Accueil Livres Suspense-SF Thrillers, horreur La lignée, tome 3 : La nuit éternelle
La lignée, tome 3 : La nuit éternelle
La lignée, tome 3 : La nuit éternelle
Chuck Hogan
Guillermo Del Toro
396 pages
(série en 3 tomes)
Couverture souple. 15,5 x 24 cm
Réf : 434247
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Prix public*
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Le sort de l'humanité repose désormais entre les mains d'un seul individu
Résumé
Encore plus fou et audacieux que les deux tomes précédents, ce troisième volet qui clôt la trilogie nous entraîne dans un monde post-apocalyptique ravagé par des pluies acides et plongé dans une nuit éternelle, que les deux auteurs dépeignent avec un réalisme glaçant.

Un an a passé depuis que le Maître a fait exploser les centrales nucléaires du monde entier, plongeant la Terre dans les ténèbres. Seules deux heures de jour illuminent le ciel d’une lueur blafarde. Les vampires se sont emparés de la planète, guidés télépathiquement par le Maître, et ont enfermé une partie des êtres humains dans des camps d’élevage destinés à la culture du sang et à la reproduction. Certains collaborent avec les vampires en échange de privilèges, tandis que d’autres résistent.
Parmi eux se trouve Ephraïm. Depuis que son fils a été enlevé par le Maître, et que sa petite amie, Nora, entretient une liaison avec Fet, c’est un homme brisé. Profitant de sa faiblesse, le Maître lui propose un marché : il épargnera son fils en échange du livre des Anciens. Cet ouvrage, que Setrakian est parvenu à conserver au prix de sa vie, explique en effet comment détruire le Maître. Mais Ephraïm, dans son désespoir, est-il prêt à condamner l’humanité pour assurer le salut de son fils ?
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Moyenne des avis :Les avis des internautesNombre d'avis :3
Tempskron
Le 30 novembre 2011
J'hésite
Est-ce la même édition France Loisirs que les 2 premiers tomes ?J'hésite à l'acheter car la couverture n'est pas dans le même style que les autres...Y aura-t-il une édition ultérieure ?
Réponse du modérateur : Il s'agit bien de l'édition France Loisirs, réservée aux adhérents. Mais le livre est plus grand que le tome 1.
Il y a 4 commentaires associés à cet avis
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Remarque de Tempskron du 07/12/11
Merci mais le livre que je viens de recevoir ne ressemble pas du tout aux autres... et ce n'est pas écrit Editions France Loisirs.... J'aurais su je ne l'aurais pas acheté !
Remarque de Jacques birault du 10/01/12
La boutique Frances Loisirs de Nantes m'a informé qu'un format Frances Loisirs serait disponible vers le mois de décembre 2O12. Qu'en penser ?
Remarque de christine reisacher du 08/02/12
Je pense que c'est l'édition standard que l'on trouve partout ailleurs et donc pas le même que les 2 premiers tomes et vu le prix...
Remarque de magali verac du 26/02/12
J'ai acheté par erreur le tome 3 qui n'est pas de la même taille. Quand y aura-t il une parution du tome 3 dans la même collection ?
letty
Le 08 janvier 2012
Belle réussite
Encore une réussite pour Guillermo del Toro et Chuck Hogan. Une superbe fin pour cette trilogie prenante et surprenante. A lire absolument !
Il n'y a pas de commentaire associé à cet avis.
dd35
Le 08 janvier 2012
L'attente fut longue
Un an et demi d'attente depuis le tome 2 !!! Je ne sais pas si c'est à cause de ça, mais j'ai été un peu déçue. J'ai l'impression que les auteurs manquaient d'envie ou en ont eu marre, le final de cette trilogie n'a pas été à la hauteur des deux premiers tomes, vraiment dommage.
Il n'y a pas de commentaire associé à cet avis.
Chuck Hogan a publié plusieurs thrillers salués par Stephen King, dont Face à face et Le Prince des braqueurs.
Âgé d'une quarantaine d'années, le réalisateur Guillermo Del Toro a signé des films aussi différents que L'Échine du diable, Blade II, Helleboy 1 & 2 et Le Labyrinthe de Pan, récompensé par trois Oscars.
Extrait

KELTON STREET,
WOODSIDE, QUEENS



Un hurlement retentit dans le lointain, et le Dr Ephraïm Goodweather se réveilla en sursaut. Il se redressa vivement sur le canapé, saisit la poignée en cuir élimé qui dépassait du sac à dos posé au sol à côté de lui et fendit l'air d'un grand coup de son épée d'argent, le tout d'un seul mouvement fluide et brutal.
