Terrienne
Top lecteur
Terrienne
Jean-Claude Mourlevat
464 pages
Couverture souple
Réf : 422466
Avec ce livre, cumulez 10 Points Club
Au lieu de 16,00  (prix public)
Résumé
À la recherche de sa sœur Gabrielle disparue, Anne, dix-sept ans, découvre un monde parallèle où tout semble aseptisé, et surtout où les gens n’ont plus rien d’humain... Dans ce monde étrange et terrifiant, elle rencontre cependant des alliés inoubliables qui vont risquer leur vie pour l’aider à sauver Gabrielle... Une quête à vous couper le souffle !
Avis Top Lecteur
« Ce livre a le mérite de nous transporter réellement dans l’"autre monde" qu’il décrit [.. .], il nous déracine […]. L’histoire est […] intéressante, les personnages attachants, l’atmosphère dépaysant […]. Il nous laisse un sentiment étrange une fois terminé, comme si nous prenions alors pleinement conscience des actes du quotidien que nous effectuons sans nous en rendre compte : respirer, être essoufflé, éternuer, tousser, rire… »

Sylvie Adonel


« Pour ceux qui aiment la science-fiction, le fantastique et les romances comme par exemple la saga Eternels d’Alyson Noël, celui-ci est pour vous ! Le style d’écriture est jeune et entraînant. Quand on se plonge dans ce livre, on croit tout d’abord avoir à faire à une histoire de fugue ou d’enlèvement. Mais une idée de monde parallèle change tout et donne un très agréable côté fantastique au récit. [...] Ce monde sans oxygène, sans expressions, sans VIE, est très bien exploité. [...] L'héroïne est touchante et attachante. Un très bon livre. »

Elodia Dos Santos
Moyenne des avis :Les avis des internautesNombre d'avis :5
JeudiProchain
Le 28 novembre 2011
Un roman qui fait prendre conscience de ce que l'on est
En suivant Anne jusque dans cet étrange monde parallèle, j'ai trouvé une très bonne histoire, des personnages attachants, une autre réalité glaçante qui par contraste, m'a permis d'apprécier ces choses toutes simples qui font de nous des humains et de la Terre une planète incomparable. Facile à lire, avec de vraies questions, des sentiments bruts et une fraîcheur que je n'avais pas croisé depuis longtemps, c'est une jolie surprise.
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marylinm
Le 10 janvier 2012
Un monde parallèle fade et terne
Comment mieux apprécier notre vie sur Terre qu'en découvrant un monde parallèle terrifiant par son caractère fade et sans relief ? C'est l'expérience que va mener Anne Collodi dans ce roman jeunesse, "Terrienne". J'ai beaucoup aimé cette histoire même si elle ne m'a pas transportée comme cela a pu être le cas pour d'autres lecteurs. J'aurais apprécié en savoir encore plus sur ce monde parallèle et les rapports avec les terriens. Néanmoins, je note une fin parfaite, qui m'a touchée voire émue. Une belle leçon sur la beauté de notre monde et de notre vie, dans tout ce qu'ils recèlent de bon et de mauvais. Un ensemble qui crée une richesse incomparable dont il faut être conscient.
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mimi2
Le 09 février 2012
Superbe
Au début, je croyais que l'autre monde, était l'au-delà, j'ai été étonnée qu'en fait, c'est un monde parrallèle où se mêlent suspense, angoisse, science-fiction et surnaturel. Histoire captivante qui se lit d'un trait, mais qui malheureusement se termine trop vite. J'ai adoré.
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Michou
Le 22 février 2012
Vous ne respirerez plus jamais comme avant
Je suis tombée par hasard sur ce livre dont la couverture m'a de suite interpellée. Cette intense lumière blanche qui nous laisse à peine deviner l'héroïne est superbe et illustre parfaitement "l'autre côté". Puis le résumé a fini de me convaincre, et me voilà partie avec Anne à la recherche de sa sœur. C'était la première fois que je lisais un roman de Jean-Claude Mourlevat, et une chose est sûre, ce ne sera pas la dernière. Son style est agréable, fluide, et cet auteur a un don particulier pour nous emporter dans son monde. Et ce monde-là, il fait peur. Oui, j'ai été angoissée comme Anne tandis qu'elle traversait ce monde à la recherche de sa sœur, j'ai été effrayée avec elle par ces êtres sans cœur, j'ai retenu ma respiration pour l'aider, et j'ai chaviré de la même façon que son cœur a chaviré pour ces compagnons de route. Cette histoire est prenante, tellement qu'on enchaine facilement les pages. C'est un roman qui ne laissera personne indifférent, et qui vous transportera dans un autre monde, et une fois revenu, vous ne respirerez plus jamais comme avant.
