La coquetière
La coquetière
Linda D. Cirino
208 pages
Couverture souple
Réf : 430463
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Résumé
En 1936, dans le sud de l’Allemagne, Eva mène une dure existence dans la ferme familiale. Un jour, elle découvre un étudiant caché dans son poulailler. Quel danger court- il ? Avec son solide bon sens, Eva pose les vraies questions qui l’amèneront à mesurer les perversions et la férocité du nazisme. Puis décide de se battre pour sauver la vie de ce jeune homme échappé d’un camp...
Le choix de Patrick Poivre d'Arvor
« Si vous aimez les œufs à la coque et les histoires d’amour, précipitez-vous sur ce petit poussin tout chaud couvé par l’Américaine, Linda D. Cirino. La coquetière dépeint un très beau portrait de femme, celui d’une jeune Allemande en pleine ascension du nazisme en 1936 (le camp de Dachau existait déjà...). Cette fermière, mariée et mère de deux enfants, va tomber amoureuse d’un étudiant juif en fuite, caché dans son poulailler. Elle vivra crânement sa double vie en nous donnant une magnifique leçon de courage. D’humanité aussi. »

Patrick Poivre d’Arvor
Moyenne des avis :Les avis des internautesNombre d'avis :3
CHEVALLIER Béatrice
Le 02 mars 2012
Une très belle histoire d'amour à l'aube de la seconde guerre mondiale
Je viens de finir de lire "La coquetière" de Linda D.CIRINO, le livre qui était recommandé par Patrick Poivre d'Arvor dans le catalogue précédent ! C'est un très beau livre qui raconte une belle histoire d'amour entre un jeune étudiant juif et une fermière à l'aube de la seconde guerre mondiale ! Je le recommande à mon tour aux lecteurs !
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nath66
Le 09 avril 2012
Touchant...........
Ce petit roman est une merveille...... il est touchant, émouvant, sans prétention, et d'une sensualité débordante... Tout est dit avec beaucoup de pudeur, mais chaque page a son lot d'émotions....... par pitié, lisez, c'est un roman cocooning.. J'adore........ tout simplement beau.
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Linou
Le 06 mars 2012
La coquetière
Wouah ! Ce livre est tout simplement magnifique ! Une belle histoire d'amour dans un contexte terrible...
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Linda D. Cirino, née à New York, a grandi à Brooklyn et a activement soutenu le mouvement pour les droits civiques pendant ses années d'université. Elle est l'auteur de deux romans et de nombreux essais parmi lesquels une histoire littéraire de New York. La Coquetière a été traduit dans de nombreux pays d'Europe et a reçu un excellent accueil des lecteurs.
Extrait
Sud-ouest de l’Allemagne, 1936

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J’appartiens à une longue lignée de paysans. Et de femmes de paysans. Sur les sacs de maïs pour le bétail, on peut voir l’image d’une femme qui représente exactement les agricultrices telles que je les ai toujours vues – les yeux baissés. J’ignore ce qu’elle est censée faire sur le sac, mais elle est sans doute courbée pour travailler, aux champs ou dans sa maison : raccommoder, cuisiner ou soigner les enfants. Moi, de temps à autre, je lève les yeux vers le ciel, juste pour me rendre compte du temps, voir quelle température le soleil couchant nous annonce pour le lendemain, voir si les nuages vont oui ou non tourner à l’orage avant que ma lessive soit sèche. Mais la plupart du temps, ma tête est penchée comme la sienne. Chez nous, aussi loin que remonte le souvenir, on a toujours travaillé la terre.
Notre exploitation est petite, assez petite pour qu’à nous deux, nous puissions la faire marcher, assez petite aussi pour qu’il ne nous reste rien une fois les comptes bouclés. Nous ne faisons pas partie des grands propriétaires terriens ni des riches fermiers. Nous n’avons pas de pâtures éloignées, louées à une famille pauvre qui les laboure. Nous n’engageons pas d’ouvriers agricoles pour nous aider à rentrer le blé le temps venu. Autrefois, quand nous étions réellement surchargés, nos enfants manquaient l’école pour nous aider. Nous produisons l’essentiel de ce que nous mangeons, mais il ne reste pas grand-chose à vendre au marché. Bien sûr, en été, il nous arrive d’y porter quelques tomates, des légumes verts, parfois des pommes de terre et des oignons, mais agrandir notre petit potager nous donnerait trop de mal pour le mince revenu supplémentaire que nous en tirerions. Il paraît qu’il y a quelques grandes exploitations dans la région, mais ce n’est pas le cas de la nôtre.
