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Les Colombes du Roi-Soleil, tome 10
Les Colombes du Roi-Soleil, tome 10
Adélaïde et le Prince Noir
Anne-Marie Desplat-Duc
384 pages
Couverture souple. 13,5 x 19 cm
Flammarion
10 ans et plus
Réf : 422422
Avec ce livre, cumulez 10 Points Club
Au lieu de 13,00  (prix public)
Disponible
Résumé
Adélaïde se prépare à épouser Gabriel. Chez le bijoutier, elle rencontre un jeune garçon, Anibia qui se dit prince d’Assinie. La veille du mariage, Gabriel doit fuir en Espagne parce qu’il a provoqué un duel. Adélaïde se rapproche d’Anabia. Comment choisir entre un destin d’exilée en Espagne et une vie de reine d’Assinie ?
Moyenne des avis :Les avis des internautesNombre d'avis :1
raillon lucette
Le 21 mars 2012
Les colombes de roi soleil
Le tome 11 est sorti et il n'y est pas à France Loisirs !!!!
Réponse du modérateur : Le tome 11 est prévu sur le catalogue Hiver 2013, il va falloir encore un peu patienter.
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Remarque de Angélique HERAULT du 24/04/12
Est-ce qu'un tome 12 est prévu pour l'année 2013 chez France Loisirs ?
Anne-Marie Desplat-Duc est née à Privas, en Ardèche et vit désormais dans la région parisienne. Le Vivarais reste cher à son cœur, elle y revient souvent avec son mari et sa fille. Après le virus de la lecture qui la frappe très jeune, celui de l'écriture la saisit à l'adolescence et elle noircit des cahiers de poésie et de nouvelles.
Elle consacre désormais tout son temps à sa passion : les romans pour la jeunesse. On lui doit entre autres Le Trésor de Mazan.
Extrait

CHAPITRE

1



En Assinie¹, la saison des pluies venait de se terminer.
J’avais entendu le premier esclave du roi dire que les récoltes de riz, de blé de Turquie et de millet seraient abondantes. De ce fait, les moissonneurs qui allaient recevoir le tiers de la moisson seraient contents et le roi, propriétaire de toutes les terres, pourrait échanger ses grains avec le peuple des montagnes, les Compas.
Ainsi est la tradition chez les Essouma. Zéna, notre roi, ne mange jamais de son grain, sinon sa terre deviendrait stérile. Il doit toujours l’échanger contre celui qui est cultivé sur un autre sol que le sien. Grâce à cette pratique, jamais nous n’avons eu à nous plaindre de la famine.
Je ne suis pas du même sang que les Essouma.
Je suis un Étiolé et cette terre est la nôtre.
Il y a des lunes, mon père, le roi Zerta, un homme bon et généreux, a hébergé les Essouma expulsés de leur pays par les guerres. Mon père n’était pas ambitieux. Il se satisfaisait de la chasse, de la pêche, de la cueillette des fruits et des herbes. Il laissa donc aux Essouma le soin de commercer avec les Européens. Ils y acquirent puissance et richesse.
Alors qu’ils auraient dû nous être reconnaissants de les avoir sauvés de la misère en leur offrant l’asile, ils s’emparèrent du pouvoir, mirent l’un des leurs, Zéna, sur le trône, assassinèrent mon père et chassèrent Ba, ma mère, qu’à ce jour je n’ai toujours pas revue.
Comme je n’étais pas appelé à régner, Zéna me laissa la vie sauve.
En Assinie, l’héritier du roi est toujours un proche parent par lui désigné à l’exclusion de ses enfants. C’est une coutume tout à fait honorable. Ainsi, les enfants de roi ne sont pas orgueilleux, car ils savent que leurs privilèges cesseront au décès de leur père.
J’ai appris depuis qu’il n’en était pas de même dans les pays d’Europe où les fils succèdent toujours à leur père, même s’ils sont fourbes, malades, incapables, ou ont encore l’âge de téter le sein de leur mère. Cela me semble inconcevable !
Ce triste événement se produisit l’année de mes six ans. Et si ma mère m’a manqué, je n’ai point été malheureux. J’ai été élevé avec les enfants que le roi a eus avec ses quatre épouses et j’ai même eu la chance que son épouse préférée qui n’avait point de fils reporte sur moi son affection. Malgré tout, Zéna est l’assassin de mon père. Il a fait le malheur de ma famille et de mon peuple, et je ne l’oublie pas.
Le roi Zéna avait donné naissance à de nombreuses filles, à qui leurs mères apprenaient à piler le millet, à faire la cuisine, à balayer la case, à fabriquer l’huile de palme qui sert à s’enduire le corps et les cheveux. Elles vivent dans la case des femmes. Mais il n’avait qu’un garçon, Banga, fils de sa deuxième épouse. Nous étions du même âge et on nous enseignait ensemble l’art de la chasse, de la pêche et aussi celui de la guerre.
C’est lors d’une chasse en forêt que mon amitié avec Banga est née.