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Elsinka
Le 18 avril 2012
Un bon moment de lecture
Je ne suis pas une grande fan de l'écriture de Jean-Claude Mourlevat. Je trouve qu'elle ne témoigne pas d'un grand talent. Après, c'est mon point de vue. ^^ Toutefois, j'ai dévoré ce roman, dont l'histoire m'a beaucoup intéressée. Enfin, je ne suis pas rentrée dedans tout de suite, j'ai ramé les quelques premières pages, mais ensuite, lorsque l'intrigue s'est mise en place, ça a été comme sur des roulettes. J'ai bien aimé Bran, et j'ai trouvé le personnage de M. Virgil original. Le sort que lui réserve l'auteur est un beau pied de nez à la littérature, où tout semble toujours logique, où tout semble couler de source. On sent son œil malicieux nous dire : "Vous ne vous attendiez pas à ça, hein ?" ^^
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Jean-Claude Mourlevat est né en Auvergne. Professeur d'allemand avant de devenir comédien et metteur en scène de théâtre, il se consacre à l'écriture à partir de 1997. Depuis, les livres se succèdent, plébiscités par les lecteurs, la critique et les prix littéraires.
Extrait

1

La fille au scarabée



Étienne Virgil n'allait pas bien quand il fit la rencontre, au début de l'automne, de cette jeune fille qui s'appelait Anne Collodi.
Elle tendait le pouce sur la route départementale 8 entre Saint-Étienne et Montbrison, dans ce secteur qu'on nomme ici la Plaine. Plus loin, vers l'ouest, il y a les monts du Forez. S'il fait beau, on les voit devant soi, à l'horizon, vert sombre et bleutés, et on se dit forcément qu'on devrait y aller, que ça a l'air très beau. Mais ce matin-là, on ne les voyait pas, le ciel était gris et bas. Il bruinait.
Elle se tenait sur le bas-côté de la route, à la sortie de Sury-le-Comtal, bien campée sur ses jambes et faisant face au trafic. Il n'avait pas l'habitude de prendre des auto-stoppeuses et, s'il le fit ce jour-là, ce fut parce que celle-ci avait apparemment le même âge que sa petite-fille Loïse. Il n'aurait pas aimé du tout voir l'aînée de ses petits-enfants faire de l'auto-stop toute seule sur cette route, ni sur aucune autre route d'ailleurs, et il n'eut aucune hésitation en arrêtant sa vieille Peugeot sur le bas-côté.
Elle trottina jusqu'à la voiture, se pencha à la vitre qu'il avait baissée et demanda :
— Vous allez sur Montbrison ?
Elle était de taille moyenne, elle avait une silhouette juvénile, un joli visage et des cheveux châtain foncé, mi-courts. Elle ne portait que du noir : jean, pull, veste, chaussures, écharpe.
— J'y vais. Montez.
— Merci, monsieur.
Il arrêta la radio pendant qu'elle prenait place.
— Vous pouvez laisser la radio, dit-elle.
— Je n'écoutais pas, répondit-il. Vous attendiez depuis longtemps sous cette pluie ?
— Non, deux minutes à peine, et il ne pleut pas très fort. Et puis j'ai l'habitude.
Elle boucla sa ceinture. Il jeta un coup d'œil dans le rétroviseur et démarra.
— Regardez ! Il est beau non ?
Elle ouvrit la main droite et lui montra un scarabée vert bronze dont le vernis étincelait, comme si on venait tout juste de l'appliquer au pinceau.
— Je l'ai trouvé là, dans le gravier. On dirait un bijou, non ? Une broche...
Elle était calme, sans aucune méfiance. Elle avait déposé son sac de voyage à ses pieds et regardait le gros insecte qui bougeait au ralenti dans sa main.
— Je pensais qu'à l'automne ils s'enterraient pour passer l'hiver. Il a l'air perdu. Vous croyez qu'il va survivre ?
— Je ne sais pas.
— Et si je le garde et qu'il se dessèche, vous croyez qu'il restera vert comme ça ?
