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Eclair d'été
Eclair d'été
Tamara McKinley
448 pages
Couverture souple
Réf : 419617
Résumé
Pour récupérer l’héritage dont elle a jadis été spoliée, Miriam Strong, soixante-quinze ans, doit emprunter les chemins du souvenir. De l’Irlande sinistrée des années 1890 à l’Australie sans foi ni loi des mines d’opale, où son père disparut lorsqu’elle était enfant, cette quête de vérité et de justice va mettre à jour des secrets profondément enfouis... 
Pourquoi on l'a choisi
Tamara McKinley ressuscite le nouveau monde, âpre et sauvage, mais aussi porteur d'espoirs que fut l'Australie des pionniers. Paysages somptueux, personnages inoubliables... Une fresque vibrante qui s'inscrit dans la lignée de Colleen McCullough.
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Les avis des internautes
Moyenne des avis :Nombre d'avis :1
Le 24 février 2010
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Bonne surprise
Un roman avec beaucoup de sentiments de courage. La ténacité d'une femme qui peut se révéler sans limite. Un roman au goût de l'outback australien. On le lit en s'imaginant sur cette terre rouge du bush. Les personnages sont sincères attachants, humains... On peut facilement s'identifier à travers eux et ce qu'ils vivent. Un moment de lecture agréable où l'on plonge dans l'univers, dans la vie de ces protagonistes. Une intrigue de plus en plus prenante au fil des pages. Je ne connaissais pas cet auteur et j'ai apprécié le style de l'écriture.
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Née en Tasmanie, Tamara McKinley est adoptée par sa grand-mère et rejoint très jeune la Grande-Bretagne. Elle est l'auteur de La Dernière Valse de Mathilda traduit dans vingt pays.
Résidant sur la côte Sud de l'Angleterre, elle retourne souvent dans son pays natal pour rendre visite à ses enfants et y puiser l'inspiration de ses romans.
Lu dans la presse
« Une saga riche en rebondissements qui mêle subtilement aventures, suspense et émotion. »

