De coeur inconnu
De coeur inconnu
Charlotte Valandrey
288 pages
Couverture souple
Réf : 424688
Cet article ne rapporte pas de points
Prix public*
Achat avec points impossible
Résumé
En 2005, Charlotte Valandrey révèle dans L’Amour dans le sang sa séropositivité dont elle est atteinte depuis l’âge de 17 ans. Elle se confie ainsi pour arrêter de vivre dans le secret et libérer tous ceux qui, comme elle, sont atteints du virus du sida. La comédienne y évoque également sa greffe cardiaque, le remplacement de son cœur passionné, usé, éreinté : « C’est l’histoire d’une femme qui aima tellement qu’elle eut besoin d’un autre cœur… »

Quelques mois après la parution de ce livre, Charlotte reçoit une lettre anonyme : « Je connais le cœur qui bat en vous, je l’aimais… » Ces mots, qui pourraient sembler fous, bouleversent la comédienne alors qu’elle est en proie à des cauchemars récurrents, des sensations impérieuses de déjà-vu et des changements intérieurs surprenants. C’est le début d’un étrange parcours pour Charlotte qui veut comprendre pour se libérer d’une présence qu’elle ressent intimement. Y a-t-il vraiment une autre vie en elle ? Un voyant troublant, un cardiologue amant, une psychanalyste rationnelle et un professeur figé dans le secret médical vont tenter de lui répondre.

En quête de vérité, cette mère battante, cette femme joyeuse qui connaît le prix de la vie nous entraîne avec elle dans un voyage initiatique bouleversant et drôle qui, des mystères de la mémoire cellulaire aux errances du cœur, la mènera peut-être vers ce port lumineux, but ultime de sa vie, l’amour immense, l’amour rêvé.
Les internautes ayant commandé De coeur inconnu ont également choisi
Rappelle-moi
Michel Drucker
Moyenne des avis :Les avis des internautesNombre d'avis :4
Vivie
Le 12 octobre 2011
Magnifique !!!!
C'est un témoignage que l'on lit comme un roman... Ce récit est tout simplement époustouflant... On aurait presque envie de vivre ça......
Il n'y a pas de commentaire associé à cet avis.
le gac sandrine
Le 29 décembre 2011
De coeur inconnu
Magnifique !! Rien d'autre à dire, je vous le conseille vivement.
Il n'y a pas de commentaire associé à cet avis.
mimi2
Le 03 janvier 2012
Quel courage
Charlotte est une sacrée bonne-femme, quels courage et envie de se battre ! Elle narre son histoire comme un roman, on a l'impression que son histoire d'amour est magique. Je recommande.
Il n'y a pas de commentaire associé à cet avis.
angele
Le 21 mars 2012
Un livre à lire
Très beau livre, une histoire boulversante, une humilité, malgré tout ce par où elle passe, Charlotte reste forte, c'est un livre sublime, je ne regrette vraiment pas mon achat !!!!!
Il n'y a pas de commentaire associé à cet avis.
Née en 1968, Charlotte Valandrey fut révélée en 1985 dans le film Rouge Baiser pour lequel elle obtint l'Ours d'argent d'interprétation au Festival de Berlin en 1986. Elle fait carrière entre cinéma, théâtre et télévision où la série Les Cordier, juge et flic lui offrit un vrai rôle populaire.
Extrait

Paris, novembre 2005

J'ai fait un rêve tenace, obsédant, qui m'aveuglait encore au milieu de la nuit quand je me suis réveillée en hurlant. J'étais morte. Enfin.
Une dernière réplique sismique, deux ans après ma greffe, avait été fatale à mon cœur d'occasion. Un troisième infarctus et le bon, le big one. On ne peut pas survivre à tout.
Au début de mon rêve, tout semblait plus vrai que vrai. La douleur paralysante dans le torse qui gagne tout le bras jusqu'aux doigts raidis, ce glaive enfoncé brutalement en moi, puis l'affaissement, comme si mon corps fondait, et le trou noir, les sirènes lancinantes qui font frissonner ma peau, comme une succession de crissements de craie.
