L'apprentissage de l'histoire a longtemps été pour nos enfants une suite chronologique des aventures des grands hommes à laquelle il faut ajouter le récit des batailles. Le passé était largement héroïque. La mémoire des hommes, réduite à ces événements, n'exprimait qu'une succession de règnes et de régimes, de guerres et de révolutions.
Ainsi, à l'origine de cette collection "La vie privée des hommes", un désir animait l'équipe créatrice : montrer comment l'histoire des populations dans leur vie intime et collective pouvait autrement susciter l'intérêt, voire la curiosité, et satisfaire l'imagination des enfants.
Savoir que les Romains aimaient les jeux du cirque, que les Égyptiens pratiquaient la chirurgie, que les Grecs avaient construit la cité nous semblait capital, plus stimulant peut-être, pour les jeunes têtes d'aujourd'hui, que les exploits exclusifs des grands de ce monde.
Retrouver un passé oublié, mutilé, redécouvrir le corps charnel du passé des hommes et des femmes est en soi un prodige dont nous ne prenons pas toujours la mesure. Imaginez un manchot recouvrant un bras ! Ce n'est pas moins miraculeux. Les plus spectaculaires progrès de l'humanité ne sont-ils pas d'ailleurs intervenus, au temps de la Renaissance, à l'occasion d'une recherche passionnée par les hommes du XVe siècle de l'héritage oublié de l'Antiquité ?
Citons là l'exemple de Pompéi. Des fouilles révèlent une ville antique formidablement conservée par l'effet tragique d'une éruption volcanique. En moins d'un siècle, l'Occident reconstitue la cité qu'il a sous les yeux, forte de son culte du progrès, de l'amour des sciences ou des arts, tournée vers les idoles du stade et l'idéal de démocratie.
Il en va de l'histoire comme du naturel ; chassez-la des mémoires, elle revient au galop !
Pierre Miquel
À partir de quel moment, dans la longue aventure de la vie, peut-on parler de l'homme ? Il y a homme lorsqu'il y a outil ; quand un être qui utilise le tranchant d'un silex pour débiter une carcasse imagine pouvoir en fabriquer un autre semblable un peu plus tard.
Comment subsister dans une nature souvent hostile, sans le moindre outil ? Durant des centaines de millénaires, les australopithèques et les premiers hommes du genre Homo sont pourtant parvenus à s'en passer, quittant même les forêts pour s'aventurer dans la savane.