Le jeu de l'ombre
Top lecteur
Le jeu de l'ombre
Sire Cédric
574 pages
Couverture souple
Réf : 413754
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Epuisé
Résumé
Fans transis, femmes offertes, voiture de sport... Une nuit d’ivresse, le musicien Malko Swann achève sa course folle en bas du Pont du Diable. Indemne en apparence, il souffre pourtant d’un étrange traumatisme : il ne peut plus entendre la musique. Bientôt, dans son entourage, les crimes se multiplient. Malko comprend que quelqu’un l’observe, veut jouer avec lui... Un jeu au goût de sang.
Avis Top Lecteur
« "L’intrigue va crescendo et il est de plus en plus difficile de fermer le livre au fur et à mesure que l’on avance dans l’histoire. Cela s’avère d’autant plus dur que le roman est construit autour de chapitres très courts qui se lisent vite : nuits blanches assurées ! […] Sire Cédric nous livre ici une histoire remarquablement passionnante qui nous donne envie de lire ses autres romans. »

Sylvie Adonel
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Moyenne des avis :Les avis des internautesNombre d'avis :1
tiloohann
Le 22 janvier 2012
Super !
Super livre, facile à lire, intrigue tout au long de l'histoire, dénouement inattendu, j'ai vraiment adoré le lire page par page, je conseille à tout les amateurs de livre à suspense !!
Il n'y a pas de commentaire associé à cet avis.
Musicien et écrivain, Sire Cédric est un acteur incontournable de la scène gothique française. Dès son premier livre, Déchirures (Coup de Cœur des Bibliothèques de Paris), il s'affirme comme un maître de l'étrange et de la violence poétique. Ses trois romans suivants, Angemort (Prix Merlin, 2007), Dreamworld et L'Enfant des cimetières (lauréat français du prix Masterton), ont confirmé son talent. De Fièvre et de Sang a reçu le Prix Polar 2010 (Festival de Cognac).
Lu dans la presse
« L'écriture est à la fois fluide et évocatrice, et les amateurs d'angoisse y trouveront leur compte aussi bien que les férus de surnaturel, car Sire Cédric revisite avec une certaine originalité les passages obligés de l'au-delà et de la possession démoniaque. Son jeu à lui ne lasse pas, et on sent qu'il en tire un plaisir non feint. Un diable d'homme. »

Livres hebdo


« Entre fantastique et thriller, Sire Cédric relie les deux intrigues avec habileté, ménageant ses effets jusqu'au dénoument inattendu. Diabolique. »

Métro


« Loin d'être à son coup d'essai, il met, à nouveau son écriture nerveuse au service d'une intrigue diabolique, que le lecteur ne lâchera qu'à la dernière page. Suspens garanti ! »