Si vous apercevez notre ferme de loin et pour peu que vous ne connaissiez pas cette région du monde, rien ne la distingue de celles qui l’entourent. La maison est petite, l’étable est située sur sa gauche et la basse-cour, qui s’étend devant et à gauche, s’arrête au poulailler. Devant la maison, des fleurs maigrichonnes poussent à côté des marches et le potager se trouve derrière. Plus on approche, plus on constate l’exiguïté de la maison; quatre pièces seulement, plus la chambre froide. À l’étage, les deux chambres à coucher sont juste assez grandes pour contenir les lits; au rez-de-chaussée se trouvent la pièce sur le devant, la cuisine et la chambre froide attenante où nous entreposons nos produits. Quelques marches mènent à la petite véranda qui précède la porte d’entrée et la cloche. Le plus souvent, les étrangers tirent trop fort sur la cloche et tout le monde sursaute : eux, moi et les poulets. En fait, ce n’est pas une sonnette d’entrée mais une cloche sonore qui annonce le déjeuner, le dîner et qui sonne l’alarme. La maison est exactement de la taille qui nous convient et les pièces sont assez spacieuses pour ce que nous possédons. Elle ressemble à celle où j’ai grandi, donc je m’y suis toujours sentie à l’aise.
Dès qu’on approche de la clôture qui court le long de la route et borne la cour près de l’étable, la présence du bétail se fait sentir. Les bêtes pourraient se mêler dans l’enclos mais elles n’en font rien. Les vaches sont groupées près de la barrière, les cochons se vautrent à l’ombre et les poulets se pourchassent dans l’enclos, juste devant le poulailler. L’étranger de passage commence à flairer les vaches bien avant d’être près de chez nous et il lui faut quelque temps pour s’y habituer. Ensuite, ça ne le gêne plus, pas davantage que ça ne me gêne, mais je sais qu’au début, l’odeur est plutôt âcre. Si l’étranger se rapproche, les vaches ne feront pas autant de tapage que les volatiles qui vont se mettre à caqueter frénétiquement et se réfugier dans le poulailler s’ils pensent qu’on veut les regarder. Au bout d’un court moment, le bruit et l’odeur s’atténuent. Ce qui frappe alors, c’est le manque d’organisation qui règne chez nous. Nous avons tant à faire que nous n’avons jamais pu prendre le temps de rendre la ferme plus nette et plus ordonnée. Si bien que la cour est malheureusement sale et encombrée ; il faut faire attention où l’on met les pieds, autant que lorsqu’on s’aventure dans l’aire du bétail.
Le potager est envahi de chiendent et d’herbes folles, des fleurs sauvages poussent à leur gré entre les rangées de salades et de betteraves, et tout ça fait un peu fouillis. Mais on ne peut pas se consacrer exclusivement aux légumes quand on a tous les soucis de l’exploitation. Mon mari s’occupe du maïs et du blé dans le champ de l’autre côté de la route. Moi, j’entretiens la maison, le potager et je soigne le bétail. Le matin, avant de partir, il m’apporte l’eau pour la journée et me dit ce que je dois faire. À l’heure du déjeuner, je sonne la cloche pour l’appeler et il termine ce que je ne peux faire seule. Ensuite, il part pour son travail, à l’atelier de taille de pierre, et livre parfois quelques œufs au village qui est sur sa route. Il revient pour le dîner, me demande si la journée s’est bien passée et effectue les réparations nécessaires.
