Des vies d'oiseaux
Des vies d'oiseaux
Véronique Ovaldé
240 pages
Couverture souple
Réf : 415030
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Prix public*
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Disponible
Résumé
Après le succès public de Ce que je sais de Vera Candida (80 000 exemplaires vendus) et critique (grand prix des lectrices de Elle 2010, prix France Télévision 2009, prix Renaudot des lycées), Des vies d’oiseaux confirme le grand talent de Véronique Ovaldé.

« On peut considérer que ce fut grâce à son mari que madame Izarra rencontra le lieutenant Taïbo ». Car c’est lui, Gustavo Izzara, qui, revenant de vacances un soir d’octobre 1997, appelle la police pour qu’elle vienne constater que sa somptueuse villa de Villanueva avait été cambriolée. Un vol pour le moins étrange puisqu’aucun objet n’a été dérobé et que les intrus, apparemment familiers des lieux, se sont contentés d’habiter la maison en l’absence du couple. Vida Izzara va peu à peu sortir de son silence et dévoiler au lieutenant Taïbo la vérité : Paloma, sa fille unique de 18 ans, s’est évaporée du jour au lendemain avec Adolfo, un mystérieux (dangereux ?) jardinier, et elle la soupçonne d’être revenue – par effronterie, insolence, nostalgie ? – hanter la demeure familiale.
Les vies d’oiseau, ce sont celles que mènent ces quatre personnages dont les trajets se croisent sans cesse. Chacun à sa manière, par la grâce d’un nouvel amour, est conduit à se défaire des ses anciens liens – conjugaux, familiaux, sociaux – pour éprouver sa liberté d’exister. Avec Des vies d’oiseaux, Véronique Ovaldé continue à explorer les rapports qui lient les hommes et les femmes.
Pourquoi on l'a choisi
Après le succès de Ce que je sais de Vera Candida, Véronique Ovaldé confirme son talent de “conteuse d’histoire” dans un roman où se croisent 4 personnages unis par des liens conjugaux, familiaux et sociaux.
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JeudiProchain
Le 18 août 2011
Splendide et touchant
Chaque texte de Véronique Ovaldé me touche, avec une douceur obstinée, qui finalement m'émeut en profondeur. Ici, il s'agit de liens humains, de couples très différents, liés par un contexte et par le même sang. C'est fin, c'est juste, c'est drôle et ça reste dans le coeur. Véronique Ovaldé, vous êtes en train de devenir mon écrivain français préféré.
Il n'y a pas de commentaire associé à cet avis.
Née en 1972 au Perreux-sur-Marne, Véronique Ovaldé travaille dans l'édition et vit à Paris avec ses deux enfants. Écrivaine à l’imaginaire particulièrement vif, elle participe régulièrement à des performances avec des artistes.
De livre en livre, Véronique Ovaldé s’impose comme une des figures incontournables de la jeune scène littéraire française. Après des succès critiques et publics avec des romans comme Toutes choses scintillant et Les hommes en général me plaisent beaucoup, elle a définitivement séduit un plus large public avec Et mon cœur transparent, prix France Culture-Télérama 2008, et reçu plusieurs prix prestigieux, dont le Grand Prix des lectrices de Elle 2010, le prix France Télévision 2009 et le prix Renaudot des lycéens 2009 pour Ce que je sais de Vera Candida.
Autres titres de Véronique Ovaldé
Extrait
La reine en son palais


On peut considérer que ce fut grâce à son mari que madame Izarra rencontra le lieutenant Taïbo. Monsieur Izarra avait tenu à appeler le poste de police, un soir d'octobre 1997, malgré l'heure tardive et le caractère sans urgence de son appel, afin de déclarer qu'il leur semblait avoir été cambriolés mais que rien, et il avait insisté étrangement sur ce point, ne leur avait été dérobé.
Taïbo, qui était d'astreinte ce soir-là, seul avec un livre sur Valerie Jean Solanas, se permettant de lire parce que justement il était seul et qu'il ne s'attirerait aucune réflexion désobligeante, avait reposé le livre en question dans l'unique tiroir qui fermait à clé, soupiré dans le combiné et demandé pourquoi ils en étaient venus à l'idée qu'ils avaient été cambriolés puisque rien ne manquait.
Ce n'est pas qu'il désirait jouer sur les mots. Le lieutenant Taïbo était un homme qui se voulait précis.
Mais la voix de monsieur Izarra s'était durcie. Il devait parler avec ce genre de voix à ses collaborateurs. Il devait arriver en réunion toujours en retard, ouvrir la porte de la salle avec brusquerie comme s'il désirait les surprendre à jouer aux cartes ou à passer des appels confidentiels à une société concurrente, et il devait balayer du regard lesdits collaborateurs déjà tous assis autour de la table, qui eux faisaient comme s'ils ne l'avaient pas vu, tentant de continuer la réunion sans tenir compte de son irruption, essayant de ne pas être tétanisés par sa soudaine présence si évidemment réprobatrice. Et monsieur Izarra se mettait en condition, il regardait les stores, les fauteuils, les revêtements muraux, l'ordre du jour sur le tableau, il y avait toujours quelque chose qui l'agaçait ou l'offusquait et il commençait à leur parler d'une voix cassante. Il les interrompait et il les brisait.