Puis l'agitation dans le centre de soins intensifs de cardiologie et ces tubes d'un coup plantés partout en moi, ces banderilles translucides piquées dans mon corps encore mouvant. Autour de moi un mur d'écrans, des moniteurs de contrôle de vie. Ça ressemble à une régie de télévision. On tourne quoi, aujourd'hui ? Ta mort. On ne fera qu'une seule prise.
Le son n'est pas bon, ce vacarme de bips-bips me casse la tête. Des chiffres rouge sang clignotent soudainement, ils jaillissent en format géant sur l'écran de ma nuit. Puis le cri des machines se fait plus strident pour annoncer que rien ne va plus. On pousse les portes battantes de ma chambre comme celles d'un saloon miteux dans un va-et-vient incessant et vertigineux. Ce n'est pas vraiment une chambre, il n'y a pas de fenêtre et le sol est recouvert de plastique où tous les liquides peuvent couler. Un coup d'éponge et plus rien, plus de trace, au suivant.
Je ne suis pas là pour dormir mais pour survivre, là, tout de suite. J'ai le cœur au mur.
On s'affole autour de moi. C'est donc grave cette fois.
Ce rêve est étrange, inhabituel. Chaque vision est entourée d'un joli halo doré qui me rappelle ces images religieuses que je gardais, enfant, dans une boîte à secrets.
J'aperçois mon père muet, transi, et Lili, mon amie de toujours, les yeux pleins de larmes. Ah non, on ne va pas pleurer ! Mais que se passe-t-il vraiment ?
Mon cœur cousu ne bat plus qu'à 30 pulsations par minute, puis 29, 28, 27, ma tension s'effondre. Mon corps rejette finalement l'intrus.
— Elle part ! hurle mon père subitement. Mais faites quelque chose, nom de Dieu !
Cela fait longtemps que mon père ne s'est pas réveillé comme ça. Une éternité que je ne l'ai pas entendu crier, gueuler son inquiétude pour moi. Ça me fait du bien. Tu devrais gueuler plus souvent, papa, laisser ton cœur, ton souffle te porter. Gueule encore que tu m'aimes quand même malgré mes galères et enlève ton manteau, il est couvert de neige, tu vas prendre froid.
Mon pauvre papa aux yeux bleu délavé, mon Ken superbe aux cheveux gris étincelant comme son ciel de Bretagne. Il y croit encore, papa. Il m'a tant de fois vue affaiblie, décharnée, la moitié de moi-même, au bord du vide, puis renaître qu'il s'est habitué à sa fille-Phénix. Pourtant, sur la machine que j'aperçois dans un miroir plaqué au-dessus du lavabo, l'onde sinusoïdale des battements de mon cœur s'aplatit. Je ne distingue plus de belles courbes nourries, de mouvements rassurants de bas en haut. Non, le trait blanc qui coupe l'écran en deux oscille lentement comme un vieux serpent. Je vais fermer les yeux.
— Mais où est Tara ?! Où est ma fille ?!
Je la cherche du regard dans cette pièce dont le contour me paraît interminable. J'arrive à prononcer son nom. Mes yeux sont grands ouverts désormais.
— Tara... Tara ! Ma fille !
— Les enfants de moins de 15 ans ne sont pas admis ici, madame. Reposez-vous, ne parlez plus, vous êtes trop faible.
Le ton de l'infirmière consciencieuse est sec. Je sens bien que je suis faible. Rassure-toi, madame l'infirmière, je ne vais pas m'enfuir pour faire un jogging, je vais bien me reposer ici, oui, et pour longtemps. Mais juste avant je voudrais voir ma fille, tu peux comprendre ça, madame l'infirmière ? Tu as des enfants ? Tara a 5 ans, j'aimerais bien voir ses 15 ans et aujourd'hui je me fous du règlement.
— Tara ? Tara !
Mais qui lui dira que je l'aime si elle ne vient pas ? Que si je meurs aujourd'hui, pour elle, en elle, sur elle je resterai. Je serai un papillon aux ailes poudrées posé sur son épaule ou une de ces jolies coccinelles rouge laqué qu'elle aime garder au creux de sa main, ou un cerf-volant comme sur la plage, tu te souviens, ma Tara ? Je flotterai dans ton ciel, toujours au-dessus de toi. Mais qui te dira que je t'aime ? Toi, papa ? Tu sauras dire ça à ma fille ? Tu pourras le lui crier comme tu viens de le faire ? Je compte sur toi. Il faut qu'elle le sache, à vie, tu comprends, qu'elle le répète par cœur, c'est important. Je n'ai pas eu le temps de lui dire en partant, je ne me souviens de rien, que de la douleur et du hurlement des sirènes.
