Accueil Jeunesse Livres 10 ans et plus Ulysse Moore, tome 6 : La première clef
Ulysse Moore, tome 6 : La première clef
Ulysse Moore, tome 6 : La première clef
Pierdomenico Baccalario
336 pages
Couverture souple. 13,5 x 19 cm
Bayard
10 ans et plus
Réf : 414601
Avec ce livre, cumulez 10 Points Club
Au lieu de 10,90  (prix public)
Disponible
Résumé
Ulysse Moore est vivant ! C'est ce que Rick a découvert en s'introduisant dans la dépendance de Nestor, le vieux jardinier taciturne. De leur côté, les jumeaux sont bloqués au Moyen Âge.
Tous recherchent la même chose : la Première Clef, qui permet d'ouvrir et de verrouiller toutes les portes du temps. C'est l'heure de vérité. Bien des mystères vont enfin être levés...
Pourquoi on l'a choisi
Avis aux détectives et aventuriers du temps ! Voici le 6e et dernier volume de cette fantastique série, où seront révélées d'étranges vérités. Et une surprise de taille : Ulysse Moore est vivant !
Pierdomenico Baccalario, alias Ulysse Moore, est né en Italie en 1974. Avocat puis journaliste, il réalise ensuite des jeux de rôle, de table et des jeux vidéo.
Extrait

Chapitre 1

La dernière chandelle


C'était une belle nuit calme et étoilée. Sous les reflets argentés de la lune on devinait un immense cirque de montagnes et ses crêtes dentelées.
dans cet endroit retiré du monde, inaccessible au commun des mortels, un haut plateau à trois flancs se détachait à la croisée de deux vallées. Là se cachait le jardin du Prêtre Jean. C'était une imposante citadelle, perchée sur un rocher inhospitalier, qui semblait défier l'horizon. Ses murailles crénelées enserraient une multitude de tours et tourelles, des bastions, un donjon, des voûtes, des escaliers, des ruelles étroites, des passages obscurs et des citernes. À travers les meurtrières, des courants d'air s'engouffraient dans les longs couloirs déserts qui quadrillaient la forteresse.
De-ci de-là, apparaissaient d'imperceptibles signes de vie. Dans les conduits d'évacuation, l'eau gargouillait. Dans les foyers, des tisons rougeoyants se consumaient, et des cheminées s'échappaient de timides panaches de fumée.
Dans une tour d'angle, les lueurs de plusieurs bougies dansaient derrière une fenêtre à meneaux. Un homme se tenait là, assis sur un banc de pierre, accoudé au rebord, et fixait d'un regard vague la succession de piliers qui jalonnaient le terrain alentour. Tout en tirant sur les poils de sa barbe, il relut le texte tissé sur le long morceau de tapisserie qu'il venait de dérouler. Mille ans plus tard, on aurait juré qu'il venait de recevoir un télégramme. Le message disait :
Salut, vieux
AttentiOn !
Visiteurs in?ésirables prOvenant Villa ArgO pOurraient arriver.
Surveille pOrte ?u temps.
Arrête Olivia une bOnne fois pOur toutes.
Amitiés.
Peter

Les flammes des chandelles se mirent à vaciller, l'unique porte de la pièce venait de s'ouvrir. L'homme reconnut le visage anguleux de son assistante chinoise. Elle le rejoignit et lui glissa à l'oreille :
— Ton signalement était exact. Les gardes viennent d'arrêter deux intrus.
— Deux ? releva l'homme, pensif.
Il s'approcha de la cheminée et jeta le message au feu. La tapisserie s'embrasa dans une fumée noire.
— Nous n'avons donc pas le choix, ma chère : nous devons partir tous les deux. Et j'ai bien peur que le voyage ne soit long.
Sa voix trahissait son émotion. Il semblait se remémorer de mauvais souvenirs, inavouables peut-être...
Dans l'âtre, les flammèches dansaient telles des langues de feu.
L'assistante s'inclina avec respect :
— Je vais préparer mes affaires.
L'homme attendit qu'elle ait disparu, puis souffla toutes les bougies sauf une. Il écarta une lourde tapisserie et glissa la main dans la niche qu'elle dissimulait.
Prenant bien soin d'éviter les pièges qui la protégeaient, il extirpa un coffret en bois orné de motifs dorés et fit sauter la serrure.
À l'intérieur se trouvaient plusieurs clefs rouillées. Sur leur anneau, des animaux étaient ciselés. L'homme les compta :
— Ce n'est pas possible ! s'exclama-t-il, surpris, en revérifiant le contenu de la boîte.
Il manquait quatre clefs : celles de l'ornithorynque, de l'uraète, du varan et du renard.
Perplexe, le barbu moucha la dernière chandelle et s'éclipsa dans le noir.



