Après le voyage scolaire
Après le voyage scolaire
Moni Nilsson-Brännström
276 pages
Couverture souple. 13,5 x 19 cm
12 ans et plus
Réf : 422279
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Au lieu de 9,90  (prix public)
Epuisé
Résumé
C’est la rentrée. Les élèves de 5e n’ont pas oublié les trois jours passés ensemble en sortie scolaire. Là-bas ils ont quitté l’enfance pour l’adolescence. Et quand on est ado, les choses changent et deviennent parfois plus difficiles, (disputes, alcool, drogue) mais l’Amour reste toujours plus fort que tout, émouvant.

Un ton plus grave pour la suite du Voyage scolaire.
Moni Nilsson-Brännström est née en 1955 dans la banlieue de Stockholm. Avant de parvenir à vivre de sa plume, elle a exercé différentes professions. Elle a publié une dizaine de livres pour enfants en Suède.
Extrait

Août



— Maline, téléphone pour toi ! a crié maman depuis la maison.
J'ai soupiré et refermé le livre. Almaz était assise à l'ombre du parasol, les écouteurs du walkman dans les oreilles, et moi, je suais à grosses gouttes en plein soleil. Le dos me brûlait, mais je voulais être bronzée. Bronzée et attirante. Il n'y avait plus que deux semaines avant la rentrée, que j'attendais avec impatience et inquiétude à la fois. Tout l'été, j'avais rêvé du premier jour de quatrième. Des retrouvailles avec Rasmus.
Je lui avais écrit huit longues lettres, sans recevoir le moindre petit mot en retour. J'avais composé son numéro de téléphone des centaines de fois, mais raccroché aussitôt. J'avais écrit son nom à l'envi dans mon journal, sur le miroir embué de la salle de bains, dans les gravillons du chemin. Rasmus, Rasmus, Rasmus.
M + R = pour de vrai.
Je savais que je n'aimerais jamais personne d'autre. Il regretterait sûrement de ne pas avoir donné signe de vie en découvrant ma nouvelle personnalité. Le problème, c'est qu'elle ressemblait à l'ancienne à s'y méprendre. Toujours aussi timide et silencieuse.
— Maline, tu viens ? a crié maman à nouveau.
— Oui ! ai-je répondu. J'arrive, tu ne vois pas ?
J'ai traversé la pelouse en courant. Ma poitrine ballottait. Elle avait beaucoup grossi pendant l'été. J'avais une peur bleue d'avoir la même que ma mère. Grosse, lourde, horrible. Je commençais à être d'accord avec Émelie : la poitrine, c'était gênant.
Gustaf et Alex promenaient Betty Boop, le chien de Gustaf. Je les ai vus lorgner dans ma direction. Ils avaient quinze ans et habitaient un peu plus loin. Ils n'avaient jamais fait attention à moi auparavant, mais cet été ils avaient commencé à me dire bonjour, et depuis l'arrivée d'Almaz ils venaient du côté de chez nous plusieurs fois par jour. C'était compréhensible. Almaz était rudement belle. Je voulais aussi être bronzée. C'est beaucoup plus joli que pâlichonne.
— Oui, allô ?
— Salut, c'est Joséphine, a murmuré la voix au bout du fil. Rappelle-moi ! C'est très important ! Elle a débité son numéro et reposé le combiné. Sa mère a décroché et Joséphine a mis un moment avant de prendre la communication.
— Qu'est-ce qu'il y a ? ai-je demandé.
— Mon Dieu, c'est formidable ! s'est-elle écriée.
— Comment ça ?
— Attends, il faut seulement que je demande la permission à ma mère d'abord, a-t-elle gazouillé.
— Quelle permission ? ai-je rétorqué.
— Maman, est-ce que je pourrais passer quelques jours avec Maline dans sa maison de vacances ? a hurlé Joséphine à tel point que ça me résonnait dans l'oreille.
— Arrête ! ai-je lancé, mais elle se moquait bien de mes protestations. J'ai entendu les talons de sa mère sur le parquet et leur discussion. Comment elle ferait pour venir chez moi, combien de temps elle resterait, et ainsi de suite.
— J'ai le droit, j'ai le droit ! a dit Joséphine d'un ton triomphant. À quelle heure part le bateau, tu m'as dit ?
— Je ne t'ai rien dit.
— Parfait, je vais le prendre. Ça va être super ! Est-ce que je dois apporter quelque chose ? a-t- elle poursuivi. Je n'ai pas répondu.
— Eh bien, à demain ! a-t-elle conclu en raccrochant.
— Vraiment ? ai-je dit d'une voix éteinte dans le combiné déconnecté. Papa et maman avaient décidé de rentrer en ville pour faire la lessive. Almaz et moi devions rester seules pendant deux jours. Je ne voulais pas de Joséphine avec nous. Je suis retournée auprès d'Almaz. C'était peut-être elle qui l'avait invitée ?
— Mais bien sûr que non ! a-t-elle déclaré.
— Maline, téléphone pour toi ! a crié maman une nouvelle fois. Gustaf et Alex étaient restés devant la barrière et discutaient avec papa qui sortait les paniers de linge sale. Ils ont ricané en me revoyant passer. C'était encore Joséphine, mais cette fois-ci elle était dans la rue et m'appelait de son portable. Elle ne venait pas du tout chez nous, elle s'en allait chez Erik, le garçon qu'elle avait rencontré pendant le voyage scolaire.
— Mais pourquoi est-ce que tu ne dis pas la vérité ? ai-je demandé.
— Je ne peux pas. Maman est furieuse ! Elle prétend que ce sont des bohémiens. Je n'ai jamais eu aussi honte de ma vie que quand Erik et sa mère sont venus nous rendre visite cet été. Je ne comprends même pas qu'Erik ait encore envie de me voir après ça.
— Je n'aime pas ça, ai-je rétorqué. Je ne suis pas douée pour mentir.
— S'il te plaît ! a supplié Joséphine. C'est mon meilleur ami. Il faut absolument que j'y aille. Je me suis mise au régime tout l'été pour pouvoir payer mon billet de train moi-même. Ses parents lui donnaient de l'argent chaque fois qu'elle perdait un kilo.
— Mais pourquoi chez moi ? ai-je demandé.
— Ils pensent que tu es une fille bien.
— Et s'ils téléphonent ?
— Tu m'appelles sur mon portable, et je les rappelle.
— Mais qu'est-ce que je vais leur dire ? Et si jamais c'est papa ou maman qui décroche ?
— Trouve quelque chose !
— Non, ai-je déclaré.
— S'il te plaît ! a renchéri Joséphine. Moi, j'aurais fait ça pour toi !
— Bon, d'accord, ai-je fini par accepter en notant son numéro de portable.


