La vengeance du loup
La vengeance du loup
Jacques Mazeau
464 pages
Couverture cartonnée
Réf : 417186
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Disponible
Résumé
Au cœur de la Lozère, un notaire et son épouse, morts depuis des années, sont aperçus se querellant devant leur tombe. Le témoin est assassiné peu après... L’enquête est confiée à une parapsychologue et à un policier qui vont déterrer de sordides secrets de famille et découvrir un étrange psychanalyste adepte des sciences occultes.
Le cachot de Hautefaille
Marie-Bernadette Dupuy
Pourquoi on l'a choisi
Quand le roman de terroir devient polar ! Après La ferme de l’enfer et Le vent de la colère, le spécialiste des régions qu’est Jacques Mazeau emmène ses lecteurs dans une enquête où se croisent vengeance, ésotérisme et superstition.
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Le cachot de Hautefaille
Marie-Bernadette Dupuy
Intuitions
Dominique Dyens
Moyenne des avis :Les avis des internautesNombre d'avis :4
lectrice33
Le 09 janvier 2012
Hard
Livre captivant, mais très ésotérique, il faut aimer ça jusqu'à l'excès. Une bonne intrigue tout de même quoiqu'on sait rapidemment qui tire les ficelles. Le premier que j'ai lu de cet auteur, pas mal tout de même.
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diddle
Le 12 février 2012
fantastique
Cet extrait me plait beaucoup c'est fantastique, magique et bien !! Ce livre va me plaire!!
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zoe
Le 15 mars 2012
Ebouriffant
Très surprenant, on est tenu en haleine du début jusqu'à la fin.
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gothika
Le 07 avril 2012
Génial
J'ai adoré lire ce livre, nous sommes projetés dans une histoire version Scully et Mulder, on a hâte de tourner les pages pour connaitre la suite.
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Né à Paris en 1949, journaliste, ancien conseiller municipal de La Charité-sur-Loire, conseiller en communication, Jacques Mazeau est d'origine bourguignonne.
À 36 ans, il termine un roman, ébauché à l'adolescence, La ferme d'en bas, devenu un classique de la littérature populaire.
Jacques Mazeau est l'auteur de romans qui se déroulent en milieu paysan et provincial :
    La Dénonciation
    La Rumeur du soir
    De l'autre côté de la rivière
    Le Pré aux corbeaux
    La Ferme d'en bas
    La Druzina
    La Malédiction de Bellary
    L'Or des Maures
    Terre de sang
    Mensonges
    La Ferme de l'enfer
    Le Vent de la colère
    (Second volet de La Ferme de l'enfer)
Il a également écrit de nombreux documents, notamment sur le monde du cinéma et de l'audiovisuel :
    Les destins tragiques du cinéma
    Le guide pratique des radios libres
    Les acteurs contemporains français
    Les acteurs contemporains étrangers
Lu dans la presse
« Avec des personnages très bien travaillés, une ambiance délétère bien restituée, et un côté fantastique assumé, Jacques Mazeau prouve qu'il est un auteur de talent dans La vengeance du loup. »

Actu.littéraire.fr


« Chaque chapitre et le suspense qui en découle vous happent assurément au fil des pages. »

Métro


« Sciences occultes et loups sont au rendez-vous de cette histoire à faire froid dans le dos les longues soirées d'hiver »

