Delirium, Livre I
Top lecteur
Delirium, Livre I
Lauren Oliver
456 pages
Couverture souple
Réf : 422455
Avec ce livre, cumulez 10 Points Club
Au lieu de 16,00  (prix public)
Disponible
Dans ce monde, l'amour est interdit
Résumé
Lena, dix-sept ans, vit dans un monde où l’amour est considéré comme le mal suprême. Un monde où chaque individu subit le jour de ses dix-huit ans une intervention médicale qui guérit de l’amour. Mais Lena rencontre Alex. Elle sent naître en elle des sentiments qui mettent à mal ses certitudes... que doit-t-elle faire ?
Avis Top Lecteur
« Ce livre est une véritable claque, il met en avant une société totalement futuriste [...]. Il y a beaucoup d’action, de suspense, de rebondissements, de tension, d’amitié et bien sûr d’amour, sans oublier une belle réflexion sur la place des émotions […]. Ce livre nous donne envie de croire jusqu’au bout qu’il y a toujours moyen de triompher des épreuves de la vie si on s’en donne la peine et si on a des choses dans notre vie qui nous donnent envie de nous battre, d’y croire. »

Magali Di Vito
Les internautes ayant commandé Delirium, Livre I ont également choisi
Moyenne des avis :Les avis des internautesNombre d'avis :14
kelucie
Le 29 janvier 2012
Passionnant
Au début, du mal à rentrer dans l'histoire, j'ai continué et j'ai adoré. Captivant, déroutant car si réaliste parfois que l'on se dit que cela pourrait bien arriver !!
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BULLEDOR
Le 16 décembre 2011
Super !
Au départ, je n'arrivais pas à savoir si j'aimais ou pas... j'ai bien fait de continuer ! On est pris dans l'histoire, bouleversante, des personnages. Il y a beaucoup de suspense, on est tenu en haleine ! Il y a un côté effrayant dans le sens où on sait que cela pourrait arriver d'une certaine façon... A quand la suite ???? J'ai vraiment hâte de savoir ce qu'il va se passer !
Réponse du modérateur : Le tome 2 de Delirium sort en mars 2012, il sera donc proposé au catalogue à Prix Club à la fin de l¿année 2012.
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Remarque de Nalb du 21/02/12
Pourquoi n'est-il proposé qu'à la fin de l'année 2012 puisqu'il sort en mars prochain ? [Réponse du modérateur : les livres doivent respecter un délai légal de 9 mois avant d'être proposés à Prix Club.]
Remarque de angelique forciniti du 23/02/12
C'est long !!!!! La fin de l'année...
Remarque de Michèle DESVIGNES du 04/03/12
Je ne comprends pas pourquoi ce délai si long ?? Alors que moi, je l'ai déjà vu en librairie la semaine dernière !! Alors je l'attendais sur le catalogue !!
Remarque de Jennifer Capart du 21/03/12
C'est loin fin 2012 !
guillard laetitia
Le 07 février 2012
A quand la suite ?
On a du mal à se mettre dans l'histoire, j'ai trouvé que c'était long à démarrer mais ça vaut le coup de continuer. J'adore et j'ai hâte de lire la suite.
Réponse du modérateur : Le tome 2 de Delirium sort en mars 2012, il sera donc proposé au catalogue à Prix Club à la fin de l¿année 2012.
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Miri
Le 14 février 2012
Extraordinaire
L'histoire est bien construite et nous plonge dans un monde où l'amour est une maladie et où les adultes sont immunisés contre tous sentiments. Chanter, danser , ou désirer est interdit et honteux. Une nouvelle religion dans laquelle les prières se résument en fait à une description du tableau périodique. Bref, on se laisse entraîner tout de suite. Avec l'histoire d'un amour interdit. J'ai fini ce livre en deux jours mais il m'a bouleversé pour bien plus longtemps, on met du temps à se remettre d'un tel périple. A LIRE AU PLUS VITE
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yankee
Le 14 janvier 2012
J'attends la suite avec impatience
Très bon roman, j'ai adoré comment l'auteur décrit les sentiments de Lena. Vivement la suite, j'espère que je retrouverai le style de l'écriture que j'ai adoré. Merci !
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Nalb
Le 21 février 2012
Merveilleux !!!
