Derniers instants
Derniers instants
Steve Mosby
464 pages
Couverture souple
Réf : 439527
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Disponible
Résumé
Un cadavre volé, des jeunes femmes kidnappées, un site dédié à la torture... Y a-t-il un lien ?
Sarah est morte, tuée par son petit ami. Il a avoué, mais le corps abandonné sur un terrain vague a disparu. Qui a pu s'en emparer ? Pourquoi ? Alex, un ami de la victime, enquête.
À l'autre bout de la ville, l'inspecteur Kearney poursuit un tueur en série qui vide des femmes de leur sang.
Quand la route des deux hommes se croise, ils vont pénétrer dans un monde ténébreux où l'horreur règne sur internet...
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Moyenne des avis :Les avis des internautesNombre d'avis :1
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Le 24 mars 2012
Très mauvais
La construction du récit est compliquée à souhait. A aucun moment je n'ai été intéressé par l'histoire ou plutôt par les deux histoires racontées en "parallèle". Il est rare que je ne termine pas un livre mais avec "Derniers Instants" cela a été le cas. J'ai renoncé cinquante page avant la fin, me fichant de connaître le dénouement de l'histoire, tant le récit m'a paru long, ennuyeux et sans aucun intérêt.
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Remarque de lou39 du 08/05/12
Je suis assez d'accord, je me force à le lire, j'ai énormément de mal à comprendre ce livre. Pourtant, c'est écrit de manière simple, mais j'accroche pas.
Extrait

1



Son père lui parle de la mort.
Ses yeux sont très sérieux. On dirait que quelqu’un en a dessiné le contour au stylo rouge. Elle s’efforce de comprendre, mais échoue parfois, et tous deux s’énervent. La mort est un monstre, dit son père, comme dans les petits livres de conte de fées rangés dans sa chambre. Comme un dragon ? demande-t-elle, mais il hoche la tête. Elle est encore plus grande, et encore plus terrifiante. Un dragon ne peut être qu’à un endroit à la fois, alors que la mort est partout où elle le souhaite. Ce n’est pas du feu qu’elle crache. C’est de la tristesse qui sort de sa bouche.
Sarah est assise à un bout du canapé, jambes croisées, serrant un coussin contre son ventre. Son père s’accroupit face à elle. La nuit est tombée, et la pièce dans laquelle ils se trouvent est sombre, lugubre. Il tend la main, et pince fermement l’air de son index et de son pouce, comme s’il venait d’attraper un grain de mort. Puis le relâche. Il a expliqué tout cela avec tant de soin que Sarah le voit retomber.
La Mort fait des ronds, dit-il.
En plissant les yeux, elle regarde les fibres grossières du tapis et l’imagine secoué de ronds incertains, semblables aux rides concentriques d’un caillou tombant dans l’eau. Dans l’un des livres de l’école, il y a l’image d’un canot de sauvetage cabré sur une vague. Dans leurs cirés jaunes, les marins rabattent leur capuche sous l’écume. Mais elle n’est plus obligée d’aller à l’école.
La Mort est contagieuse, Sarah. Elle se répand comme une maladie.
C’est cela qui l’effraie le plus. Parce que la Mort s’est déjà invitée chez eux, et que si on peut l’attraper comme un rhume, alors l’un d’eux sera la prochaine victime. Peut-être même tous les deux. Son père semble avoir peur de la même chose, lui aussi. Elle se dit que c’est en partie à cause de cela qu’ils se regardent fixement. Comme si l’acte de se regarder dans les yeux était un sortilège capable de repousser le monstre.
C’est toujours son père qui finit par briser le sortilège.
Il s’éloigne lentement d’elle. Parfois, il semble frustré. Une fois, elle l’a entendu pleurer, et ça l’a encore plus effrayée, parce que les papas, ça ne pleure pas. Le fait est que, tout comme son père, elle est incapable de penser à autre chose qu’à la Mort, et elle sait qu’il essaie simplement de l’aider. C’est comme lorsqu’ils tentent de lire des phrases difficiles ensemble, déchiffrant patiemment chaque mot, l’un après l’autre, jusqu’à ce que le sens général apparaisse. Quand elle l’entend pleurer, elle se jure de faire tout son possible pour comprendre, la prochaine fois.
C’est difficile, parce qu’elle aussi a envie de pleurer, et qu’elle a l’impression que ça lui est défendu. La semaine dernière, elle s’est réveillée en pleine nuit et a vu sa mère qui brillait, comme une sainte, dans un coin de sa chambre. Ce n’était qu’un rêve, mais elle l’avait raconté à son père le lendemain matin, parce qu’elle s’était dit que ça pouvait l’intéresser, et parce qu’elle voulait l’entendre dire que, peut-être, c’était plus qu’un rêve, c’était la réalité. Mais au lieu de ça, il avait dit :
Est-ce qu’elle saignait encore ?
Non, papa, avait répondu Sarah. Elle souriait, je te le jure.