La Dépêche du Midi
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Extrait

1

Premier jour



Muriel s’affala dans le canapé du salon et alluma une cigarette. Elle observa son fils William jouant avec le train électrique qu’elle lui avait offert quelques jours auparavant pour Noël.
La conversation téléphonique qu’elle venait d’avoir avec le commandant Moreau, de la gendarmerie de Mende, la laissait perplexe. Jamais, que ce fût à l’unité de recherche en parapsychologie de Toulouse ou à Quantico aux États-Unis, elle n’avait entendu une histoire aussi incroyable. Le cantonnier de la ville avait vu des esprits incarnés se battre dans un cimetière !
Évidemment, l’officier n’avait pas cru un mot de ce que lui avait dit le bonhomme dont elle avait oublié le nom. Pourtant, il l’avait appelée, affirmant qu’il connaissait le témoin et qu’il ne racontait jamais d’histoires. S’ajoutait à cela un fait indiscutable : lorsqu’on avait retrouvé l’employé municipal, la dalle de la sépulture était déplacée.
Moreau l’avait invitée à venir sur place pour une expertise et elle avait aussitôt accepté.
Elle croisa le regard boudeur de William.
— Ça ne va pas, mon chéri ? s’enquit-elle.
— Tu vas partir, c’est ça ? répliqua le jeune garçon.
— Oui… mais juste quelques jours, il s’agit d’un cas extraordinaire et…
Déjà, William sortait du salon.
— C’est toujours extraordinaire ! lança-t-il, mais en attendant avec qui je vais passer le reste des vacances, moi ?
Il sortit en claquant la porte.
Muriel soupira. C’était tellement difficile d’élever un enfant seule ! Elle en voulut à son père resté aux États-Unis. Si au moins, il faisait l’effort de le prendre avec lui de temps en temps. Mais penses-tu ! Depuis qu’il s’était remarié, c’est tout juste s’il téléphonait pour l’anniversaire du petit.
Elle écrasa sa cigarette et allongea les jambes. Que faire, sinon constater qu’elle ne parviendrait jamais à concilier l’éducation de son fils avec sa réussite professionnelle. Elle en avait trop bavé dans la vie pour se satisfaire d’une telle réflexion. Elle devait aujourd’hui faire des choix et les assumer. Elle devait encore moins culpabiliser. Cette fois-ci, il n’y avait pas à hésiter. Un cas pareil ne se représenterait jamais.
Cette histoire avait tout pour l’attirer là-bas, mais elle avait aussi une autre raison d’accepter.
Quelques jours auparavant, lors d’une conversation téléphonique, Michel Fabre, le commissaire chargé des affaires spéciales à la PJ, avec lequel elle avait travaillé à deux reprises¹, lui avait confié qu’il ne faisait rien pendant ses vacances et qu’il était prêt à venir la rejoindre où elle le voulait. Sottement, elle avait décliné sa proposition, tout en le regrettant aussitôt.
Pourtant, elle avait envie de le revoir. Malgré leur différence d’analyse, son ironie, son sale caractère, cet homme l’attirait et le désir qu’elle ressentait pour lui ne l’effrayait plus.
Sentant qu’elle commençait à fantasmer, elle se rappela à l’ordre. C’était plus compliqué que cela ! Certes, elle le désirait, mais elle voulait un compagnon, pas seulement un amant qu’elle verrait de loin en loin. Bref, elle envisageait une vraie relation… Ce que Michel, a priori, n’était pas disposé à accepter. De fait, elle le voyait mal quitter sa péniche parisienne, ses petites copines, et la PJ pour ses beaux yeux !
Alors qu’elle s’inventait toutes les raisons de ne pas l’appeler, elle décrocha le combiné et composa son numéro.
— Muriel ! s’exclama-t-il, visiblement heureux de l’entendre. Pour une bonne surprise, c’en est une ! Je croyais que notre séparation était définitive !
— Arrête et écoute-moi plutôt !
Elle lui résuma l’histoire que venait de lui rapporter Moreau.
— Tu te rends compte ! conclut-elle, une sacrée enquête en perspective, non ?
Michel garda le silence.
— Eh bien ? demanda-t-elle, tu as perdu ta langue ?
— Non ! Je suis content pour toi. Effectivement, un mec qui voit des morts se battre dans un cimetière, je comprends que ça t’excite les neurones. Mais qu’est-ce que je viendrais foutre là-dedans ? Pour que je me déplace, il faut au moins un mort… vivant si j’ose dire ! Là, ton cantonnier, d’après ce que tu me dis, a retrouvé ses esprits et la santé, non ?
— Ah ? Je croyais que tu étais en vacances et que…
— Et que quoi ?
— Rien !
Il éclata de rire.
— Tu ne pourrais pas me dire franchement que tu aimerais que je t’accompagne là-bas ? Que ce serait une bonne occasion d’être ensemble. Que tu en as envie. Que… Je ne sais pas moi ! Des trucs qu’une femme sait dire pour attirer un mec !
— Très bien… Je vois que cette enquête ne t’intéresse pas. Remarque, c’est peut-être mieux. T’entendre faire des blagues à deux balles sur mon travail me fatiguerait vite.
— Allez ! Ne prends pas la mouche ! Mende est une ville jolie et reposante. Je ne te parle même pas de la région ! Que dirais-tu qu’on se retrouve là-bas le 3 janvier ? Je m’occupe du gîte et du couvert. Ça te va ?
— Tu es sûr de toi ? demanda-t-elle.
— Écoute ! Quel homme sain d’esprit refuserait d’aller dans l’un des plus beaux coins de France courir après des morts qui se foutent sur la gueule dans un cimetière ? Qui plus est, en compagnie d’une femme sublime et intelligente ?
— Effectivement ! répliqua Muriel.
En reposant le combiné, elle se mit à rire toute seule. Elle se sentait heureuse.
Retrouvant sa bonne humeur, elle gagna la chambre de William. Il s’agissait maintenant de le consoler et surtout de trouver les bons arguments pour qu’il accepte son départ.

