Le trésor des contes, tomes 1 & 2
Le trésor des contes, tomes 1 & 2
2 livres de 1314 et 1590 pages sous coffret
Couverture cartonnée. 13 x 20 cm
Réf : 413941
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Les plus belles histoires de nos terroirs
Résumé
Il était une fois, en France, des brigands, des princesses, des sorcières et des animaux fabuleux. Dans chaque région circulaient autrefois des contes merveilleux. Ce trésor aurait pu se perdre sans l’obstination d’un passionné qui les a sauvés de l’oubli pour nous. À chaque page la magie opère, les yeux s’allument, l’esprit s’évade.  
Pourquoi on l'a choisi
Ces histoires sont éternelles. Henri Pourrat considérait Trésor des Contes, fruit de cinquante ans de recherches, comme son grand œuvre. Il nous a fait un cadeau inestimable. Offrons-le à notre tour.
Moyenne des avis :Les avis des internautesNombre d'avis :2
sharpei
Le 24 février 2010
Nostalgie de l'enfance
Un gros travail pour l'auteur de ces contes de France de notre enfance, un plaisir dans lequel on se plonge dès la 1ère page, mais un gros regret le manque d'illustrations qui auraient pu être si belles, si on regarde les jaquettes et le coffret.
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Santiano54
Le 29 mars 2010
A s'offrir et à offrir
Tout est excellent dans ces deux ouvrages mais il me semble important de souligner la qualité de l'objet : le coffret cartonné joliment illustré, les deux livres dont on sent que l'éditeur a apporté le plus grand soin à leur fabrication, mais surtout la texture du papier, doux sous les doigts, léger et cependant robuste. L'ensemble forme le parfait écrin pour un tel trésor.
Il n'y a pas de commentaire associé à cet avis.
Lu dans la presse
« C'est un Trésor. (...) On y trouvera un millier de ces histoires extraordinaires que l'on racontait aux enfants le soir au coin du feu de l'époque de la "doulce France". Remis en forme, ou plutôt réécrits par Henri Pourrat pour leur redonner toute leur saveur, ces récits sont pour la plupart inconnus du citoyen d'aujourd'hui. »

Alexis Libaert, Marianne


« Voici réunis eu deux volumes près de mille contes pleins de verve, de candeur, d'effroi... De vie, avant tout. »

Yannick Pelletier, Ouest France
Extrait

Le conte des sept corbeaux


Il y avait une fois un homme, père de sept garçons. Il avait sa maison dans les monts, près d'une fontaine. Il vivait là de ses labeurs, assez heureusement, avec ses sept enfants, sa femme.
Un jour, le ciel lui envoya une fille. Mais si menue, si petite ! Une vraie souris écorchée. À tel point que le père et la mère eurent peur de la voir retourner en paradis. Ils se dirent qu'il fallait la baptiser dans le moment, sans attendre de la porter à l'église.
Le père, en grand'hâte, demanda de l'eau. Mais celle de l'évier, on l'avait fait chauffer, on en avait lavé l'enfant. D'eau dans toute la maison, plus une goutte.
« Rondement, les garçons, courez à la fontaine ! »
Ils sautent sur les cruches. Si contents qu'on ait besoin d'eux, tout en mouvement et tout en joie ! Ils partent donc, les sept...
La fontaine était dans un creux de rocher, au bas d'un tertre à trois bouleaux. Mais chacun entendait remplir sa cruche à soi. Chacun voulait être celui qui apporterait l'eau dont on baptiserait sa sœur. Ils y mirent tant d'entrain, ils se pressèrent tant, se bousculèrent tant, que toutes les cruches, ils les entrechoquèrent l'une à l'autre ou à la roche... Finalement, les mirent toutes sept en débris.
Le père, près du lit, piétinait d'impatience. Ces garçons qui ne revenaient pas de la fontaine ! Alors que la mère et lui, devant la petite qui n'avait qu'un semblant de vie, attendaient cette eau du baptême comme un homme qu'on va pendre peut attendre sa grâce !...
Tout rouge, tout hors de soi, il ouvre la fenêtre. De là-bas, lui arrive le bruit de la dispute : reproches et pleurs, une criaillerie, comme quand les corbeaux, les matins de temps sombre, piaillent en tournoyant pour appeler la neige.
« Entends-les ! Entends-les ! On croirait entendre des grolles ! »
Et se montant, il ne put se contenir :
« Je voudrais, cria-t-il devant lui, je voudrais que ces maudits fussent tous changés en corbeaux ! »
La vivacité, qui vous empêche d'être un niais de pâte molle, c'est une belle chose. Mais si elle vous fait déparler, elle n'est plus chose si belle. Le père avait trop mal parlé, pour son malheur.
Droit de la fontaine revole une bande de sept corbeaux. Elle tourne trois fois autour de la maison, puis disparaît par le milieu de l'air.
Le père les regarde : il voit l'effet de sa malédiction : les sept garçons changés en sept corbeaux... Et le remords aussitôt le taraude. Mais à ce mauvais sort qu'il a jeté, pas de remède, quand ils pleureraient, la mère et lui, à en perdre les yeux.

