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Prix public   : 21,00 
16,95 €
L'extraordinaire histoire de Fatima Monsour
L'extraordinaire histoire de Fatima Monsour
Gerry et Joanne Dryansky
Disponible
360 pages
Couverture souple
Réf : 424787
Le mot de Douglas Kennedy
« Une perle rare, un roman subtil et savoureux. »

Douglas Kennedy 
Résumé
Fatima végète tristement à Djerba quand la revêche comtesse de Merveil du Roc l’appelle à son service pour remplacer feu sa sœur. Et voilà notre Fatima dans le très chic XVIe arrondissement qui se lie d’amitié avec Hadley III, écrivain loufoque, les Denis-Rabotin, vraie famille Figaro, Hippolyte, un cambrioleur et Victorine, chaleureuse domestique sénégalaise... pour son plus grand bonheur ! Et le nôtre aussi.
Pourquoi on l'a choisi
Vous aimez Amélie Poulain ? Anna Gavalda ? Cette truculente épopée est pour vous ! Jean-Jacques Beineix, qui en a déjà acheté les droits, ne s'y est pas trompé.
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Les avis des internautes
Moyenne des avis :Nombre d'avis :2
Le 21 janvier 2010
23 adhérents sur 40 ont trouvé cet avis utile.
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Très attachant
Ce roman est un pur bonheur. On se laisse immédiatement séduire par des personnages tellement attachants qui nous donnent l'impression bizarre d'avoir déjà fait leur connaissance. De plus le style est rythmé, pétillant. Tout est au rendez-vous pour passer un excellent moment.
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Le 07 janvier 2010
37 adhérents sur 68 ont trouvé cet avis utile.
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Une comédie pleine de saveur
Ce qui est charmant dans ce roman, c'est qu'au début on pense un peu à "L'élégance du hérisson". Puis, très vite, on tombe littéralement sous le charme de Fatima et l'on se laisse bercer par cette plume vive et comique. Le choc des cultures dans ce qu'il a de plus délicieusement drôle.
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Scénaristes américains, Joanne et Gerry Dryansky vivent à Paris depuis plus de vingt ans. Gerry est également journaliste.
Extrait

1


Le soleil resplendissait sur l'île de Djerba. La terre brun pâle réfractait la chaleur avec cette odeur sèche du fenouil mûr et du thym. Fatima ouvrit la fenêtre d'une chambre du Club Rêve pour chasser l'air ranci de la nuit, associé à cette présence aigre et irrépressible du béton neuf, et elle inhala les effluves de la saison qui s'achevait. Au-delà de la plage déserte, au large de la péninsule d'El-Oudiane, la mer avait encore cette nuance indigo de l'été, mais les vagues semblaient au loin des effilochures de coton, signe d'un changement de la nature. Fatima sentit la douceur de la brise tandis qu'elle regardait la mer par la fenêtre, juste un instant, avant de poursuivre son travail. En dépit de son ampleur, de ses mains et de ses bras révélateurs d'aptitudes laborieuses, Fatima était une rêveuse, plus à même de ressentir les choses que de les articuler. En prenant le temps de regarder au-delà de ses traits quelconques, vous pouviez remarquer la vivacité de ses yeux — l'un vert, l'autre marron. L'extrême acuité avec laquelle se révélaient l'inquiétude, la crainte ou la joie, mais jamais la rancœur. Et en conclure qu'il y avait quelque chose dans cette simple présence qui était ce qu'on qualifie de « finesse ». Et sa peau exceptionnellement lisse, ses dents blanches et saines, semblaient le confirmer.
Mais on ne pouvait éluder le fait qu'elle avait un physique à première vue quelconque, qu'elle venait d'atteindre la quarantaine, et qu'elle n'avait ni enfants ni mari. Il était donc indiscutable que Fatima était la plus mal lotie de toutes les femmes de son village de Batouine.
Elle tira sur le drap du dessus. Un préservatif tomba sur le carrelage de style hispano-arabe. Des Français avaient fait l'amour dans ce lit.