Il avait ce ton quand il a dit :
— Rien n'a été visiblement volé, lieutenant. Mais je vous saurais gré de venir tout de suite constater qu'il y a bien eu intrusion.
Taïbo a secoué la tête dans son bureau nicotiné.
— Je suis infiniment désolé, monsieur Izarra, mais il faut que quelqu'un...
L'autre l'a coupé, rétorquant qu'il ne voulait rien savoir et tenait à ce qu'il vînt sur-le-champ.
Il a donné son adresse et Taïbo l'a notée en continuant de secouer la tête. Quand ils eurent raccroché, Taïbo a ressorti son livre du tiroir, il lui était de toute façon impossible de quitter le poste de police ; il était seul et son collègue ne le relèverait que dans deux heures. Il était à l'avance fatigué de la conversation qu'il aurait avec monsieur Izarra.
Le lendemain, il est arrivé chez monsieur et madame Izarra très tôt. Ils habitaient sur la colline de Villanueva face à la mer. Taïbo vivait de l'autre côté de la ville. Il n'aurait jamais pu se payer une villa du style de la leur même s'il avait travaillé pendant deux mille ans et cessé de s'alimenter solide liquide pendant tout ce temps. Il habitait dans un mobil-home derrière l'hôpital dans le quartier qu'on appelait Villanueva Nueva parce qu'il était moderne (dans la mesure du possible) et parce qu'on y trouvait l'université et des immeubles bleus en verre. C'était tout ce qu'il pouvait s'offrir compte tenu de son salaire et de l'argent qu'il versait à Teresa quand elle était à sec. Mais au fond ce n'était pas un problème pour Taïbo.
Il a tourné un moment dans le quartier des Izarra au volant de sa voiture bicolore, gyrophare éteint, rechignant à débarquer chez eux à six heures du matin, Taïbo n'y pouvait rien, il se levait si tôt qu'il n'avait souvent rien d'autre à faire que de conduire sa voiture de fonction comme s'il faisait des rondes, et ce quartier était magnifiquement tranquille, les rues grimpaient en douceur pour vous permettre à tout instant de voir la mer et ses chapelets d'îlots, les allées étaient larges, aucune voiture n'était garée le long des trottoirs, des Indiens promenaient les chiens des monsieur madame dans le petit matin et bavardaient en fumant des cigarettes, laissant pisser ou forniquer les bestioles pur-sang dont ils avaient la garde, les alarmes des maisons clignotaient rouge en haut des grilles, les arbres étaient soigneusement taillés comme si chaque semaine une armada de garçons coiffeurs venait discipliner la végétation de ce quartier, et Taïbo se disait, « Avant, il y avait une jungle ici », mais là, présentement, on ne pouvait plus rien trouver d'insoumis ou d'exubérant quel que soit l'endroit où se posait le regard, il n'y avait plus que des magnolias luisants et des palmiers exemplaires.
À Villanueva, l'hiver est une saison triste, et une grande partie des habitants de la colline (on l'appelait la colline Dollars) partaient en villégiature sous des cieux plus déments, abandonnant leurs chiens et leurs Indiens sur place. Ils quittaient le pays, s'en allaient vers les montagnes du Chili ou les plages brésiliennes. Et si l'on avait, comme Taïbo, une vague tendance à la mélancolie, le front de mer déserté, les quatorze kilomètres de plage venteuse et la mer gris timbale pouvaient dangereusement agir sur le moral. Aussi valait-il mieux fuir la ville le temps qu'elle recouvrât son soleil au zénith et sa population au monoï.
Quand Taïbo a sonné chez les Izarra, l'interphone a bourdonné et une voix de femme lui a répondu. On lui a ouvert. L'allée du jardin était parfaite, la porte d'entrée, les arêtes en béton, les hibiscus, les grenadiers étaient parfaits. Taïbo a repéré une caméra au-dessus de l'angle nord. Il a pensé que c'était un drôle d'endroit pour poster une caméra, il était impossible de là-haut de voir la porte d'entrée à cause de la végétation.
Madame Izarra l'a accueilli en disant :
— Il est très tôt lieutenant.
Elle lui a souri. Elle avait les cheveux blonds, une coiffure compliquée qui semblait prête à s'effondrer, mais qui bien entendu ne s'effondrait pas, et un visage lisse et très pâle, délicatement plastifié, avec des pommettes hautes. On aurait dit qu'on avait mis de minuscules étais sous sa peau pour que ses pommettes puissent être aussi hautes. Ses yeux étaient beiges – impossible de qualifier plus justement la couleur de ses yeux, ils avaient adopté la teinte de sa carnation comme si trouver une autre couleur les avait épuisés et que cette demi-teinte un peu bizarre était ce qu'ils avaient pu faire de mieux. Elle s'est excusée du désordre, ils étaient revenus la veille de voyage. Elle avait une voix aiguë, perchée, tendue. Taïbo a regardé autour de lui. Tout paraissait à sa place, parfaitement à sa place, rien d'approximatif dans l'agencement de cette maison.
