Uglies, tome 1
432 pages
(série en 4 tomes)
Couverture souple
12 ans et plus
Réf : 414381
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Au lieu de 13,50  (prix public)
Dans le monde de l'extrême beauté, les gens normaux sont en danger
Résumé
Tally aura bientôt 16 ans. Comme toutes les filles de son âge, elle s'apprête à subir l'opération chirurgicale de passage pour quitter le monde des Uglies et intégrer la caste des Pretties. Dans ce futur paradis promis par les Autorités, Tally n'aura plus qu'une préoccupation, s'amuser...
Mais la veille de son anniversaire, Tally se fait une nouvelle amie qui l'entraîne dans le monde des rebelles. Là-bas, elle découvre que la beauté parfaite et le bonheur absolu cachent plus qu'un secret d'État : une manipulation. Que va-t-elle choisir ? Devenir rebelle et rester laide à vie, ou succomber à la perfection ?
Moyenne des avis :Les avis des internautesNombre d'avis :14
JeudiProchain
Le 30 novembre 2009
Génial, à lire avec bonheur quel que soit votre âge :-)
J'ai commencé cette série à cause d'une nouvelle de Scott Westerfeld parue dans l'anthologie Geekstatic, qui était excellente. Uglies étant répertorié dans la catégorie "Jeunes adultes", je me demandais si ça me conviendrait car j'ai largement plus... Hé bien, OUI ! Je suis à fond dedans ! C'est très bien écrit, avec des personnages marrants et sensibles, dans un monde qui pose plein de questions. C'est vivant, rapide, et on ne veut qu'une chose : LA SUITE !!!
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Le 04 janvier 2010
A ne pas rater !!
Un monde qui fait froid dans le dos ! Une super intrigue très critique sur une société où la beauté règne en maître absolu ! Vous ne serez pas déçu, il y a un peu du "Meilleur des Mondes" d'Aldous Huxley dans ce roman qui vous prend vraiment aux tripes. A découvrir absolument !
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Camille88
Le 01 mars 2010
J'adore, tout ce que j'aime !
Franchement un livre époustouflant avec une magnifique histoire qui nous tient jusqu'au bout de la série, j'adore ce thème, tout ce qui touche à l'iréel ! Pour tous âges, enfin =) Je l'adore et ces personnages qui nous rendent des émotions.
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Le 15 janvier 2010
Magnifique
J'avoue qu'habituellement ce genre de littérature me laisse de marbre. Cédant devant la foule de lecteurs enthousiastes, je me suis lancée dans ce premier tome. J'ai tout de suite accroché : Tally est un personnage si adorablement adolescent, l'ambiance générale si originale... Je n'ai pas pu le lâcher avant la dernière page et je fonce sur le tome 2. Si vous êtes fan de belles histoires, je suis sûre que le même phénomène se produira chez vous.
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Nana34
Le 22 février 2010
Est devenue accro...
J'ai 32 ans, et je me suis lancée dans cette lecture. Au début, j'étais sceptique et puis je suis devenue accro de ces personnages, de l'histoire. Je viens de terminer le tome 1 et je commence ce soir le Tome 2, je n'ai qu'une hâte connaître la suite...
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Gailbester
Le 30 mars 2010
Génial à lire
Les dialogues m'ont bien fait rire. Une bouffée de fraicheur, ce livre qui se lit rapidement. Tally est très attachante. Je fonce sur le tome 2.
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stef93330
Le 09 juin 2010
Vraiment bien
Je suis loin d'être une ado mais tant pis, j'ai craqué ! Ce livre est d'une originalité... ce monde de perfection... On est captivé par l'histoire, touché par les sentiments qu'éprouve l'héroïne, l'écriture est fluide (aucun temps mort)... Bref, magnifique ! Attention, une fois fermé, impossible de ne pas passer à la suite.
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Le 29 juillet 2010
N'a pas accroché
Contrairement aux autres commentaires, je n'ai pas accroché. Je ne sais pas trop ce qui me dérange dans ce livre. L'écriture est facile, l'histoire me semble intéressante... et pourtant ... Du coup, j'ai arrêté, peut-être que je le reprendrais ultérieurement.