OuiFM.fr
Extrait

1


Quand Malko rouvre les yeux, il est allongé dans un lit d’hôpital, et Jack Chevalier attend à côté de lui, le visage grave, les mains l’une sur l’autre. C’est presque amusant de voir Jack comme ça. Le bougre est tout en épaules, en crâne rasé, en mâchoire carrée et en oreilles décollées. Une brute épaisse, selon tout le monde, mais surtout son meilleur ami, la seule personne à toujours avoir été à ses côtés, chaque fois que Malko dérape.
Et cette fois ?
Malko a dérapé, encore, et plus que d’habitude. Et Jack est là, une nouvelle fois, immuable et replié sur luimême, les paupières rougies par la veille à son chevet.
Malko ? murmure-t-il d’une voix blanche. Tu nous as fait une de ces putains de frayeurs ! Tu mériterais que je te casse la gueule moi-même !
— Hey, vieux frère, lui répond Malko, avant d’être pris d’une quinte de toux.
Une douleur vive irradie sa poitrine. Il tourne la tête avec précaution pour regarder autour de lui sans se bloquer les vertèbres. La chambre est spacieuse, les murs tapissés de tons bleus et verts. Face au lit, il y a un écran plat, qui diffuse une chaîne musicale, mais un détail semble clocher. Peut-être à cause du son coupé ? Non, il y a autre chose. Malko fixe distraitement cette télévision. Une chanteuse de hip-hop dont il a oublié le nom fait onduler ses hanches généreuses. Qu’y a-t-il donc de si bizarre dans cette image ?
L’espace d’un instant, il lui semble que la vidéo se fige. Ou plutôt qu’elle s’arrête net, les danseurs immobilisés en plein mouvement, et que la jeune femme au ventre dénudé se tourne vers lui pour le dévorer du regard.
Tu as envie de moi ? semble dire la fille à la télévision.
Comprends-tu seulement ce qui se passe ?
— Malko ? s’inquiète Jack. Ça va ?
— Ouais.
Il cligne des yeux. Les couleurs se mélangent dans l’écran. Il se rend compte que le clip s’est achevé. À présent, c’est Madonna qui virevolte dans une débauche de lumières et d’effets. Idiot, les personnages à la télévision ne vous regardent pas.
Prenant une grande inspiration – et grimaçant sous la douleur dans sa poitrine –, il se retourne vers Jack. Il a encore du mal à se focaliser. Rien de plus.
— Que s’est-il passé ? Comment suis-je arrivé ici ?
— Dans la nuit. Tu étais coincé dans ta bagnole. Les pompiers ont mis presque une heure à te désincarcérer. Tu es resté inconscient jusqu’à maintenant. Tu ne te souviens de rien ?
Le ton de Jack est anxieux. Le solide gaillard gigote sur sa chaise. Malko fouille dans son esprit. Des pompiers ? Il se souvient des étincelles des scies découpant la portière, de silhouettes qui tendent leurs mains gantées vers lui. Mais les événements de la soirée précédente demeurent flous. Une route, un pont, la musique. Il sent, il sait, qu’il lui manque une chose essentielle, mais il n’arrive pas à mettre le doigt dessus, bien sûr. C’est ainsi quand quelque chose manque. C’est qu’on ne l’a plus.
Pris d’une subite angoisse, il sort ses deux bras de sous les draps, et observe le tube transparent d’une perfusion qui jaillit de son avant-bras droit. Il étend les mains devant lui, ouvre et ferme les poings. Aucune douleur. Il n’a pas le moindre doigt cassé. Bien. Pour lui, rien n’aurait été plus terrible que de ne plus pouvoir jouer du piano.
— Je roulais… Je me souviens de ça, dit-il en se tournant vers Jack.
Son ami hoche la tête.
— Ouais, pour ça, tu roulais, mon vieux. À presque deux cents kilomètres à l’heure.
Cela lui revient, oui.
— Le pont.
— C’est ça. Tu nous as lâchés après le concert pour aller te prouver Dieu sait quoi. Comme d’habitude.
— Et j’ai eu un accident.
— Un sacré putain d’accident.
Dans sa tête le monde se met à tourner. Les souvenirs se mettent en place, l’un après l’autre. L’envol au bout du pont en arc. Le pont du Diable. Mais il n’y a eu aucun Diable pour l’accueillir, seulement le chant de la tôle se pliant, les airbags se déployant jusqu’à l’étouffer.
— Je suis sorti de la route. La voiture a versé. J’ai fait des tonneaux.
— Quatre, lui précise Jack avec un rictus. Tu vas encore avoir de quoi te vanter auprès des filles.
— Merde, et je suis encore là, murmure Malko comme s’il n’y croyait pas lui-même.
— Encore heureux, espèce de crétin. Si tu savais le mouron qu’on s’est fait.
Il y a une note de pleur dans la voix de Jack. Dans le lit, Malko prend une longue inspiration. Il a mal à la poitrine quand sa cage thoracique se gonfle, mais autrement il se sent très bien.
— Et alors ? Qu’est-ce que j’ai ?
Jack soupire.
— Rien du tout, mon vieux.
— Tu veux rire ? J’ai fait quatre tonneaux et je n’ai rien ?
— Pas une égratignure, répète Jack. Tu es ce qu’on appelle un foutu miraculé. Ton Aston Martin est en miettes, tu devrais voir ça. Écrasée comme un cube chez un démolisseur. Tu as traversé deux barrières de sécurité et tu as fait une chute de trente mètres dans le lit de la rivière. Et tu t’en es sorti parfaitement indemne.
Il fait un geste vague comme pour chasser une fumée imaginaire.
— Enfin, non, tu as écopé d’une côte cassée quand même, et tu as une petite éraflure sur le front. Mais c’est du pareil au même. Tu es un sacré veinard, mon vieux !
Malko pose sa main sur sa poitrine. Une côte cassée, alors. L’origine de la douleur. Il a déjà eu des fêlures, dans quasiment toutes les parties de son corps. Il sait que cela sera résorbé dans quelques semaines.
— Et c’est tout, alors ?
— Ouais, souffle Jack. Juste ça. Quand je pense que le mois dernier, pendant le match contre Brive, je me suis fêlé deux côtes dès la première mi-temps.
— Je t’ai déjà dit que le rugby est un sport de brute, dit Malko.
Jack éclate de rire.
— Tu ne changeras jamais. Écoute, je vais te laisser te reposer un peu et pendant ce temps je file chercher tes parents à l’aéroport. Ils ont sauté dans le premier vol dès qu’ils ont appris ce qui est arrivé. Ta mère est dans tous ses états, figure-toi. On lui a pourtant expliqué que tu allais bien.
— Merci, Jack. Tu es un frère.
Jack grimace, exhibant ses dents étincelantes. Elles ont déjà toutes été remplacées, sans la moindre exception. Le tribut de dix ans de rugby en tant que talonneur.
— Je sais, ça.
Tandis qu’il se lève, Jack se tourne vers l’écran de télé silencieux. Le groupe Depeche Mode est à l’image, dans un de leurs anciens clips avec les couleurs vives d’un autre temps. C’est idiot mais Malko, le nouveau génie de la musique néoclassique, a toujours nourri une admiration pour les artistes populaires.
— Tu peux mettre le son de la télévision, en partant ?
Jack se tourne vers lui et le regarde d’un air étrange.
— Que veux-tu dire ?
— Le son, répète Malko en indiquant la télé. Tu peux le mettre ? Je vois la télécommande là-bas.
— Eh bien, oui, dit Jack. Mais il y a déjà le son, et le volume est déjà très fort. Tu ne l’entends pas ?
Entendre ? Tout d’un coup, le coeur de Malko se serre. Entendre quoi ? Une sensation glaciale se diffuse dans son ventre. La chose qui lui manque. Il fallait qu’il finisse par le réaliser.
— Non, je n’entends rien du tout. Mes oreilles ont dû prendre un coup. Tu peux monter le son, s’il te plaît ?
Dubitatif, Jack se saisit de la télécommande posée sur la tablette et presse une touche. Il grimace et s’écrie :
— Si tu veux. Mais ça doit s’entendre dans tout le couloir !
Malko referme ses poings. Si cela doit s’entendre dans le couloir, pourquoi n’entend-il toujours rien ? Il ne peut pas le croire. Il ne va pas le croire.
— Monte encore. Bon sang, monte encore.
— Mais qu’est-ce que tu veux ? Ça hurle, là ! vocifère Jack dans le silence total de la pièce.
Il lui faut se rendre à l’évidence.
Le froid l’envahit. Le manque le saisit subitement. Le terrible manque.
— Appelle un docteur tout de suite. Jack, je crois que j’ai un énorme problème.