Son cri de guerre rauque, fugitif échappé de ses cauchemars, s'interrompit aussitôt. Sa lame trembla dans le vide.
Il était seul.
Chez Kelly, son ex-femme. Dans le salon. Entouré d'objets familiers.
Le hurlement n'était rien d'autre qu'une sirène, au loin, transformée en cri humain dans son rêve.
Il avait encore sombré. Dans un énième songe de feu et de formes, indéfinies mais vaguement humanoïdes, nimbées d'une lumière aveuglante. Un point de combustion. Ces formes l'empoignaient juste avant que la lumière n'embrase tout. Il se réveillait toujours agité, épuisé, comme s'il avait réellement lutté contre un adversaire. A chaque fois, ce rêve lui semblait sorti de nulle part. Alors qu'il rêvait d'une scène des plus communes — un pique-nique, un embouteillage, une journée de bureau... —, la lumière s'intensifiait, illuminait tout, et les êtres argentés surgissaient.
A tâtons, il chercha son sac d'armes — un sac de base-ball modifié qu'il avait volé des mois plus tôt dans un magasin de sport pillé.
Il se trouvait dans le Queens. C'est bon. Ça va. La mémoire lui revenait, accompagnée des premiers tiraillements d'une violente gueule de bois. Il était encore tombé ivre mort.
Il rangea son épée, puis roula sur le dos et serra sa tête entre ses mains comme une boule de cristal fendue qu'il aurait délicatement ramassée. Ses cheveux lui semblèrent rêches, étranges ; il sentait des élancements dans son crâne.
Ah oui, c'est vrai. L'enfer sur Terre. Le monde des damnés.
La réalité, une garce de première. Il s'était réveillé pour se retrouver en plein cauchemar. Il était encore en vie, et toujours humain. Pas de quoi pavoiser, mais il n'y avait pas mieux à espérer.
Un jour de plus en enfer...
Le dernier souvenir qu'il gardait de son sommeil, le fragment de rêve qui s'accrochait à sa conscience, était une image de Zack, dans une lumière argentée éblouissante. C'était de sa forme qu'était né le point de combustion, cette fois.
« Papa », avait dit Zack, qui avait planté son regard dans le sien.
Ce souvenir lui donnait la chair de poule. Pourquoi ne trouvait-il pas de répit dans ses rêves ? N'est-ce pas là le fonctionnement habituel ? Les rêves ne sont-ils pas censés contrebalancer l'atrocité de la vie ? Il aurait donné cher pour que lui soient accordés des songes peuplés de sentiments agréables, comme une cuillerée de sucre pour son esprit.
Eph et Kelly, fraîchement diplômés, qui flânent main dans la main dans un marché aux puces, à la recherche de meubles abordables et de babioles pour leur premier appartement...
Zack bébé, qui marche d'un pas encore mal assuré dans la maison, petit prince en couches-culottes...
Eph, Kelly à la table du dîner, les mains croisées devant leur assiette pleine, attendant que Zack arrive au bout du bénédicité, qu'il récite avec une exhaustivité obsessionnelle...
Au lieu de cela, les rêves d'Eph ressemblaient à des snuff movies déstructurés. Des visages issus de son passé — ennemis, connaissances et amis confondus — que l'on traque et assassine sous ses yeux sans qu'il puisse les toucher, les aider, ni même détourner le regard.
Il s'assit, puis, une main sur le dos du canapé pour s'équilibrer, se leva et alla à la fenêtre qui donnait sur le jardin. L'aéroport LaGuardia n'était pas loin. La vue d'un avion ou le bruit lointain d'une turbine tenait du prodige, à présent. Aucune lumière ne traversait le ciel. Il se rappelait le 11-Septembre, les jours qui avaient suivi, à quel point le vide du ciel lui avait paru irréel, et le soulagement singulier qu'il avait ressenti au retour des avions, une semaine plus tard. Il ne fallait plus compter sur le moindre soulagement, à présent. La situation ne reviendrait pas à la normale.
Eph se demanda quelle heure il était. C'était le matin, d'après son rythme circadien défaillant. Et c'était l'été, du moins selon le vieux calendrier, aussi un beau soleil aurait-il dû briller.