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lilouvesco
Le 11 octobre 2010
Peu de matière
J'ai acheté ce livre pour ma fille et puis j'ai commencé à le lire mais franchement je n'ai pas accroché, le sujet pourrait être intéressant mais cela traine trop en longueur ! On se pose des questions mais aucune réponse ne vient, j'ai trouvé le roman creux et sans suspense sauf "Est-ce que Tally va actionner son pendentif ?? et une vague histoire d'amour ! Trop léger même pour des ados !
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Kieali
Le 01 février 2011
Pas que pour les adolescents...
J'ai hésité longuement avant de me lancer dans la quadrilogie 'Uglies'. Loin des bit-lit vampiriques qui pullulent dans nos librairies, c'est un petit vent de fraicheur. Le sujet est original, et l'aventure absorbante. Scott Westerfeld réussit le pari de vous faire aimer un roman pour adolescent ! Pire on veut lire la suite... Même si l'issue est sans surprise, même si les personnages sont un peu lisses, on suit avec envie Tally Youngblood dans ce monde parfait... en apparence.
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sandrine44
Le 14 avril 2011
Histoire assez prenante
Même si ce livre semble plus correspondre à des adolescentes, je l'ai trouvé sympa et facile à lire.
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Luna05
Le 29 janvier 2011
Evolution à suivre de près.
Parmi les livres classés en tant que "roman jeunesse" trônent quelques titres se démarquant en ce moment par leur thème et maturité, un nouveau genre né se nommant Dystopie englobant des histoires futuristes pessimistes et tout bonnement plausibles. Le premier à avoir élu domicile sur mes étagères fut "La Déclaration : L'Histoire d'Anna" de Gemma Malley, voici à présent le petit nouveau "Uglies". Un titre pouvant trouver écho auprès d'un public plus âgé. Tally jeune fille de 15 ans et demie fait partie des Uglies, ou dit plus simplement des personnes n'ayant pas encore subi d'opérations chirurgicales. En effet à 16 ans, les Uglies se doivent de la subir afin de devenir Pretties, des personnes belles, parfaites et non moche à jamais. Depuis leur enfance, les enfants Uglies sont préparés par leur parents Pretties à être opérés afin d'entrer dans le grand monde et de pouvoir trouver du travail, d'être inséré dans cette société régie par le paraitre. Ainsi ces enfants sont façonnés afin d'avoir du mépris pour eux-mêmes ainsi que de leur laideur. Les Uglies ont ainsi un but commun, se transformer en Pretties. Tally attend avec impatience le grand jour qui lui permettra de rejoindre son meilleur ami Peris à Pretties Town. Cependant, sa rencontre avec Shayne une Uglie de son âge lors d'une de ses sorties nocturnes, lui fera découvrir un monde lui étant inconnu et surtout une vérité à laquelle Tally n'aurait jamais songé. Une réalité dérangeante qui si découverte, pourrait faire trembler les fondations de l'extrême beauté imposée. Shayne se veut aux antipodes de la jeunesse Uglies, elle ne souhaite aucunement ses opérations et s'amuse de ses imperfections, s'étant liée d'amitié elle tentera de convaincre Tally que toutes ses idées de physique parfait ne sont que des inepties... Une aventure prenante et bouleversante dans laquelle Tally sera plongée, découvrant un monde inconnu de rebelles. Au fil de la lecture nous partageons ses doutes, peurs, impuissances, culpabilité. Son évolution sera criante de vérité et ses choix responsables. Je n'irai pas plus loin pour éviter tout spoilers. Ce livre se doit d'être découvert par vous-même pour en assimiler chaque parcelles et révélations. Les personnages sont tous très attachants et humains en ce qui concerne les Uglies, quant aux Pretties, à vous de constater ce qui cloche. L'héroïne, malgré son âge fera preuve de beaucoup de maturité et de perspicacité, et saura prendre ses responsabilités... Une fin amère promettant beaucoup pour la suite ! Un roman dystopie faisant une critique mature et acerbe des apparences dans notre société et soulignant jusqu'où peuvent déboucher ces dérives dans un futur lointain. Une série à suivre de près au vu de la fin de ce tome 1 !!
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ginger85
Le 29 janvier 2011
J'adore !
Uglies? je me suis dit, mince un livre pour ados, allez et puis après tout... et bien franchement, c'est super ! J'ai beau être adulte, je l'ai dévoré. Un monde étrange, fascinant et qui donne des frissons dans le dos !
