Le cocher du Pont-Neuf
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Le cocher du Pont-Neuf
Jean-Baptiste Bester
532 pages
Couverture cartonnée
Réf : 416713
Avec ce livre, cumulez 10 Points Club
Au lieu de 21,90  (prix public)
Disponible
Résumé
Sous la Régence, un jeune homme échappe à la misère en devenant cocher. Il séduit la servante de son employeur ainsi que la nourrice de la maisonnée... Poursuivi par la police après avoir tué accidentellement un homme, il se cache dans un Paris bien sombre, puis part en tournée avec des comédiens avant de se faire arrêter... L’amour le sauvera-t-il de l’échafaud ?
Pourquoi on l'a choisi
Un grand roman historique. Ces aventures plongent dans le Paris d’antan, celui des bas-fonds autant que celui des bals de la Cour, où les femmes jouent un grand rôle dans la vie tumultueuse de notre cocher. Amour quand tu nous tiens...
Avis Top Lecteur
« Un voyage dans le temps [...]. Le Cocher du Pont-Neuf est un livre qui vous permettra de passer d'agréables soirées d'hivers au coin du feu ; vous voyagerez dans le temps pour vous retrouver dans le Paris de la Régence et suivre les aventures d'un jeune homme pauvre. [...] Avec un peu d'imagination, vous saurez voir le film qui pourrait être tiré de ce livre, à mi-chemin entre Le Bossu et Fanfan la Tulipe. »

Christel Aguilar


« Les retournements de situations se succèdent. […] Une très belle histoire racontée simplement. […] Une mise en lumière des métiers d’autrefois […]. C’est un livre historique qui n’hésite pas à aborder l’histoire au travers des "petites gens". […] C’est également une jolie histoire d’amour, qui a su résister à l’adversité. Pauline et Félicien sont attachants. »

Muriel Faoa
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Marie-Bernadette Dupuy
Moyenne des avis :Les avis des internautesNombre d'avis :1
Pascale
Le 18 janvier 2012
Captivant
Félicien, jeune homme courageux, généreux et torrentueux qui a l'art de se mettre dans les situations les plus périlleuses, mais il veut sortir de sa condition sociale, notre héros côtoie Voltaire et devient son ami, la pensée de Issac Newton a tout son reflet dans ce livre : "Toutes vos actions ont un sens et donc des conséquences".
Il n'y a pas de commentaire associé à cet avis.
Ancien assistant-réalisateur, Jean-Baptiste Bester a travaillé aux côtés de metteurs en scène aussi prestigieux que Samuel Fuller. Il se consacre aujourd'hui entièrement à l'écriture. Le Cocher du Pont-Neuf est son quatrième roman.
Extrait

