Des chevaux sauvages, ou presque
Top lecteur
Des chevaux sauvages, ou presque
Jeannette Walls
416 pages
Couverture cartonnée
Réf : 422796
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Au lieu de 20,00  (prix public)
Disponible
Résumé
Lily Casey, fille d’immigrés irlandais, naît en 1901. À 5 ans, elle dresse des chevaux, à 10 ans, elle sauve sa famille d’une crue dévastatrice, à 15 ans, institutrice itinérante, elle sillonne l’Arizona à cheval. Pionnière aux allures de Calamity Jane, elle affronte tornades et trahisons amoureuses avec la même détermination.

L’auteur nous conte la vie d’une femme exceptionnelle, sa grand-mère !
Avis Top Lecteur
« "L’histoire est trépidante […]. La lecture de ce roman touche le lecteur et donne la pêche […] et fait oublier son quotidien parfois morose pour aller de l'avant, comme l'héroïne [...]. L’écriture est simple, directe et le récit est rapide, ce qui met magnifiquement en avant la vie de l’héroïne. […] Ce personnage principal est incroyable : contemporaine, libre, courageuse, intelligente… On est forcement admiratif devant cette femme remarquable qu’était Lily Casey, la grand-mère de l'auteure. »

Stéphanie Tranchant


« Un excellent roman. […] L’auteur narre la vie de sa grand-mère. […] Si vous avez lu et aimé Le château de verre, il faut absolument plonger dans ce roman qui nous raconte l’histoire mouvementée d’une femme exceptionnelle et admirable d’optimisme. […] Les photos qui illustrent chaque nouveau chapitre nous aident à imaginer la vie du personnage principal, Lily »

Brigitte Nolet-Puraye
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Moyenne des avis :Les avis des internautesNombre d'avis :1
francois mylene
Le 17 février 2012
Passionnant !
Un livre qu'on ne peut plus lâcher, dès les premières pages ! L'héroïne est attachante, une femme forte, qui n'a pas eu une vie facile, mais qui se sort plus forte de chaque épreuve... Tellement passionnant que je l'ai lu en 2 jours !!
Il n'y a pas de commentaire associé à cet avis.
Personne ne croirait en voyant Jeannette Walls, que cette jeune femme accomplie et élégante a passé son enfance à sillonner le pays avec sa famille, dormant parfois dans des cartons et mangeant de la viande avariée... Elle a décidé de livrer le récit de ces années où l’amour de ses parents compensait souvent – mais pas toujours – la misère et l'isolement social.
Journaliste connue, Jeannette Walls vit avec son mari à Manhattan.
Extrait


Les vaches ont su avant nous que les ennuis arrivaient.
L'après-midi d'août tirait à sa fin. L'atmosphère était chaude et lourde, habituelle en cette saison des pluies. Nous avions bien aperçu quelques nuages d'orage au-dessus des collines de Burnt Spring, un peu plus tôt, mais ils étaient passés plus au nord. J'avais terminé l'essentiel des corvées de la journée et descendais vers les prés avec mon frère Buster et ma sœur Helen pour rentrer les bêtes.Mais, en arrivant en bas, les filles semblèrent contrariées.Au lieu de piétiner auprès de la barrière, comme d'habitude à l'heure de la traite, elles se tenaient les jambes raides et la queue droite, dodelinant de la tête, aux aguets.
Buster et Helen m'interrogèrent du regard. Je m'agenouillai sans un mot, l'oreille collée au sol compact. Un grondement ténu se fit sentir plus qu'entendre. Je compris ce que les vaches savaient déjà – une crue subite était en train de se produire. Alors que je me redressais, je vis les vaches foncer en direction de la clôture sud et franchir les barbelés d'un seul bond. Je n'en avais jamais vu sauter si adroitement et si haut. Puis elles se ruèrent sur les hauteurs.
Autant déguerpir au plus vite, comme elles. J'attrapai Helen et Buster par la main. Le sol grondait déjà sous nos pieds et l'eau envahissait la partie basse du pâturage. Nous n'avions plus le temps de gagner la colline. Au milieu du champ il y avait un vieux peuplier de Virginie, aux grosses branches noueuses. Nous nous précipitâmes vers lui.
Helen trébucha. Buster s'empara de son autre main et nous la portâmes littéralement entre nous deux en courant. Arrivée au peuplier, je poussai mon frère sur la branche la plus basse et il hissa sa petite sœur vers lui. Je grimpai et pris Helen dans mes bras au moment où un véritable mur d'eau de plus d'un mètre cinquante, propulsant cailloux et branches d'arbre, frappait le peuplier en nous trempant tous les trois. L'arbre vacilla en faisant entendre des craquements. Plus bas, quelques branches furent arrachées. J'eus peur qu'il ne se déracine, mais il tint bon et nous aussi, dans une même étreinte. Une eau caramel charriant des morceaux de bois et laissant apparaître ici ou là un écureuil de prairie ou un enchevêtrement de serpents courait sous les branches en recouvrant l'ensemble des basses terres.