— De la dobu* ! Un max de dobu ! Pas d'électrochocs, on attend. Il n'y a rien d'autre à faire.
Le jeune cardiologue de service ce matin est nerveux, désemparé. Il fixe impuissant tour à tour chaque écran dans un mouvement robotique du cou.
Quand dans l'avion le mauvais temps me fait sautiller ceinturée à mon siège, je crie qu'on ne m'y reprendra plus et je scrute le visage des hôtesses pour y lire le degré de gravité des turbulences.
«eAttention, crash imminent ! » Voilà le message que je lis sur le front crispé du beau docteur.
La dobu est un truc formidable, une sorte de crack légal réservé aux habitués des soins intensifs. Ah oui, de la dobu, voilà une bonne idée ! Ça fait tout de suite un effet dingue. Un électrochoc chimique qui donne une sensation intense mais éphémère d'avoir la super pêche. La dobu fait passer de l'état de mourant à un speed inouï.
La dose doit être massive, j'écarquille immédiatement les yeux. J'éructe : « Ça va mieux, putain, ça va mieux ! Ça va, papa ? Tu peux aller chercher Tara ? Je sais, il est tôt mais réveille-la. Je veux la voir, je veux lui parler. Ça va, Lili ? Tu pleures pas, hein ? Surtout pas devant Tara. Et pas devant moi non plus, ça me file le bourdon. Je voudrais des Carambar et du Coca. S'il te plaît, papa. Finalement je vais le faire, ce jogging. Mais quel temps fait-il ? Il neige ? Ah bon, dommage. Un footing en moon-boots, c'est ballot. Mais qu'est-ce qu'il est craquant, ce docteur ! T'as vu, Lili ? T'as vu ses yeux, ses mains ? Encore un peu de dobu, s'il vous plaît, docteur, pas pour moi, pour notre love story. Faire l'amour avant la mort. Beau final. Je veux bien mourir dans un lit mais pas toute seule. T'as remarqué, Lili, que les cardios en soins intensifs sont toujours beaux ? Non ? Si, je t'assure. Un vrai casting. Ils les choisissent musclés, genre sauveteur Alerte à l'hôpital, et mignons pour un peu de douceur. Mais pourquoi faut-il que ces sexy docs me voient toujours dans un état lamentable, le teint cireux sous ces néons blafards, en blouse acrylique, les cheveux plaqués à l'oreiller ?! Chut... il revient. »
Le problème de la dobu, c'est qu'évidemment le cœur ne supporte pas longtemps ce traitement de choc, la vie s'accommode mal des artifices.
— On arrête la dobu, on va voir si ça tient.
— Vous êtes sûr, docteur ?... Je ne vous plais pas ?
— On n'a pas le choix.
Tant pis. C'était mon dernier instant de vitalité, mon dernier plan drague, dernier sourire.
Plus de dobu, plus de jus. L'arrêt est brutal. Mon cœur retrouve son état normal, usé, épuisé. Mon corps s'immobilise, ramollit, se défait. Je m'endors. Je glisse.
C'est assez agréable finalement. Je sens une pression de la main de mon père sur mes doigts qui se glacent. Tu t'éloignes de moi, papa, tout s'éloigne. Cette pièce vilaine s'étire, grandit infiniment, et je rétrécis. Je me sens toute petite, un bébé, un insecte, plus rien. Quelques cris étouffés me parviennent encore, puis le son perçant des machines se mue en un murmure permanent. Je m'éteins dans un bip infini et lointain. Plus de bruits saccadés, de sang pulsé dans mes veines, de rose clair sur ma peau, la vie s'en va. La chaleur douce de la main de papa une dernière fois sur moi puis fini. Rideau.
Je suis morte à 37 ans à Paris au petit matin dans un ciel encore noir d'où tombait une neige argentée.

Dans mon rêve, les images foisonnaient, s'entrechoquaient dans un montage anarchique.
