1Q84, Livre 2 : Juillet-Septembre
1Q84, Livre 2 : Juillet-Septembre
Haruki Murakami
544 pages
Couverture souple
Réf : 421762
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Epuisé
Résumé
C’est l’histoire de deux mondes, celui réel de 1984 et un monde parallèle tout aussi vivant, celui de 1Q84. Deux mondes imbriqués dans lesquels évoluent, en alternance, Aomamé et Tengo, 29 ans tous deux, qui ont fréquenté la même école lorsqu’ils avaient dix ans. À l’époque, les autres enfants se moquaient d’Aomamé à cause de son prénom, « Haricot de soja », et de l’appartenance de ses parents à la nouvelle religion des Témoins. Un jour, Tengo l’a défendue et Aomamé lui a serré la main. Un pacte secret conclu entre deux enfants, le signe d’un amour pur dont ils auront toujours la nostalgie.
En 1984, chacun mène sa vie, ses amours, ses activités.
Tueuse professionnelle, Aomamé se croit investie d’une mission : exécuter les hommes qui ont fait violence aux femmes. Aomamé a aussi une particularité : la faculté innée de retenir quantité de faits, d’événements, de dates en rapport avec l’Histoire.
Tengo est un génie des maths, apprenti-écrivain et nègre pour un éditeur qui lui demande de réécrire l’autobiographie d’une jeune fille échappée de la secte des Précurseurs. Il est aussi régulièrement pris de malaises lors desquels il revoit une scène dont il a été témoin à l’âge d’un an et demi.
Les deux jeunes gens sont destinés à se retrouver mais où ? Quand ? En 1984 ? Dans 1Q84 ? Dans cette vie ? Dans la mort ?
Pourquoi on l'a choisi
Le maître de la littérature japonaise livre un roman troublant et grandiose en 2 tomes où se croisent un professeur et une tueuse professionnelle d’avril à septembre en 1984 à moins qu’il ne s’agisse de l’année 1Q84 dans un Japon parallèle : rebondissements, épisodes sexuels, scènes de violence, pacte secret. Dans lequel des deux mondes se retrouveront-ils ?
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Moyenne des avis :Les avis des internautesNombre d'avis :1
Sambre
Le 16 novembre 2011
Livre 1 magique... Livre 2 épuisé
A quand une réédition (ou une dispo) du livre 2, SVP ?
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Né à Kyoto en 1949 et élevé à Kobe, Haruki Murakami a étudié le théâtre et le cinéma à l’université Waseda, avant d’ouvrir un club de jazz à Tokyo en 1974. Son premier roman Écoute le chant du vent (1979), un titre emprunté à Truman Capote, lui a valu le prix Gunzo et un succès immédiat. Suivront :
    La Course au mouton sauvage
    La Fin des temps
    La Ballade de l’impossible
    Danse, Danse, Danse
    L’éléphant s’évapore
Exilé en Grèce en 1988, en Italie, puis aux États-Unis, où il écrit ses Chroniques de l’oiseau à ressort et Au sud de la frontière, à l’ouest du soleil, il rentre au Japon en 1995, écrit deux livres de non-fiction sur le séisme de Kobe et l’attentat de la secte Aum, un recueil de nouvelles, Après le tremblement de terre, Les Amants du spoutnik et le superbe Kafka sur le rivage.
Plusieurs fois favori pour le Nobel de littérature, Haruki Murakami a reçu récemment le prestigieux Yomiuri Prize et le prix Kafka 2006. Auteur culte au Japon, son œuvre est traduite dans plus de trente pays.
Extrait
1
Aomamé

La ville la plus ennuyeuse du monde

LA FIN DE LA SAISON DES PLUIES n'avait pas encore été officiellement annoncée, mais le ciel était tout à fait dégagé et un soleil de plein été chauffait la terre sans retenue. Les saules, chargés d'une foule de jeunes feuilles vertes, faisaient osciller sur les rues des ombres denses que l'on n'avait pas vues depuis longtemps.
Tamaru accueillit Aomamé dans l'entrée. Il portait un costume sombre mais estival, et avait noué une cravate unie sur une chemise blanche. Il ne paraissait pas transpirer du tout. Aomamé trouvait toujours très étonnant qu'un homme aussi puissant que lui ne transpire pas, même par des journées aussi chaudes.
À sa vue, Tamaru eut un léger hochement de tête, marmonna un bref salut presque inaudible et ne dit plus un mot ensuite. Ils n'échangèrent aucun propos léger comme à leur habitude. Il la précéda simplement dans le long corridor, sans se retourner, et la mena là où l'attendait la vieille femme. Elle supposa qu'il n'était probablement pas d'humeur à s'entretenir avec qui que ce soit. Sans doute en réaction à la mort de sa chienne. « Bun pourra être remplacée », lui avait-il dit au téléphone. Comme s'il avait parlé du temps. Mais Aomamé savait que ce n'était pas le fond de son sentiment. Durant de longues années, il avait veillé sur la chienne, il y tenait, et elle, de son côté, était attachée à Tamaru. Il prenait sa mort brutale et incompréhensible comme un défi, ou une sorte d'affront personnel. En observant son dos muet aussi large que le tableau noir d'une salle de classe, Aomamé pouvait imaginer la colère froide qui l'animait.
