉS SONT LA CONSÉQUENCE DE LA « MAGIE » QUI FAIT TOURNER NOTRE PLANÈTE SUR UN AXE INCLINÉ À 23 DEGRÉS 27 MINUTES PAR RAPPORT À LA VERTICALE AU PLAN DE L'ÉCLIPTIQUE : CE « PETIT DÉTAIL » ASTRONOMIQUE EST À L'ORIGINE DES SAISONS. NOUS SOMMES LE PRODUIT FRAGILE DE LOIS QUI NOUS DÉPASSENT. NOUS TENTONS DE NOUS RASSURER EN DÉCRÉTANT NOTRE CIVILISATION TOUTE-PUISSANTE PARCE QU'ÉNERGIVORE, POLLUANTE ET RAVAGEUSE. MAIS L'ARRIVÉE (LITTÉRALEMENT) ASTRONOMIQUE DU PRINTEMPS NOUS SUBJUGUE ET NOUS COMMANDE. ET NOS HORMONES OBÉISSENT À LEUR MAÎTRE.
Nos hormones... La glande pinéale de notre cerveau sécrète plus ou moins de mélatonine selon la quantité de lumière qu'elle capte et qui dépend de la longueur relative des jours et des nuits, c'est-à-dire de la saison. Cette petite chose en apparence insignifiante règle notre chronobiologie. Au printemps, elle « sait » que la nature change avant même que nous en ayons pris conscience. Elle « comprend » que les frimas et les endormissements de l'hiver sont finis. Qu'il va falloir réveiller son monde et mobiliser toutes les forces, afin de bâtir une nouvelle année productive, utile, saine et féconde.
Chez la plupart des êtres vivants, le but essentiel de cette renaissance consiste à mêler ses gamètes à ceux du sexe opposé. Si l'on est végétal, on désire épanouir une fleur, mûrir un fruit et disperser des graines. Si l'on appartient au règne animal, on veut fabriquer des œufs et des larves ; un frai, des alevins ou des têtards ; une nichée de petits reptiles ou d'oisillons braillards ; une portée de bébés mammifères goulus, branchés sur une source de lait tiède. Nous autres, humains, avons introduit un peu d'artifice dans ces processus naturels : des marivaudages et des romans à l'eau de rose, des chansons d'amour et des airs d'opéra, des films sentimentaux et des feuilletons de télévision ; surtout, beaucoup d'hypocrisie. Nous n'engendrons pas une famille chaque année mais, au printemps, nos hormones nous agacent autant que celles du brochet, du crapaud ou du corbeau.
Les effets du renouveau sont les mêmes partout sur la Terre, et sous toutes les latitudes ; même là où il n'y a que deux saisons au lieu de quatre... Le printemps français a quelque chose de spécial. Il dépend de la position géographique du pays — autour du 45e parallèle, juste à mi-distance entre l'équateur et le pôle. Il profite de l'extrême variété de nos paysages, de nos reliefs et de nos biotopes. Il rayonne ou diffuse avec une sorte de grâce. On dirait un parfum complexe et langoureux qui s'élève en tournant dans l'air du soir (ô Baudelaire !). On y décèle des exhalaisons de maquis corse et de garrigue provençale, de roseaux de la Dombes et d'iris des Pyrénées. On y reconnaît des fragrances de narcisses d'Auvergne mêlées de molécules de bourgeons de sapins des Vosges. Des nectars d'ajoncs de Bretagne, des émanations de pommiers de Normandie et des pollens de pins des Landes ; sans oublier, du Pays basque à la Savoie, le « frais parfum des touffes d'asphodèles » cher à Victor Hugo (hélas pour l'auteur de Booz endormi : les asphodèles ne sentent à peu près rien)…
Au printemps de la France, on dirait que la terre psalmodie des poèmes. Peut-être d'amour, comme chez Ronsard : « Le printemps n'a point tant de fleurs... » Ou coquins, comme dans Apollinaire :
« C'est le printemps
Viens-t'en Pâquette
Te promener au bois joli ».