J'ai également assisté à mes obsèques. Ça, c'était plus marrant. Le curé portait un perfecto de cuir noir et des crucifix un peu partout comme Madonna à ses débuts. Ma grand-tante Babette arrivait juste du paradis. Comme à l'habitude, son allure était impeccable, elle semblait bizarrement enthousiaste. La musique était bonne, tout ce que j'aime, le bon vieux temps : Téléphone, les Stones, Indochine, Blondie et un prélude de Chopin interprété par ma mère ressuscitée, éblouissante dans une robe parme vaporeuse. Elle me souriait tel un ange et je lui tendais les bras sans parvenir à la toucher.
L'embêtant, c'est que personne n'était triste. C'est étrange, des obsèques gaies. J'ai peur de ne pas leur manquer. Je me souviens nettement des visages souriants.
La plupart des gens me semblent inconnus, mon public est-il venu ? C'est sympa. Jusqu'au bout. Je revois tout. L'église est pleine, ça me réchauffe. On m'a choisi un beau cercueil blanc brillant, sobre, très design, bon choix. Je déteste le chêne sculpté et les poignées dorées. Un cercueil d'enfant, un écrin pour « Mademoiselle ». Au cinéma on ne vieillit jamais, c'est tout ou rien, on peut mourir aussi comme moi cette nuit.
Au premier rang, seul, il y a un nouveau-né, un bébé rose bizarre, assis, tout nu, les yeux fermés. Sous sa peau translucide, je peux voir le sang circuler dans des veines minuscules. Personne ne porte attention à cet enfant, il se tient à l'écart de tout le monde et je semble être seule à le voir. Cette vision me glace.
« La comédienne Charlotte Valandrey est décédée ce matin à Paris d'un infarctus. Elle fut révélée au grand public à l'âge de 16 ans par le film Rouge Baiser pour lequel elle reçut en 1987 le prix d'interprétation féminine au Festival de Berlin. On retiendra de Charlotte, entre autres, son rôle de journaliste impétueuse, fille de Pierre Mondy, dans la série populaire Les Cordier juge et flic. Dans une autobiographie, Charlotte Valandrey avait révélé sa séropositivité depuis l'âge de 17 ans ainsi qu'une greffe de cœur à 34 ans. Elle était mère d'une fillette... »
Je fixe le visage légèrement incliné de la jolie Claire des infos aux blonds mêlés. Elle lit son prompteur le regard figé dans un mélange subtil de compassion lisse et d'indifférence douce qui rend toute nouvelle recevable, et je commente tout haut au fil de ses mots, j'aimerais qu'elle puisse m'entendre. « Mais non, Claire, je ne suis pas morte, c'est un cauchemar ! » J'essaie d'interrompre la journaliste mais rien à faire, elle déroule proprement. Un infarctus ? J'évoquerais plutôt un épuisement du cœur. C'est l'histoire d'une jeune femme qui aima tellement qu'elle eut besoin d'un autre cœur, puis d'un autre encore. Jamais deux sans trois ? Pas cette fois.
Merci, chère Claire, d'avoir nommé ce traître, cette merde de VIH. Rendons hommage aux morts dont ce virus avait anéanti toute défense, à tous ceux dont on a dû taire la maladie. Je n'ai pas honte, je suis même plutôt fière de mon combat. Comme des milliers d'autres, je n'ai fait que l'amour, dites-le.
Mon premier infarctus m'a terrassée à 34 ans. Sait-on assez que la trithérapie qui inhibe le VIH est aussi très agressive pour le cœur ? Informons ces gamins qui font l'amour sans préservatif en pensant peut-être que le sida est passé de mode et qu'au pire il existe désormais des pilules.
J'ai commencé à manger mes bonbons à l''AZT il y a plus de dix ans, des comprimés énormes que mon père pilait et qui me faisaient vomir.
Aurais-je été greffée si je n'avais pas été contaminée ? Pourquoi mon cœur s'est-il épuisé si vite ? Greffée cardiaque à 34 ans, c'est un peu tôt, non ?
Mes cœurs sont morts des effets secondaires d'une chimie nécessaire et d'une overdose d'émotions fortes. J'ai vécu sans ménagement. Pas de demi-mesure, c'était dans ma nature. Je n'ai jamais su faire autrement. J'ai tout reçu en plein cœur, toujours. Rien n'a glissé sur moi. La vie m'a frappée plus que caressée, la vie brutale, absurde, et ses coups bas, ses ruptures, le regard voilé et desséché de ma mère qui meurt. Tout en plein cœur.