1


Protégé du soleil par une large ombrelle, le duc d'Orléans fit un signe à Queneau, le premier de ses pages.
— Porte-moi la longue-vue.
Le page s'exécuta. L'œil rivé à sa lunette, le Régent s'accouda au parapet de la terrasse. Durant un long moment, il promena son regard sur les jardins en contrebas. Midi allait bientôt sonner. C'était l'heure où une foule oisive, nobles, rentiers, gens de lettres, aventuriers de tout crin, investissait les allées arborées du Palais-Royal. Interdite aux soldats, aux laquais et au bas peuple, jugés trop ignorants pour en apprécier les beautés, cette promenade verdoyante était l'un des lieux privilégiés de la bonne société.
Assis sur un banc, une pinte à la main, deux jeunes seigneurs refaisaient le monde. À quelques mètres de là, un agioteur, hagard, essayait de comprendre comment il avait pu perdre cent livres quelques instants plus tôt dans la rue Quincampoix.
Une marquise d'un âge respectable passa devant le pauvre homme à la mine déconfite. À la vue de ce gaillard dont l'habit poussiéreux et froissé trahissait le rang, elle haussa les épaules.
Un peu plus loin, attablée à la buvette du jardin, Philippe examina un groupe de jeunes gens turbulents qu'il connaissait bien. Il s'agissait du premier cercle d'amis de sa défunte fille Marie-Louise Élisabeth, la duchesse de Berry, morte quelques mois auparavant des suites d'une fausse couche. Il y avait là les rejetons des plus grandes familles du royaume. Comme à leur habitude, les garçons avaient trop bu. Leurs éclats de voix, leurs pitreries importunaient les clients des tables voisines. Très raffinées en apparence, les filles, pour leur part, avaient des manières dignes des jouvencelles des faubourgs. Se sachant observées, elles prenaient des pauses suggestives, faisaient des gestes inconvenants. Mais le Régent, à qui ces déplaisantes mimiques étaient destinées, détournait le regard. Les petites garces de son entourage ne l'intéressaient plus depuis longtemps. Elles étaient capricieuses, jalouses, regardaient ses présents pourtant très onéreux comme de simples breloques. Bref, elles étaient impossibles. À ces pimbêches de haut rang, il préférait désormais les filles du peuple.
Si le duc d'Orléans tolérait les frasques de ces adolescents, c'est que, dans son esprit, ils étaient associés au souvenir de Marie-Louise Élisabeth. À chaque fois qu'il les observait, il ne pouvait retenir ses larmes. Que de tourments pourtant il avait endurés à cause d'elle !
Durant les dernières années de sa vie, la duchesse de Berry avait traîné une réputation sulfureuse. Son excentricité, son penchant pour la luxure étaient passés à la postérité. Sitôt la nuit tombée, cette dévergondée n'avait eu de cesse de sillonner les faubourgs à la recherche de nouveaux partenaires, s'encanaillant jusqu'au petit matin dans les bouges les plus sordides. Sa conduite, tout aussi scandaleuse que celle de son père, avait fait le bonheur des pamphlétaires. Certains prétendaient même que le Régent et sa fille ne s'étaient guère embarrassés des liens du sang pour satisfaire leur insatiable appétit. Mais le sujet restait tabou. Toujours avide de célébrité, le jeune poète Voltaire en savait quelque chose : pour avoir écrit un libelle sur cette prétendue liaison incestueuse, il avait récolté, en guise de lauriers, onze mois de prison ferme à la Bastille. Depuis, il évitait de se dégourdir les jambes dans les jardins du Palais-Royal où le duc d'Orléans, quelques années auparavant, l'avait pourtant salué avec déférence.
Délaissant les complices de feue Marie-Louise Élisabeth, le Régent fixa son regard, sans toutefois s'y attarder, sur un personnage austère qui hantait parfois les lieux. C'était une dame entre deux âges, plutôt laide, dont le visage n'exprimait qu'ennui et exaspération. Elle était le plus souvent vêtue de noir, comme si elle portait le deuil. Assise sur un banc à l'écart de la foule, elle semblait indifférente à l'agitation des lieux. On ne la voyait jamais accompagnée. Elle passait son temps à lire quelque ouvrage de Montaigne, de Bossuet ou de Fénelon, des auteurs tout aussi graves qu'elle. Cette dame s'appelait Françoise-Marie de Bourbon. Elle avait eu pour père le Roi-Soleil et pour mère, la marquise de Montespan. Elle en tirait une vanité telle qu'elle traitait son entourage, à commencer par les membres de sa propre famille, comme de vulgaires laquais.
Le duc d'Orléans poussa un long soupir. Cette silhouette fantomatique, que les promeneurs avaient pris l'habitude d'éviter, n'était autre que sa femme. Il l'avait épousée vingt-deux ans auparavant. Elle lui avait donné huit enfants, sept filles et un garçon qui lui succéderait bientôt sous le nom de Louis Ier d'Orléans.
Le regard scrutateur du Régent s'arrêta ensuite sur l'une des nombreuses aventurières qui pullulaient dans ses jardins.
Malgré un détachement de soldats patrouillant en permanence aux abords du palais, les plus dégourdies parvenaient à franchir les grilles du jardin. Elles se faufilaient sous les arcades, tout étonnées de leur propre audace, et se mêlaient au monde. On les reconnaissait d'un coup d'œil à ces robes à panier qu'elles empruntaient l'espace d'une journée, et dans lesquelles elles se prenaient les pieds. Elles louaient une chaise, ouvraient un livre ou une revue, et attendaient qu'un gentilhomme daignât les aborder. Les plus jolies trouvaient preneur rapidement ou finissaient dans les appartements royaux. Quant aux autres, celles qu'on avait trop vues, elles étaient repérées et chassées sans ménagement.
Cette jeune fille, dont la jeunesse n'avait d'égale que la beauté, était poudrée à outrance. Assise à côté d'un kiosque à musique, elle lisait nonchalamment le Mercure galant. Un simple détail suffit à la démasquer : elle tenait le journal à l'envers. Le duc d'Orléans esquissa un sourire. Il posa sa longue-vue et ordonna à Queneau, en lui montrant la jeune fille :
— Va me chercher cette grisette¹.
Sitôt le laquais parti, Philippe reprit sa lunette. Il parcourut les arcades, débusqua une autre jeune fille, à côté d'un marchand de dentelles. Mais celle-là, moins engageante, ne retint pas son attention. Il s'attarda enfin sur un personnage en tenue de carnaval, qui promenait un enfant sur un âne. La tête de l'animal était ornée d'un panache de plumes multicolores. C'était un homme au faciès avenant. La taille haute, les épaules larges, il devait avoir une vingtaine d'années. Il répondait au nom de Félicien Bouvier.