Pourtant, l'obscurité régnait. Le cycle naturel du jour et de la nuit avait été réduit à néant, sans doute à jamais. Le soleil restait caché par un voile de cendres trouble. La nouvelle atmosphère n'était plus qu'un mélange des résidus des explosions nucléaires et éruptions volcaniques qui avaient eu lieu un peu partout sur la planète, devenue un bonbon bleu-vert enrobé d'un nappage de chocolat hautement toxique. Cette croûte avait séché pour former une épaisse couche hermétique qui avait capturé le froid et l'obscurité, et interdisait tout accès au soleil.
Le crépuscule éternel. La Terre transformée en monde désolé, blême et pourrissant, de givre et de souffrance.
L'environnement idéal pour les vampires.
D'après les derniers bulletins d'information, censurés depuis longtemps mais qui continuaient de s'échanger sur des forums Internet comme naguère les vidéos pornos, les conditions post-cataclysmiques n'épargnaient aucune région du monde. Aux quatre coins du globe, les témoignages évoquaient un ciel obscur, une pluie noire, des nuages menaçants qui s'entrelaçaient pour ne jamais se séparer. Si l'on prenait en compte la rotation terrestre et les schémas des vents, les pôles étaient en théorie les seuls endroits qui recevaient encore la lumière du jour de façon saisonnière, mais nul ne pouvait avoir de certitude à ce sujet.
Au début, les radiations résiduelles dues aux explosions atomiques et aux fusions de réacteurs avaient atteint un niveau très élevé, voire catastrophique, aux abords des différents « ground zero ». Retranchés pendant près de deux mois dans un tunnel ferroviaire qui passait sous l'Hudson, Eph et ceux qui l'accompagnaient avaient été épargnés par les retombées immédiates. Les conditions météorologiques extrêmes et les vents atmosphériques avaient étalé les dégâts sur de vastes zones, ce qui avait sans doute contribué à disperser la radioactivité. Les retombées s'atténuant à un rythme exponentiel, en moins de six semaines les régions qui n'avaient pas subi une exposition directe redevinrent suffisamment saines pour que l'on puisse à nouveau y vivre.
On ne ressentait pas encore les effets à long terme de l'exposition aux radiations. Les questions concernant la fertilité humaine, les mutations génétiques et l'augmentation des cancers n'obtiendraient pas de réponse avant quelque temps. Elles étaient de toute façon occultées par la situation immédiate. Deux ans après les désastres nucléaires et l'avènement des vampires, toutes les craintes renvoyaient à l'avenir proche.
La sirène se tut. Installés à l'origine pour repousser les intrus humains et attirer de l'aide, ces systèmes d'alarme se déclenchaient encore de temps à autre, mais beaucoup moins souvent qu'au cours des premiers mois, quand ils braillaient en permanence, figurant les cris de douleur d'une espèce à l'agonie. Un autre vestige de la civilisation qui s'effaçait.
Le silence revenu, Eph écouta attentivement pour repérer la présence d'un éventuel assaillant. Ils pouvaient arriver de partout, se faufiler par une fenêtre ouverte, remonter par les caves humides ou les greniers poussiéreux. On n'était en sécurité nulle part. Même les quelques heures de jour — une lueur faible, crépusculaire, un refuge qui avait pris une teinte ambrée malsaine — présentaient mille dangers.
La rare lumière du soleil offrait aux humains une période de couvre-feu. Bien qu'idéale pour se déplacer sans craindre la confrontation directe des strigoï, elle n'en était pas moins des plus dangereuses, du fait de la surveillance exercée par les humains qui cherchaient à améliorer leur sort en collaborant avec les monstres.
Eph posa le front contre la vitre. La fraîcheur du verre contre sa peau fiévreuse lui procura une sensation agréable.
Le plus dur à supporter, c'était la connaissance. Savoir qu'il se noie n'apaise en rien le noyé, et ne fait que l'accabler du fardeau de la panique. La peur de l'avenir, le souvenir d'un passé meilleur, plus heureux, étaient autant source de souffrance, pour Eph, que le fléau vampirique lui-même.
Il avait besoin de manger, d'absorber des protéines. Il ne trouverait rien dans cette maison, qu'il avait déjà vidée de toute nourriture (et de tout alcool), de nombreux mois plus tôt. Il avait même trouvé une réserve secrète de barres Mars dans la penderie-placard de Matt, le petit ami de Kelly.