Chapitre 2

L'escalier


Jason arrêta sa sœur au milieu des escaliers et lui fit signe de se taire :
— Chuuuut !
— Qu'est-ce qu'il y a ? s'étonna Julia.
Mais son frère lui serrait si fort l'avant-bras qu'elle lui obéit sans poser davantage de questions.
L'escalier que les jumeaux avaient choisi d'emprunter était sombre et étroit, son plafond masqué par l'obscurité. Une torche brûlait au sommet et éclairait un énorme portail en bois. Derrière ses battants fermés, un cliquetis se fit entendre : une clef tournait dans la serrure.
D'un rapide coup d'œil, Jason et Julia inspectèrent les environs : aucun recoin en vue. Pas le temps non plus de gravir les marches jusqu'au porche et de se tapir de part et d'autre de la porte. Ne restaient que deux niches s'ouvrant de chaque côté de l'escalier. Elles étaient occupées par de grands vases pansus débordant de végétation.
Jason désigna celle de gauche à sa sœur et choisit l' autre.
Julia se glissa dans le renfoncement et se terra dans l'espace exigu entre la poterie et le mur. Jason, lui, sauta par-dessus le vase et atterrit lourdement au fond de la niche. Malgré sa chute brutale, il n'émit pas un seul gémissement.
Le portail s'ouvrit de manière théâtrale, dans un bruit de ferrures métalliques. Les lueurs d'un flambeau envahirent la volée de marches et léchèrent les niches.
« Jason, ta basket ! » s'exclama Julia en son for intérieur.
Elle venait de remarquer que son frère avait perdu une chaussure à gauche du vase.
Il était trop tard pour le prévenir : une silhouette massive était apparue dans l'encadrement de la porte et commençait à descendre les escaliers quatre à quatre.
Julia se tapit au fond de sa cachette, priant pour ne pas être repérée.
— Doucement, Zan-Zan ! lança l'inconnu d'une voix tonitruante. Tu veux réveiller toute la cité ?
La femme qui l'accompagnait lui emboîta le pas sans prendre la peine de verrouiller le portail.
— Tu as tout pris ? s'assura l'homme.
Zan-Zan portait sur l'épaule un grand sac en soie bleue noué par deux cordelettes.
— Tu as bien mis les pièges en place ? ajouta-t-il.
Sa compagne ne lui répondait pas, mais l'homme n'avait pas l'air étonné.
— Les hérons, les lapins et les courants d'air aussi ?... Bon, le laboratoire m'a l'air bien protégé.
Les deux silhouettes passèrent devant les vases. La flamme de la torche dansa. Soudain, la femme s'arrêta net :
— Attendez !
Julia ferma les yeux, rentra la tête dans les épaules et plaqua ses poings fermés sur son visage :
« Pourvu qu'ils ne nous voient pas ! Pourvu qu'ils ne nous voient pas ! »
Zan-Zan s'approcha du vase derrière lequel Jason s'était réfugié.
« Pourvu qu'elle ne le voie pas ! » implora Julia en fixant avec horreur la chaussure de son frère qui dépassait.
De sa cachette, Zan-Zan lui apparut comme une Chinoise de petite taille. Elle était vêtue d'une curieuse coiffe ronde maintenue par un épais bourrelet de tissu et d'un long manteau bleu aux manches évasées, resserré sous la poitrine. Un haut col rigide lui maintenait la nuque. Son compagnon avait des traits européens. De taille moyenne, bien charpenté, il portait une barbe brune, une bure de moine et des chaussures pour le moins déconcertantes. Julia regarda les pieds de l'inconnu par deux fois et finit par se rendre à l'évidence : l'homme arborait bien une vieille paire de baskets Nike.
Zan-Zan introduisit une main dans le vase, fouilla la plante foisonnante et en préleva une poignée de fleurs de camomille.
— Je n'étais pas sûre d'en avoir pris assez, expliqua-t-elle.
— Dépêchons-nous ! Le temps presse, lui répliqua le barbu.
Et ils se remirent en route.
Julia sortit précautionneusement la tête de la niche pour mieux les observer : le moine portait sur son dos un grand sac élimé muni de dizaines de sangles en cuir.
« C'est curieux, se dit la jumelle, j'ai l'impression de l'avoir déjà vu quelque part... »
Elle attendit que la rampe soit replongée dans le noir, avant de sortir furtivement de son recoin et d'appeler son frère :
— C'est bon ! Ils sont partis !
— Aïe-aïe-aiïie... ! se plaignit Jason dans un filet de voix. Je ne me suis pas loupé !
— Jason, sors !
— Je voudrais t'y voir ! répondit le garçon en essayant de se dégager.
L'obscurité et la taille du pot empêchaient Julia de distinguer son jumeau, mais, d'après ses gémissements répétés, il devait s'être mis dans une très fâcheuse posture.
Jason finit par s'extirper tant bien que mal de sa cachette. Il récupéra sa chaussure, secoua ses cheveux parsemés de minuscules fleurs blanches et de fils de toiles d'araignée :
— Pouah ! Tu parles d'une cachette !

Après s'être rapidement consultés, les jumeaux décidèrent de ne pas suivre les inconnus. C'était trop risqué, et ils voulaient d'abord essayer de comprendre où ils avaient abouti.
Ils grimpèrent la dernière volée de marches jusqu'au portail.
— Tu as entendu ? Ils ont parlé d'un laboratoire..., fit Julia.
— Hm, hmm...
— Ils ont aussi évoqué des pièges.
— Et des hérons, des lapins et des courants d'air.
— Qu'est-ce que ça peut bien vouloir dire ?
— Aucune idée !
Jason étudia la porte avec attention. Elle était trois fois plus haute que lui :
— On ne va pas enquêter là-dessus maintenant. La priorité, c'est de mettre la main sur Black Volcano et de vite rentrer avant que les parents ne s'aperçoivent de notre disparition. Bon, récapitulons : on sait que Black s'est réfugié ici après avoir récupéré toutes les clefs de Kilmore Cove...
— Y compris la Première Clef, intervint Julia. Et je te rappelle qu'on doit également retrouver Rick.
— Ne t'en fais pas ! Ton Rick se porte sûrement comme un charme...
— Mais...
— Tu verras... Je suis sûr qu'à notre retour à Kilmore Cove il sera là, à t'attendre patiemment, et il...
Jason avança les lèvres, caricaturant un baiser. Sa sœur bondit :
— Pauvre idiot !
Son frère saisit la poignée de la porte et se mit à la secouer doucement :
— On dirait qu'ils ne l'ont pas bien fermée...
Le battant s'entrebâilla légèrement, leur laissant la place de se faufiler.