Prix public   : 19,00 
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Le joyau
Le joyau
Jacques Monfer
Disponible
336 pages
Couverture souple
Réservé aux adultes
Réf : 426789
Résumé
Discrets, les charmes de la vie conjugale ? Pas pour Maryka, le "joyau" de cette envoûtante histoire d’amour et de débauche. Car dans l’insouciance de ces années 1970 aux mœurs débridées, c’est au vu et au su de son époux (et pour son plus grand plaisir) que la belle incendiaire assouvit ses fantasmes avec les hommes de passage... 
Pourquoi on l'a choisi
Diamant brut. Fiez-vous à l'avis des experts du genre : ce texte ensorcelant, qui met en abîme les notions de possessivité, de don de soi et d'abandon, est destiné à entrer dans le meilleur de la littérature érotique.
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Le 24 février 2010
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Déçu par l'édition
L'histoire en elle-même n'est pas trop mal, bien que le style d'écriture ne soit pas celui que je préfère. Par contre, ce que je trouve très décevant, c'est les énormes fautes de frappe pratiquement à chaque page ! Pour 15 euros, j'estime quand même qu'un minimum d'attention à la relecture avant édition devrait être faite. Cela en gâche la lecture, je n'ai même pas envie de le finir...
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Enfant du "baby-boum", Jacques Montfer a suivi des études générales dans le plus important lycée d'Alger, cette ville où ses parents s'étaient aventurés au lendemain de la guerre, alors qu'il n'était encore qu'un jeune enfant. Est-ce la résonance des pas de Camus qui, bien des années auparavant, avait fréquenté le même établissement qui lui a donné la passion de la littérature ? Toujours est-il qu'après une vie professionnelle exercée dans le commerce de textile, Jacques Montfer a entrepris l'écriture de sagas romanesques mettant en scène la vie mouvementée de sa famille au cours du XXe siècle, avant que l'inexplicable, comme il le dit lui-même, l'amène à coucher sur le papier les premières phrases érotiques d'un roman qui deviendra Le Joyau.
Extrait

NICE, 1970


J'avais trouvé un diamant. Mieux. Un joyau. Le premier matin du monde.
Les rencontres se font parfois à Venise, le long du Grand Canal. Plus couramment devant une gondole. Au supermarché du coin.
Ma propre existence devait basculer alors que mon père, vendeur à domicile, avait exigé ma présence à ses côtés le temps d'une journée de travail. « Tu verras ce qu'est la vie ! », avait-il dit, inquiet de mes résultats scolaires.
Je le savais plus rassuré de me savoir en sa compagnie plutôt qu'à secouer un flipper tapageur, noyé dans la fumée d'un bar pour élèves en détresse. Il m'aurait bien sûr préféré sur les bancs du lycée, mais, conséquence probable d'une adolescence heureuse et perturbée par rien, j'étais constamment plongé dans une sorte d'irrationnelle mélancolie qui m'incitait à éviter les murs fanés des salles de cours conjugués au regard sévère de profs dont les enseignements refusaient obstinément d'intégrer mon imaginaire étoilé. « C'est un artiste », disait-on de moi.
Je préférais flâner chaque jour dans la galaxie des Studios de la Victorine, cet univers mythique du cinéma parsemé de décors fantastiques, où mon esprit volait d'espoirs de mises en scène en rêves de vedettariat improbables. Mais j'y croyais dur comme fer, et là était le principal. J'y avais découvert le royaume extraordinaire du merveilleux et de l'artificiel. Au hasard des tournages, je côtoyais la flamboyante Sophia Loren ou le séduisant Paul Newman. Fasciné, j'écoutais Robert Hossein et Georges Wilson se donner vingt fois la même réplique sur le plateau d'un film qu'ils tournaient d'après un polar de James Hadley Chase. Je voyais mon nom défiler au générique ou m'imaginais à la place du réalisateur, gesticulant au milieu du plateau, tandis que sous l'œil scrutateur, impavide et impitoyable de la caméra, un monde de techniciens en nage s'affairait au soleil factice de sunlights éclatants. Je rêvais bien davantage dans cet univers prodigieux que dans celui des signes mathématiques ou physiques — mais bien trop pragmatiques — alignés jour après jour sur ces cahiers scolaires dont les rayures décourageantes semblaient autant de barreaux m'interdisant toute évasion vers la chance de ma vie.