Tamaru ouvrit la porte du salon, laissa entrer Aomamé et attendit sur le seuil les instructions de la vieille femme.
« Pour le moment, ça ira », dit-elle à Tamaru.
Tamaru hocha légèrement la tête, sans un mot, et referma la porte doucement. Elles restèrent seules toutes les deux. Sur la table, à côté du fauteuil où se tenait la vieille femme, était posé un bocal rond en verre, dans lequel nageaient deux poissons rouges. C'étaient des poissons parfaitement ordinaires, un aquarium tout ce qu'il y a de plus ordinaire. Comme il se devait, des plantes aquatiques ondulaient dans l'eau. Aomamé était venue bien des fois dans cette belle et vaste pièce mais c'était la première fois qu'elle voyait ces poissons rouges. La climatisation avait dû être branchée à faible volume car elle sentait parfois sur sa peau un léger souffle frais. Sur la table derrière elle, était posé un vase avec trois lis blancs. De grandes fleurs lourdes. On aurait dit de petits animaux d'un pays exotique plongés dans la méditation.
D'un geste de la main, la vieille femme invita Aomamé à s'asseoir sur le canapé voisin. Les rideaux de dentelle blanche étaient tirés aux fenêtres donnant sur le jardin, mais la chaleur du soleil de cet après-midi d'été était très forte. Dans cette lumière, la vieille femme paraissait épuisée comme jamais. Effondrée dans son grand fauteuil, elle laissait reposer son menton sur ses bras minces. Ses yeux étaient enfoncés, les rides de son cou accentuées. Ses lèvres décolorées, et le bord externe de ses longs sourcils, comme las de lutter contre la gravitation, retombaient légèrement. Peut-être parce que son sang circulait mal, sa peau présentait ici ou là des taches blanches, comme si elle était poudrée de farine. Depuis sa dernière rencontre avec Aomamé, elle semblait avoir vieilli de plusieurs années. Et ce jour-là, on aurait dit qu'elle ne se souciait pas beaucoup de ce que son état de fatigue soit aussi flagrant. C'était inhabituel. Du moins, telle qu'Aomamé l'avait toujours vue, elle s'était efforcée d'avoir une apparence impeccable, de mobiliser totalement son énergie intérieure, de se tenir très droite, de serrer la bride à ses émotions, de ne pas manifester le moindre signe de vieillesse. Et ses efforts étaient en général couronnés de succès.
Aujourd'hui dans cette maison, songea Aomamé, beaucoup de choses sont différentes. jusqu'à la lumière à l'intérieur du salon, qui le colorait de teintes insolites. Et aussi la présence de ce banal bocal à poissons, qui ne s'accordait pas avec la pièce au plafond élevé, remplie d'élégants meubles antiques.
La vieille femme resta un moment sans ouvrir la bouche. Ses mains soutenant ses joues, elle fixait un point de l'espace à côté d'Aomamé. Celle-ci comprenait qu'il n'y avait là rien de particulier. La vieille femme avait seulement besoin de poser temporairement son regard quelque part.
« Est-ce que vous avez soif ? demanda-t-elle d'une voix paisible.
— Non, je vous remercie, répondit Aomamé.
— Il y a là du thé glacé. Servez-vous si vous le désirez. »
La vieille femme désigna une table roulante près de la porte. Il y avait là une carafe contenant du thé glacé au citron et des glaçons. À côté, étaient disposés trois verres finement ciselés, de différentes couleurs.
« Je vous remercie », dit Aomamé, qui resta cependant immobile, attendant la suite de ses paroles.
La vieille femme demeura silencieuse encore un bon moment. Il fallait qu'elle parle. Néanmoins, une fois qu'elle se serait exprimée, la réalité des faits en deviendrait plus tangible. Elle voulait prolonger le silence autant que possible, ne serait-ce que de quelques instants, avant d'en arriver à l'essentiel. Tel était le sens de son mutisme. Elle jeta un bref regard au bocal à poissons. Et puis, comme résignée, elle regarda Aomamé en face. Les lèvres fermement serrées, elle releva très légèrement, sciemment, leurs extrémités.
« Tamaru vous a-t-il dit que Bun, la chienne qui gardait la safe house, était morte d'une façon inexplicable ? questionna la vieille femme.
— Il me l'a appris, en effet.
— À la suite de quoi, Tsubasa a disparu. »
Aomamé grimaça légèrement. « Disparu ?
— Elle n'est plus là. Sans doute cela s'est-il produit durant la nuit. Ce matin, elle avait disparu. »
Aomamé plissa la bouche, cherchant les mots qui convenaient. Ils ne lui vinrent pas. « Mais à ce que vous m'avez dit la dernière fois, Tsubasa dormait toujours avec quelqu'un, n'est-ce pas ? Dans la même chambre, par prudence.