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Prisca
Le 19 février 2011
Superbe !!!
J'ai vraiment accrochée, une intrigue tenue de main de maître jusqu'au bout ! Des personnages attachants dont celui de Tally qui va se retrouver dans un tourbillon sensationnel d'aventure et de suspense !! Entre amour et trahison, rêves et désillusions sont mêlés ! A LIRE !!!
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Extrait

NEW PRETTY TOWN



En ce début d'été, le ciel avait une couleur de vomi de chat.
Bien sûr, se dit Tally, il faudrait gaver le chat de croquettes au saumon pendant un bout de temps avant d'obtenir ces teintes rosées.
Les nuages qui filaient dans le ciel offraient d'ailleurs un aspect poissonneux, comme s'ils étaient martelés d'écailles par le vent de haute altitude. À mesure que la lumière baissait, des taches bleu foncé s'y étendaient tel un océan à l'envers, abyssal et froid.
Avant, un semblable coucher de soleil lui aurait paru beau. Mais plus rien n'était beau depuis que Peris avait viré Pretty. Perdre son meilleur ami, c'est nul, même quand ce n'est que pour trois mois et deux jours.

Tally Youngblood attendait. l'obscurité.
Elle apercevait New Pretty Town par sa fenêtre ouverte. Les tours de fête étaient déjà illuminées, et des torches enflammées dessinaient des sentiers vacillants à travers les jardins de plaisir. Dans le ciel rose qui s'assombrissait, quelques montgolfières tiraient sur leurs câbles tendus à l'extrême ; et les passagers s'amusaient à lancer des fusées de détresse vers d'autres ballons ou des parapentes qui passaient non loin. Des rires mêlés à de la musique ricochaient sur l'eau, pareils à des pierres plates aux bords tranchants, ébranlant les nerfs de Tally.
Les faubourgs de la ville, coupés de la cité par le bras noir du fleuve, se trouvaient plongés dans la pénombre. Les Uglies étaient tous au lit à présent.
Tally ôta sa bague d'interface et lâcha à l'obscurité :
— Bonne nuit !
— Fais de beaux rêves, Tally, lui répondit la chambre.
Elle mâcha une pilule dentifrice, fit gonfler ses oreillers et glissa un vieux radiateur portable — de ceux qui produisent à peu près autant de chaleur qu'une fille en train de dormir — sous les draps.
Puis elle se faufila par la fenêtre.
Dehors, la nuit avait tourné au noir charbon et Tally se sentit instantanément ragaillardie. Son plan était peut-être stupide, mais tout valait mieux qu'une nuit de plus à se morfondre dans son lit. Sur le sentier qui descendait jusqu'au fleuve, elle s'imaginait au côté de Peris, se voyant passer la soirée à espionner les jeunes Pretties.
Peris et elle n'avaient que douze ans quand ils avaient découvert comment tromper le surveillant de la maison. Leur différence d'âge de trois mois était sans importance à l'époque.
— Amis pour la vie, murmura Tally en massant la petite cicatrice dans sa paume droite.
L'eau scintillait à travers les arbres, et le sillage d'un glisseur fit clapoter une série de vaguelettes contre la berge. Elle s'accroupit dans les roseaux. L'été représentait la meilleure saison pour les expéditions d'espionnage. L'herbe était haute, il ne faisait pas froid et on n'était pas obligé de rester éveillé pendant la classe le lendemain.
Évidemment, Peris pouvait se coucher aussi tard qu'il en avait envie maintenant. L'un des avantages des Pretties.
Amas de ferraille noir, le vieux pont tendait sa silhouette imposante au-dessus de l'eau. Sa construction remontait à si loin qu'il supportait l'intégralité de son poids, sans le soutien d'aucun pilier magnétique. Dans un million d'années, quand le reste de la ville aurait disparu, il serait sans doute encore là, tel un fossile.
À la différence des autres ponts de New Pretty Town, celui-ci ne pouvait pas parler — ni signaler les intrus, par voie de conséquence. Mais même muet, le pont avait toujours eu l'air d'un vieux sage aux yeux de Tally ; savant et vénérable, comme un arbre pluricentenaire.