Ou tragiques, comme cette adresse d'un Arthur Rimbaud révolté par le massacre des Communards, en 1870 :
« Le printemps est évident car... »
Ou tristes comme la guerre et l'Occupation, selon Louis Aragon :
« Je n'oublierai jamais les lilas ni les roses
Et ni les deux amours que nous avons perdues... »


« LE PRINTEMPS EST ÉVIDENT CAR... »
... Car le poète a toujours raison ! À la saison nouvelle, tout le monde perçoit que la longueur des jours augmente, tandis que celle des nuits diminue, selon le principe des temps communicants, cette mathématique dirige l'ordre des choses. Les cellules végétales et animales se réveillent, se requinquent et s'activent. Telle une grande sportive, ou plutôt telle une déesse de l'Olympe (la sage Athéna ? la jalouse Héra ? la merveilleuse Aphrodite ?), la nature reprend son rythme (ou son biorythme). Ses respirations. Ses pulsations. Ses chamades. Ses élans du cœur et ses périodes de repos. Il lui arrive de se mettre en colère : elle provoque des giboulées, des orages, des chutes de neige en avril, des déluges ou des inondations. Au contraire elle semble parfois se prélasser, se complaire ou flemmarder dans de longs et délicieux moments de farniente, sur le modèle desquels nous avons bâti notre fête du travail — notre 1er Mai ; et tous les « ponts » et « viaducs » qui vont avec...
Peut-on dire que la nature rajeunit au printemps ? La question vaudrait d'être posée aux candidats bacheliers. D'une certaine façon, oui, même si le temps ne parcourt son axe (passé, présent, futur) que dans un seul sens. Au premier des quatre temps de la musique des saisons, la vie s'ébroue, s'étire, s'extrait de sa tanière hivernale, verdit puis endosse les couleurs de l'arc-en-ciel. Elle surprend, elle invente, elle crée. Elle renouvelle ses énergies, elle charge ses batteries, elle concentre ses molécules. Elle fait chanter ses fibres comme les cordes d'un violon, ou comme les « cordes cosmiques » des astrophysiciens, ces vibrations du vide quantique dont notre univers entier serait composé. Au printemps, la natures s'offre nue au Soleil qui la chauffe, et dont les ondes lumineuses (les photons) alimentent la photosynthèse chez les plantes vertes (chlorophylliennes), lesquelles offrent leur énergie biochimique à la totalité des chaînes alimentaires : herbivores, carnivores, charognards — et nous, et nous, et nous, qui sommes les trois à la fois !
Dans la musique et la danse des saisons, le jardin, la prairie, la lande, la forêt, le rivage marin ou la montagne commencent l'année en douceur. Lentement. Adagio assai. Mais c'est une force qui va… Entre les dernières neiges et les premiers coups de chaleur, entre les gelées tardives et la plénitude de juin finissant, entre l'équinoxe de printemps et le solstice d'été, la terre s'attiédit, se réchauffe, transpire, s'expose et se reproduit. Le paysan fume sa terre, laboure, sème, herse, bine ou sarcle, selon les codes écrits ou oraux que lui ont légués ses pères et mères. Il tient parfois compte (s'il y croit : beaucoup restent sceptiques) de la position de Mars et de Jupiter, de la Lune ascendante ou descendante, des dictons populaires, de l'effet de telle bizarrerie météorologique à la Saint-Médard ou à la saint-Glinglin...
La vérité gît dans la terre, sauvage ou cultivée. Dans l'eau qui pleut, ruisselle, cascade, arrose, irrigue ou déborde. Dans l'air embaumé de nectars qui souffle sur les champs et les bois. Dans le secret de la germination, de la montée de la sève, de la floraison, de la fructification, du gonflement des racines, des bulbes et des tubercules... Dans le mystère de la vie qui se transmet d'organisme en organisme, avec (pour qui sait les cueillir au passage) quelques brefs et doux plaisirs : un parfum d'humus, de jacinthe ou de muguet ; une pointe d'amertume ou d'acidité sur la langue ; la musique du vent dans la montagne ; la caresse d'une fourrure ou d'une peau nue ; la couleur d'un labelle d'orchidée ou d'une aile de papillon… Peut-être dans la convivialité d'un repas entre amis, avec sur la table un irremplaçable plat de légumes « bio » relevé de plantes aromatiques et arrosé d'un bon vin dont, justement, la vigne qui monte en fleurs nous prépare une édition prochaine !