— Vous prendrez bien un café ?
Taïbo a acquiescé et ajouté :
— Je ne voulais pas louper votre mari.
Elle a haussé les épaules en passant dans le salon :
— Il est déjà parti pour le bureau. Mais je vais vous expliquer, vous verrez.
Elle s'est éclipsée pour lui apporter un café, la bonne n'était pas là, il est resté debout, incongru au milieu de ce salon où tout ce qui n'était pas en bois foncé était blanc cassé. Taïbo a imaginé les hommes qui coupaient les arbres dans la forêt pour que cette femme déjeune sur cette table, il a bien aimé se faire cette réflexion, la diversité du monde était quelque chose qui le distrayait. Il s'est planté devant un tableau en réfléchissant à cela et quand Madame Izarra est revenue, elle a souri tout miel en disant :
— Vous vous intéressez à la peinture lieutenant ?
Elle a tendu la main vers le tableau qu'il examinait :
— C'est un Bacon.
Taïbo ne savait pas précisément qui était Bacon mais il a songé que c'était une drôle d'idée de le laisser pendu au mur pendant qu'on partait en voyage. Elle lui a fait signe de s'asseoir, il a choisi un tabouret en cuir blanc, elle a toussoté :
— C'est un repose-pieds, lieutenant, venez sur le canapé.
Taïbo s'est levé du repose-pieds et il est allé docilement sur le canapé.
Madame Izarra portait une sorte de grande tunique violette brodée qu'elle avait dû rapporter de son séjour à l'étranger. Il a aperçu ses chevilles quand elle s'est assise.
— En fait, je peux confirmer qu'ils n'ont rien volé mais quelqu'un a dormi dans mon lit.
Taïbo a pensé à Boucle d'Or.
Il a sorti son carnet, il a noté Bacon et Boucle d'Or et tout ce qu'elle lui racontait. Apparemment plusieurs personnes avaient habité chez eux pendant deux semaines. Et il y avait au moins une femme, a certifié madame Izarra, l'index sur la lèvre dans un curieux geste qu'elle croyait gracieux mais qui a paru lui intimer le silence. Ils avaient utilisé le sauna à l'entresol, dévoré ce qu'il y avait dans le congélateur et éclusé la cave de monsieur, ils avaient dormi dans toutes les chambres de la maison, porté les vêtements des penderies, fumé, et Dieu sait quoi encore.
Taïbo a demandé comment ils étaient entrés.
— Par la porte, lieutenant.
Madame Izarra a froncé les sourcils comme s'il posait une question absurde.
Il a demandé s'il y avait une alarme.
Elle est devenue un brin confuse. Il semblait que l'alarme n'était pas tout à fait opérationnelle au moment de leur départ, que c'était elle qui était censée s'en occuper, que la société de maintenance pour l'alarme et les caméras devait passer pendant leur absence, mais qu'en fait personne n'était venu. À part les jeunes qui s'étaient installés, bien entendu.
— Pourquoi des jeunes, madame Izarra ? a dit Taïbo.
— Vous voyez des vieux faire cela, lieutenant ?
Taïbo a réfléchi et il s'est dit que oui, il voyait bien des vieux faire cela, il a insisté, voulant savoir si quelque chose de plus précis lui paraissait indiquer qu'il s'agissait de jeunes personnes.
— Les parfums que la fille a choisi de porter, a-t-elle répliqué.
Il n'a rien trouvé à répondre alors il est allé examiner les lieux. Madame Izarra l'a précédé dans l'escalier et il est resté quelques marches en arrière pour ne pas être trop près d'elle et ne, bien sûr, pas se retrouver les yeux à hauteur de ses fesses. Il y avait six chambres à l'étage et elles avaient toutes été essayées, lui a précisé madame Izarra. Le lieutenant n'a vu qu'une enfilade de pièces toutes aussi bien agencées, confortables et engageantes que celles d'une pension de famille rigoureusement tenue. Madame Izarra a indiqué que dans chacune d'elles les lits avaient été défaits et qu'il était évident que des gens (des « corps », a-t-elle dit) y avaient dormi. Il y en avait une fermée à dé mais elle la lui a obligeamment ouverte. C'était une chambre d'adolescente, avec guitaristes au mur, coupes de marathonienne alignées au-dessus de l'armoire, couvre-lit en patchwork et mur peint en bleu ciel, le genre de chambre qui porte encore des oripeaux d'enfance, ours en peluche et boîte à musique, mais qui se métamorphose par vagues en autre chose, quelque chose de plus sexuel, types torse nu en poster, photos de gamines collées les unes aux autres, gloussant pour des raisons mystérieuses. Madame Izarra a refermé très rapidement la porte en disant :
— Ils n'ont presque pas touché à celle-ci.