Comme mon mari n’a passé que peu d’années à l’école, c’est moi qui tiens la comptabilité de l’exploitation. Je suis née dans une famille nombreuse et cela ne dérangeait personne que j’aille à l’école jusqu’à mon mariage. On n’avait pas tellement besoin de moi à la maison et mes frères étaient de taille à faire le nécessaire. Si bien que je sais un peu calculer et tenir les livres, ce qui n’empêche pas mon mari de surveiller par-dessus mon épaule et de me harceler tout le temps que j’écris. Je ne dis pas que Hans ne sait pas lire, et il écrit très joliment son nom, mais ces activités ne lui sont pas familières. À ce propos, je doute qu’il ait jamais lu un vrai livre, je veux dire un livre pour adultes, de la première à la dernière page. J’aimais lire des histoires à mes enfants quand ils se couchaient et mon mari les écoutait aussi. Je le sais car, s’il arrivait que je m’arrête avant la fin de l’histoire, parce qu’elle était trop longue, que les enfants s’étaient endormis ou encore parce que j’avais mal à la gorge, Hans me demandait comment elle finissait. Comme je l’ai dit, la maison est petite ; de notre lit dans la chambre voisine ou assis près du poêle au rez-de-chaussée, il pouvait parfaitement m’entendre. J’espérais que les enfants poursuivraient leur scolarité aussi longtemps que possible. Ils ronchonnaient toujours quand je le leur disais mais, pour ma part, j’estimais qu’ils pourraient comme moi en avoir besoin une fois mariés.
Mes enfants grandissaient selon un modèle différent de celui que j’avais connu. Ils participaient à une aventure qu’ils trouvaient très excitante et s’y consacraient avec enthousiasme. Persuadés que le succès de cette entreprise dépendait de leur engagement et de leur obéissance absolus et constants, ils les lui apportaient avec une entière confiance et, en fait, avec joie. Ils y étaient tellement engagés que leurs petites histoires personnelles perdaient toute signification, au point de disparaître entièrement. Nous, les adultes, étions à l’opposé. Pour nous, rien n’avait d’importance que l’exploitation et le fait de survivre d’une récolte à la suivante. Nous nous y consacrions, et tout le reste était balivernes.
De loin, on pourrait penser que la ferme est paisible et reposante, une impression qui tient seulement au fait qu’elle cadre bien avec le paysage. A l’arrière du potager, une petite colline protège la maison et une vaste prairie s’étend derrière l’étable. Les bâtiments – maison, étable et poulailler – se fondent au milieu des arbres et des collines alentour. La ferme se trouve exactement là où il faut et l’on se dit, non sans raison, qu’elle appartient à ce lieu. Ceux qui la possédaient avant nous y sont demeurés une centaine d’années, tout en la morcelant, parcelle après parcelle, jusqu’à ce qu’il en reste la surface actuelle. Ils y seraient toujours et continueraient de l’exploiter si la malaria ne les avait frappés. Ils furent tous atteints et, pour finir, ils durent vendre. Nous étions jeunes alors, et la ferme nous semblait immense, pleine de promesses et de merveilles à venir. À présent, nous savons que les promesses se limitaient à nous faire survivre de saison en saison et que les merveilles à venir n’existaient pas.
J’avais seize ans quand nous sommes venus vivre ici. Je pratique assez les chiffres pour savoir que j’étais alors à un peu plus de la moitié du temps que j’ai vécu. À présent, j’estime être à peu près à mi-chemin de toute mon existence. La maison semblait plus grande quand nous y avons emménagé. De ma vie je n’ai autant nettoyé, autant réparé ! Il me semblait que je n’aurais jamais le temps de faire le nécessaire, simplement pour Hans et pour moi. À présent que les deux enfants commencent à vivre leur vie, je me débrouille plutôt bien, mieux qu’alors, en tout cas. J’étais submergée.
Je ne connaissais Hans que de loin quand il demanda à mon père l’autorisation de m’épouser. Je savais où il habitait et mon père s’était renseigné auprès de voisins dont il apprit qu’il était travailleur et n’était pas violent. Il l’a prouvé. Mon père vint me trouver : le temps était venu, il avait parlé à ce garçon qu’il estimait capable de prendre soin de moi et de m’assurer une vie convenable. Mon père ajouta qu’il m’avait élevée jusqu’à ce jour et que, désormais, ce serait le devoir de Hans de subvenir à mes besoins. Quant à moi, mon devoir serait d’être une épouse et, si j’accomplissais tous les devoirs qui incombent à la femme, je ne manquerais de rien pour le reste de mes jours. Mon père était heureux à l’idée de me voir établie et prête à fonder une famille selon les usages. Il dit à Hans qu’il ne pouvait me donner grand-chose en fait de dot mais que, tous les ans, il ferait ce qu’il pourrait le jour de mon anniversaire. Hans donna son accord sur ce point car mon père avait une réputation d’homme honnête et parce qu’il voyait que j’étais forte et capable de l’aider. Il savait que j’avais un peu d’instruction et pensait que je me montrerais habile là où il ne l’était pas. Dans le lit conjugal, il apparut que mon mari en savait aussi peu que moi, alors qu’il avait eu quatre ans de plus pour explorer ce domaine. Son intérêt pour la chose n’était guère fréquent et, s’il se soucia de mon plaisir, il parut l’oublier au bout d’un an environ. Pendant cette première année, il lui arrivait de rentrer à la maison avant que je sonne pour le déjeuner; il me rejoignait au potager, s’étendait près de moi entre les rangs de légumes, me retirait mon tablier et soulevait ma jupe. Lorsqu’il me caressait lentement et m’embrassait dans le cou, je regardais le ciel, je tanguais avec lui jusqu’à ce qu’il soit épuisé et j’éprouvais alors le plaisir.