DES COROLLES PLEIN LA TÊTE
Le printemps semble toujours sourire. Il séduit et promet, parce qu'il a la physionomie de l'enfance. On dirait qu'il a la vie devant lui. C'est une sorte de Dr Faust qui aurait remporté à temps partiel son pacte avec le diable : l'éternelle jeunesse mais renouvelable un trimestre par an ! Il démarre (ou redémarre) de pas grand-chose : un brin d'herbe teinté de jade ou d'émeraude sur une terre où la neige vient de fondre ; un bourgeon qui débourre sur une branche encore nue ; une parade nuptiale de rainettes ; un vol de mésanges jusqu'au pommier voisin... La saison nouvelle invite à l'amour, lequel s'identifie au beau. Le poète allemand Heinrich Heine résume ainsi cette loi biologique et poétique à la fois : « Les roses et les filles font resplendir le printemps. »
La première des quatre saisons nous plaît parce qu'elle nous réveille tout en nous laissant dans nos rêves. Elle nous relance et nous revigore par le jeu de nos hormones. Elle nous attire, parce que nous avons l'impression qu'elle nous rouvre à la vie ; qu'elle nous fait refleurir. (Littéralement partant, pour les ados, qui se couvrent de boutons...) Quel que soit notre âge, le printemps nous met des corolles dans la tête, Comme l'écrit le poète libanais Khalil Gibran : « Les fleurs du printemps sont les rêves de l'hiver racontés le matin à la table des anges. » Ou, de la même plume (Le Sable et l'Écume) : « En automne, je récoltai toutes mes peines et les enterrai dans mon jardin. Lorsqu'avril refleurit et que la terre et le printemps célébrèrent leurs noces, mon jardin fut jonché de fleurs splendides et exceptionnelles. » Le printemps de la France est une saison de rêves et de fleurs. Le miracle commence au sud, sur les rivages de la Méditerranée, avec les narcisses tazettes et leurs cousins papyracés, que côtoient des semis enchanteurs d'orchidées sauvages : ophrys abeille, bourdon, de Provence, araignée ou miroir ; orchis punaise, singe, pourpre, bouc ou tridenté ; limodores, céphalanthères et sérapias... Viennent, plus tard et plus au nord, les nivéoles et les perce-neige, les anémones sylvies, qui blanchissent les sous-bois, les endymions penchés, qui les bleuissent, et les muguets, qui les embaument. Dans les champs, la pensée sauvage, le compagnon blanc et la trilogie tricolore du coquelicot, de la marguerite et du bleuet. Dans la montagne, d'abord les petites comètes roses des érythrones dents-de-chien, les jonquilles jaunes, les narcisses des poètes, les primevères roses ou jaunes, les pulmonaires, les gentianes bleues, les orchis sureaux et les anémones pulsatilles, que la nature propose en deux coloris, au choix : soufre ou lait. Puis les pures splendeurs qu'on baptise lis orangé (ou fleur de la Saint-Jean), lis de saint Bruno, orchis sureau, sabot-de-Vénus... Le sabot-de-Vénus, ou sabot de la Vierge, ou pantoufle de Notre-Dame : le mystère du printemps dessiné dans le style botanique ; avec de la cellulose, des sépales, des pétales et du nectar à l'usage des insectes butineurs ; comme un petit nid destiné à protéger nos songes ; comme une bulle d'or où pourraient loger nos meilleurs mots d'amour et nos plus beaux poèmes. Le printemps raconte la terre en lettres de fleurs et résume l'humanité en parfums charnels... Tout le reste est vie quotidienne. Tout le reste est littérature.