Je viens de dévorer ce livre que je viens de finir hier soir !!! Un régal, on ne s'en lasse pas !!!! Je le conseille aux amateurs d'histoires d'amour, et de dystopies comme "1984" de Georges Orwell, "Le Passeur" de Loïs Lawry (aussi bien que Délirium!!), ou bien "Le Meilleur des Mondes".
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Remarque de lectrice du 04/04/12
L'extrait est très prometteur, ayant adoré les livres que tu mentionnes, je crois que je vais me laisser tenter!
Emy27
Le 13 février 2012
Regard tres interessant sur la societe!!!
Ce livre qui de prime abord, peut paraitre lent a démarrer, place de façon très précise le lecteur dans la tête de Lena ! A lire absolument, hâte de voir la suite ! Excellent analyse de la société et du pouvoir du conditionnement !
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marie26
Le 26 décembre 2011
Délirium amora
Livre magnifique qui décrit l'amour. Que resent-on quand on tombre amoureux ? La vie est-elle possible sans amour ?
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Zaz27
Le 12 février 2012
J'adore
Je viens de finir le bouquin et je recherche déjà le tome 2 ! J'ai beaucoup apprécié ce livre qui nous permet d'aimer l'amour et ses souffrances.
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Remarque de Emy27 du 04/03/12
Le tome 2 est déjà sorti et sera présent en fin d'année chez France Loisirs.
ginger85
Le 07 mars 2012
Un vrai coup de coeur
Mon livre préféré du moment, avec Hunger Games ! On est partagé, à la lecture, entre l'horreur de ce monde, persuadé que l'amour n'est qu'une tare, une maladie qu'il faut éradiquer, et en même temps, l'espace d'un instant, on en vient à se dire que certains arguments se tiennent... (un instant, seulement...). Ce livre est d'une machiavélique brillance, et j'ai parcouru les dernières pages en tremblant ! Bravo !
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angie82
Le 23 février 2012
Super, y a pas de mot
J'ai jamais été aussi prise par un livre que par celui-là, c'est LE livre qu'il faut absolument lire !!! A quand la suite ?
Réponse du modérateur : Le tome 2 de Delirium sort en mars 2012, il sera donc proposé au catalogue à Prix Club à la fin de l¿année 2012.
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Remarque de angie82 du 20/03/12
Je viens d'acheter le 2 ne pouvant pas attendre la fin de l'année. Je le conseille et attends impatiemment le 3.
valquenart laetitia
Le 23 avril 2012
Delirium
Très très belle histoire !! J'ai déjà lu le livre 2, j'attends avec impatience le 3ème !!!!
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Chrablabla
Le 30 mars 2012
J'aime
J'ai adoré ! On voit le personnage passer de celle qui suit les règles à la rebelle et il y a une belle histoire d'amour. A la fin, je me suis rendue compte qu'il y avait une grande ressemblance avec la saga "Uglies", mais ça ne m'a pas dérangé pour autant. Je le conseille pour les ados.
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Nell
Le 02 mai 2012
Waouh
Je suis fan de suspense et là je ne me suis pas arrêtée avant la fin du livre. Il y a de l'action, de l'amour, des passés difficiles, des mensonges, bref tout ce qui fait un super roman !!! Je ne pourrais pas attendre que France Loisirs sorte le tome 2, et pour la 1ere fois depuis longtemps, je vais aller chercher un livre ailleurs. Cette auteure a une écriture fluide et sait comment tenir son lecteur en haleine !!!
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Extrait

Un

Les maladies les plus dangereuses sont celles qui nous donnent l'illusion d'aller bien.
Proverbe 42, Le Livre des Trois S

Il y a soixante-quatre ans que le Président et le Gouvernement ont classé l'amour au rang des maladies, et quarante-trois que les scientifiques ont mis au point un remède. Tous les autres membres de ma famille ont déjà subi le Protocole. Ma sœur aînée, Rachel, est immunisée depuis neuf ans. Elle est protégée de l'amour depuis si longtemps qu'elle dit ne même plus se souvenir des symptômes. Mon Protocole aura lieu dans quatrevingt-quinze jours exactement, le 3 septembre. À la date de mon anniversaire.