— Je ne sais pas. Je n'y connais rien en entomologie.
— Ah, et vous vous y connaissez en quoi ?
— En rien de particulier...
Disant ces mots, il se rendit compte à quel point c'était la vérité : il ne s'y connaissait en rien de particulier. Il se fit aussi la réflexion que cette jeune fille ne ressemblait pas aux autres. Au lieu d'un téléphone portable, elle tenait un scarabée vert dans sa main, et elle parlait volontiers, à l'inverse de ces adolescents mutiques qu'il connaissait et qui perdaient l'usage de la parole en présence des adultes.
Elle gardait sa paume ouverte et le vert du scarabée irradiait au milieu de tout le sombre que faisaient ses vêtements, le tableau de bord et le sac de voyage.
— On en trouve sur le sarcophage de Toutankhamon, dit-elle.
— Ah...
— Ils sont le symbole de l'éternel retour.
— Vraiment ?
— Oui, du soleil qui revient, qui échappe aux ombres de la nuit, chaque matin, et qui remonte dans le ciel.
Il sourit. Si l'un d'eux avait dû enseigner quelque chose à l'autre, compte tenu de leur âge respectif, c'était lui.
— Vous êtes à la retraite ?
Il se sentit désarçonné l'espace d'un instant, mais elle avait posé la question avec tant de naturel et de liberté qu'il ne s'offusqua pas.
— Oui. Enfin non. Disons que j'ai un métier où on ne prend pas vraiment sa retraite.
— C'est quoi ?
— J'écris des livres. Des romans.
— Vous êtes écrivain ?
— Oui. Il avait toujours eu du mal à prononcer lui-même ces trois mots-là : « Je suis écrivain. » Cela le mettait mal à l'aise, comme s'il s'était vanté, en les disant, d'une capacité particulière, et il craignait d'être jugé prétentieux.
Il redouta qu'elle enchaîne en lui posant l'inévitable et insupportable question : « Où trouvez-vous vos idées ? » À laquelle il aurait été obligé de répondre une fois de plus : « Je n'en trouve pas. » Elle lui épargna cette épreuve. Décidément, elle l'étonnait.
— Comment s'appelle votre dernier roman ?
— Il s'appelle Le Saut de l'ange.
— Je ne l'ai pas lu.
— C'est normal, il ne paraîtra qu'au mois de décembre.
— C'est un beau titre. Je l'emprunterai à la médiathèque.
— Oh ! vous n'êtes pas obligée...
— Pourquoi ?
— Parce que ce n'est pas un bon roman.
— Ah, vous êtes mécontent de vous.
La voix était descendue sur la dernière syllabe. Ce n'était pas une question mais un commentaire. Un étrange commentaire, et il s'en amusa.
— C'est ça, je suis mécontent de moi.
— Allez, vous ferez mieux la prochaine fois !
— Pas sûr, j'ai l'impression d'être un peu au bout du rouleau. Je me sens vieux. Il s'étonna lui-même de sa franchise. Il connaissait cette jeune fille depuis moins de quatre minutes et il venait de lui en dire plus qu'à l'éditeur avec lequel il travaillait depuis quarante ans, à qui il ne cachait rien, en qui il avait toute confiance, mais à qui il n'avait pas réussi à avouer ceci : « Mon dernier roman est mauvais, je n'ai plus d'idées et je me sens vieux. »
— Vous avez quel âge ?
— J'ai soixante et onze ans.
— C'est drôle.
— Qu'est-ce qui est drôle ?
— Moi, j'en ai dix-sept. Il suffit d'inverser les deux chiffres.
Le scarabée avait atteint le bord de sa main et elle le repoussa doucement avec l'ongle de l'index.
— Reste là, toi... Où tu vas comme ça ?
Le petit animal roula dans le creux et activa ses pattes crochues et ses pinces pour se remettre à l'endroit. Elle laissa échapper un rire, regarda Virgil de côté et revint à l'insecte. Ils restèrent quelques minutes sans parler. Il regardait la route. Elle regardait le scarabée.
— Vous êtes marié ?
— Non. Enfin, oui. Je l'ai été.
— Vous êtes divorcé ?
— Non. J'ai perdu ma femme, il y a trente ans.
— Ah. Et de quoi est-elle morte ?
— D'un accident cérébral.