Depuis peu, le Régent tolérait la présence de quelques bateleurs. Ça donnait un peu de fantaisie aux allées monotones de ses jardins. Mais les places étaient chères. Chaque jour, une dizaine de saltimbanques patientaient derrière les grilles dans l'espoir d'obtenir le précieux sésame. Pour l'heure, les lieux ne comptaient qu'un jongleur, un montreur de singe et ce jeune meneur d'âne, lesquels n'étaient autorisés à travailler que le matin.
Après avoir fait son parcours habituel, Félicien rendit l'enfant à ses parents, un couple de promeneurs. Puis il ramena sa monture près du kiosque à musique. Un vieil homme au visage raviné l'attendait. C'était monsieur Giffard, son patron. Il tenait son privilège du Régent en personne, qui ne les délivrait qu'au compte-gouttes. Il en était de même pour les marchands d'estampes, les cireurs, les bijoutiers et autres commerçants qui prospéraient sous les arcades. Le duc d'Orléans percevait sa dîme sur chaque activité. Les finances du royaume étant au plus bas, chaque sou était bon à prendre. Ainsi, pour un trajet de vingt minutes à dos d'âne, les clients devaient débourser soixante sols. Il en revenait vingt-cinq à Son Altesse Royale, autant à Giffard et seulement dix à son employé.
Une fois rémunéré, le jeune Bouvier s'éloigna. Sa matinée était finie. Mais d'autres occupations l'attendaient. Alors qu'il déambulait sous l'arcade menant à la sortie, il croisa Queneau qu'il connaissait de vue. Il le salua.
— Bonjour, l'ami. Vous m'avez l'air pressé.
L'autre continua son chemin sans même se retourner. Il avait d'autres chats à fouetter que d'engager la conversation avec cet homme de rien.
Félicien ne s'offusqua pas de cette attitude cavalière. À plusieurs reprises, il avait essayé de parler à ce laquais dans l'espoir insensé d'obtenir, par son entremise, quelque emploi au palais. Peine perdue. Entre lui et Queneau, il y avait une frontière qu'il ne pourrait jamais franchir. Pour entrer au service du duc d'Orléans, il fallait être noble. C'était la condition sine qua non.
Queneau arriva à hauteur de la grisette. Il se planta devant elle et l'invita à l'accompagner sur un ton qui ne souffrait aucune discussion. La fille fit d'abord mine d'être surprise. Puis elle se leva et repartit avec le page, visiblement très satisfaite.
Bluffé, Bouvier les suivit du regard jusqu'aux marches du palais. L'assurance du laquais l'impressionnait toujours.
Il continua son chemin, passa devant la seconde prétendante, celle qui n'avait pas eu l'heur de plaire au Régent. Il lui adressa un sourire qu'elle accepta timidement, comme un lot de consolation.


1. Jeune fille pauvre habituée à un dur labeur dès le plus jeune âge. Souvent issues des campagnes, les grisettes quittaient leurs parents alors qu'elles étaient à peine pubères. Libres, indépendantes, elles logeaient en chambre garnie et ne devaient leur subsistance qu'à leur propre travail. C'étaient pour l'essentiel des couturières, des lingères ou des monteuses de bonnet.