Il n’avait pas eu l’air heureux. Il s’était mis à fouiller toute la maison. Encore maintenant, il la cherche. Il s’accroupit face à son lit, soulève la couette pour regarder en dessous et parle dans le vide.
La mort est un monstre, Sarah.
Mais comment peut-on le combattre ? demande-t-elle. Ce point est apparemment très important. Son père réfléchit un instant à sa réponse, puis tâche d’expliquer de son mieux. Elle est suspendue à ses lèvres.
Certaines personnes, dit-il, ont tellement peur du monstre qu’elles essaient de lui faire plaisir.
Comme quand on est gentil avec les méchants de la classe ? demande-t-elle.
Oui, répond-il, et l’homme qui a fait du mal à ta mère était comme ça. Mais il existe d’autres personnes qui tournent le dos au monstre et s’enfuient, parce qu’elles ont trop peur de l’affronter.
Nous ne devons pas leur ressembler.
Son père la saisit tendrement par les épaules, afin qu’elle comprenne bien à quel point c’est important.
Nous devons le regarder droit dans les yeux. Nous devons voir. Tu comprends ?
Elle acquiesce. Mais il n’a pas répondu à sa question, et, maintenant, elle a encore plus peur qu’avant. Parce qu’elle n’a pas l’impression que son père est en train de combattre, et que la seule chose qu’il regarde droit dans les yeux, c’est elle.
Parfois, elle le voit accroupi face à la porte de la maison, il parle à des gens à travers la fente de la boîte aux lettres, il leur dit qu’il va bien, et « va-t’en », et « laisse-nous tranquilles ». Elle sait que c’est sa tante, parce que, une fois, son père l’a fait descendre dans l’entrée et lui a demandé de dire à tata que tout allait bien. Mais il n’ouvre jamais la porte.
Chaque jour, Sarah s’éveille en entendant ses pas dans la cuisine. La maison sent la fumée de cigarette. Dans les pièces où il est passé, elle la voit traîner, semblable à de la soie bleue. Le matin, quand elle est encore dans son lit, il fume dans la cuisine. Elle reste allongée jusqu’à ce qu’elle entende la fenêtre s’ouvrir et se refermer.
Aujourd’hui, elle se réveille, et la maison est silencieuse.
Le genre de silence qui vous bourdonne aux oreilles, comme si vous vous étiez cogné la tête contre quelque chose et que votre crâne résonnait. Le bruit que fait quelqu’un après être parti.
Sarah glisse hors du lit, aussi discrète qu’un murmure, et traverse le couloir. Son père n’est pas dans la cuisine. Il n’y a pas de fumée dans l’air. Face à elle, la porte de la chambre de son père est fermée. Elle s’avance et tape contre le battant. Personne ne répond.
Papa ?
Elle tourne la poignée et pousse la porte, mais celle-ci ne s’entrouvre qu’à peine. Quelque chose se trouve derrière, quelque chose qui la bloque, qui l’empêche de s’ouvrir.
Quelque chose s’effondre soudain au plus profond de Sarah. Elle comprend ce qui est arrivé. Pendant qu’elle dormait, la Mort s’est à nouveau invitée chez elle. À travers la fine entrebâillure de la porte, elle sent l’haleine du monstre. Ce souffle de tristesse.
Dans un premier temps, elle reste pétrifiée sur place. Puis elle a soudain envie de s’enfuir. Mais elle ne doit pas se détourner. Sarah se met à pousser la porte, de toutes ses forces, parce qu’elle sait qu’elle doit voir.
Elle a neuf ans.

Et elle en avait à présent trente.
La vie avait suivi son cours, mais ces souvenirs lui semblaient plus récents que des choses qui remontaient à la veille. Plus présents. Après tout, le passé n’est que le schéma sommaire du futur. À mesure que le temps passe, vous ajoutez de nouvelles lignes à ce schéma (ou on les ajoute pour vous), mais les premières subsistent et deviennent parfois les plus prononcées. Vous les avez repassées tant de fois.
L’impératif que son père lui avait légué – cette nécessité absolue de voir, en dépit de l’horreur et de la difficulté de cet acte – ne l’avait jamais quittée. Il avait germé et grandi, et était encore visible en elle, tout comme les traits de la petite fille qu’elle avait été subsistaient dans le visage de l’adulte.
Sarah secoua la tête et replia la lettre d’Alex. Il l’avait envoyée deux ans auparavant, le jour de son départ de Whitrow, et, depuis, elle l’avait lue tant de fois que le papier avait considérablement vieilli. Elle en connaissait des passages par coeur. Je te suis infiniment reconnaissant pour tout ce que tu as pu faire pour moi, pour toute l’aide que tu as essayé de m’apporter. J’espère que tu comprendras, et que tu me pardonneras. Elle venait de la relire une énième fois : la chose s’imposait au vu des circonstances. Aujourd’hui, deux ans après, elle aussi était sur le point de s’en aller.
Et comme toujours, cette lecture avait éveillé ses souvenirs.