Ses yeux avaient eu le temps de s'habituer à l'obscurité, et il ne lui fallut que quelques secondes pour trouver le fil de pêche entortillé autour de sa pierre. Elle tira dessus d'un coup sec et entendit le bruit d'éclaboussures quand la corde tomba de sa cachette, entre les poutrelles de soutènement. Elle continua à tendre le fil jusqu'à ce qu'il cède la place à une corde à nœuds ruisselante. L'autre extrémité restait attachée à la charpente métallique du pont. Tally noua la corde autour de l'arbre habituel.
Au passage d'un autre glisseur, elle dut se coucher dans les herbes une fois de plus. Les jeunes Pretties qui dansaient sur le pont ne virent pas la corde reliant le pont à la berge. Ils ne la voyaient jamais : ils s'amusaient trop pour remarquer ce genre de bizarrerie.
Quand les lumières du glisseur se furent estompées, Tally tira à nouveau sur la corde, en y mettant tout son poids. Une fois, l'attache s'était défaite et Peris et elle s'étaient retrouvés en mauvaise posture au-dessus de la rivière avant de lâcher prise et de plonger dans l'eau froide. Elle sourit à ce souvenir. Elle aurait préféré revivre cette expédition — trempée jusqu'aux os, dans le froid, avec Peris — plutôt que d'être au sec et au chaud comme cette nuit, mais seule.
Suspendue à la corde par les mains et les jambes, Tally se hissa en s'aidant des nœuds jusqu'à la charpente sombre du pont, puis se faufila entre les poutrelles en direction de New Pretty Town.

Elle savait où habitait Peris grâce au seul message qu'il avait pris la peine de lui envoyer depuis son opération. Il n'avait pas indiqué son adresse, mais Tally connaissait l'astuce pour décoder la série de chiffres pseudo-aléatoires au bas du code signalétique. Ils renvoyaient à la résidence Garbo, sur les hauteurs de la ville.
Parvenir là-bas serait délicat. Durant leurs expéditions, Peris et Tally ne s'éloignaient guère de la berge où la végétation et l'obscurité de Uglyville en toile de fond leur permettaient de se cacher facilement. Mais Tally se dirigeait maintenant vers le centre de l'île, où les rues restaient la nuit entière peuplées de chars et de fêtards. Les nouveaux Pretties comme Peris habitaient là où les réjouissances étaient les plus animées.
Tally avait mémorisé la carte, mais une seule erreur de parcours et elle serait perdue. Sans sa bague d'interface, elle devenait invisible aux véhicules. Ils lui rouleraient dessus comme un rien.
Bien sûr, Tally n'était personne ici.
Pire, elle était Ugly. Mais elle espérait que Peris ne verrait pas les choses de cette façon. Ne la verrait pas de cette façon.
Tally n'avait aucune idée de ce qu'elle risquait si elle se faisait coincer. Ce n'était pas comme d'être arrêtée pour avoir « oublié » sa bague, séché les cours ou trafiqué sa maison afin de lui faire jouer de la musique trop fort. Tout le monde commettait ce genre de trucs, et tout le monde s'était déjà vu attraper pour cette raison. Mais Peris et elle avaient toujours montré la plus grande prudence lors de leurs expéditions. On ne plaisantait pas avec ceux qui franchissaient le fleuve.
Il était trop tard pour s'en inquiéter maintenant. Que pouvait-il lui arriver, de toute façon ? D'ici trois mois, elle deviendrait Pretty à son tour.
Tally se faufila le long de la berge jusqu'à un jardin de plaisir. Elle se glissa dans l'ombre parmi une rangée de saules pleureurs. Puis, restant à couvert, elle longea un sentier éclairé par des torches.
Un couple de Pretties s'avançait vers elle. Tally se figea mais ils ne s'aperçurent pas un instant de sa présence. Elle attendit qu'ils s'éloignent, envahie par cette sensation de chaleur qu'elle éprouvait chaque fois qu'elle était confrontée à un beau visage. Même lorsque Peris et elle les espionnaient dans l'ombre, en gloussant à cause de toutes les bêtises que les Pretties faisaient ou disaient, ils ne pouvaient s'empêcher de les observer avec fascination. Il y avait quelque chose de magique dans leurs grands yeux parfaits, une chose qui vous donnait envie de prêter attention à tout ce qu'ils disaient, de les protéger du moindre danger, de les rendre heureux. Ils étaient si beaux !