Beaucoup de gens le redoutent, certains s'y opposent. Mais je n'ai pas peur. Je suis impatiente, même. Si ça ne tenait qu'à moi, je me ferais soigner dès demain : il faut avoir au moins dix-huit ans, cependant, parfois un peu plus. Autrement, l'opération est risquée, et les patients peuvent se retrouver frappés de lésions cérébrales, de paralysies partielles, de cécité, ou pire.
Je n'aime pas savoir qu'à l'heure qu'il est la maladie coule dans mon sang. Parfois, je le jure, je la sens, elle me brûle les veines à la façon d'un liquide gâté, à la façon du lait tourné. Elle me donne l'impression d'être sale. Elle m'évoque des enfants capricieux. Elle m'évoque des images de résistance, de filles malades se roulant par terre de désespoir et s'arrachant les cheveux, la bouche écumante de salive.
Et, bien sûr, elle me rappelle ma mère.
Après le Protocole, je serai heureuse et en sécurité pour toujours. C'est ce que tout le monde dit, les scientifiques, ma sœur, tante Carol. Une fois que j'aurai été traitée, les Évaluateurs m'attribueront un compagnon. Dans quelques années, nous nous marierons. Depuis peu, je me suis mise à rêver de mes noces. Je me tiens sous un dais blanc, des fleurs piquées dans les cheveux, main dans la main avec un garçon, mais chaque fois que je me tourne vers lui son visage devient flou, comme lorsqu'une caméra n'est pas au point, et je suis incapable de distinguer ses traits. Sa main est froide, sèche, et mon cœur cogne régulièrement dans ma poitrine – dans ce rêve, je sais qu'il battra toujours au même rythme, qu'il ne s'arrêtera pas, ne s'emballera pas, mais se contentera de ce boum boum boum jusqu'à ma mort.
Je serai sauvée, et je ne souffrirai jamais.
Tout n'a pas toujours été aussi parfait. À l'école, on nous apprend que dans le passé, à une époque moins éclairée, les gens ignoraient que l'amour était une maladie mortelle. Pendant longtemps, ils l'ont même considéré comme un bien à célébrer et à rechercher. C'est d'ailleurs une des raisons pour lesquelles il est si dangereux : « Il affecte l'esprit de sorte que le sujet est incapable de penser correctement ou de prendre des décisions rationnelles concernant son propre bien-être. » (Il s'agit du symptôme numéro douze répertorié dans le chapitre « Amor deliria nervosa » de la douzième édition du Manuel pour la sûreté, la santé et la satisfaction, ou Le Livre des TroisS.) Les gens identifiaient alors d'autres maux – stress, maladies cardio-vasculaires, anxiété, dépression, hypertension, insomnie, troubles bipolaires –, sans voir que ces symptômes étaient, dans la majorité des cas, des manifestations de l'amor deliria nervosa.
Naturellement, nous ne sommes pas entièrement à l'abri des effets du deliria aux États-Unis. Tant que le Protocole n'aura pas été perfectionné, tant que les moins de dix-huit ans ne pourront pas le subir sans dommages, nous ne serons jamais intégralement protégés. Le virus rôde toujours parmi nous, menaçant de nous étouffer de ses tentacules puissants. J'ai vu d'innombrables malades traînés de force pour être guéris, si tourmentés et dévastés par l'amour qu'ils auraient préféré se faire arracher les yeux ou s'empaler sur les barbelés entourant les bâtiments des laboratoires.
Il y a plusieurs années, le jour de son opération, une fille a réussi à se libérer de sa camisole de force et à gagner le toit d'un laboratoire. Sa chute a été rapide, elle n'a poussé aucun cri. Au cours des jours suivants, la télévision a diffusé le visage de la morte pour nous rappeler les dangers du deliria. Si ses yeux n'avaient pas été ouverts et si son cou n'avait pas formé un angle insolite, on aurait pu croire, à la façon dont sa joue reposait contre le macadam, qu'elle s'était allongée pour piquer un somme. Étonnamment, il n'y avait que très peu de sang, à part un mince filet sombre à la commissure des lèvres.
Plus que quatre-vingt-quinze jours, et je serai enfin saine et sauve. Je suis fébrile, évidemment : j'ai envie d'être libérée, j'ai du mal à être patiente. J'ai du mal à ne pas avoir peur tant que je ne suis pas immunisée, même si je n'ai jamais été infectée par le deliria.