Les sept garçons partis, resta la petite fille. On la baptisa et elle ne mourut point. Même, de mois en mois, elle devint fraîche comme la rose.
Un jour qu'elle s'en retournait de la fontaine — elle pouvait alors aller sur ses huit ans —, elle entendit une femme venue y puiser l'eau dire à une autre femme :
« La belle enfant que ce fait, maintenant, cette petite ! Mais ses frères aussi étaient de beaux enfants. Faut-il que ces gens aient eu du malheur de les avoir ainsi perdus tous sept d'un coup ! »
La petite s'arrêta dans le chemin, comme changée en pierre. Elle demeura là, sous une épine blanche, sans souffler, presque sans penser, puis, soudain décidée, revint trouver la femme :
« J'ai donc eu sept frères autrefois, femme qui puises l'eau ? »
L'autre aurait voulu rattraper ce qu'elle avait dit. Mais la petite fit tant d'instances, qu'il fallut bien la mettre au fait : lui raconter ce qui était arrivé, à cette fontaine, le jour de sa venue au monde.
« Ah, maintenant, je sais pourquoi mon père est toujours en chagrin, pourquoi ma mère est toujours en tristesse... »
Sans plus rien regarder, retourne en sa maison, pose sur la bassière la cruche toute pleurante, puis s'en court vers sa mère.
« Ma mère, ma mère, je sais depuis tantôt pourquoi vous êtes toujours en tristesse d'esprit. Mais c'est pour moi, parce qu'ils allaient quérir de l'eau pour mon baptême, que mes sept frères ont été faits corbeaux. À présent, c'est à moi de vous les ramener. Je ne retournerai à la maison qu'avec mes frères ! »
Le cœur saignait à cette pauvre mère de voir encore sa toute petite s'en aller. Cependant, puisque l'enfant avait pris cette idée, n'était-ce pas qu'elle saurait trouver ses frères, lever le sort ? Continuer de vivre sans ses garçons, la mère ne le pouvait plus. Alors, alors, elle laissa la petite s'en aller à la quête des sept corbeaux dans les monts et plus haut que les monts : où Dieu voudrait : peut-être par les airs, et jusque dans la lune...
Elle lui donna seulement le plot de la maison, le petit tabouret de bois à trois jambes. Elle pensait que sur ce plot, la petite pourrait toujours s'asseoir, se reposer, où qu'elle fût.
La petite, emportant le plot, partit donc chercher les garçons. Mais non sans avoir glissé dans la poche de son devantier la bague de sa mère.