Lorsque Robert Hossein posait sur moi un regard de hasard, mon cœur ratait un battement. Je m'attendais à ce que son index me fasse le signe d'approcher afin de m'annoncer la nouvelle inouïe : j'étais ce jeune homme qu'il cherchait depuis toujours afin de tenir le rôle principal du meilleur film de tous les temps. Enfin, la Gloire ! Mais l'index du cher Robert restait immobile, aussi raide que celui d'un Rodin. J'avais beau, de toute ma force intellectuelle, lui transmettre les mots que j'aurais aimé qu'il prononçât, la connexion ne se fit jamais. Tout comme ne se concrétisa jamais mon désir de rencontrer la plus sublime des créatures du diable, coupable des bandaisons universelles les plus torrides et des masturbations effrénées qui s'ensuivaient : j'ai nommé la Bardot.

C'est en cet ennuyeux matin donc, tandis que je somnolais sur une chaise rigide avec pour fond sonore les voix de mon père et de sa cliente, que retentit dans mon cerveau le légendaire générique de la 20th Century Fox. La plus inattendue des étoiles illuminait le ciel de mon univers. La plus somptueuse aussi : la fille de la maison. Une bombe nucléaire m'explosait à la figure. J'étais irradié.
Dix-sept ans seulement, encore vierge peut-être — non sans combats héroïques — mais tellement femme déjà. Et nom de Dieu, quelle femme !
Juste avant de tomber de ma chaise, mon regard hagard n'eut que le temps de fixer l'hypermicrojupe d'une créature toute neuve mais déjà consciente de sa toute-puissance de sex-symbol atomique. Frimousse effrontée d'adorable salope, pulpe de lèvres aux promesses inavouables, crinière sauvage cascadant ses ors jusqu'à des seins à béatifier Satan. Et, par-dessus tout, un regard lagon à s'y noyer. Rien n'y manquait.
Moi, l'éperdu de la sublimissime Bardot dont je ne ratais aucun des films — j'avais vu quatorze fois Et Dieu créa la femme —, j'en restai bouche bée, la langue dans les chaussures.
J'avais haï les Charrier, les Vadim et autres Frey qui l'avaient possédée. Je pestais de ne pas être de ces nuits de bacchanales tropéziennes où j'imaginais la belle comme un royal entremets ruisselant de champagne, virevoltant nue au cœur d'une assemblée de messieurs brûlant de passer au plus torride des desserts. Persuadé jusque-là que la jeune actrice était la plus prodigieuse des créatures et la plus charnelle des femelles, je venais contre toute attente de trouver beaucoup mieux. De trouver l'ineffable, le chef-d'œuvre absolu reléguant aux oubliettes celle dont les photos avaient hanté mes nuits et poissé mes draps. J'étais incinéré, cendres en petit tas, Bernadette Soubirous face à l'apparition. Les tambours d'Austerlitz défonçaient ma poitrine, et mon crâne vrombissait sous le choc. Tout mon corps se gorgeait d'ondes infernales jetées en cohortes au tréfonds de mon slip. Chacune de mes cellules m'exhortait à passer au viol le plus sauvage.
Bref, je bandais éperdument.
Durant les trois siècles qui suivirent Hiroshima, je tentais d'extirper de ma gorge un mot pas trop idiot à lui dire. Mon lexique intérieur n'étant à cet instant qu'un vide sidéral, elle eut la bonne idée de parler la première. D'une voix blanche, je n'avais pu que borborygmer quelques vagues réponses à ses questions pourtant banales, mais qui m'avaient paru fondamentales pour l'avenir de l'humanité dont nous étions, à ce moment précis, les seuls représentants dans l'univers intergalactique.
Oui, j'avais des copains. Oui, j'allais au lycée. Non, pas de voiture parce que pas encore de permis — ce qui ne saurait tarder ! avais-je aussitôt claironné —, mais je chevauchais une sacrée chouette mobylette, et à trois vitesses, s'il vous plaît ! L'Équipée Sauvage, quoi. J'étais Marlon Brando.
Sa moue m'avait angoissé.
Elle s'appelait Marie. Un vrai blasphème, comme je l'apprendrais plus tard. Marie-Madeleine eût été plus adéquat, comme je l'apprendrais aussi plus tard.
— Appelle-moi Maryka, m'avait-elle dit. C'est le prénom que ma mère voulait me donner. Mais l'état civil l'a refusé. Pas français. Les cons.