Un souvenir flou d'acte sexuel l'envahit. Son imagination censura les détails crus et mécaniques qu'elle avait subis, mais en cet instant elle ne pouvait ni ne voulait refouler un souvenir de son mari, à l'époque où ils regardaient la mer ensemble en se tenant par la main, avant qu'il ne prenne le ferry pour aller chercher un vol moins cher à Tunis au lieu de prendre le vol direct de Djerba à Paris. Un homme de petite taille comme elle, petit et dur ; le mari qu'on lui avait donné. Son cousin. Mahmoud l'aventurier. Qui avait reculé les limites du destin que lui attribuait sa naissance. Sa trahison même ne pouvait empêcher Fatima d'admirer cela en lui. Non plus son indifférence à la nature intime d'une femme — une façon d'être qui faisait partie de l'héritage de l'homme. Cette belle journée sur le quai du port remontait à dix ans. Il avait quarante-cinq ans, une calvitie bien avancée, et elle avait trente ans, un peu d'embonpoint déjà, et aussi la résignation à son honteux destin de femme seule, ayant grandi auprès d'une mère veuve, sans frère ni fortune susceptibles de lui assurer un mari. Ce cousin venait de perdre sa femme, Nour, d'un cancer interminable au cours duquel elle lui avait fait jurer d'accomplir une bonne action après sa mort en épousant Fatima, laquelle se disait parfois que Nour avait surtout voulu éviter que Mahmoud eût une seconde femme plus séduisante que la première. Tel était le degré de mésestime de Fatima envers elle-même. Et c'était ce même manque d'estime qui lui avait fait suivre sa mère docilement jusqu'au mariage avec Mahmoud, auquel elle prêtait une nature douce et bienveillante. Elle l'aimait. D'amour ? La notion d'amour romantique lui était étrangère. À Batouine, refuser un mariage aurait fait d'une femme une paria, à supposer qu'une seule eût manifesté une telle bravoure.
Elle repensait à ce moment sur le port — la chaude rugosité de la main calleuse qui tenait la sienne, la différence même de cette main qui peut-être annonçait déjà un fossé entre eux —, elle repensait encore à ce moment-là, tout ce temps après qu'il l'eut répudiée, irrépressiblement, chaque fois qu'elle envisageait la confrontation à laquelle elle demeurait farouchement déterminée. Et elle ne pouvait s'empêcher d'éprouver du regret, car cela représentait la seule chose qu'elle eût pu apprécier. Appartenir à quelqu'un. Ce qui signifiait appartenir à son univers. Dans l'univers où elle vivait, une femme adulte sans mari était plus malheureuse encore qu'une femme sans enfant. Et elle était les deux. La vie qu'elle avait menée en étant mariée avec lui n'avait rien d'idyllique. Mais c'était une forme d'équilibre, faute de mieux. Le monde n'avait pas tourbillonné sous ses pieds. Elle avait sa place assignée. Son mariage arrangé n'était pas moins romantique que tous les autres à Batouine. Le départ de Mahmoud, puis sa répudiation, avaient rompu l'équilibre. Et elle avait vécu dans cet état d'esprit fragile jusqu'à la mort de sa mère.
Plusieurs semaines après avoir enterré sa mère, lorsqu'elle avait trouvé le courage de se débarrasser des nippes de la vieille femme, elle avait nettoyé la maison de fond en comble. Son chagrin ne s'atténua guère à la découverte que la mort l'avait délivrée d'un poids, mais elle s'en rendit tout de même compte. Elle n'avait plus sa mère à soutenir ni l'honneur de sa mère à sauver aux yeux du village. Le deuil créa un vide qui était aussi une ouverture. C'est à ce moment-là qu'était repassée en boucle dans sa tête toute la brève existence qu'elle avait partagée avec Mahmoud, et qu'elle en avait conclu que, pour elle, il n'y avait pas eu de point final : il fallait qu'elle aille l'affronter en face. Elle ne resterait pas toute sa vie une femme répudiée par correspondance, quoi qu'ait pu manigancer un saint homme de connivence avec son mari. Fatima de Batouine se rendrait à Sheboygan, dans le Wisconsin, comme l'avait fait Mahmoud de Batouine, pour l'affronter. Lui faire face. Lui faire comprendre qu'elle n'était pas un meuble qu'on puisse acheter et jeter à son gré. Et le but de cette confrontation ? Elle n'aurait sincèrement pas su dire ce qu'elle voulait de lui, hormis cette satisfaction. Il fallait qu'elle le voie pour le savoir vraiment.