Yamoké, le frère du roi, ne m’aimait pas. Sans doute craignait-il que Zéna ne me désigne comme son successeur. Il en avait le droit puisque je n’étais que son fils adoptif. Yamoké ne manquait pas une occasion pour m’humilier.

Depuis plusieurs semaines, un tigre semait la terreur dans notre village. La nuit, il venait rôder autour de nos cases et les feux que les veilleurs maintenaient allumés ne l’effrayaient pas.
Il avait donc été décidé que nos meilleurs chasseurs partiraient à sa poursuite.
Notre roi consulta le devin afin qu’il détermine le jour le plus propice pour cette chasse. L’ofron² réunit le village autour de notre arbre fétiche, il agita ses fétiches fixées à des tresses de bambou et les fit tournoyer. Nous appelâmes la victoire en chantant : Aiguioumé mamé maro, mamé orie, mamé chiké é occori, mamé alaka, mamé brembi, mamé anouan é aoufan³.
Puis l’ofron annonça que le dixième jour après la lune nouvelle serait le bon.
Yamoké choisit ceux qui s’adonneraient à cette chasse. Non sans malice, il me nomma chef de cette expédition. Il désigna ensuite trois guerriers accompagnés d’une dizaine d’esclaves, puis Banga.

L’année précédente, Banga et moi avions participé avec succès à la cérémonie d’initiation qui annonçait notre passage à l’âge adulte. J’avais plongé vaillamment du haut de la falaise dans la rivière, les pieds attachés par une liane, et sous les eaux, j’avais réussi à me détacher pour nager jusqu’à la rive sous les cris d’encouragement de tout le village. Banga et deux autres garçons s’étaient brillamment tirés de la même situation. À dire vrai, il s’agissait de dominer sa peur, car les liens étaient peu serrés et, quoique le courant soit fort, aucun Essouma n’est mort dans cette épreuve bien préparée.
C’est lors de cette journée mémorable que nous adoptons notre fétiche. J’avais longuement réfléchi à la mienne4. J’avais fabriqué une statuette en bois que j’avais ornée de dents de tigre. Et, afin qu’elle accepte de me protéger ma vie durant, je lui avais fait le voeu de ne jamais boire d’alcool.

Le jour convenu pour la chasse au tigre, nous affûtâmes nos sagaies et nos sabres, et après avoir prié chacun pour obtenir la protection de notre fétiche, nous nous enfonçâmes dans la forêt au déclin du soleil. C’est la nuit que le seigneur de la jungle sort de sa tanière.
Des éclaireurs avaient repéré quelques heures plus tôt des traces de son passage. Je formai des groupes de trois et je choisis avec Banga un emplacement stratégique. Je voulais prouver à Yamoké que, malgré mon jeune âge, j’étais courageux et que je serais un excellent roi. Nous nous mîmes à l’affût : l’oeil balayant tantôt le sol et les fourrés épais, tantôt les branches des arbres où le tigre grimpe pour surprendre plus aisément ses proies.
Nous attendîmes de longues heures dans le silence. Mais plus le temps passait, plus j’étais persuadé que notre tigre ne se montrerait pas. Il était inutile de l’attendre plus longtemps. L’immobilité me pesait, et le sommeil commençait à me gagner. D’ailleurs les deux esclaves s’étaient assoupis à même le sol, leur sagaie à la main.
— Il ne viendra pas, soufflai-je à Banga, j’ai des fourmis dans les pieds. Rentrons !
— Tu ne te conduis pas comme un valeureux guerrier !
Sa réplique me piqua et, sans piper mot, je le plantai là pour reprendre le chemin du village.
J’étais un valeureux guerrier… et même plus que les autres, car j’avais du sang étiolé dans les veines. Mon père m’avait souvent répété que les Étiolé étaient plus forts et courageux que les Essouma. Pour l’heure c’étaient eux les vainqueurs, mais un jour je vengerais mes parents et mon peuple, et c’est moi qui règnerais sur les Essouma et les Étiolé réunis.
Mais c’était mon secret et il était important que personne ne se doute de la sourde révolte qui grondait en moi.