Il s'écarta de la fenêtre et se tourna face à la pièce, au bout de laquelle se trouvait le coin-cuisine. Les souvenirs revinrent en force. Il vit les entailles dans le mur, à l'endroit où, avec un couteau à découper, il avait « libéré » le compagnon de son ex-femme, décapitant la créature qui venait de muter. Cet événement remontait aux premiers jours de l'infestation, quand tuer un vampire se révélait presque aussi effrayant que la crainte d'être transformé par l'un d'eux, même quand il s'agissait de l'homme qui était censé remplacer Eph en tant que figure masculine la plus importante dans la vie de Zack.
Ce réflexe de morale humaine avait disparu depuis longtemps. Le monde avait changé, et le Dr Ephraïm Goodweather, autrefois épidémiologiste éminent au CDC, le Center for Disease Control¹, avait changé avec lui. Le virus du vampirisme avait colonisé la race humaine. Le fléau avait détourné le cours de la civilisation en réussissant un coup dEtat² d'une violence stupéfiante. Les insurgés — les gens qui comme lui étaient déterminés à lutter jusqu'au bout — avaient presque tous été massacrés, ou transformés, laissant les faibles, les vaincus et les lâches se plier à la volonté du Maître.
Eph revint à son sac. Dans une poche étroite à fermeture Eclair prévue pour les gants de batteur ou les bandeaux éponge, il prit son carnet de moleskine fripé. Il notait tout dans son journal, des considérations transcendantes jusqu'aux remarques les plus banales. Tout devait être consigné. Un acte compulsif, répété à l'infini. Son journal consistait pour l'essentiel en une longue lettre adressée à Zack. Il référençait les recherches entreprises pour retrouver son fils, ses observations et ses théories concernant la menace vampire. Enfin, en tant que scientifique, il enregistrait le plus de données possible.
Cela lui permettait de ne pas sombrer dans la démence.
Au cours des deux années passées, son écriture s'était tellement dégradée qu'il parvenait à peine à relire ses pattes de mouche. Il inscrivait la date chaque jour, car en l'absence de calendrier c'était la seule méthode fiable pour garder la notion du temps. Il se disait parfois que cela n'avait pas grande importance...
Il griffonna la date, et son coeur s'emballa.
C'était le treizième anniversaire de Zack.

« VOUS ÊTES MORT SI VOUS ENTREZ ! » avertissait l'écriteau suspendu à la porte, à l'étage, inscription tracée au feutre indélébile, illustrée de pierres tombales, de squelettes et de crucifix. Zack l'avait dessiné alors qu'il avait sept ou huit ans. Sa chambre n'avait presque pas changé depuis la dernière nuit qu'il y avait passée, comme la chambre de tous les enfants disparus, symbole universel que le temps s'est arrêté dans le coeur de leurs parents.
Eph revenait sans cesse dans cette pièce comme un plongeur retourne explorer une épave. Un musée secret, un monde préservé à l'identique de ce qu'il avait été. Une fenêtre qui ouvrait droit sur le passé.
Eph s'assit sur le lit, en savoura la mollesse familière et le grincement rassurant. Il avait examiné jusqu'au moindre objet de cette chambre, tout ce que son fils avait pu un jour toucher. Il agissait à présent comme le conservateur des lieux. Il en connaissait tous les jouets, figurines, pièces de monnaie et lacets, chaque tee-shirt, le moindre livre. Il refusait d'y voir de l'apitoiement sur son sort, plutôt une adoration religieuse. On ne se rend pas à l'église, à la synagogue ou à la mosquée pour se morfondre. C'est un acte de foi. La chambre de Zack était devenue un temple. Là, et à cet endroit seul, Eph éprouvait un sentiment de paix, l'affirmation de sa volonté profonde.
Zack était encore en vie.
Il ne s'agissait pas là d'une vaine conjecture de sa part. Ce n'était pas un espoir aveugle alimenté par le chagrin.
Eph savait que Zack était vivant, qu'il n'avait pas été transmué en vampire.
Par le passé, dans la société d'avant, les parents d'un enfant disparu savaient vers qui se tourner. Ils avaient le réconfort de savoir que la police enquêtait, que des dizaines, voire des centaines de personnes qui comprenaient leur détresse et compatissaient avec eux participaient activement aux recherches.
L'enlèvement de Zack avait eu lieu dans un monde sans police, sans règles édictées par l'homme. Et Eph connaissait l'identité du ravisseur : la créature qui avait été autrefois la mère de Zack. Elle avait commis le rapt, mais son acte lui avait été dicté par une entité plus grande.