Nous restâmes une bonne heure dans le peuplier à contempler le spectacle. Le soleil commençait à disparaître derrière les collines de Burnt Spring et à rougir les nuages qui projetaient vers l'est de grandes ombres pourpres. L'eau coulait toujours au-dessous de nous. Helen se plaignit de ses bras. Elle n'avait que sept ans et avait peur de ne pouvoir tenir beaucoup plus longtemps.
Buster, qui en avait neuf, était perché sur la fourche de l'arbre. À dix ans j'étais l'aînée ; je pris les choses en main. Je demandai à Buster d'échanger sa place avec Helen pour qu'elle puisse s'asseoir sans trop se cramponner. Peu après l'obscurité se fit mais le clair de lune nous permettait d'y voir. Nous échangions nos places de temps en temps pour soulager nos bras. Le frottement de l'écorce m'irritait les cuisses, comme celles d'Helen, et nous dûmes faire pipi dans notre culotte. Au milieu de la nuit ma sœur se mit à gémir.
« Je ne peux plus tenir.
— Si, tu peux, répliquai-je. Tu peux parce que tu le dois. »
Nous allions nous en sortir, dis-je. Je le savais, je le voyais dans ma tête. Je nous voyais remonter la colline demain matin et maman et papa se précipiter à notre rencontre. Cela se passerait comme ça  mais il dépendait de nous que ça se passe comme ça. Pour empêcher Helen et Buster de s'endormir et tomber du peuplier, je les interrogeai sur leurs tables de multiplication. Puis je passai aux noms des présidents, aux capitales des États, aux définitions des mots, à la recherche de rimes et à tout ce qui put me passer par la tête, les reprenant d'un ton sec quand leurs voix faiblissaient. C'est ainsi que je les tins éveillés toute la nuit.

Aux premières lueurs, l'eau couvrait toujours le sol. Généralement, une crue subite reflue au bout d'une heure ou deux, mais les prés étaient en contrebas près de la rivière et l'eau pouvait y rester des jours. Le flot s'était pourtant calmé et l'eau commençait à s'infiltrer dans les entonnoirs de gypse et les bancs de boue.
« On a réussi », déclarai-je.
Je me dis que nous pouvions avancer dans l'eau sans crainte. Nous descendîmes de l'arbre, tout ankylosés. Nous avancions difficilement, sans parler de la boue qui aspirait nos chaussures. Nous parvînmes finalement en terrain sec et grimpâmes la colline jusqu'à la maison, au lever du soleil, exactement comme je me l'étais figuré.
Papa faisait les cent pas sur le porche, de cette foulée inégale due à sa jambe estropiée. Il poussa un hourra de joie et dévala les marches en boitillant à notre rencontre. Maman sortit en courant, pour s'agenouiller, mains jointes, en remerciant le Seigneur. Elle nous avait sauvés en restant toute la nuit à prier, déclara-t-elle.
« À genoux ! Remerciez votre ange gardien. Et remerciez-moi aussi. »
Helen et Buster s'exécutèrent. Je restai debout à les regarder. De mon point de vue, c'était moi qui nous avais tous sauvés, pas maman ni un quelconque ange gardien. Il n'y avait que nous trois, dans ce peuplier, personne d'autre.
Papa s'approcha et m'entoura les épaules.
« Il n'y avait pas d'ange gardien, papa. »
Et de lui expliquer comment je nous avais conduits au peuplier juste à temps, comment j'avais échangé nos places quand nos bras s'engourdissaient et avais tenu Buster et Helen éveillés en les interrogeant toute la nuit.
Il me serra plus fort.
« Eh bien, ma chérie, peut-être que l'ange gardien c'était toi. »