— Trente ans..., souffla-t-elle, impressionnée. Et vous n'avez jamais essayé de refaire votre vie avec quelqu'un d'autre ?
— Si, j'ai essayé. Plusieurs fois.
— Et ça n'a pas marché ?
— Non, ça n'a pas marché.
— Pourquoi ?
— Je ne sais pas... Elles ne m'ont pas trouvé à leur goût, je suppose.
— Comment elle s'appelait, votre femme ?
— Elle s'appelait Madeleine. Il se demanda pourquoi il commettait cette folie de continuer à répondre à cette inconnue. « Peut-être parce qu'elle ne me regarde pas, pensa-t-il, parce qu'elle pose ses questions sans aucune gêne, et aussi parce que tout ça semble un peu irréel, à vrai dire. »
— Madeleine, c'est joli, reprit-elle. C'est ancien, mais c'est joli.
— Vous trouvez ?
— Oui. En fait, je crois que j'aurais dit la même chose pour n'importe quel autre prénom : qu'il était joli. Il y a des moments, comme ça.
Virgil se troubla. Cette jeune fille avait une façon originale de raisonner. Il eut envie qu'elle l'interroge encore. Il eut peur qu'elle s'arrête.
— C'est bien, écrivain, reprit-elle. Moi, je ne fais rien d'intéressant. Je vends des chaises.
— Ah, fit-il, presque déçu qu'elle parle d'elle maintenant, et non plus de lui. Des chaises ?
— Oui. Et je cherche ma sœur.
— Pardon ?
— Je cherche ma sœur.
Il ne sut que répondre et, pour la première fois depuis que la jeune fille était dans sa voiture, il se demanda si en réalité elle n'avait pas un grain, comme on dit. Si ce qu'il avait pris pour une marque d'intelligence et un charme singulier n'était pas finalement une légère déficience mentale. Ce scarabée dans sa main, cette histoire de chaises, cette indiscrétion, ces coq-à-l'âne... Elle ne lui laissa pas le temps de s'interroger davantage.
— Qu'allez-vous faire à Montbrison ?
— J'ai rendez-vous chez mon dentiste. J'y vais tous les vendredis matin à la même heure, depuis deux mois. Et j'ai toujours aussi peur.
— Peur de quoi ?
— Qu'il me fasse mal.
— Mais les dentistes ne font pas mal.
— On voit que vous êtes jeune. Quand j'étais petit, ils faisaient mal, avec leur roulette. La roulette, c'est la fraise en réalité, mais on disait la roulette. Rien que le bruit, ça vous vrillait les nerfs. Et puis, c'est à cause de mon frère.
— De votre frère ?
— Oui, mon frère aîné. La première fois que je suis allé me faire soigner les dents, je devais avoir dix ans, il m'a dit que la dentiste était une ancienne SS et qu'on la surnommait la chienne de Buchenwald. Ça m'a terrorisé.
Elle sourit et secoua la tête. Il y eut un silence, puis elle reprit :
— Est-ce que, dans vos romans, il vous arrive de parler du secret des gens ?
Le changement brutal de sujet ne l'étonna qu'à moitié cette fois-ci.
— Oui, oui, balbutia-t-il, bien sûr... C'est exactement ça. En fait, je ne parle que de ça, du secret des gens. C'est mon unique sujet.
— Ah. Et des disparitions ?
— Des disparitions ?
— Oui, des personnes qui disparaissent et qu'on ne revoit plus jamais.
— Il m'est arrivé de parler de personnes qui se cherchent longtemps, oui, et qui finissent par...
— Non, le coupa-t-elle, je veux dire des personnes qui disparaissent, comme si elles étaient tombées dans un trou.
— Non, dit-il, pas ça.
— Est-ce que...
Il s'attendit à une autre question indiscrète. Il l'espéra. Peut-être voudrait-elle savoir s'il avait des enfants, combien, leurs noms, s'il les aimait, s'il y en avait un qu'il préférait parmi les autres, et il aurait accepté de le dire. Mais ce n'était pas ça.
— Est-ce que vous pourriez me laisser là, au croisement ?
— Ah, je pensais que vous alliez jusqu'à Montbrison comme moi.
— Non, je vais à Campagne.
— Campagne ?
— Oui. C'est là. On y est.
Il mit son clignotant à droite et s'arrêta à quelques mètres du modeste panneau qui indiquait en effet : « Campagne 3,5 ».