On raconte qu'autrefois l'amour conduisait les gens à la folie, c'est terrifiant. Le Livre des Trois S rapporte aussi l'histoire de personnes mortes parce qu'elles avaient perdu l'amour ou ne l'avaient jamais trouvé, ce qui me terrifie encore plus.
En définitive, le deliria est le plus fatal des maux mortels : il vous tue, que vous soyez ou non contaminé.


Deux


Il nous faut constamment être en garde contre la maladie : la santé de notre nation, de notre peuple, de nos familles et de nos esprits dépend de cette vigilance permanente.
« Mesures sanitaires fondamentales », Manuel pour la sûreté, la santé et la satisfaction, douzième édition

L'arôme des oranges m'a toujours rappelé les enterrements. Le matin de mon Évaluation, c'est cette odeur qui me tire du sommeil. Je consulte le réveil sur ma table de nuit : il est 6 heures.
La lumière est grise, les pâles rayons du soleil commencent seulement à effleurer les murs de la chambre que je partage avec les deux filles de ma cousine Marcia. Grace, la cadette, déjà habillée, est accroupie sur son lit et m'observe. Elle tient une orange entière dans une main. Elle essaie de la croquer comme une pomme, avec ses dents de lait. Mon estomac se soulève, et je referme les yeux pour chasser le souvenir de la robe qu'on m'a forcée à porter à la mort de ma mère, elle me donnait chaud et me grattait. Pour chasser aussi le souvenir des murmures, de l'énorme main qui me gavait de quartiers d'orange afin de me réduire au silence. À l'enterrement, j'avais mangé quatre oranges, morceau par morceau, jusqu'à ce qu'il ne reste plus qu'un tas d'écorces sur mes genoux ; alors, je m'étais mise à sucer celles-ci, et leur amertume m'avait aidée à ravaler mes larmes.
Je rouvre les paupières, et Grace se penche vers moi, m'offrant la sphère dans sa paume tendue.
— Non, Gracie.
J'écarte les draps pour me lever. Mon estomac se contracte et se détend à la façon d'un poing serré puis ouvert.
— Tu n'es pas censée manger la peau, tu sais, ajouté-je.
Elle continue à me fixer de ses grands yeux gris, silencieusement. En soupirant, je m'assieds à côté d'elle.
— Tiens, dis-je en lui montrant comment peler le fruit avec l'ongle du pouce.
Tout en déroulant des serpentins orange vif qui tombent dans son giron, je retiens mon souffle pour ne pas aspirer les effluves. Elle m'examine sans un mot. Lorsque j'ai fini, elle saisit l'orange pelée, à deux mains cette fois, comme s'il s'agissait d'une boule de verre et qu'elle craignait de la casser.
— Vas-y, lancé-je en lui donnant une bourrade. Mange, maintenant.
Devant son immobilité, j'entreprends de séparer les quartiers, un par un, tout en chuchotant, le plus douce¬ment possible :
— Tu sais, les autres seraient plus gentils avec toi si tu ouvrais la bouche de temps en temps.
Elle ne répond rien. Le contraire m'aurait surprise : ma tante Carol ne l'a pas entendue prononcer un son en six ans et trois mois, soit depuis sa naissance. Pas une seule syllabe. Carol pense qu'elle a un problème au cerveau, mais les médecins n'ont rien trouvé jusqu'à présent. L'autre jour, en regardant Grace tourner et retourner une pièce d'un jeu de construction comme si celle-ci était d'une beauté miraculeuse, comme si celle-ci allait se métamorphoser subitement, Carol en a conclu, sur le ton de l'évidence : « Elle est bête à manger du foin. »
Je quitte Grace, et ses grands yeux gris étonnés, et ses longs doigts agiles, pour m'approcher de la fenêtre. J'ai de la peine pour elle. Marcia, sa mère, est morte. Elle clamait sans cesse qu'elle n'avait jamais voulu ses filles. C'est l'un des inconvénients du Protocole : une fois immunisées contre le deliria nervosa, certaines personnes n'ont plus aucun goût pour la parentalité. Heureusement, les cas de détachement émotionnel extrême – mère ou père se révélant incapable d'établir un lien normal et responsable avec leurs enfants et finissant par les noyer, les étouffer ou les battre à mort – sont rares.