Nous possédions une ferme le long de la Salt Draw, un affluent de la rivière Pecos, dans les prairies ondulées et sableuses de l'ouest du Texas. Le ciel était haut et pâle. La terre basse et lessivée passait du gris à toutes les couleurs du sable. Le vent pouvait souffler sans arrêt pendant des jours. Mais c'était parfois si calme qu'on entendait aboyer le chien du ranch Dingler à plus de trois kilomètres en amont. Qu'un chariot descende la route, et la poussière soulevée restait un bon moment en suspension avant de retomber sur le sol.
Ce qu'on distinguait au loin – l'horizon, la rivière, les clôtures, les ravines, les cèdres nains – semblait s'allonger et s'aplatir. Tout ce qui bougeait – gens, bétail, chevaux, lézards, cours d'eau – le faisait lentement, comme pour s'économiser.
Le pays était dur. La terre semblable à de la pierre  sauf quand une inondation la changeait en boue –, les animaux anguleux et coriaces. Même les plantes étaient épineuses et rares, sauf quand les orages apportaient une floraison spectaculaire de fleurs sauvages. Papa disait que High Lonesome, le nom de la région, n'était pas un endroit pour les têtes molles ou les cœurs faibles. Il ajoutait que c'était la raison pour laquelle cela nous convenait, à lui et à moi, vu que nous étions tous deux des durs à cuire.
Notre terre ne faisait pas plus de soixante-dix hectares, ce qui était peu dans cette partie du Texas, si sèche qu'il fallait au moins deux hectares pour élever une seule tête de bétail. Mais elle bordait le cours d'eau et valait dix fois plus que les terrains secs. Cela suffisait à nourrir l'élevage de chevaux d'attelage de papa, nos vaches laitières, des douzaines de poulets, quelques porcs et les paons.
Les paons ! C'était l'un des plans mirifiques de papa pour gagner de l'argent. Il avait fait venir à grands frais un couple de ces volatiles d'une lointaine ferme de l'est des États-Unis. Les paons étant un signe infaillible de prestige et d'élégance, les acheteurs de chevaux d'attelage, d'après lui, seraient prêts à débourser cinquante dollars de plus pour l'un de ces oiseaux de luxe. Il projetait de vendre uniquement les mâles afin que nous soyons les seuls éleveurs de paons de ce côté du Pecos.
Malheureusement papa avait surestimé la demande d'oiseaux d'ornement au Texas occidental – même parmi les possesseurs d'un attelage – et le ranch fut envahi par les paons en quelques années. Ils se pavanaient en poussant des cris rauques et perçants, nous picoraient les genoux, effrayaient les chevaux, tuaient les poussins, attaquaient les porcs. Je dois toutefois admettre que c'était un sacré spectacle quand, parfois, ces bestioles mettaient une sourdine à leur campagne de terreur pour étaler leurs plumes et faire la roue.
Les paons n'étaient qu'un à-côté. L'occupation essentielle de papa était l'élevage et le dressage des chevaux d'attelage. Malgré son accident, il aimait les chevaux.À l'âge de trois ans il avait reçu un coup de sabot qui lui avait pratiquement défoncé le crâne, alors qu'il courait dans l'écurie. Il était resté dans le coma pendant des jours et personne ne pensait qu'il s'en tirerait. Il s'en était remis, en gardant un petit handicap du côté droit. Il traînait un peu la jambe et gardait son bras replié comme l'aile d'un poulet. Jeune homme, il avait aussi travaillé un bon moment dans le moulin du ranch familial, si bruyant qu'il en était resté dur d'oreille. Du coup il parlait d'une drôle de façon et on comprenait difficilement ce qu'il disait tant qu'on ne l'avait pas côtoyé suffisamment.
Papa n'en voulait pas à l'animal qui l'avait blessé. Tout ce que ce cheval savait, aimait-il à dire, c'était qu'une créature de la taille d'un puma avait foncé comme une flèche près de lui. Les chevaux n'avaient jamais tort. Tout ce qu'ils faisaient avait une raison et c'était à vous de la deviner. C'était un cheval qui lui avait quasiment fracassé le crâne, mais il aimait les chevaux parce que, contrairement aux gens, ils le comprenaient toujours sans le prendre en pitié. C'est ainsi que, même incapable de tenir en selle, il était devenu un expert dans le dressage des chevaux d'attelage. Il ne pouvait pas les monter mais il savait les conduire.