Partant de la fontaine, elle, avait commencé de monter vers les monts, vers leurs têtes d'herbe et de pierre, au bord du monde. Du haut de la première côte, elle vit devant elle se lever l'arc-en-ciel. Il était fait comme le tour d'un gobelet : rouge, jaune, bleu, violet, autant et plus que les bouquets du jardin, l'anémone, le crocus, le pied-d'alouette, la julienne, la girarde : si pur et de si fortes couleurs qu'il semblait que par lui, comme par un pont de verre, on pourrait aborder tout là-haut, à la lune.
Elle continuait de monter, par l'échiné de la montagne, quand elle fit rencontre d'une vieille :
« Où allez-vous, petite au tabouret de bois ?
— Je vais dans la lune, madame, je vais y quérir mes sept frères.
— Petite au tabouret, tu ne les y trouverais pas ! Mais moi, je peux te dire le chemin de leur maison. Elle est assise au haut d'une montagne en pierre de verre comme une bouteille, où il est trop malaisé de grimper : car pour un pas qu'on fait en avant sur sa pente, on y glisse aussitôt de trois pas en arrière. As-tu bien bon courage ?
— Oh, madame, pour aller à mes frères, j'userai mes jambes jusqu'aux genoux !
— Voici donc, ma petite, voici des patins, des chaussons d'étoffe pour en chausser tes pieds... Voici aussi la clef qui ouvre la maison où chaque soir, à soleil rentrant, ils reviennent. Prends par la sente devant toi, mais dis-toi que des peines t'attendent. »
Pas huit ans, la pauvre petite ; mais tout le feu du bon courage dans les yeux. Pour son père, pour sa mère, elle voulait aller. L'idée de retrouver ses frères la tirait de l'avant comme eût fait une corde.
La voilà repartie. La montagne des sept corbeaux, ce n'est pas là ! Il faut marcher. Il faut monter. Et c'est par un chemin de pierres roulantes, de roches coupantes. Elle est lasse à n'en plus pouvoir, les jambes lui rentrent dans le corps. Ah, oui, les peines ! Elle voudrait bien s'asseoir, et elle ne le peut pas : son plot, tantôt la fatigue le lui a fait lâcher et il a dégringolé de bosse en bosse au précipice. Elle va pourtant, elle monte toujours.
Enfin, enfin, elle arrive au pied même de la montagne de verre. Elle chausse ses patins. Elle commence à grimper par cette pente, plus roide qu'un toit de chaume ou qu'une pierre de lavoir. Un pas en avant, trois pas en arrière, trop souvent c'est cela ! Elle s'abat, glisse, roule, mais se relève ; elle s'agrippe, se retourne les ongles, saigne de partout. Cependant elle monte encore. Si haute elle est, cette montagne, si dévalante ! Garde-toi de regarder le gouffre par côté, tu perdrais cœur.
Ce qu'il y a, c'est qu'elle, la petite, elle ne peut pas perdre cœur : son cœur, il est trop plein de sa mère, de ses frères. Alors, à force, à force... Et elle est arrivée tout au haut, devant la maisonnette.
Dans la poche de son devantier elle va pour prendre la clef que lui remit cette vieille... Oh malheur ! La clef n'est plus là. Tant de fois la petite a chu qu'elle a dû la perdre. Dans la poche, il n'y a plus que la bague...
Que devenir ? Elle a essayé d'entrer son petit doigt dans le trou de la serrure. Et voici qu'il entre, juste de mesure. Elle le tourne comme un crochet : voici que la porte s'ouvre.
Elle s'avance dans la maisonnette, à demi morte de fatigue et de faim. Va à la marmite, où la soupe bout sur le feu, taille du pain dans une écuelle, trempe la soupe, tombe sur une chaise et se met à manger. Puis de la bouteille verse un peu de vin dans un verre et boit ce vin pour reprendre des forces.
À ce moment, s'étant mise en fenêtre, elle voit dans les airs arriver sept corbeaux. Puis tout de suite entend des pas venant à la maison.
Aussitôt, elle jette la bague de sa mère au fond du verre, et vite, vite, se cache dans la huche.
Entrent ses frères au même instant — comme tous les soirs à soleil rentrant, ils avaient repris pour la nuit forme humaine.
« Quelqu'un est entré dans la maison, dit le premier : la porte était ouverte.
— Quelqu'un s'est assis près du feu, dit le deuxième : la chaise n'est plus à sa place.
— Quelqu'un a touché la marmite, dit le troisième : la marmite n'a plus son couvercle.
— Quelqu'un a touché à la tourte, dit le quatrième : la tourte n'a plus son couteau.
— Quelqu'un a touché la bouteille, dit le cinquième : la bouteille n'a plus son bouchon.
— Quelqu'un a mangé dans l'écuelle, dit le sixième : il y a du bouillon dedans.
— Et quelqu'un a bu dans le verre, dit le septième : dans ce verre, il y a du vin. »
Il regarde mieux et, au fond du verre, il avise la bague.
« C'est la bague de notre mère ! Je le sais maintenant, notre sœur est ici. »
Elle, alors, elle sort de la huche, et se pend au cou des garçons.
« Oui, je suis votre sœur et je viens vous chercher ! »
Mais il leur fallait rentrer à la maison de leur père cette nuit même, aller boire de l'eau à leur fontaine avant le jour : sinon à soleil sortant, ils reprendraient la forme de corbeaux... Et elle qui ne croyait plus pouvoir mettre un pied devant l'autre... Redescendre de nuit la montagne de verre...
Mais puisqu'il fallait, il fallait !
Par bonheur la lune donnait, la lune blanche, toute ronde, toute clarinelle. Peut-être qu'ils s'assirent les uns derrière les autres, comme à la queue du loup, elle en tête pour leur montrer la route ; et qu'ils se laissèrent glisser, tout d'un train, les mains aux épaules...

Toujours est-il qu'ils arrivèrent au bas de la montagne. Puis, guidés toujours par leur petite sœur, dans leur pays, sur le chemin de leur maison. Et pour finir, avant que sorte le soleil, à leur fontaine.

Les voilà pour toujours garçons. Les voilà avec leurs père et mère, avec leur sœur, la petite vaillante, tous ensemble près de leur fontaine, heureux tous de tous les côtés.