Je ne craignais pas de me perdre, je connaissais fort bien ce bout de forêt.
J’avançais donc d’un pas décidé, me courbant parfois pour passer sous des lianes, sautant les troncs morts barrant le chemin, frappant de ma machette les branches qui me frôlaient le visage, m’arrêtant pour observer le réveil des singes qui jouaient dans les hautes branches, puis m’agenouillant pour suivre la longue procession des fourmis bâtisseuses.
Soudain, un poids énorme me tomba sur les épaules. Je poussai un cri et m’affalai sur le sol. Je savais : c’était le serpent mangeur d’homme. Il commença à s’enrouler autour de ma taille, sa tête à hauteur de la mienne. Petit à petit, il allait m’étouffer, ouvrir sa gueule aussi grande que possible et engloutir ma tête, puis mon buste pour finir par m’avaler entièrement. Je me souvenais avoir entendu un ancien conter que son frère avait disparu à l’âge de six ans, avalé par l’un de ces gigantesques serpents. Alors, je hurlai de toutes mes forces :
— Ban… anga ! Ban… anga ! Cela ne servait à rien. La forêt était immense et si touffue.
Brusquement, il fut là, son sabre à la main. C’était tellement incroyable qu’un rire nerveux me secoua. Surpris, le serpent resserra son étreinte. Ne pouvant presque plus respirer, je haletai :
— Vite ! Il sautilla autour de l’animal qui me tenait prisonnier et me conseilla :
— Essaie d’éloigner ta tête de la sienne, il faut que je le décapite d’un coup !
Mes oreilles bourdonnaient, le sang tapait dans mes tempes, ma vue se brouilla, mon souffle était court. Dans quelques minutes, je serais mort. Il ne devait pas attendre. Il fallait qu’il frappe, vite et bien… mais s’il manquait son coup, c’était moi qui recevrais le coup de machette ! De toute façon, j’allais mourir, soit par le serpent, soit par Banga. Il leva son sabre. Je fermai les yeux. J’entendis le choc de la lame et je fus aspergé de sang. L’étreinte se desserra lentement, lentement. J’ouvris les yeux. Le serpent n’avait plus de tête et j’étais vivant !
Je chancelai. L’air qui s’engouffrait violemment dans mes poumons me fit tousser. J’avais un goût amer dans la bouche et un mal de crâne abominable. Le serpent s’écroula autour de moi. Je l’enjambai et, sans aucune retenue, je me jetai dans les bras de Banga, secoué de sanglots.
— J’ai bien fait de te suivre, me dit-il simplement.
Je ne pus que bredouiller :
Mingo mé, mingo mé5
Depuis ce jour, Banga et moi fûmes liés par une indéfectible amitié.


1. Pour tout ce qui concerne l’Assinie, je me suis inspirée de Relation du voyage du royaume d’Issigny de Godefroy Loyer publié en 1714.
2. Sorte de prêtre élu par les habitants du village. Il est nourri et entretenu par eux. Rien ne se fait sans son avis.
3. « Dieu, donne-moi du riz et des ignames, donne-moi de l’or, donne-moi des esclaves et des richesses, donne-moi la force et la vie. »
4. Le mot « fétiche » était féminin.
5. « Mon ami » (langue de l’Assinie).