Women's Weekly
Extrait

1


Irlande, 1893

Avec un frisson anxieux, Maureen serra la cape trop légère autour de ses épaules. Jamais Henry n'avait eu autant de retard. S'était-il passé quelque chose dans la grande demeure ? Un événement qui ne lui avait pas permis de s'éclipser ? Elle serra les mâchoires afin d'empêcher ses dents de claquer. Depuis l'heure où elle avait quitté le village, la pluie n'avait cessé de tomber ; après avoir trempé ses longs cheveux noirs, elle ruisselait maintenant sur son cou et s'infiltrait sous sa robe. Toutefois, ce n'était ni le froid ni la morsure du vent qui la glaçaient, mais la pensée que tous deux pouvaient avoir été trahis — que son attente se révélerait peut-être vaine.
Debout sur le seuil de la cabane abandonnée du garde-chasse, elle s'appuya contre le bois rugueux et essuya de la main son visage mouillé. Le temps reflétait parfaitement son humeur : le ciel, resté de plomb toute la journée, s'assombrissait rapidement avec la tombée du jour. Il lui faudrait partir bientôt, si elle ne voulait pas que son absence soit remarquée à la maison — mieux valait éviter d'affronter Pa, qui ne manquerait pas d'exiger des explications. Cependant, la crainte de manquer Henry la faisait hésiter. Lui et elle devaient absolument discuter de la situation. Les décisions ne pouvaient plus attendre : elle tenait à ce que tout soit réglé avant son dix-septième anniversaire.
Le tambourinement de la pluie sur le toit de chaume éventré étouffait tous les autres sons. Tandis que les ténèbres s'épaississaient alentour, elle répétait fébrilement les phrases qu'il lui faudrait prononcer. Même si la morsure du doute se faisait parfois sentir, elle devait à tout prix garder confiance ; il était impossible que Henry l'abandonne maintenant.
— Maureen !
Elle fit volte-face au son de sa voix. Alors qu'il sautait à terre de son cheval, elle se jeta dans ses bras tendus avec un soupir de soulagement et de plaisir mêlés.
— Je craignais que tu ne viennes pas, s'écria-t-elle en suffoquant presque.
Lâchant les rênes, il l'attira tout contre lui et posa le menton sur sa tête en l'entraînant sous le toit défoncé.
— C'est ce qui a failli se produire, expliqua-t-il d'un air lugubre. Mon frère est arrivé et Père a insisté pour que nous discutions de la gestion du domaine. J'ai pu m'échapper uniquement parce que la jument est en train de pouliner et qu'il y a un problème. Je me suis porté volontaire pour chercher de l'aide.
Il s'écarta d'elle à regret et lissa avec tendresse les cheveux mouillés de chaque côté de son visage. Puis il lui souleva le menton de ses doigts fins et élégants.
— Je suis désolé, ma chérie, mais je ne peux pas rester. Père est particulièrement énervé et je n'ose pas m'absenter trop longtemps.
Maureen le contempla. A vingt-deux ans, Henry Beecham-Fford avait une tête aux contours harmonieux, ornée d'une chevelure blonde qui mettait en valeur ses grands yeux bleus aux cils épais, son nez droit et sa bouche sensuelle, surmontée d'une moustache bien taillée. Lentement elle prit sa main dont elle déplia les doigts avant de planter un baiser au creux de la paume.
— Est-ce que tu ne pourrais pas rester juste un peu ? implora-t-elle. Je t'ai à peine vu ces derniers jours et nous n'avons jamais le temps de parler.
Alors qu'il l'enveloppait de ses bras, la chaleur de son étreinet l'envahit comme un brasier. Elle se fondit contre lui et goûta ses lèvres, respirant son odeur d'eau de Cologne raffinée et de tweed mouillé.
— Je te retrouverai ici demain après la chasse, affirma-t-il. Nous aurons le temps de bavarder. Ce que as à me dire ne peut pas être si important que cela, ajouta-t-il avec un regard de tendre taquinerie. Ne venons-nous pas d'exprimer l'essentiel à l'instant même, avec ce baiser ?
Elle fit un pas en arrière, déterminée à garder la tête froide : s'il l'embrassait de nouveau, elle serait perdue.
— Henry, commença-t-elle.
Il la fit taire en posant un doigt sur sa bouche.
— Demain, dit-il fermement. Si je reste, nous risquons d'être surpris. Tu sais bien que, pour réussir à amadouer Père, il faut que je me montre un fils soumis.
Après un baiser hâtif, il lui tourna le dos et saisit les rênes ; une fois en selle, il se pencha pour lui caresser les cheveux.
— Rentre chez toi et sèche tes vêtements avant d'attraper la mort. Souviens-toi que je t'aime. Aie confiance, ma chérie. Nous trouverons le moyen d'être ensemble pour toujours, je te le promets.
Maureen, les bras croisés sur sa taille, le regarda faire pivoter son cheval et s'éloigner au galop. Un long moment, elle resta immobile, écoutant le bruit décroissant des sabots et le crépitement de la pluie sur la voûte de la forêt. Elle n'avait pas insisté car il était évident qu'il ne l'aurait pas écoutée ; il était trop pressé, trop angoissé à l'idée qu'ils se fassent surprendre. Toutefois, elle ne pouvait empêcher certaines pensées détestables de lui venir à l'esprit. Pouvait-elle vraiment lui faire confiance ? Ou se contentait-il de se servir d'elle ?
L'homme qu'elle aimait appartenait à une famille de riches protestants anglais, propriétaires d'un domaine qui s'étendait des limites du port jusqu'au sommet de la colline et offrait au regard un entrelacement serré de murailles de pierre. Divisée en parcelles à peine plus vastes que l'étroit salon des parents de Maureen, la terre produisait une récolte tout juste suffisante, une fois le loyer payé, pour nourrir les métayers qui la travaillaient. Henry et elle n'avaient pas le droit de s'aimer. Aurait-il la force de s'opposer à son père tyrannique ? Tenait-il suffisamment à elle pour prendre le risque de tout perdre ?
Elle baissa vivement la tête et s'élança vers la forêt. Il l'avait priée de garder sa foi en lui, mais le pouvait-elle ? Souhaitait-il vraiment qu'ils soient réunis un jour et voudrait-il encore d'elle une fois que la saison mondaine aurait commencé et qu'il serait occupé à chasser ou à danser dans tous les bals de la région ?
Glissant de plus en plus fréquemment sur les feuilles humides, elle trébucha sur une branche cassée et faillit tomber, au voisinage d'un buisson d'épineux. De toute façon, elle n'avait pas d'autre choix que de le croire ; pas pour l'instant en tout cas. Que Dieu lui vienne en aide si elle se leurrait, comme tant de jeunes filles avant elle !
Dès qu'elle sortit de l'abri des arbres pour emprunter le chemin qui serpentait le long de la colline, vers le village portuaire, le vent l'assaillit brutalement. Le visage fouetté par sa chevelure, les pas entravés par les jupes qui claquaient sur ses chevilles, elle s'inclina contre les violentes rafales, le menton étroitement serré dans le col de sa cape. Les mouettes s'égosillaient au-dessus du port, où les bateaux de pêche tiraient sur leurs amarres, secoués par les vagues de l'océan qui s'écrasaient en tonnant contre la jetée de pierre. S' accrochant à la lueur faible et pourtant réconfortante des fenêtres éloignées, qu'elle devinait à travers ses larmes, elle poursuivit péniblement son chemin.
Lorsqu'elle aperçut les femmes, il était déjà trop tard.