Le Dr Merlieux, le seul psychiatre de Mende, s’approcha de la fenêtre de son cabinet, situé rue de la Petite-Roubeyrolles. Ce nom l’amusait. Cela lui évoquait des maladies : petite vérole, rubéole… Il regarda la neige tomber. Un rituel enfantin : voir des flocons voleter dans les airs l’avait toujours apaisé.
En cet instant, cela lui permettait d’échapper à l’ennui profond que suscitait chez lui le verbiage d’Yvonne Châtelet, une vieille veuve débitant ses angoisses de la semaine. Elle parlait de l’un de ses amants d’antan en lui taillant un énième costard ! Cet individu insupportable lui avait gâché la vie. Il courait les filles… Buvait en cachette… Dilapidait l’argent…
C’était ainsi, deux fois par semaine. Elle arrivait toujours cinq minutes en avance, s’asseyait sur une fesse au bord du canapé et entamait ses litanies. Il comprenait pourquoi on disait que les psys avaient remplacé les curés ! Heureusement, elle payait rubis sur l’ongle. Cela valait bien les propos réconfortants qu’il lui servait à chaque séance.
Au travers de quelques-unes de ses allusions, il avait deviné qu’elle était amoureuse de lui. Mais était-ce gênant ? Après tout, il était aussi payé pour cristalliser les fantasmes de ses patients ! Et son ego était tel que même l’amour platonique de cette vieille bique le flattait.
Elle était excusable. Il était riche et encore bien campé sur ses jambes pour 62 ans ! Elle ignorait l’essentiel, comme tout le monde à Mende – du moins le croyait-il – : sa liaison avec Fabienne Lefort, la belle infirmière pour laquelle il était prêt à tomber malade tous les matins ! Seize ans que ça durait. Ce n’était pas de l’amour. Plutôt une passion dévorante, maladive, exacerbée, violente.
Il fut soudain tiré de ses songes.
— Pouvez-vous me répéter ce que vous venez de dire ? demanda-t-il en masquant son émotion.
Yvonne Châtelet le dévisagea, sourcils froncés.
— J’ai dit une ânerie ?
— Non ! répliqua Merlieux. J’ai mal entendu, c’est tout !
— Je disais que Mme Lefort était apparue dans mes rêves à deux reprises cette semaine.
— Quelle Mme Lefort ? la questionna-t-il, regrettant aussitôt son impatience.
— Mme Lefort, Lucienne, l’épouse du notaire… Vous savez, celle qui est décédée il y a quinze ans ! La mère de l’infirmière, quoi !
— Oui et alors ? reprit Merlieux, plus calme.
— Elle me répète qu’il faut que je l’aide à punir les coupables de leur mort. C’est troublant, non ? Elle m’apparaît si clairement que j’ai l’impression qu’elle vit encore. Ça me fiche une de ces trouilles ! D’autant plus que c’est devant sa tombe que ce pauvre Eugène a failli mourir. Et la dalle enlevée ! Vous vous rendez compte ? Remarquez ! À mon avis, il n’en était pas à son premier verre…
— Et que vous a-t-elle dit d’autre ? l’interrompit Merlieux, histoire de couper court aux ragots qu’elle s’apprêtait à colporter.