Rasmus

La dernière fois qu'ils s'étaient parlé, c'était quand Maline avait téléphoné, quelques jours après le voyage scolaire, pour savoir s'ils étaient toujours ensemble. Pour de bon ? Exactement ce qu'il s'était demandé lui-même depuis leur retour. Si elle était sa petite amie. Pour de bon.
— Bien sûr, avait-il répondu, et il en avait chaud au ventre.
Il regrettait encore de n'avoir rien trouvé de mieux à dire.
Il avait pensé à elle tout l'été, à Tutjunniemi. C'était là-bas, en Finlande, qu'il passait ses grandes vacances et chaque Noël, chez son grand-père et sa grand-mère. Il s'y plaisait bien. Il aimait conduire le tracteur, ramasser les pommes de terre, cueillir les groseilles. Il aimait être avec ses cousins. Il aimait même les moustiques. Du moment qu'il se rendait utile, on n'exigeait rien d'autre de lui. Il ne lui semblait pas que ses grands-parents lui aient demandé une seule fois comment ça allait à l'école. Cela ne comptait pas beaucoup pour eux.
Sa mère aurait dû venir passer une quinzaine de jours, comme d'habitude, mais au lieu de ça Ola et elle étaient partis ensemble en direction du sud, en voiture. Ola était son nouvel ami. Il était correct, pensait Rasmus. Sa mère refaisait enfin sa vie et évitait de s'occuper autant de la sienne. Et il n'avait plus mauvaise conscience quand il sortait le soir et la laissait toute seule.
Elle avait posé toutes les lettres de Maline sur son lit, quand il était revenu de Finlande. Il les avait lues et relues. Il s'étonnait que quelqu'un puisse lui écrire de si belle manière et aussi longuement. Ne comprenait pas qu'elle ose faire preuve d'autant de sincérité. C'était fou, mais elle l'aimait.
Il avait essayé de lui répondre, mais tout ce qu'il écrivait lui paraissait si bête. Il ne restait désormais plus que deux semaines avant la rentrée. Alors il pourrait lui expliquer pourquoi ses lettres étaient demeurées sans réponse. S'il osait. Curieusement, Maline l'intimidait un peu. Elle était tellement parfaite. Gentille, naturelle et douée. Il n'en revenait pas d'avoir eu pareille chance. Dire qu'elle l'aimait. Et cela ne faisait aucun doute, puisqu'elle lui écrivait même des poésies. Il n'avait jamais reçu de lettre ou de poème d'amour auparavant. Elle lui donnait le sentiment d'être un garçon à part. Et faible en même temps.
Et si elle avait cessé de l'aimer parce qu'il ne donnait jamais de ses nouvelles ? Elle serait peut-être écœurée en voyant ses nouveaux boutons. C'était vraiment affreux, même s'il tentait de les dissimuler avec le fond de teint de sa mère. Peut-être qu'il devrait l'appeler et l'inviter à la fête de ce soir ? Il y aurait Simon et Tobbe, plus quelques filles de troisième. Ce serait chouette de se revoir avant la rentrée. D'avoir l'occasion de se retrouver sans que tous les regards soient braqués sur eux.
Rasmus connaissait son numéro par cœur, bien qu'il ne l'ait jamais appelée.
— Torsten à l'appareil, a fait une voix au bout du fil.
— Est-ce que Maline est là ? s'est enquis Rasmus.
— Non, elle est dans l'archipel, a répondu le dénommé Torsten. Vous voulez lui laisser un message ?
— Euh, non, rien d'important, a dit Rasmus en raccrochant. Son cœur cognait si fort dans sa poitrine et il avait les mains si moites qu'il a dû allumer une cigarette, bien que sa mère n'aime pas qu'il fume. Pourquoi n'avait-il pas demandé le numéro de téléphone de leur maison de vacances ? Pourquoi n'avait-il pas demandé quand elle allait rentrer ? Pourquoi était-il aussi lent à réagir ? Quelle espèce d'empoté !