Je pars à mi-vie aujourd'hui car mon cœur me lâche encore. Pas assez fort. Rien ne résiste à mes coups du sort. Je tombe de mon fil. Je marche sur un fil depuis trop longtemps...
J'étais plutôt jolie, ma bouche était charnue et rose vif, mes yeux bleu acier, j'ai eu du succès à 16 ans. C'était formidable, je faisais du cinéma, j'étais affichée sur les murs de Paris et amoureuse pour la première fois d'un vrai rocker, du mec de mes posters. Je riais, je jouais, je virevoltais dans la lumière et je faisais l'amour avec passion et maladresse. Mon insouciance fut de courte durée.
Un test de dépistage. « Mais pourquoi ? » Puis le courrier du labo sans autres mots que « sérologie VIH positive ». Mes parents, effrayés : « Faut rien dire à personne... » Et la médecine qui ne peut rien pour moi : « Non, je regrette, il n'y a pas de traitement. Votre espérance de vie ? Six mois ou peut-être plus, on ne sait pas... — Mais j'ai 17 ans, docteur, et je vais bien. » Naïve, je me confie à un metteur en scène. Grande erreur de jeunesse. « Désolé, Charlotte, mais ce rôle ne sera pas pour toi, on ne peut pas prendre de risques. » Ni celui-là ni les autres. Puis j'oublie totalement. Je vis dans le déni, dans un tourbillon qui m'étourdit. Puis ma mère inconsolable dépérit, mon ange me quitte, silencieux, le crâne lisse. Et les amoureux fuient quand je leur dis que je suis...
Puis l'AZT vient me sauver, la trithérapie. « Votre charge virale est désormais indétectable, vous restez porteuse du virus mais vous pouvez donner la vie... » Alors ça ?! Et voilà ma fille Tara, mon bébé miracle SÉRONÉGATIF de l'an 2000. La vie reprend un peu, l'espoir aussi.
Mais le cœur est touché, irréversiblement éreinté, il faut le changer. « Une greffe ! C'est votre seule chance. » Mon torse est tranché, mon corps se déforme et peine à se remettre de ce bouleversement. Un désert de deux ans, l'isolement, puis mon livre, l'amour du public retrouvé et ces sacs de courrier qui me chauffent le cœur.
Un jour, une lettre bouleverse ma vie.
Des rêves obsédants d'une autre que moi m'amènent aux mystères de la mémoire cellulaire. Il me faut impérativement connaître mon donneur de cœur. Percer le secret. Quelle est cette présence que je ressens en moi ? Pourquoi ?

J'entends un bruit comme les grains de sable que l'on agite dans ces cariocas, des petits cailloux que l'on jetterait sur une planche de bois. Ça résonne de plus en plus fort et soudain j'étouffe. Le bruit est tout près de moi, sur moi. Je suis dans la boîte ! On m'enterre ! Je me débats, je hurle : « None! Non ! » Je me redresse d'un bond dans mon lit. Je pleure, je peine à respirer, je m'agite, je cherche à tâtons dans l'obscurité le fil de l'halogène et la lumière m'aveugle. Je reviens à ma réalité.
— Maman ? Ça va pas ?
J'enserre Tara qui dormait à côté de moi.
— Oui, si, ça va...
Je l'embrasse. Je n'arrête plus de pleurer, de rire. Je l'embrasse encore.
— J'ai rêvé, mon ange, j'ai rêvé, j'étais... à côté de toi, un papillon, une coccinelle, un cerf-volant... Toujours à côté de toi, dans le ciel, dans ton ciel... Un cœur-volant.
— C'est quoi, un cœur-volant ?
— C'est maman dans le ciel... Je te raconterai mais dors encore...
Je caresse lentement le velours tiède des joues de Tara.
— Ferme les yeux maintenant, il n'est pas encore l'heure...
C'était le 4 novembre 2005, une date particulière. Le début d'une série de rêves intrus, le premier jour d'un étrange voyage et un anniversaire, mon nouveau cœur avait 2 ans.


* Abréviation de dobutamine, médicament tonicardique favorisant la contractibilité du cœur.