Yvonne Châtelet se trémoussa sur son siège, le regard affolé.
— Rien… Elle paraissait seulement très en colère.
Merlieux alla s’asseoir derrière son bureau.
— Vous la connaissiez, non ? Elle était votre voisine.
— Si je l’ai connue ! Évidemment ! Mais ce n’était pas une femme très causante. Remarquez, pour une épouse de notaire, c’est normal.
— C’est sûr !
— Alors, qu’en pensez-vous, docteur ?
Il haussa les épaules.
— Votre inconscient fixe vos angoisses de culpabilité sur elle. Vous ne vous êtes jamais accrochée avec elle ?
— Ma foi non ! On se saluait, sans plus. Notez bien, je ne l’aimais pas beaucoup. Peut-être l’a-t-elle senti ?
Plus que probable, songea Merlieux. Cette pauvre femme était tellement stupide qu’elle était incapable de dissimuler quoi que ce soit… Pas même sa bêtise !
— Le coupable dont elle vous entretient, c’est vous. Et la punition, c’est ce que vous recherchez. C’est un cas classique de culpabilité… Yvonne Châtelet approuva, l’oeil quasiment larmoyant, ce qui irrita Merlieux.
— Je trouve votre explication très convaincante, docteur. Toutefois, elle n’a pas évoqué un coupable, mais plusieurs… Merlieux sourit.
— Un détail ! Le singulier ou le pluriel, cela revient au même. L’inconscient se fiche de la grammaire !
— Et que dois-je faire pour me débarrasser de ce cauchemar ?
Le psychiatre se redressa et regarda sa montre : 16 heures.
— Le mieux serait de moins fréquenter l’église… Sur ces mots, il se leva, imité par sa patiente. Il contourna son bureau.
— Chère madame, c’est la fin de l’entretien, annonça-t-il en lui serrant la main. On se revoit dans trois jours ?
Yvonne Châtelet acquiesça et enfila son manteau.
— Dites-moi, docteur, vous ne voudriez pas venir prendre le thé, un de ces jours ?
— C’est aimable à vous, mais cela m’est impossible. Un psychiatre ne fréquente jamais ses patients. Vous le savez bien…
— C’est vrai, marmonna-t-elle, déçue.
Merlieux la raccompagna jusqu’à la porte en se retenant de ne pas la pousser dehors. Avant de sortir, elle lui décocha un sourire plein de sousentendus qui le révulsa. Quand il eut refermé, il soupira. Pauvre cloche ! Comment pouvait-elle imaginer lui inspirer un quelconque désir ? Sans doute la frustration, décréta-t-il.
Il gagna son bureau et se laissa choir dans le canapé, soucieux. Les propos de cette vieille folle l’avaient secoué. En l’entendant évoquer Lucienne Lefort, si longtemps après son décès, il avait éprouvé la sensation que le passé se rappelait à son souvenir. Cela n’avait rien d’agréable, c’était le moins qu’on pût dire !
Agacé de se sentir aussi vulnérable, il saisit une clé dans le tiroir d’un petit secrétaire, proche du bureau, et gagna la porte dissimulée derrière une tapisserie ancienne représentant une scène champêtre. Il l’ouvrit, alluma, referma derrière lui et dévala l’escalier qui menait au sous-sol.


1. Voir Le Pont de l’Aigle et L’Or des Maures.