Henry, assuré que son cheval était bien bouchonné et pourvu d'une large ration de nourriture, laissa Dan Finnigan s'occuper du reste. Alors qu'il traversait la cour pavée jusqu'au bâtiment principal, il constata que la pluie s'était intensifiée, tailladant la nuit avec furie de balafres presque horizontales. Il espérait que Maureen était rentrée chez elle sans encombre ; ce n'était certes pas un temps à rester dehors.
La pensée de la jeune fille fit naître un sourire sur son visage. Il gravit les marches deux à deux et s'engouffra bruyamment dans sa chambre, songeant que son amour pour elle n'avait rien de surprenant, puisqu'il l'adorait depuis leur plus tendre enfance. Après s'être dépouillé de sa chemise et de son pantalon trempés, il se changea rapidement pour le dîner. Ces jours lointains avaient été pour lui les plus heureux, car, bien qu'il ait toujours été conscient du fossé qui séparait leurs familles respectives, il bénéficiait alors de toute sa liberté, de cette liberté même qui avait permis à leur amitié de s'épanouir en dépit de leurs différences.
Luttant fébrilement contre son col empesé et ses boutons dorés, il poussa un soupir. Dès qu'il avait basculé dans l'âge adulte, il avait constaté que plus rien ne pouvait être comme avant. On aurait dit que le fossé creusé entre Maureen et lui s'était soudain élargi. Il se demanda ce qui, en Irlande, pouvait insuffler aux cœurs tant de haine ? Ce rejet furieux se manifestait de façon visible des deux côtés de la population, aussi bien dans les enclaves protestantes qu'au sein des taudis catholiques. Pourtant, il devait être possible de trouver une solution ? Un moyen d'épargner à ce pauvre pays, plongé dans les ténèbres de l'ignorance, des siècles de troubles ?
Son nœud de cravate ajusté, il enfila sa veste et leva un sourcil ironique devant le reflet que lui renvoyait le miroir. Que connaissait-il, au fond, de la politique irlandaise ? Il aurait été bien embarrassé de devoir réfléchir à la façon de mettre fin à cette lutte ancestrale. Une seule certitude emplissait son esprit : il aimait Maureen et était déterminé à trouver un moyen de vivre à ses côtés. Le fait qu'elle appartienne à une famille catholique et que son père soit l'un des fauteurs de troubles réclamant avec véhémence l'indépendance souveraine de son pays avait-il, au fond, la moindre importance ?
À l'idée d'affronter l'opposition vigoureuse que son père ne saurait manquer d'exprimer, il hésita un instant, la main sur la poignée de la porte. Les deux familles pouvaient se targuer d'une bigoterie d'autant plus aveugle qu'elle était innée. Aurait-il la force de caractère nécessaire pour défier des générations de Beecham-Fford afin de suivre l'inclination de son cœur ? Maureen saurait-elle mettre fin à la tradition de haine envers les Anglais entretenue par ses aïeux, pour s'enfuir avec lui ?
Il n'y a qu'un seul moyen de le savoir, murmura-t-il en traversant le palier faiblement éclairé.
Érigé près d'un siècle auparavant par un ancêtre fortuné, Beecham Hall était un édifice de pierre quadrangulaire qui se dressait dans une solitaire splendeur, au cœur des collines abritant le Lough Leigh des vents d'ouest rugissants venus des confins de l'océan Atlantique. Ses hautes et élégantes fenêtres surplombaient des jardins à la française ainsi qu'une allée sinueuse bordée de haies de buis, splendide illustration de l'art topiaire. Une porte surmontée d'une arche, percée dans un mur de pierres patinées couvert de rosiers grimpants et de chèvrefeuille, donnait accès à la cour pavée des écuries. Bovins et chevaux paissaient sur les terres qui s'étendaient au-delà du jardin potager, jusqu'aux bois regorgeant de gibier, où le père de Henry organisait chaque année de somptueuses parties de chasse. En dépit de ces assauts, des troupeaux de biches s'exposaient au regard, aux premières heures du matin, semblant narguer le garde-chasse, chargé de repousser les braconniers. Le fleuve qui s'écoulait du lac jusqu'à la mer fournissait une pêche abondante.
Henry, qui préférait les immenses étendues de l'Irlande à l'agitation et au brouillard de Londres, avait vécu la plus grande partie de sa vie à cet endroit. Il éprouvait envers les collines verdoyantes s'inclinant vers la côte déchiquetée, abondamment parsemée de châteaux et de cottages en ruine, un sentiment presque mystique qui faisait vibrer son âme d'artiste. La maison de sa famille, elle-même, suscitait en lui un élan irrépressible. Il en aimait les hauts plafonds, les corniches aux moulures délicatement ciselées et les banquettes fichées sous les fenêtres, derrière de lourds rideaux, sur lesquelles, quand il était enfant, il se réfugiait avec un livre. Plus que tout, cependant, il s'était attaché au pavillon d'été, où il pouvait, tout à loisir, se consacrer à sa peinture.
Parvenu à mi-étage, il plongea le regard vers l'extérieur, constatant que la nuit noire donnait aux voix lointaines, parvenant du salon, un relief particulier. Le pavillon se trouvait là, dressé dans un coin reculé du jardin, presque oublié depuis que son père avait fait édifier l'orangerie sur le côté de la maison. Redressant son nœud de cravate, le jeune homme songea qu'il aurait souhaité sauter le dîner et s'échapper vers son sanctuaire, pour travailler au tableau presque terminé. Cependant, le devoir l'appelait. Avec un profond soupir, il dévala la dernière volée de marches et traversa le vestibule. La grande horloge sonnait le premier coup de huit heures au moment où il pénétra dans le salon.