Elle entreprit dans cette intention d'économiser le peu qu'elle pouvait, jour après jour. Il était un aventurier, c'était sa nature, elle le comprenait. Mais sa nature à elle, c'était la détermination. Elle se rappelait bien la lecture de sa dernière lettre par Ahmed, son collègue de travail :
« Alison et moi ne sommes pas mariés. Nous vivons dans un pays libre et chacun de nous veut rester totalement libre. Je ne pense pas me remarier un jour. À quoi bon ? »
Elle se demandait si cette Alison si libre avait transformé la personnalité intime de Mahmoud. Et si elle comptait avoir un enfant de lui.
Tant qu'il n'était pas marié avec elle, Fatima s'estimait parfaitement en droit de le confronter. Elle se disait parfois que son intention était de le ramener, que la répudiation qu'il lui avait adressée par courrier n'avait aucun sens. Elle le ramènerait. Ils auraient un enfant. Il pourrait trouver du travail, désormais, avec toute la construction qui se développait sur l'île. Tout paraissait possible à une femme aussi déterminée. Il se pouvait aussi que, tout au fond de son cœur si déterminé, elle voulût simplement confronter l'homme qui avait détruit l'équilibre de sa vie.
Ce jour-là au port, c'était à la même saison que maintenant, la période alors désignée comme la seconde « saison des hommes ». Les hommes. La « saison des hommes ». Pendant longtemps il n'y avait eu qu'une seule « saison des hommes », quand les maris revenaient de leurs épiceries à Tunis, après le ramadan, pour passer quelques semaines avec leurs femmes. C'était une pratique qui remontait aussi loin qu'on pouvait se souvenir, depuis les temps lointains où les hommes de Djerba avaient commencé à tenir les épiceries de Tunis. Ils partaient comme employés et finissaient par devenir associés dans leur magasin. Les associés pouvaient passer une année entière à la maison, en faisant alterner ces années de repos avec celles de l'autre associé, qui ne rentrait alors que pour le congé d'après le ramadan. La deuxième saison des hommes apparut lorsque d'autres hommes de l'île commencèrent à émigrer en France, pour travailler dans le bâtiment. Ils rentraient en août, quand le bâtiment s'immobilisait pour la grande coupure des vacances.
Entre les deux saisons des hommes, les femmes vivaient entre elles et avec les enfants conçus pendant ces lunes de miel renouvelées annuellement. Des semaines à l'avance, elles se faisaient belles pour les retrouvailles. Elles se couvraient les mains et les cheveux de henné, passaient des heures au hammam à se poncer et se masser l'une l'autre, avec de l'huile de jasmin et des fleurs d'oranger. Elles s'aspergeaient le visage d'eau de rose, et entre elles se maquillaient les yeux au khôl. Pour les femmes de Djerba, les semaines précédant la saison des hommes constituaient une période d'excitation qui leur chatouillait le creux de l'estomac et leur faisait tout espérer de la vie.
Fatima avait connu une saison des hommes, quand Mahmoud était rentré pour le mois d'août du chantier de l'aéroport Charles-de-Gaulle où il travaillait. La saison ne lui avait pas apporté d'enfant. Mahmoud s'était préparé à rentrer en mangeant des douzaines d'huîtres. Il rentra à la maison avec une hépatite et resta malade tout le mois.