Marcia devait avoir deux enfants, ainsi en avaient décidé les Évaluateurs. Sur le coup, cette décision avait semblé judicieuse. La famille de Marcia avait obtenu de bonnes notes de stabilisation dans le rapport annuel. Son mari, un scientifique, jouissait d'une excellente réputation. Ils vivaient dans une immense maison sur Winter Street. Marcia préparait tous les repas elle-même et donnait des leçons de piano pendant son temps libre, pour s'occuper.
Mais lorsque le Gouvernement a soupçonné le mari de Marcia d'être un Sympathisant, tout a changé. Elle a été contrainte de retourner s'installer avec ses deux filles chez sa mère, ma tante Carol, et les gens se sont mis à chuchoter sur leur passage et à les montrer du doigt. Grace ne peut pas se le rappeler, bien entendu ; je serais même surprise qu'elle ait le moindre souvenir de ses parents.
Le mari de Marcia a disparu avant d'être traduit en justice, ce qui est probablement une bonne chose. Les procès ont surtout lieu pour la forme : les Sympathisants sont presque toujours exécutés. Ou alors enfermés dans les Cryptes pour la durée de trois vies humaines. Marcia le savait, évidemment. Tante Carol pense d'ailleurs que le cœur de celle-ci a lâché pour cette raison, quelques mois après la disparition de son époux, quand c'est elle qui a été condamnée à sa place. Le lendemain du jour où elle a appris son assignation, elle marchait dans la rue lorsque... bam ! une crise cardiaque l'a terrassée. Le cœur est une chose fragile. Voilà pourquoi il faut être prudent.
Il fera chaud aujourd'hui, je le sens. L'atmosphère dans la chambre est déjà étouffante et, quand j'entrouvre la fenêtre pour chasser le parfum d'orange, l'air extérieur est aussi épais et collant qu'une langue poisseuse. J'inspire profondément, m'emplissant de l'odeur puissante des algues et du bois humide, prêtant l'oreille aux cris distants des mouettes qui tournoient sans fin quelque part au-delà des bâtiments gris et bas, au-dessus de la baie. Au loin, un moteur démarre en pétaradant. Je sursaute.
— Tu es nerveuse à cause de ton Évaluation ?
Je me retourne : ma tante Carol se tient dans l'embrasure de la porte, les mains croisées.
— Non.
C'est un mensonge, évidemment. L'esquisse d'un sourire flotte sur ses lèvres et disparaît presque aussitôt.
— Ne t'inquiète pas, tout se passera bien. Prends ta douche, je t'aiderai ensuite à te coiffer. On révisera tes connaissances en route.
— D'accord.
Ma tante continue à me dévisager. Je suis si gênée que je plante mes ongles dans le rebord de la fenêtre, derrière moi. J'ai toujours détesté qu'on m'observe. Il va falloir que je m'y habitue pourtant. Quatre Évaluateurs vont m'examiner sous toutes les coutures durant près de deux heures. Je porterai une blouse en plastique fin, translucide, comme celles qu'on trouve à l'hôpital, afin qu'ils puissent voir mon corps.
— Je parierais sur un 7 ou un 8, lâche-t-elle en faisant la moue.
C'est une note correcte, je m'en contenterais parfaitement.
— Mais tu n'auras pas plus de 6 si tu ne te laves pas.
L'année de terminale touche à sa fin, et l'Évaluation est mon dernier examen. Au cours des quatre derniers mois, j'en ai passé plusieurs : maths, physique, biologie, anglais oral et écrit, sociologie, psychologie et option photographie. Je devrais avoir mes résultats dans les semaines à venir. Je suis pratiquement certaine d'obtenir des notes suffisantes pour aller à l'université – j'ai toujours été une élève moyenne mais constante. Les membres du jury analyseront mes forces et mes faiblesses avant de me choisir un établissement et une spécialisation.