Et parce que son père aux fines lunettes juchées sur un visage sévère fronçait le sourcil dès que les mots sortir ou danser affleuraient son oreille, elle n'avait pas — officiellement — de bande de copains. Sûrement des copains qui bandent, pensais-je non sans prémonition. Et si la vigilance du sourcilleux papa interdisait à sa fille de faire les quatre cents coups, elle ne l'empêchait en aucune façon de les tirer. Mais ça, il ne le savait pas. Moi non plus. Du moins, pas encore.
Marie — Maryka donc —, brillante étudiante en physique nucléaire, déflagration à elle seule, visait un diplôme pas possible et bossait ponctuellement dans la coiffure pour dames, histoire de se faire un peu d'argent de poche. Le trajet du soir était rigoureusement chronométré par le papa inquiet, persuadé que tant de perfection ne devait en aucune façon traîner dans les rues niçoises que son esprit anxieux assimilait sans doute aux bas-fonds du Bronx.
— Je peux venir vous chercher un soir ? avais-je transpiré.
Elle avait dit oui. Je jure que je volais.
Quand elle avait poussé la porte vitrée du Salon Yvonne, j'avais aussitôt quitté la voiture derrière laquelle je m'étais m'abrité des regards. Elle m'avait aperçu et son sourire avait enflammé le quartier. J'allais fondre, c'était sûr. Comme une immonde colique, immédiatement après l'explosion de mon cœur, j'allais couler et disparaître au fond des égouts niçois. Afin d'éviter la cata par une contenance que j'espérais avantageuse, je m'étais appuyé au capot de la bagnole en stationnement, déhanché bras croisés ; regard James Dean et sourire au coin des lèvres d'où pendait l'indispensable cigarette.
Le regard conquérant, elle avait ondulé en traversant la rue, balançant à la fois son sac, ses hanches et ses seins. J'étais persuadé qu'elle allait se faire écraser sous mes yeux. C'était logique. Je ne pouvais pas avoir autant de chance jusqu'au bout. Mais les voitures s'étaient arrêtées pour la lorgner, phares écarquillés. Un mec avait sorti la tête pour lui proposer de l'accompagner jusqu'au bout du monde, et même jusqu'au ciel. Le septième, avait précisé le connard. Le sourire Bardot s'était accentué. Cependant, malgré la belle bagnole et la gueule adéquate du dragueur professionnel aux Ray-Ban mercurisées, elle avait poursuivi son chemin vers moi, les seins glorieux.
— Tu m'accompagnes jusqu'au car ? avait-elle demandé.
— Jusqu'à la lune si tu veux, avais-je répondu.
Elle avait ri en sortant une Stuyvesant de son paquet, tandis que je regrettais de ne pas lui avoir d'emblée proposé Cythère, plutôt que la lune.
Je marchais à son côté sans oser la contempler bien que mon regard fût attiré comme un aimant, aimant déjà. Chaque seconde sans son image était une éternité perdue. Je trouvais qu'on marchait trop vite et qu'on arriverait trop tôt, donc, à l'arrêt de ces foutus cars qui n'étaient jamais en grève quand il le fallait. Son parfum me parvenait parfois, m'enivrait, m'engloutissait, me transportait comme un nuage d'opium. Ses effluves semblaient me coudre à elle. Plus jamais je ne pourrais dissocier le Chanel du charnel de cette enfant dont les vêtements, moulés à son corps, la dénudaient bien davantage qu'ils ne l'habillaient. Jeune experte en communication ? Biche à la feinte innocence, ou femelle en partance ? Je ne savais pas encore. Elle tenait son sac en bandoulière, de la même main que sa cigarette. La gauche. Le pouce passé sous la lanière. Ses seins dansaient avec son sac. Son sac dansait contre ses hanches. Ses hanches dansaient avec son pas. Mes yeux dansaient avec ses seins. De temps à autre — préméditation ou pas ? — sa main droite venait frôler la mienne et son visage se tournait vers moi, m'enveloppait, me perçait, me scrutait, me brûlait : La frontière d'air qui nous séparait m'étant insupportable, je marchais au plus près. Quand au hasard d'un pas sa hanche me frôlait, je cherchais insidieusement à frôler davantage. Une onde mouvante m'irradiait alors le ventre. J'avais envie de me jeter sur elle, de l'étouffer entre mes bras, de la violer dans la pénombre d'une porte cochère, de l'emporter au bout du monde, là où il n'y aurait personne pour la regarder, pour la respirer, pas même savoir qu'elle existait.