Le couple disparut et Tally se ressaisit : elle devait lutter contre cette sensiblerie qui la caractérisait. Et elle n'était pas ici pour jouer les voyeuses. Elle était une intruse, une espionne, une Ugly.
Et elle avait une mission.
Le jardin, telle une rivière noire, s'enfonçait dans la ville en sinuant entre les tours de fête et les maisons illuminées. Après quelques minutes, elle surprit un autre couple dissimulé parmi les arbres (c'était un jardin de plaisir, après tout), mais dans l'obscurité, les Pretties ne distinguèrent pas son visage, ils se contentèrent de se moquer d'elle en la voyant bredouiller des excuses et prendre la fuite. Elle n'avait pas discerné non plus grand-chose d'eux, hormis un enchevêtrement de bras et de jambes parfaites.
Le jardin se terminait à quelques pâtés de maisons de l'endroit où logeait Peris.
Tally jeta un coup d'œil à travers un rideau de plantes grimpantes. Peris et elle ne s'étaient jamais aventurés si loin, et elle n'avait pas établi de plans au-delà de cette zone. Il n'existait aucun moyen de se cacher dans ces rues animées et bien éclairées. Portant les mains à son visage, elle palpa son gros nez, ses lèvres minces, son front trop large et la masse emmêlée de ses cheveux frisottés. Un seul pas hors des buissons et elle serait aussitôt repérée. Son visage la brûlait aux endroits où la lumière l'effleurait. Que fichait-elle ici ? À cette heure-ci, elle aurait dû se trouver dans les ténèbres de Uglyville en train d'attendre son tour.
Mais il fallait qu'elle voie Peris, qu'elle lui parle. Elle était trop lasse d'imaginer mille conversations avec lui avant de s'endormir. Ils avaient passé chaque journée ensemble depuis qu'ils étaient gosses et désormais... toute communication était rompue. Si elle avait la possibilité de discuter avec lui quelques instants seulement, son cerveau cesserait peut-être de s'adresser à un Peris imaginaire. Trois minutes lui suffiraient pour tenir les trois mois qui restaient...
Tally balaya la rue du regard en quête de cours latérales où se glisser, de porches obscurs où se cacher. Elle se sentait dans la peau de l'alpiniste qui, au pied d'une falaise, mémorise fissures et prises.
La circulation commença à se relâcher et Tally marqua une pause, en frottant la cicatrice dans sa paume droite. Puis elle soupira, murmura « amis pour la vie », et fit un pas dans la lumière.
Une explosion retentit à sa droite et Tally bondit se réfugier dans l'obscurité. Trébuchant sur diverses plantes grimpantes, elle tomba à genoux dans la terre meuble. Pendant quelques secondes, elle fut convaincue d'avoir été repérée.
Mais la cacophonie s'organisa en grondement rythmique. C'était une machine-tambour qui descendait la rue d'un pas pesant. Large comme une maison, elle scintillait sous les mouvements de dizaines de bras mécaniques qui martelaient d'innombrables tambours. Derrière elle, une foule dansait en suivant la cadence, buvait abondamment, jetait des bouteilles vides qui se fracassaient sur l'énorme machine indifférente.
Les fêtards portaient des masques.
Ces masques étaient distribués par l'arrière de la machine pour attirer toujours plus de monde dans cette parade improvisée : représentations de diables ou d'horribles clowns, de monstres verdâtres ou d'extraterrestres aux yeux ovales, de chats, de chiens ou de vaches, de visages grimaçants au nez gigantesque.
La procession s'écoulait avec lenteur, et Tally recula au plus profond de la végétation. Quelques noceurs passèrent si près que l'odeur douceâtre de leur boisson parvint jusqu'à ses narines. Plus tard, quand la machine se fut éloignée d'un demi-pâté de maisons, Tally bondit à découvert et ramassa un masque abandonné dans la rue. La matière plastique parut douce et chaude entre ses doigts, tout droit sortie du moule de la machine.
De la même couleur de vomi que le crépuscule, il était orné d'un long groin et de deux petites oreilles roses. Quand Tally mit le masque, des adhésifs se fixèrent automatiquement à sa peau et il se coula sur ses traits.
La jeune fille s'enfonça dans la foule des danseurs ivres. Elle parvint de l'autre côté de la procession et s'élança vers la résidence Garbo, affublée d'une face de cochon.