Le vampire-roi, le Maître.
Eph ignorait pourquoi on lui avait pris Zack. En partie pour l'atteindre, évidemment. Et pour satisfaire l'instinct qui poussait Kelly à revenir chercher ses « Etres chers », ceux qu'elle avait aimés jadis. Le mécanisme insidieux du virus conduisait à la perversion de l'amour humain. En transformant un être aimé en strigoï, le vampire le liait à lui pour toujours, le vouait à une existence que n'affectait aucune des tribulations de la vie humaine et entièrement vouée à l'accomplissement de besoins primitifs tels que se repaître, se multiplier et survivre.
C'était pourquoi Kelly nourrissait une telle obsession pour leur fils, et pourquoi aussi, malgré les efforts d'Eph, elle avait réussi à le lui voler.
C'était ce syndrome, cette pulsion vampirique, qui confortait Eph dans la pensée que Zack n'avait pas été transformé. Car si le Maître ou Kelly avait bu son sang, nul doute que le garçon serait revenu chercher Eph, une fois vampire. Sa peur de devoir affronter son fils non mort le hantait depuis maintenant deux ans, l'entraînant parfois dans une spirale infernale de désespoir.
Mais pourquoi ? Pourquoi le Maître n'avait-il pas converti Zack ? Pourquoi le gardait-il ? Pour disposer d'un atout potentiel à jouer contre Eph et la résistance à laquelle il appartenait ? Ou pour une raison plus sinistre qu'Eph n'entrevoyait pas encore... ou ne voulait pas connaître ?
Il frémit à l'idée du dilemme auquel cela le confronterait. Dès qu'il s'agissait de son fils, il était vulnérable. La faiblesse d'Eph égalait sa force ; il était incapable d'abandonner son fils.
Où Zack se trouvait-il en cet instant même ? Le retenait-on en captivité ? Le torturait-on à la place de son père ? De telles pensées s'accrochaient à l'esprit d'Eph.
Ce qui le minait le plus, c'était l'incertitude. Les autres — Fet, Nora et Gus — pouvaient s'impliquer à cent pour cent dans la résistance, lui consacrer la totalité de leur énergie et de leur attention, précisément parce que nul de leurs proches n'était retenu en otage.
D'ordinaire, venir dans cette chambre aidait Eph à se sentir moins seul dans ce monde maudit, mais ce jour-là sa visite eut l'effet inverse. Jamais il n'avait ressenti une solitude aussi aiguë.
Eph songea de nouveau à Matt, se rappela à quel point il s'était inquiété de son influence croissante sur l'éducation de Zack... A présent, il lui fallait penser chaque jour, chaque heure, à l'enfer que son fils devait endurer, sous le joug d'un véritable monstre...
Abattu, nauséeux et en nage, Eph inscrivit la question qui apparaissait partout dans tout son carnet, tel un kōan.
Où est Zack ?
Comme à son habitude, il consulta ses notes les plus récentes.
Il entrevit une inscription qui mentionnait Nora, eut du mal à se relire. Morgue, parvint-il à distinguer. RDV. Puis : Partir dès la lumière du jour...
Eph plissa les yeux et s'efforça de se souvenir. Un sentiment de terreur grandissait en lui.
Il devait retrouver Nora et Mme Martinez à l'OCME, l'ancien institut médico-légal.
A Manhattan. Aujourd'hui.
Et merde !
Il récupéra son sac en hâte, en passa les bretelles sur ses épaules, dans un cliquetis de lames d'argent. Les poignées des épées dépassaient dans son dos, telles des antennes bandées de cuir. En sortant, il jeta un dernier coup d'oeil dans la chambre et repéra un vieux jouet Transformers à côté du lecteur de CD, sur la commode à gauche du lit. Sideswipe, si sa mémoire était bonne ; il avait lu ce nom dans les livres de Zack qui décrivaient les caractéristiques techniques des Autobots. Eph avait offert ce robot à Zack pour son anniversaire, quelques années plus tôt. Une des jambes de Sideswipe pendait mollement, démantibulée. Eph manipula les bras, se souvenant de la facilité avec laquelle Zack « transformait » la voiture en robot, puis dans le sens inverse, à la façon d'un champion de Rubik's Cube.


1. Agence de lutte contre les risques épidémiologiques. (Toutes les notes sont le fait des traducteurs.)
2. Les termes en italique suivis d'un astérisque sont en français dans le texte ori¬ginal.