— Oui, c'est exact. Mais la femme qui était avec elle s'est très profondément endormie. Apparemment, elle ne s'est rendu compte de rien. Au petit matin, Tsubasa n'était plus dans son lit.
— Le berger allemand meurt, et le lendemain Tsubasa n'est plus là », dit Aomamé comme pour confirmer les faits.
La vieille femme opina. « Pour le moment, nous ne sommes pas encore certains que ces deux événements soient liés. Mais moi, je considère qu'ils le sont. »
Sans raison particulière, Aomamé lança un œil sur le bocal à poissons. Comme pour suivre son regard, la vieille femme en fit autant. Les deux poissons rouges virevoltaient avec légèreté dans l'étang de verre, leurs multiples nageoires ondulant délicatement. La lumière estivale s'y réfractait étrangement, faisant naître l'illusion que l'on plongeait le regard dans les mystérieuses profondeurs de la mer.
« Ces poissons, je les avais achetés pour Tsubasa, expliqua la vieille femme à Aomamé en la regardant. Il y a eu une petite fête dans les rues commerçantes d'Azabu et nous sommes allés nous y promener. J'ai pensé que ce n'était pas bon pour elle de rester toujours enfermée. Bien entendu, Tamaru était avec nous. Dans une des baraques foraines, nous avons acheté le bocal et les poissons. La petite avait l'air passionnée par ces poissons. On les avait installés dans sa chambre, elle restait à les contempler toute la journée, sans s'en lasser. Mais comme elle a disparu, je les ai mis ici. Et maintenant, moi aussi, je les regarde. Sans rien faire, simplement, je les observe. L'étrange, c'est que, oui vraiment, on dirait que je ne me lasse pas de les contempler. Et pourtant, jamais encore je n'avais observé des poissons rouges avec intérêt.
— Auriez-vous une idée de l'endroit où Tsubasa aurait pu aller ? demanda Aomamé.
— Non, pas la moindre, dit la vieille femme. Elle n'a pas de famille chez qui se réfugier. À ce que j'en sais, cette petite n'a nul endroit au monde où aller.
— La possibilité qu'elle ait été entraînée de force par quelqu'un... ? »
La vieille femme agita la tête avec de petits mouvements nerveux, comme si elle voulait chasser une mouche invisible. « Non, non. Cette enfant est simplement partie d'ici. Il est impossible que quelqu'un l'ait entraînée de force. Si cela avait été le cas, tout le monde se serait réveillé. De plus, les femmes qui dorment ici ont le sommeil léger. Je pense que Tsubasa est partie seule de son plein gré. Elle a descendu l'escalier sans bruit, a déverrouillé silencieusement la porte et elle est sortie. Je peux facilement imaginer la scène. Une fois la fillette dehors, le chien n'a pas aboyé. Il était mort la nuit précédente. Elle ne s'est même pas changée. Ses vêtements étaient là à côté d'elle, bien pliés, mais elle est partie en pyjama. Je suppose qu'elle n'a pas d'argent. »
Sur le visage d'Aomamé, la crispation s'accentua.
« Comme ça, toute seule, en pyjama ? »
La vieille femme acquiesça. « Oui. Où pourrait bien aller une petite fille de dix ans, toute seule, en pyjama, sans un sou en poche, en pleine nuit ? Le bon sens peine à l'imaginer. Mais moi, je ne considère pas cela comme particulièrement bizarre. Non, en fait, j'ai même l'impression que cela devait arriver. Aussi je ne cherche pas ses traces. Je ne fais rien. J'observe simplement les poissons rouges. »
Elle jeta un rapide coup d'œil vers le bocal. Puis elle porta de nouveau son regard droit vers Aomamé.
« Je sais bien qu'à l'heure actuelle il est inutile de la rechercher. Cette petite se trouve en un lieu qui nous est hors d'atteinte. »
Une fois qu'elle eut dit ces mots, elle laissa ses mains retomber sur ses genoux puis soupira lentement, exhalant l'air longtemps resté en elle.
« Mais pourquoi serait-elle partie ? demanda Aomamé. Elle était à l'abri dans la safe house, et elle n'avait nulle part où aller.
— Je n'en connais pas la raison. J'ai cependant l'impression que la mort de Bun aurait pu être le déclencheur. Elle aimait beaucoup s'amuser avec la chienne, qui, de son côté, s'était attachée à elle. Elles étaient devenues amies. Sa mort a été pour elle un gros choc. En particulier parce qu'elle a été aussi sanglante et aussi inexplicable. Forcément. Tous ceux qui vivent là ont subi un choc. Mais, rétrospectivement, je pense que cette mort cruelle était une sorte de message destiné à Tsubasa.
— Un message ?
— Un message qui lui disait qu'elle ne devait pas rester ici. Nous savons que tu es cachée ici. Tu dois partir. Sinon, il pourrait arriver de grands malheurs à ceux qui t'entourent. Ce genre de message. »