L'Évaluation est l'ultime étape avant que je sois appariée. Dans les prochains mois, les Évaluateurs m'enverront une liste de quatre ou cinq candidats ayant obtenu leur approbation. J'épouserai l'un d'entre eux après avoir décroché mon diplôme universitaire (à supposer que je puisse aller à la fac ; les filles n'ayant pas un dossier assez bon se marient à la sortie du lycée). Les Évaluateurs s'efforceront de m'associer à un garçon ayant des résultats similaires aux miens. Ils essaient, autant que possible, d'éviter d'importantes disparités d'intelligence, de caractère, d'origine sociale et d'âge. Bien sûr, on entend parfois des histoires horribles, comme celle de cette pauvre fille de dix-huit ans accouplée à un vieux riche octogénaire.
Les marches poussent un grincement atroce, annonçant l'arrivée de la sœur de Grace. Jenny est grande pour ses neuf ans, et très maigre : sa silhouette est anguleuse, et sa poitrine s'incurve à la façon d'une cuillère. C'est terrible à dire, mais je ne l'apprécie pas, elle a hérité l'air pincé de sa mère.
Elle se place à côté de Carol dans l'embrasure de la porte, et me toise. Je mesure à peine 1,60 mètre, et je ne dépasse Jenny que de quelques centimètres. Je me sens idiote d'être embarrassée devant ma tante et mes petites-cousines, mais la brûlure de la démangeaison remonte le long de mes bras. Je sais qu'elles s'inquiètent toutes de ma performance à l'Évaluation : il est essentiel qu'on m'attribue quelqu'un de bien. Jenny et Grace ne seront pas opérées avant très longtemps. Une bonne union serait synonyme de revenus supplémentaires pour toute la famille d'ici quelques années. Elle permettrait aussi, peut-être, de faire taire les messes basses qui, quatre ans après le scandale, continuent à nous suivre où que nous allions, comme l'écho du bruissement des feuilles emporté par le vent : Sympathisantes... Sympathisantes... Sympathisantes...
Ce mot est à peine plus supportable que celui qui m'a accompagnée pendant des années, à la mort de ma mère, pareil au sifflement d'un serpent venimeux laissant du poison dans son sillage : suicide. Un mot fuyant, un mot que l'on murmure, que l'on marmonne, que l'on crache, un mot que l'on souffle entre ses deux paumes placées en coupe sur sa bouche ou que l'on susurre derrière une porte close. Il n'y avait que dans mes rêves qu'on pouvait le crier à pleins poumons.
Je prends une profonde inspiration, puis je me penche pour tirer le panier en plastique de sous mon lit afin de cacher à ma tante mes tremblements.
— Lena va se marier aujourd'hui ? lui demande Jenny. Sa voix m'a toujours évoqué le bourdonnement monotone des abeilles.
— Ne sois pas sotte, rétorque ma tante, sans irritation toutefois. Tu sais bien qu'elle ne peut pas se marier tant qu'elle n'est pas guérie.
Je sors ma serviette de toilette du panier et me redresse en la serrant contre ma poitrine. À l'idée de me marier, j'ai la bouche qui s'assèche. C'est un passage obligé. « Le mariage, synonyme d'ordre et de stabilité, est la marque d'une société en bonne santé » (voir « Fondements de la société », Le Livre des Trois S, p. 114). Pourtant, lorsque j'y pense, mon cœur se met à tambouriner dans ma poitrine, tel un insecte prisonnier d'une vitre. Je n'ai jamais touché un garçon de ma vie – les contacts entre Vulnérables de sexe opposé sont interdits avant le Protocole. Je n'ai même jamais adressé la parole à un garçon plus de cinq minutes, à l'exception de mon cousin, de mon oncle et d'Andrew Marcus, qui aide celui-ci au magasin (il se cure le nez en permanence et planque ses crottes sous les conserves de légumes).
Si je ne réussis pas mon examen de fin du secondaire – je vous en prie, faites que je réussisse, faites que je réussisse ! –, on célébrera mon mariage juste après ma guérison, dans environ trois mois. Et il sera suivi de la nuit de noces.
Les effluves d'orange sont encore puissants, et mon cœur se soulève une nouvelle fois. J'enfouis mon visage dans ma serviette et me concentre sur ma respiration pour ne pas vomir. Du rez-de-chaussée monte un bruit de vaisselle. Ma tante soupire avant de regarder sa montre.
– Nous partons dans moins d'une heure. Tu devrais te dépêcher.