Tu avais raison, avait-il écrit. La mort est contagieuse. Elle glissa la lettre dans sa poche.
C’était au moins un objet qu’elle n’oublierait pas d’emporter avec elle. En ce qui concernait les autres choses, il était assez difficile de décider lesquelles elle prendrait, et le temps lui était compté.
Dehors, la nuit commençait à tomber, et la pièce était morne et grise. Elle consulta sa montre. Il était presque 19 heures, ce qui signifiait que le taxi qu’elle avait réservé serait là dans quelques minutes. Elle était tout sauf prête.
Sans s’en rendre compte, elle se rongea un ongle. Avait-elle pris tout ce qu’il lui fallait ? Le sac qui se trouvait sur son lit, face à elle, n’était qu’à moitié rempli. Le véritable motif de son anxiété, c’étaient tous ces objets personnels dont elle ne supportait pas d’être séparée : les petits cadeaux et les photographies sans importance en soi, mais auxquels étaient liés des souvenirs inestimables. Tous ces objets dont on ne se souvient jamais, à moins de les voir, ou lorsqu’ils nous manquent.
Elle avait passé la plus grande partie de l’après-midi à chercher aux quatre coins de la maison ce qu’elle désirait emmener. Cela avait énervé James (manifestement), et elle lui avait suggéré que tout serait plus facile pour eux deux s’il consentait à aller faire un tour. Mais il avait refusé. Il était resté assis là, en faisant mine de l’ignorer. En faisant comme si rien de tout cela n’était en train d’arriver. Son visage était resté aussi impassible qu’un mur de pierre, trahissant très brièvement sa tristesse, et la culpabilité qu’elle avait alors éprouvée l’avait amenée à négliger quelque chose de vraiment important.
Un tintement, en bas.
Sarah tendit l’oreille, sans cesser de ronger son ongle. Elle se dit que James devait être en train de laver la vaisselle. Ou plutôt en train de jeter des assiettes dans l’évier, assez fort pour qu’elle entende. La plupart du temps, c’était sa façon de réagir. Il avait un peu de mal avec les mots mais, lorsqu’il le voulait, il savait se faire comprendre. Il fallait déterminer très précisément son degré de colère, puis l’interpréter, mais elle avait fini par s’y habituer. Ce qu’il était en train de dire à cet instant, c’était tout simplement :
Ne me quitte pas.
James avait son schéma à lui, ses lignes trop de fois repassées. Il lui avait dit que son premier souvenir, c’était de voir son père le quitter. L’homme était monté à bord de sa voiture, et James s’était planté à côté, pleurant, le suppliant de ne pas partir. Son père l’avait délicatement repoussé afin de pouvoir refermer la portière.
Un autre tintement.
Pardon, James.
La nuit précédente, il lui avait demandé si elle l’aimait, et elle avait répondu que oui. C’était vrai. Lorsqu’il lui avait demandé pourquoi cela ne suffisait pas à ses yeux, elle n’avait su quoi dire. Il lui avait fallu plusieurs jours pour se résoudre à lui poser cette question, et, encore maintenant, elle restait en suspens. Sarah avait presque peur de descendre et de le voir. Mais elle n’avait jamais été du genre à se défiler.
Dehors, un Klaxon retentit : le taxi était arrivé. Ce bruit fut immédiatement suivi d’un fracas, toujours en bas. James venait de casser un verre. Un verre qu’il avait laissé tomber ou, plus vraisemblablement, jeté à l’autre bout de la pièce.
Sarah inspira profondément, tâchant de réunir son courage, puis saisit son sac et s’avança sur le palier. La porte de la chambre d’amis était ouverte. Tous ses articles s’y trouvaient, rangés dans des classeurs, sur une étagère. Peut-être valait-il mieux les prendre ? Mais si elle les emportait, combien d’autres choses prendrait-elle avec elle ?
Elle passa une bretelle du sac sur son épaule et descendit précautionneusement les petites marches de l’escalier.
James s’était déjà mis à boire. Selon toute probabilité, il était déjà saoul. Ça n’avait rien d’inhabituel, mais, aujourd’hui, cela inquiétait Sarah : il se montrait imprévisible, d’humeur changeante. Il n’y avait pas encore eu de scène de ménage (si l’on ne comptait pas les silences) mais elle s’attendait à ce qu’il en éclate une. Peut-être la supplierait-il de ne pas partir. Bon sang, pourvu que non ! Cela ne changerait rien à sa décision finale : cela ne ferait que rendre les choses plus difficiles pour eux deux, et plus encore pour lui.
Sarah se dit pourtant que, dans le fond, il comprenait. Simplement, il l’aimait plus que tout au monde et ne voulait pas être séparé d’elle. C’était pour cette raison qu’il souffrait tant, et pour cette raison aussi que, au final, il ne se mettrait pas en travers de son chemin.
Tout va bien se passer, se dit-elle.
Saoul ou pas, il ne tenterait pas de l’arrêter.