Avec l’arrivée du bébé, les chances de prendre du plaisir dans le potager s’évanouirent. Jamais je ne refusais ses avances, jamais je n’en faisais. Un bébé vous fait oublier ce genre d’envies. J’aimais le bébé, même s’il semblait que c’était à moi de le prendre en charge jusqu’à ce qu’il soit en âge d’assumer sa part de corvées. Je préférais m’occuper du bébé plutôt que des autres choses dont j’étais responsable, n’empêche qu’il fallait bien les faire.
Mon mari trayait les vaches le matin, avant le petit déjeuner. Il donnait à manger aux chevaux, aux cochons, à la volaille, et ramassait les œufs. Puis il allait aux champs. Je tenais le potager et la maison, je faisais la lessive, la cuisine et, après le déjeuner, une fois mon mari à l’atelier, je m’occupais des bêtes, du bébé et de tout le reste. Ce n’était pas vraiment difficile mais ça n’arrêtait pas. Jamais un moment de répit. Peu après la naissance du premier bébé, je fus enceinte du second et, jusqu’à ce qu’ils aillent en classe, je n’ai cessé de trimer.
Je ne peux me plaindre de mon mari. Il travaille dur et fait de longues journées. Quand nous décidâmes de prendre la ferme, il savait, malgré tout, que ce serait difficile d’en vivre. L’exploitation est plus ou moins mon affaire, à ceci près qu’il y consacre ses matinées. Si je n’étais pas là pour la faire tourner, il ne serait pas de taille à la mener seul. Il devrait s’installer au village et travailler à plein temps à l’atelier. Nous sommes depuis toujours des paysans, tous les deux, si bien que cet arrangement est préférable.
L’apparence de mon mari en dit beaucoup sur ce que c’est que de vivre avec lui. Son visage est mince, allongé, creusé de sillons qui descendent des pommettes au menton. Il a les yeux bleu clair, les cheveux brun foncé à la racine avec une couche plus claire, presque blonde, par-dessus ; quand ils lui tombent pratiquement dans les yeux, c’est moi qui les lui coupe. Ils sont drus et brillants, et il les coiffe toujours de la même façon, avec la raie légèrement décalée vers la gauche. Il rit très rarement. Parfois, les enfants l’amusaient. Le plus souvent, il garde les lèvres serrées, droites ; jamais elles ne changent, ni vers le haut, ni vers le bas. C’est comme si son visage n’avait aucune expression. Je peux seulement dire s’il est contrarié, ennuyé ou fatigué, mais mon père l’avait bien jugé : jamais il ne s’est emporté contre moi, jamais il ne m’a menacée. Jamais non plus Hans n’a été amoureux ou tendre. Le plaisir que nous avons partagé n’était pas une marque de sentiment mais celle d’un besoin physique. De notre vie commune, je dirais qu’elle est occupée. Le temps manque pour penser aux sentiments, à supposer qu’il y en ait. Mon mari et moi vivons selon les traditions d’une race de cultivateurs qui n’en connaît pas d’autres. Chaque jour reproduit le jour précédent, et ça ne varie que selon les saisons. On trouve un certain réconfort à répéter les travaux quotidiens. Dans une exploitation agricole, chacun sait qu’il est utile à la croissance du bétail et du blé. Si nous n’étions pas là, personne ne reprendrait la ferme.
Beaucoup de gens vont à la ville en ce moment, mais nous en savons très peu sur le sujet. Depuis notre arrivée, nombreux sont les voisins qui sont partis d’ici, abandonnant complètement l’agriculture. Qui peut dire ce qu’ils sont devenus ?